‹ Éléments d'archéologie chrétienneChapitre 31 sur 69 · DO · texte numérisé non relu

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et des cryptes était de ne jamais, sous quelque prétexte que ce fût, déplacer le tombeau. Celui-ci était respecté scrupuleusement, et l'on construisait la basilique au niveau même du tombeau ou à un niveau peu supérieur. L'abside et l'autel se trouvaient directement au-dessus de la crypte sépulcrale.

Lorsqu'on construisait une basilique sur une catacombe, Pentrée des galeries souterraines était conservée dans une place favorable, voisine du sanctuaire. Si, au contraire, la basilique s'élevait sur une sépulture faite à fleur de terre dans un cimetière, des escaliers et des corridors conduisant au tombeau étaient pratiqués sous le presbyterium, élevé de quelques degrés audessus du pavement des nefs. Ces galeries, et les chapelles souterraines qui les remplacèrent dans la suite, ont reçu le nom de cryptes, du mot grec •/.yj-Tw, je cache. Les cryptes des églises de Saint-Apollinaire-2;2-C/tz55^ à

Fig- 153- T^ig- ^54-

Plan de la crypte de Saint-Apollinaire-zw-C/^isse Plan de la crypte

à Ravenne. de Sainte-Praxède à Rome.

Ravenne (fig. i53), et des Quatre-Saints-Couronnés à Rome, qui sont bâties à peu près sur le même plan, offrent le type des cryptes primitives. Celles des églises de Sainte-Praxède (fig. 154) et de Saint-Sabas, à Rome, reproduisent à peu près les mêmes dispositions. Toutes ces cryptes ne sont que des galeries conduisant au tombeau du saint.

Ces galeries voûtées se transformèrent plus tard en véritables chapelles ou églises souterraines, s'étendant sous tout le presbyterium et assez vastes pour nécessiter l'emploi de colonnes qui, recevant les retombées des voûtes, formaient alors plusieurs nefs.

On a découvert, au mois de mars 1881, sous le chœur de l'église de Saint- Servais à Maastricht, la crypte ou église bâtie, vers la fin du VF siècle, par l'évêque saint Monulphe. Elle est rectangulaire, presque carrée et partagée

en trois nefs par deux rangées de deux colonnes, dont les bases et les chapiteaux sont de la plus grande simplicité.

Souvent, pour montrer facilement le tombeau aux fidèles sans les obliger à descendre dans la crypte, on ouvrit un conduit ou soupirail à travers les voûtes de la crypte. Cette ouverture reçut le nom de fenêtre, fenestella, lorsque le grillage qui la fermait se trouvait dans une position verticale, et celui de cataracte, cataracta, lorsque la clôture était posée horizontalement et faisait partie du pavement du chœur ou de la nef. On se plaçait devant ces ouvertures pour prier ou faire descendre des étoffes jusqu'au tombeau du saint.

Dans les églises sans crypte on établit quelquefois sous l'autel, pour y déposer des reliques, une espèce de caveau en maçonnerie, ne présentant communément qu'une ouverture pratiquée du côté de la nef principale et fermée par des grilles en métal ou des clôtures en marbre évidées à jour. Ces caveaux, de même que les

Fenestella du martyrium de l'église des Saints-Nérée-et-Achillée à Rome.

cryptes, portent le nom de confession, martyrium et confessio « parce que, dit le commandeur de Rossi, les restes mortels des martyrs et des confesseurs du Christ y étaient déposés. » Roma, III, p. 426.

La décoration des cryptes consistait en peintures à fresque et en revêtements de mosaïques et de marbres de différentes couleurs. La sculpture d'ornement y était extrêmement rare. Dans les cryptes les plus importantes, par exemple à celle de Saint-Pierre-au-Vatican, le luxe de la matière vint souvent remplacer les œuvres d'art ; on y voyait des statuettes, des chandeliers et des grilles d'argent; et le pape Léon III, contemporain de Gharlemagne, en couvrit toutes les parois de lames d'or. La fig. i55 donne la vue extérieure de la petite fenêtre du martyrium ou caveau placé sous l'autel de l'église des Saints-Nérée-et-Achillée à Rome.

6. Prtptiôtcrcô. Avant d'aborder l'étude des baptistères, il sera utile de faire connaître la discipline ancienne relative à l'administration du sacrement du baptême.

Les théologiens distinguent trois sortes de baptême : le baptême par immersion, le baptême par aspersion et le baptême par injusion ou af fusion. Le premier se confère en plongeant dans l'eau le corps tout entier ; dans le second et le troisième, le ministre, de loin ou de près, jette ou verse de l'eau sur la tête du néophyte. Le baptême par immersion a été en usage jusqu'au XI F siècle. A partir de cette époque, on a commencé à le remplacer, dans l'église latine, par le baptême par infusion, dont auparavant on ne se servait qu'exceptionnellement pour baptiser les malades en danger de mort. Les Grecs et les orientaux pratiquent encore aujourd'hui la triple immersion. Le sacrement est valide, quel que soit le mode employé pour baptiser.

Aux premiers siècles de l'Église, les juifs et les gentils qui embrassaient la religion chrétienne devaient, avant d'être admis au baptême, passer par le catéchuménat (i). Le concile d'Elvire, célébré vers le commencement du IV^ siècle, renferme, en plusieurs canons, les principaux points de la discipline ecclésiastique touchant les catéchumènes. Il y en avait de trois ordres : Les écoutants, les -prosternés et les compétents. On appelait écoutants ceux qui, ayant manifesté le désir de se faire chrétien, recevaient l'imposition des mains et le signe de la croix sur le front ; ils pouvaient assister à la lecture et à l'explication des saintes Écritures ; on leur enseignait aussi quelquesunes des vérités fondamentales de la foi en même temps que les obligations du chrétien. Les prosternés étaient admis à une partie des prières de la liturgie; ils s'appelaient plus particulièrement les catéchumènes; aussi était-ce à eux que s'adressaient les injonctions que le diacre faisait pendant l'office par ces paroles : Prie\ catéchumènes, et : Que tous les catéchumènes se retirent. Les compétents, ainsi nommés parce qu'ils demandaient, petebant, le baptême, formaient le dernier ordre des catéchumènes ; on leur confiait plusieurs dogmes, entre autres le mystère de la Sainte-Trinité, la doctrine relative à l'Église du Christ et la rémission des péchés.

La durée ordinaire du catéchuménat était de deux ans environ. Lorsque le temps de l'épreuve était écoulé, ceux qui désiraient recevoir le baptême se faisaient inscrire chez les prêtres; et dès lors ils portaient le nom d'élus, electi. Pour les préparer dignement à la réception de la grâce baptismale, on leur imposait des œuvres de pénitence. L'administration solennelle du baptême n'avait lieu que deux fois par an, le samedi-saint et la veille de la Pentecôte. Dans les Gaules, on baptisait aussi à la Noël : le baptême de Clovis eut lieu ce jour-là.

(i) Le mot catéchumène dérive du grec xarvjp^sw, je fais retentir, f enseigne.

Primitivement les évêques s'étaient réservé l'administration du baptême solennel. Au jour fixé, les catéchumènes, après avoir fait les renonciations d'usage, étaient présentés à l'évêque par les diacres et les diaconesses; l'évéque les plongeait trois fois dans l'eau, et, à chaque immersion, invoquait une des personnes de la Sainte-Trinité. A la fin de la cérémonie, le néophyte était revêtu d'une robe blanche qu'il ne quittait qu'après huit jours. Ceux qui recevaient le baptême le samedi-saint déposaient leur vêtement le dimanche après Pâques ; c'est pour cette raison que ce jour porte le nom de dimanche in albis.

Après ces observations, il sera facile de comprendre ce qui se rapporte aux baptistères des premiers siècles.

Le divin Sauveur fut baptisé par saint Jean Baptiste dans les eaux du Jourdain. Les apôtres, qui avaient reçu de Jésus-Christ la mission d'enseigner et de baptiser les peuples, n'eurent d'autres baptistères que les rivières et les fontaines ; ils administraient le sacrement de baptême partout où ils trouvaient de l'eau. Tertullien atteste que saint Pierre conféra le baptême dans le Tibre [De baptismo, ch. IV). L'usage de baptiser dans la mer, les fleuves et les fontaines se conserva assez longtemps dans certains endroits. Nous lisons dans les écrits du vénérable Bède que, vers le commencement du Vie siècle, saint Paulin, le compagnon de saint Augustin l'apôtre de l'Angleterre, baptisait dans des rivières ceux qui se convertissaient à la foi chrétienne [Hist. eccl. gentis Anglorum, liv. II, ch. 14 et 16).

Cependant, dès le commencement, il y eut des lieux .spécialement destinés à la collation du baptême. On rencontre, dans les catacombes, plusieurs baptistères qui datent de l'ère des persécutions. Un des plus remarquables est celui du cimetière de Saint-Pontien ; il remonte certainement au III« siècle, car, en l'année 259, le prêtre Eusèbe y baptisa un jeune paralytique, qui récupéra miraculeusement la santé. Les parois de ce baptistère sont couvertes de peintures dont la principale représente Notre-Seigneur baptisé par saint Jean.

Après la conversion de Constantin, l'usage de conférer le baptême solennel dans des édifices particuliers, situés à côté des églises principales et spécialement des cathédrales devint presque général dans toute la chrétienté. Les baptistères affectaient le plus souvent la forme circulaire ou octogone ; quelquefois, mais rarement, ils étaient carrés ou en forme de croix grecque (i).

(1) On appelle croix grecque celle qui a les quatre bras d'égale longueur -j-j latine celle qui a la partie inférieure plus longue que les trois autres f.

Les cuves baptismales occupaient le centre du baptistère et reproduisaient en petit le plan même de l'édifice.

Les baptistères primitifs consistaient dans de larges bassins recouverts d'un dôme. Plus tard ils prirent parfois des développements si considérables que, au témoignage de Du Gange et de Suicer, on y célébra des conciles. Presque toujours dédiés à saint Jean Baptiste, ils étaient ordinairement connus sous le nom à'ecclesia sancti Joannis in fonte ou ad fontes. Des peintures représentant le baptême de Notre-Seigneur dans le Jourdain et des inscriptions relatives au sacrement de baptême recouvraient les murailles.

Aussi longtemps que les évêques se réservèrent l'administration solennelle du baptême, il n'y eut, dans chaque diocèse, qu'un seul baptistère, attenant à l'église cathédrale. Plus tard, lorsque la discipline fut changée sur ce point, et que les paroisses rurales eurent été érigées, le nombre des baptistères devint plus considérable ; on en établit un auprès de chaque église paroissiale, appelée pour cette raison ecclesia matrix ; car c'est par les eaux du baptême que les chrétiens naissent à la vie surnaturelle. Vers la même époque, on commença à transporter le baptistère d'abord dans l'atrium, puis dans le narthex, et enfin à l'intérieur de l'église. Cet usage cependant ne devint pas général. Quelques villes d'Italie, telles que Padoue, Ravenne, Florence, Pise et Asti, possèdent encore de nos jours des baptistères isolés, de forme circulaire ou polygone, où l'on baptise tous les enfants de la ville. La plupart de ces monuments datent de la période romane.

Les deux plus anciens baptistères connus se trouvent à Rome. Ils ont été élevés tous les deux par Constantin : l'un est une dépendance de la basilique de Saint-Jean-de-Latran et présente la forme d'un octogone annulaire; l'autre, situé près de la basilique de Sainte-Agnès-hors-les-murs et connu sous le nom d'éghse de Sainte-Constance, est une rotonde annulaire. Ce Fig. 156. Fig. 157. Fig 158.

Élévation Plan Coupe

du baptistère des ariens {S. Maria in Cosmedin) à Ravenne.

Cuve du baptistère catholique de Ravenne (v^ siècle). Fig. ibo.

dernier a été construit par l'empereur Constantin pour y faire baptiser les deux Constance, sa sœur et sa fille. On y voit encore aujourd'hui des mosaïques du IV^ siècle. Voyez fig. i5i le plan de ce monument.

La ville de Ravenne possède deux baptistères anciens qui tous deux ont

absolument la même forme. L^un, construit par les catholiques et encore employé aujourd'hui , date des années 44g- 462; l'autre, élevé par les ariens pendant la première moitié du VF siècle, est maintenant hors d'usage. Leur plan (voyez fig. 157) forme un octogone ayant , au rez-dechaussée, des niches semi-circulaires sur les quatre petits côtés.Lafig. 1 56donne l'élévation géométrale, et la fig. i58 la coupe d'un de ces baptistères. Leurs murailles et leurs voûtes sont ornées de mosaïques. Au centre des voûtes , dans un médaillon circulaire, on voit le baptême de Notre- Seigneur, et autour les images en pied des douze apôtres

Cuve baptismale de Cividale-en-Frioul (vii^ siècle;.

En France, il existe un baptistère du VI^ ou du VI siècle. C'est l'église de Saint-Jean à Poitiers, nous donnons la vue intérieure ci-dessous p. i6o.

Les cuves baptismales étaient très grandes, parce que le baptême s'administrait par immersion, et souvent à des adultes. Elles se trouvaient presque à fleur du pavement, et l'on y descendait par des marches. Voyez fig. i5g la vue perspective de la cuve octogone en marbre du baptistère catholique de Ravenne, dont nous avons donné le plan au centre de celui du baptistère (fig. 157). Sur l'une des faces de l'octogone on a pratiqué une niche semicirculaire où se plaçait le pontife qui administrait le baptême.

Quelquefois, comme à Cividale-en-Frioul (fig. ]6o), la cuve était surmontée d'une espèce de baldaquin porté par des colonnes. La cuve de l'ancien baptistère d'Aquilée avait un dais semblable.

7. €^ratiîirC6 ^0mcetii|UCô. a peine l'Église eut-elle obtenu la liberté par la conversion de Constantin, que les chrétiens se mirent à élever, à Rome et sur tous les points de l'empire, de vastes basiliques et des églises pour y célébrer publiquement les cérémonies de leur culte. Toutefois les oratoires domestiques établis dans les demeures des riches chrétiens, et qui avaient servi aux réunions sacrées pendant les trois premiers siècles, ne furent pas totalement supprimés, mais affectés aux pratiques de piété qui se faisaient en commun dans les familles : on y vaquait à la prière et l'on y chantait des psaumes sous la surveillance de prêtres délégués par l'évêque. En certains cas et sous certaines conditions, on y permit même encore quelquefois la célébration des saints mystères.

Dès les premières années qui suivirent la conversion de Constantin plusieurs conciles particuHers établirent, avec prudence et réserve, la discipline ecclésiastique en cette matière : celui de Laodicée, tenu en 3 20, et celui de Langres en 328, déclarent inconvenante l'offrande de la sainte messe dans les demeures privées des fidèles ; sans cependant l'interdire d'une manière absolue, mais seulement dans le cas où l'on voudrait par là protester contre le culte public dans les égUses. Plus tard l'Église continua à user, vis-à-vis des oratoires domestiques, d'une sage tolérance, — tolérance qui fut toujours plus grande chez les orientaux que dans l'église latine. Une condition essentielle, toujours requise pour jouir de la faveur de la célébration de la sainte messe dans les oratoires privés, fut l'autorisation spéciale de l'évêque.

Des travaux de terrassement exécutés , en 1875 ou 1876, près des thermes de Dioclétien et la gare centrale du chemin de fer, à Rome, ont mis au jour

les restes d'un oratoire domestique du IV^ siècle. Il avait, en plan, la forme d'un rectangle muni, sur un des longs côtés, d'une petite abside semi-circulaire, dont la demi-coupole en cul-de-four était décorée de peintures figurant le Christ assis et ayant, à chacun de ses côtés, six apôtres en pied. Sur les murs de l'abside, immédiatement au-dessous de la demi-coupole, on voyait une large bande, couverte également de fresques représentant des scènes de pèche et de marine. Il est à regretter que les démarches faites pour obtenir la conservation de cet intéressant monument, dont on trouve la description dans le Bullettino di archeologia cristiana du commandeur de Rossi (1876, pp. 46-56, et pl. VI-VII), n'aient pas été couronnées de succès.

8. temples païeiie et e>i|îcc$ profanée cauuertie eu e^jlieeô cl)retiemte0.

A cause de leurs proportions exiguës, les temples païens ne se prêtaient guère à être appropriés au culte chrétien. Aussi, lorsque le polythéisme eut disparu, furent-ils généralement détruits, et les matériaux utiles, tels que colonnes, frises et architraves, provenant de la démolition, employés pour des constructions nouvelles, sacrées ou profanes. Quelquefois cependant on a pu, en y apportant de légères modifications, les convertir en églises chrétiennes ou les y incorporer. La plupart de ces transformations datent du règne de l'empereur Théodose (383-395) et de ses successeurs immédiats. Elles eurent lieu non seulement à Rome mais dans toute l'étendue de l'empire. Une des plus remarquables fut celle du Panthéon d'Agrippa, à Rome au commencement du VIF siècle. Ce temple, en forme de rotonde annulaire et l'un des plus spacieux que le paganisme ait élevés en l'honneur des faux dieux, resta affecté au culte polythéiste jusque vers la fin du IV^ siècle. Il resta fermé pendant tout le cours du V<^ siècle ; et ce ne fut que vers l'an 608 que l'empereur d'Orient Phocas en fit présent au pape Boniface IV, qui le consacra à la sainte Vierge sous le vocable de Sainte-Marie-de-la-Rotonde, dénomination changée en celle de Sainte-Marie-des-Martyrs, après qu'on y eut transporté, au IX^ siècle, plusieurs chariots d'ossements de martyrs extraits des catacombes.

Parmi les temples tranformés, à différentes époques, en églises chrétiennes nous citerons encore : à Rome, le temple de Romulus et de Rémus, incorporé en 527 à l'église des Saints-Cosme-et-Damien ; à Spolète, deux temples changés, dans le cours du siècle, en église du San Salvatore et de San Angelo; à Athènes, le Parthénon, converti, en 529, par l'empereur Justinien en église de Sainte-Sophie; à Vienne en Dauphiné (France), un temple d'Au-

guste, devenu, au IX^ siècle, l'église de Notre-Dame-de-la-Vie. Voyez, au sujet des temples païens convertis en églises chrétiennes, Texier, Architecture byzantine, pp. 79-1 12.

Des monuments civils furent aussi quelquefois changés en églises chrétiennes, particulièrement les thermes et les bains, qui, chez les Romains, surpassaient en magnificence les temples eux-mêmes. Rome fournit plusieurs exemples de cette transformation : les églises de Sainte-Cécile et de Saint- Martin-des-Monts; et, à une époque plus récente, celles de San-Salvatorein-Thermis, de Sainte-Marie-des-Anges furent établies dans d'anciens thermes ou bains. Une salle profane, décorée au commencement du IV^ siècle par le consul Junius Bassus, devint au siècle l'église de Saint-André sur le mont Esquilin. Voyez au sujet de cette dernière transformation DE ROSSI, Bullettino di archeologia cristiana, 1871, pp. 5-29 et 41-65.

Ce n'est pas seulement à Rome que nous pouvons constater ce fait, mais aussi à Pise, à Arezzo, à Nîmes (France) et dans beaucoup d'autres villes.

§ 2. — Caractères du style latin.

I. ^ijôtcme et principes ^e anistnictian. Sur plusieurs points de l'empire, notamment à Rome, les basiliques chrétiennes furent souvent construites aux dépens des monuments antiques. On enlevait à ces monuments les colonnes, les architraves, les frises et toutes les autres parties susceptibles d'être réemployées. Mais, comme les basiliques étaient beaucoup plus vastes que les temples, il fallait souvent, pour en élever une seule, dépouiller plusieurs édifices païens. L'art architectural était si profondément déchu, que l'on ne craignit pas d'associer des débris différents de style et de dimension, tout en s'efforçant de les rajuster le mieux qu'il fût possible. L'entablement de la partie primitive de Saint-Laurent-hors-les-murs à Rome, qui date du

siècle, offre un exemple mtéressant de ce mode de construction ; nous donnons (fig. 161), une partie de cet entablement. On y voit réunis tant bien que mal des fragments divers d'architraves et de frises.

Lorsqu'on employait des colonnes provenant de divers monuments, elles n'appartenaient souvent pas au même ordre d'architecture, ou bien les fûts et les chapiteaux n'avaient pas la même hauteur. Dans ce cas on plaçait les tailloirs de toutes ces colonnes dans un même plan horizontal ; on enterrait, en partie, les colonnes trop longues, et on élevait celles qui étaient trop courtes sur des socles ou des piédestaux de différentes hauteurs. Les éghses

de Santa-Maria-in-Trastevere et de ÏAra-Coeli, à Rome, se distinguent par ces irrégularités dans la forme et la hauteur des colonnes. L'espacement

Fig. 161.

Entablement à la partie primitive de l'église de Saint-Laurent-hors-Ies-murs, à Rome.

et la distance relative des colonnes varièrent aussi entre des limites excessives. (( Avec cela, dit de Dartein, rien de plus simple que la construction d'une basilique. Une fois les colonnes rassemblées en nombre suffisant, on les alignait en longues files et on les réunissait par de grands blocs de marbre provenant des entablements ou bien, suivant un nouvel usage, par des arcades. Il ne restait plus qu'à bâtir par-dessus et à élever latéralement des murs en briques ou en moellons et à recouvrir le tout d'une toiture en charpente. » Étude sur r architecture lombarde, Ii"^ partie, p. 8.

Dans le midi de la France, les églises chrétiennes furent également construites avec les débris arrachés aux édifices païens. « Les monuments antiques de l'époque romaine, dit VioUet-le-Duc, laissaient sur le sol des Gaules une quantité innombrable de colonnes ; car aucune architecture ne prodigua autant ce genre de support que l'architecture des Romains. Nos premiers constructeurs romans employèrent ces fragments comme ils purent ; ils trouvaient très simple, lorsqu'ils élevaient un édifice, d'aller chercher, parmi les débris des monuments antiques, des fûts de colonnes et de les dresser dans leurs nouvelles constructions, sans tenir compte de leur grosseur ou de leurs proportions, plutôt que de tailler à grand'peine, dans les carrières, des pierres de grande dimension et de les amener à pied-d'œuvre. Il résulta de cette réunion de colonnes ou même de fragments de colonnes de toutes dimensions et proportions, dans un même édifice souvent, un oubli complet des méthodes qui avaient été suivies par les Romains dans la composition

des ordres de l'architecture. Les yeux s'habituèrent à ne plus établir ces rapports entre les diamètres et les hauteurs des colonnes, à ne plus éprouver le besoin de l'observation des règles suivies par les anciens. Cet oubli barbare, résultat de la perte des traditions et de moyens de construction très incomplets, du défaut d'ouvriers capables, fit faire aux architectes des premiers temps du moyen âge les plus singulières bévues. Pour eux, les colonnes antiques, souvent taillées dans des matières précieuses, furent un objet de luxe, une sorte de dépouille dont ils cherchèrent à parer leurs grossiers édifices, sans se préoccuper souvent de la fonction véritable de la colonne. D'ailleurs, s'ils étaient hors d'état de tailler un cylindre dans un bloc de pierre, à plus forte raison ne pouvaient-ils sculpter des chapiteaux et des bases ; il arriva qu'ils placèrent tantôt une colonne sur le sol sans base, tantôt un chapiteau antique sur une colonne dont le diamètre ne correspondait pas avec celui du fût. Trop inexpérimentés pour oser combiner un système

Fig. 162,

Vue intérieure du baptistère de Poitiers (vi^ ou vii^ siècle).

de construction sur des points d'appui grêles, ils placèrent les colonnes qu'ils arrachaient aux débris des monuments antiques dans des angles rentrants, ou les accolèrent à des piliers massifs, comme une décoration plutôt que comme un support. » Dictionnaii^e raisonné de V architecture, III, p. 492.

Le baptistère ou église de Saint-Jean-Baptiste à Poitiers, qui date du VF ou du VIF siècle, offre un exemple bien remarquable de ce mode de construction. Nous donnons (fig. 162) la vue intérieure de ce curieux monument. On est frappé, avant tout, de la différence notable qui existe entre les diamètres et les hauteurs des colonnes. Aux fûts de marbre s'adaptent tant bien que mal des chapiteaux, aussi en marbre, d'inégale grandeur. Le cintre extérieur de l'arcade centrale retombe sur deux colonnes offrant les plus grandes irrégularités : celle de droite paraît surmontée d'un entablement presque complet, composé d'une architrave, d'une frise et d'une corniche; celle de gauche n'a pas de couronnement, et l'arc, descendant plus bas que du côté opposé, va reposer pour ainsi dire directement sur le chapiteau. Les chapiteaux des colonnes recevant les retombées de la petite arcade sont aussi entièrement dissemblables.

La seule innovation de quelque importance introduite dans les constructions fut la substitution de l'arcade à l'architrave. Elle était due à plusieurs causes. D'abord, l'emploi d'entablements de hauteurs et de formes diverses produisait une irrégularité tellement choquante que . les architectes durent nécessairement songer à l'éviter lorsque c'était possible; ensuite, dans la plupart des cas, la construction de l'arcade sur colonnes ne présentait aucune difficulté insurmontable, même pour des architectes arriérés comme l'étaient ceux du V^ et du VF siècle; enfin, dès la fin du IIF siècle, l'arcade, importée de l'Orient, avait fait son apparition dans les thermes de Dioclétien à Rome, et dans le somptueux palais élevé par le même empereur à Spalatro, ville du bord oriental de l'Adriatique ; on n'avait donc plus à l'inventer, il suffisait de la copier.

Le déplorable système de spoHation que nous venons de faire connaître reçut son application, en Occident, partout où existaient des monuments antiques et particulièrement des temples païens. Dans les contrées où ces monuments faisaient défaut, les édifices de la période latine furent généralement petits, bas et très sobrement décorés; souvent même ils étaient en bois.

Il n'y eut guère d'exception à cette règle, si ce n'est à Ravenne et à Milan. Dans ces deux villes, principalement dans la première, on éleva, au V^ et au IF ÉD. 1 1

VI^ siècle, sans recourir à la dévastation d'édifices antérieurs, toute une série de monuments importants, dont plusieurs, encore debout aujourd'hui, témoignent qu'il existait là, à cette époque, une brillante école de constructeurs intelligents et bien doués. Les progrès réalisés par cette école exercèrent une grande influence sur le développement de l'art architectural tant en Orient qu'en Occident. Les deux édifices où ces progrès se manifestèrent tout d'abord se trouvent à Ravenne; ce sont le mausolée de l'impératrice Galla Placidia, bâti vers 440 (voyez la vue extérieure de ce monument cidessous, p. 197, fig. 197) et le baptistère catholique, construit entre les années 449 et 452. Dans ces deux monuments, antérieurs de quatre-vingts ans à Sainte-Sophie de Constantinople, le problème de l'établissement des coupoles ou voûtes hémisphériques sur pendentifs est résolu pour la première fois. Or, puisque, comme nous l'expliquerons plus tard, les coupoles ainsi établies forment le principal caractère distinctif du style byzantin, on peut dire que ce style se trouvait constitué à Ravenne, du moins en germe, près d'un siècle avant son évolution complète dans l'église de Sainte-Sophie.

Les voûtes de plusieurs monuments de Ravenne présentent, dans leur construction, une particularité originale qui ne se rencontre dans aucun autre édifice voûté anciennement, ni en Occident ni en Orient : elles sont composées de tubes creux, striés à leur surface, emboîtés les uns dans les autres et rendus solidaires au moyen de la couche de mortier dont ils sont enduits. Cette disposition ingénieuse, que quelques architectes modernes ont cherché à imiter avec raison, permet d'obtenir une grande solidité en même temps que beaucoup de légèreté.

Parmi les monuments remarquables, élevés à Ravenne au VF siècle, nous citerons les deux basiliques de Saint-Apollinaire, l'une in classe (534-549), l'autre in città (avant 55o) et le célèbre octogone de Saint-Vital (avant 542), sur le modèle duquel Charlemagne fit construire le dôme d'Aix-la-Chapelle et la curieuse chapelle castrale de Nimègue. Ces édifices furent bâtis par des artistes orientaux, qui ne faisaient que rapporter, en quelque sorte, à Ravenne tout développé le style byzantin dont leurs maîtres avaient puisé, quelque temps auparavant, les éléments constitutifs dans cette ville même.

Les progrès réalisés à Ravenne dans le système de construction paraissent dus à une influence artistique de source orientale, qu'il faut chercher sans doute en Syrie, en Palestine et dans l'Asie Mineure. Le fait que ces changements se sont manifestés d'abord à Ravenne et à Milan, deux villes, qui, au ve et au VI^ siècle, étaient en relations commerciales très suivies avec les provinces orientales de l'empire, vient d'ailleurs confirmer cette supposition.

L'énumération de tous les monuments de la période latine qui existent encore en Italie et sur la rive orientale de l'Adriatique nous mènerait trop loin. En France, le principal édifice de cette période, et aussi le mieux conservé dans son état primitif, est le baptistère de Poitiers. En Espagne, on trouve des vestiges de constructions latines près d'Oviédo et de Zamora, à Tolède et à Cordoue ; beaucoup de bases et de chapiteaux sculptés, datant du temps de la domination visigothe, ont été réemployés par les Maures dans la construction de la m.osquée, aujourd'hui cathédrale, de cette dernière ville. En Angleterre et en Allemagne, les monuments latins sont extrêmement rares. A notre connaissance il n'en existe pas en Belgique; dans les pays avoisinants on peut citer la cathédrale de Trêves et l'église de Saint- Géréon à Cologne, qui renferment, l'une et l'autre, des parties plus ou moins importantes du IV^ siècle, et l'égUse de Saint-Servais à Maastricht, où l'on a découvert récemment la crypte de Saint-Monulphe, monument du VF siècle, dont nous avons parlé ci-dessus p. i5o.

Avant de terminer ces courtes réflexions sur le style latin, nous ferons observer que, pour porter un jugement équitable sur les monuments de cette époque et sur leur valeur artistique, il faut toujours tenir compte des vicissitudes poUtiques que l'Europe a traversées depuis le IV^ siècle, et principalement des invasions des peuples barbares.

2. |lpparcil6 Î>C cmiôtrnction. Les basiliques et les monuments de la période latine sont construits avec des moellons réguliers, presque toujours Fig. 1G3. carrés, de moyen ou de petit

appareil, ou bien avec des briques plates, séparées par une épaisse couche de ciment. Souvent aussi les murs sont formés de cordons d'une, de deux ou de plusieurs assises de moellons alternant avec des cordons composés d'une ou de plusieurs assises de briques. Ce dernier mode de maçonnerie se rencontre dans plusieurs des plus anciennes basiliques romaines, Appareil de la basilique profane de Trêves (ive siècle). ^11^3^^,^^ Sainte-Agnès, Saint-

Fig. 164.

Fig. 165

-^iiiimjitiîiii'y'-^

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Appareil des basiliques de Sainte-Agnès, Sainte-Balbine ■ et Saint- Laurent, à Rome.

Laurent -hors- lesmurs et Sainte-

^^^A^^^^^E^^^^^-i-;-^ ainsi que dans les

substructions dj l'église de Saint- Géréon à Cologne, et dans quelques parties de la basilique chrétienne

Appareil de la basilique chrétienne de Trêves.

qui existent encore à la cathédrale actuelle de Trêves (fig. i65). La basilique profane de cette dernière ville (fig. i63) et la plupart des monuments de Ravenne dont nous avons parlé ci-dessus sont construits en briques.

3. PcccratiiUt monumentale. La période latine ne fut pas une époque brillante pour la sculpture d'ornement. Lorsqu'on ne se servit pas de fragments arrachés à des édifices anciens, on se contenta souvent d'imiter autant

que possible les modèles de la sculpture classique. Les chapiteaux des plus anciennes basiliques chrétiennes de Rome, par exemple de Saint - Laurent - hors - les -murs, fournissent la preuve de cette assertion. « Mais, dit Lenoir, les premiers chrétiens ne restèrent pas serviles imitateurs, bien qu'ils s'écartassent peu des principes de l'architecture païenne. En suivant avec soin, dans les basiliques latines de l'Italie, la marche succes-

Pîédestal dans la partie primitive de la basilique sive des innovations chrétiennes,

de Saint-î.aurent-bors-les-murs à Rome, , 1 j ^- • j

on les voit d abord tmiides et ne

s'attachant qu'à modifier le fleuron du chapiteau corinthien ou quelquesunes des moulures ornées de l'ionique; puis, dès le et le VF siècle, se présentent des compositions complètes, dans lesquelles l'aigle ou la colombe viennent remplacer la volute corinthienne pour soutenir l'abaque; on voit aussi des chapiteaux dont le bas offre l'aspect d'un panier tressé en rempla-

cernent des nombreuses feuilles épanouies. Le travail du ciseau et de petites croix grecques mêlées aux ornements ne peuvent laisser aucun doute sur l'authenticité de ces sculptures. A la basilique primitive de Saint-Laurent, les piédestaux des colonnes sont ornés, tant au gynéconitis qu'au rez-dechaussée, de croix grecques accompagnées de rosaces et de l'alpha et de l'oméga (fig. 166). » Architecture monastique, I, p. 216 et suiv.

Le tailloir des chapiteaux reçut, pendant la période latine, des dimensions et un évasement si considérables que bien souvent il paraît former un chapiteau supérieur superposé, sans intermédiaire, au chapiteau inférieur (fig. 167); i-1 porte alors le nom de sommier ou dosseret. La face du tailloir était ornée, du côté de la nef principale, d'un symbole, du monogramme du fondateur, ou plus souvent encore d'une croix pattée, isolée ou inscrite dans un cercle. On appelle croix pattée celle dont les bras sont plus larges aux extrémités qu'au point d'intersection des branches.

Cette croix, soit seule, soit entre deux agneaux ou deux oiseaux affrontés, a été, comme nous le dirons plus tard, un des symboles chrétiens les plus usités pendant la période latine. On trouvera ci-dessous, dans l'article consacré au style byzantin, les gravures de deux chapiteaux de Saint-Vital, à Ravenne, surmontés de dosserets, dont l'un porte, sur sa face principale, un monogramme l'autre une croix pattée entre deux agneaux affrontés.

Au vue et au VIIl^ siècle, la sculpture décorative est en pleine décadence; elle se distingue par une grande incorrection dans le dessin, et une extrême barbarie des formes. Il est cependant à remarquer que les végétaux et les figures géométriques sont mieux traités que les animaux, et que ceux-ci sont souvent d'une exécution supérieure à celle de la figure humaine.

En deçà des Alpes on a souvent employé comme motifs de décoration les frontons triangulaires appliqués sur les murs extérieurs des édifices. On trouve des exemples de cette ornementation au baptistère de Poitiers, au

Chapiteau corinthien dans hi partie primitive de la basiUque de Saint-Laurent-hors-les-murs à Rome.

monastère de Saint-Généroux (France), et à l'abbaye carlovingienne de Lorsch.

Il y eut toutefois, en certaines contrées de l'Italie, des exceptions à cette décadence générale de la sculpture monumentale. Une des plus remarquables nous est fournie par une série de monuments du IV^ et du siècle, qui existent encore aujourd'hui à Spolète dans l'Ombrie, et aux environs de cette petite ville. Ces monuments prouvent à l'évidence qu'à l'époque de leur construction, Spolète possédait une brillante école de sculpteurs habiles, dont les œuvres peuvent rivaliser avec les bonnes productions de l'art classique. Les sculpteurs de Spolète paraissent avoir excellé principalement dans l'exécution des rinceaux. Notre fig. i68 reproduit un fronton couronnant l'abside d'un petit temple païen converti, au siècle, en église chrétienne et décoré, à cette époque, d'élégants rinceaux, que, malheureusement, notre gravure rend d'une manière très défectueuse.

Fig. 168.

VERMORCKEN

Fronton du temple du dieu Clitumnus, décoré, au siècle, de rinceaux symboliques

par un artiste chrétien.

Nous devons aussi mentionner ici l'école de constructeurs qui fîorissait à Ravenne et à Milan, vers le milieu du siècle, et dont nous avons fait connaître ci-dessus, p. 162, la valeur et les mérites en ce qui concerne les progrès réaUsés dans la construction des voûtes. Cette école introduisit, pour orner l'extérieur de ses monuments en briques, un motif de décoration inconnu jusqu'alors, et digne d'être noté parce qu'il devint d'un usage général dans le style lombard et dans le style roman de la majeure partie

de l'Europe. Nous avons nommé les arcades et les arcatures. On voit : lO au baptistère de Ravenne, une corniche composée d arcatures dont les extrémités posent alternativement sur des bandes murales et de petits corbeaux (fig. 169); 2° au mausolée de Galla Placidia, de grandes arcades aveugles portées par des bandes murales (ci-dessous, p. 197, fig. 197) ; 3» à la rotonde de Saint-Aquilin à Milan, une corniche formée d'une galerie de circulation ouverte sur le dehors par une série d'arcatures ajourées s'appuyant sur des pieds-droits. Ces trois monuments fournissent donc déjà au siècle tous les éléments de la décoration à arcatures de la période romane.

Fig. 169.

Couronnement extérieur du baptistère des catholiques à Ravenne (449-452). (D'après de Dartein).

L'intérieur du baptistère catholique de Ravenne et du monument de Galla Placidia n'est pas moins intéressant que l'extérieur pour l'histoire de la décoration monumentale pendant la période latine. Les parties inférieures, celles qui correspondent au rez-de-chaussée, sont revêtues de placages et d'incrustations en marbres précieux dessinant des figures géométriques et des rinceaux de feuillage, les parties supérieures et la voûte sont couvertes de mosaiques en petits cubes de verre doré et émaillé, représentant des symboles, des saints et le baptême de Notre-Seigneur dans le Jourdain. « C'est dans l'architecture italienne du haut empire romain, observe très

judicieusement M. de Dartein, qu'il faut chercher, relativement à la période artistique que nous étudions, l'origine immédiate de la décoration par placages. Le Panthéon de Rome nous en offre un très ancien et remarquable exemple, et les ruines de Pompéï témoignent que, dès le premier siècle, on exécutait couramment en Italie toutes les variétés de mosaïques et d'enduits. L'usage de ces décorations superficielles fut la conséquence obligée du système de construction en maçonnerie de blocage, dont le Panthéon d' Agrippa, les thermes de Caracalla et de Dioclétien, la basilique de Maxence et tant d'autres monuments attestent le prodigieux développement à partir du principat d'Auguste. Toutefois, dans ces édifices grandioses, concrétions énormes de briques, pierrailles et mortier, une part assez importante, presque toute, il est vrai, de luxe et d'apparat, revient encore aux membres d'architecture à formes expressives, détachés ou saillants par rapport à la masse du blocage, et construits en grands quartiers de pierre, de marbre ou de granit. Mais après les beaux temps de l'empire, ces derniers éléments décoratifs furent employés avec moins d'abondance ; et leur usage se restreignit à mesure que la décadence fit des progrès ; car l'exploitation des carrières, le transport et la mise en œuvre de gros blocs devinrent alors de plus en plus difficiles. Par compensation, l'emploi des revêtements de diverse nature prit une importance croissante, et la décoration intérieure se fit presque exclusivement superficielle. » Etude sur V architecture lombarde, partie, p. 23. Les artistes de Ravenne trouvèrent, dans les anciens monuments chrétiens, le modèle des mosaïques composées de petits cubes diversement colorés. Dès le IV^ siècle, l'abside des basiliques chrétiennes et les voûtes du baptistère de Sainte-Constance, bâti par Constantin lui-même, en étaient tapissées.

Dans le baptistère de Ravenne et le tombeau de Galla Placidia, nous trouvons donc déjà constitué, du moins en partie, le système de décoration monumentale intérieure par revêtements en marbres et en mosaïques, que le style byzantin porta, environ un siècle plus tard, à un si haut degré de perfection.

Nous terminons ces réflexions sur la décoration monumentale de la période latine, en appelant l'attention du lecteur sur un fait remarquable qui ressort de l'étude des plus anciens monuments de Ravenne. Ce fait le voici : Au siècle, Ravenne communique à Constantinople les éléments constitutifs du style appelé plus tard byzantin, et au VF siècle Ravenne reçoit, à son

tour, de Byzance les derniers développements de ce même style. Ces échanges s'opérèrent à la suite des relations commerciales très fréquentes qui existaient entre ces deux villes. Deux des monuments construits au VF siècle, à Ravenne, par des artistes grecs, Saint-Appollinaire-m-c/<î55e et Saint- AppoWinaire-in-città, présentent cette particularité que leur plan est celui de la basilique latine, tandis que toute leur décoration est franchement byzantine.

4. tllartl)er^ facaïree d portée U$ basiliques. Le narthex intérieur, appelé aussi porche et occupant le fond de l'atrium, était formé par le portique adossé à la façade principale de la basilique. Il' se reliait, par les extrémités, aux galeries qui entouraient l'atrium.

Du côté de la cour, il était porté par des colonnes richement travaillées, ordinairement de marbre ou de granit. Des entablements, également de marbre ou de granit , et imitant plus ou moins fidèlement ceux de l'architecture classique, reliaient ces colonnes entre elles. L'architrave et la frise étaient ornées de sculptures, de mosaïques et d'inscriptions.

Du côté de la basilique, la toiture du porche, faiblement inclinée, s'appuyait contre le mur de la façade sur toute la largeur de l'édifice, de manière à masquer entièrement les nefs latérales ou bas côtés. Le corps

Fig. 170.

Façade de la basilique de Saint-Laurent-hors-les-murs à Rome.

— lyo -

principal de la façade, qui correspondait à la hauteur et à la largeur de la nef du milieu, s'élevait derrière le porche et se terminait par un pignon ou fronton triangulaire indiquant l'inclinaison du toit supérieur. Ce pignon était souvent couvert de mosaïques et de peintures, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la basilique. Quelquefois, comme à la basilique de Saint- Laurent-hors-les-murs, le pignon était remplacé par une pente fuyante du toit faisant croupe (fig. 170).

Dans la partie de la façade comprise entre le fronton triangulaire du couronnement et le toit du porche on pratiqua d'ordinaire une ou deux rangées de fenêtres pour éclairer la nef.

Les porches n'avaient généralement pas d'étage. On en trouve cependant quelques-uns, par exemple celui de Saint-Sabas à Rome, qui étaient surmontés d'une galerie.

Fig. 171.

Porche extérieur de la basilique de Saint-Clément

à Rome.

Le narthex extérieur qui , dans quelques basiliques, se trouvait devant l'entrée de l'atrium consistait , comme le narthex intérieur, dans un appentis appuyé par derrière sur le mur de l'atrium et par devant sur une colonnade. Il y a des basiliques où, au lieu d'établir un appentis s'étendant sur toute la largeur de l'atrium, on s'est contenté d'abriter la porte d'entrée de celui-ci au moyen d'un petit toit porté par quatre colonnes, ou par deux colonnes et deux pieds-droits. On trouve encore, à Rome, plusieurs de ces petits porches, par exemple, à Saint-Clément et à Sainte- Praxède. Nous donnons ci-contre (fig. 171) le porche extérieur jde Saint-Clément.

Dans les basiliques où les accidents de terrain ne permet-

Fig. 17:

taient pas d'établir l'atrium et le narthex, on remplaçait quelquefois ceux-ci par des galeries surmontées d'un étage, placées à l'intérieur de l'édifice le long de la façade. On rencontre des exemples de ces galeries intérieures dans deux des plus anciennes basiliques de Rome : à Sainte-Agnès et dans la partie primitive de celle de Saint-Laurent-hors-les-murs.

Les portes des basiliques étaient construites sur le modèle des portes riches du style classique. Quelquefois même on se servit de belles portes antiques qu'on transporta à l'entrée des basiliques chrétiennes. La plupart des portes étaient encadrées de trois pièces de marbre : deux formaient les pieds-droits du chambranle et supportaient la troisième placée en linteau. Le chambranle était orné de sculptures ou d'incrustations en marbres de différentes couleurs.

En avant de la porte principale se trouvaient fréquemment deux lions de marbre, entre lesquels les juges rendaient la justice ; de là l'expression sedej^e inter leones, qui signifie faire office de juge. L'usage de figurer deux lions aux porches des églises a été conservé bien longtemps, surtout en Italie. La plupart des grandes églises élevées dans ce pays pendant le moyen âge conservent encore aujourd'hui ces lions, qui sont souvent placés entre la base et le fût de deux colonnes du porche, de telle sorte que les colonnes semblent appuyées sur le dos des animaux. Les lions sont presque toujours taillés dans le même bloc de marbre que le fût de la colonne. Dans l'Europe centrale on voit encore les deux lions symboliques au porche de l'église de Saint-Géréon à Cologne, et à celui de la cathédrale de Goire (Suisse).

Les vantaux des portes des basiliques étaient de bronze ou de bois. Quelques-unes des portes de bronze des premières basiliques provenaient de monuments paiens ; d'autres furent l'œuvre d'artistes chrétiens. En 781, le pape Adrien I fit placer, à l'église des Saints-Gosme-et-Damien, les deux portes de bronze antique qu'on y admire encore aujourd'hui; ces portes avaient été trouvées à Pérouse. Souvent on couvrit les portes de lames d'argent : Honorius affecta une masse d'argent, du poids de neuf cent soixante-quinze livres, à l'ornementation de la porte principale de la basilique du Vatican, et Anastase le Bibliothécaire nous apprend que du temps de Grégoire IV, au IX^ siècle, l'église de Sainte-Marie-Majeure possédait des portes d'argent.

Ces portes , destinées à fermer l'église pendant la nuit, restaient ouvertes pendant le jour, et alors l'entrée de l'église était voilée par des rideaux et des tentures en étoffes plus ou moins précieuses. De nos jours encore l'usage des tentures aux portes des églises est général en Italie et dans les pays méridionaux.

5. /euètres et clôturer ïie fenêtre. Les baies des fenêtres des basiliques consistaient dans des ouvertures allongées et fermées à leur partie supérieure par un plein cintre. Dans le pignon et immédiatement sous les combles on trouve aussi des fenêtres circulaires, qui ont reçu le nom d'œils-de-bœuf, oculi. Le nombre des fenêtres était ordinairement considérable : la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs à Rome, reconstruite récemment sur le plan primitif, en a cent vingt; la première basilique de Saint-Pierre-au-Vatican en comptait quatre-vingts. Saint Grégoire de Tours affirme que l'église de Saint-Martin de sa ville épiscopale en avait cinquante-deux.

Les fenêtres étaient closes par de grandes tablettes de marbre ou de pierre, évidées et percées de trous pour introduire la lumière du jour dans l'intérieur des édifices.

=fî^ On trouve des exemples de ces clôtures dans la plupart des monuments profanes des Romains ; on en voit notamment dans les ruines du cirque Maxime et aux thermes Fenêtres avec clôture en marbre, à la basilique de Caracalla. La basilique

Saint-Laureni-hors-les-murs à Rome.

de Saint- Laurent-hors-lesmurs à Rome conserve aujourd'hui encore des clôtures primitives de ce genre, qui se distinguent par une grande simplicité. Voyez fig. 173 et 174.

Plus tard les tablettes furent évidées de manière à présenter des dessins plus compliqués, tels que des entrelacs (fig. 175), des imbrications (fig. 176), des cercles inscrits dans des carrés, etc.

Dans l'Europe occidentale et septentrionale, où les tablettes de pierre et de marbre de grande dimension faisaient défaut, on plaça des châssis en bois dans les baies des fenêtres.

Clôtures de fenêtre à Saint-Martin-des-Monts à Rome. Les ouvertures des claires-voies étaient tantôt vides (surtout dans les pays méridionaux), tantôt remplies de pierres translucides ou spéculaires, de plaques d'albâtre, de minces tablettes de marbre, de fragments de verre, ou d'autres matières transparentes.

Pi^ Nous donnons ici (fig. 177) un

curieux exemple de clôture de fenêtre que l'on voit à la basilique de Torcello, près de Venise. Cette clôture n'est autre chose qu'un volet en pierre muni de pivots taillés dans le même bloc et roulant sur des gonds en marbre scellés dans le mur.

L'usage de remplir de morceaux de verre les vides des cloisons des lénétres est très ancien. Saint Jean Ghrysostome, saint Jérôme, Lac tance, saint Grégoire de Tours, Fortunat et d'autres auteurs ecclésiastiques du et du siècle

Volet en marbre à la basilique de Tcrcello,

parlent fréquemment de fenêtres fermées avec des lames de verre. Sidome Apollinaire, évêque de Clermont, mort en 488, nous apprend, dans un poème qu'il composa à l'occasion de l'achèvement d'une église bâtie à Lyon par l'évêque Patiens, que les fenêtres de cet édifice étaient closes par des tablettes de marbre garnies de verre de couleur verdâtre.

Dès le VII^ siècle, il y avait des verrières composées non seulement de verres blancs ou verdâtres, mais aussi de verres colorés. « Dans ces verrières éclatantes de diverses couleurs, dit Labarte, il n'y avait encore aucune figure, aucun ornement peint sur le verre ; elles se composaient d'un grand nombre de pièces diversement colorées, teintes chacune uniformément dans la masse, coupées sur différents patrons et assemblées de manière à rendre des motifs. On ne doit les regarder que comme des mosaïques transparentes. » Histoire des arts industriels, 2^ éd., II, p. 3 12. Labarte indique, au même endroit, plusieurs passages des auteurs ecclésiastiques, où il est traité de l'usage du verre ordinaire et des verres colorés.

6. Cl)ttCpcute$ ï»e cambU. a partir du règne de Constantin on ne couvrit plus les grands édifices que de charpentes. Ces charpentes étaient d'une construction fort simple mais solide. Elles sont formées d'une suite de fermes portant \qs pannes, sur lesquelles reposent les chevrons. La fig. 178 explique la disposition la plus commune des fermes de comble dans les anciennes basiliques, et fait connaître, en même temps, le nom des différentes parties

Fig. 178.

Charpente de comble, à l'église de Sainte-Sabine à Rome.

Charpente de comble, à l'église de Saint-Paul-horc-les-murs à Rome.

qui composent les charpentes de comble de l'antiquité,

ABCD est la ferme. Les poutrelles E , réunissant les fermes, sont des pannes; elles reposent

sur des chantignolles, ou petites pièces de bois taillées en biseau. FG et GN sont les chevrons. La poutre placée entre les lettres G et B et destinée à réunir le sommet des fermes voisines porte le nom de faîtage. La ferme se compose de deux arbalétriers AB, BC, d'un entrait ADC et d'un poinçon BD, lié aux arbalétriers par les liens ou jambettes a.

Fig. 180.

Tour de l'église de Sair\t-Apo\\\na\rt-iti-classe à Ravenrie (vi^ siècle).

Beaucoup de fermes, par exemjple celles de la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs à Rome (fig. 179), ont un double entrait; l'entrait supérieur porte alors le nom à'entrait retroussé. Dans ces fermes les jambettes, au lieu d'être assemblées dans l'extrémité inférieure du poinçon, le sont dans l'entrait, parallèlement au poinçon.

La plupart des charpentes restaien apparentes à l'intérieur de l'édifice ; et encore aujourd'hui en ItaHe plusieurs basiliques sont couvertes de toits dont toutes les parties sont visibles.

Quelquefois on couvrait les nefs de plafonds suspendus à la charpente de la couverture et simulant des caissons richement décorés de peintures et de dorures.

7. S mire. Peu de basiliques du style latin ont possédé des tours depuis leur fondation ; les clochers que l'on voit aujourd'hui près

des anciennes églises de Rome sont presque tous postérieurs au VI 11^ siècle.

Les tours de la période latine sont bâties le plus souvent sur plan circulaire ou octogone. On trouve encore de nos jours, à Ravenne, plusieurs tours cylindriques. Nous donnons (fig. 180) celle de Ssiml-Apo\lma.iiQ-i?î-ciasse de cette ville; elle date du milieu du VF siècle.

(( L'entrée du narthex (de Saint- Vital à Ravenne), dit de Dartein, flanquée par deux tours rondes, rappelle la disposition des portes de villes romaines. Saint-Vital offre, avec Saint-Laurent de Milan, le premier exemple de l'usage des tours dans l'architecture religieuse. Les plus anciens campaniles de Ravenne, ceux de Saint-Apollinaire-/;2-c/^i55e, de Saint-Apollinaire-z;?-cz7/<i et de Sainte-Marie-Majeure, ont reçu la forme circulaire, peut-être en imitation des tours de Saint-Vital. » Etude sur tarchit. lombarde, L^part., p.46.

Il serait difficile de dire si ces tours primitives furent construites pour recevoir des cloches, ou bien si elles eurent une autre destination. En effet, les savants ne sont pas d'accord sur l'époque où l'usage des cloches fut introduit. Il paraît cependant certain que, déjà au VIF siècle, on se servait de cloches pour annoncer les offices divins.

8. Ileintures en ma$aïc|ue. Dans les grandes basiliques, la voûte en culde-four de l'abside, l'arc triomphal et, quelquefois aussi, les murs compris entre les fenêtres hautes de la nef et les arcades reliant les colonnes étaient couverts de riches mosaïques.

« On entend par mosaïque une sorte de peinture produite par l'assemblage de petits morceaux de matières dures ou endurcies, colorées naturellement ou artificiellement, qui sont fixés sur une surface à l'aide d'un ciment. Les pierres dures, les marbres et les pâtes de verre sont les matières le plus ordinairement employées dans ce genre de travail. » Labarte, Histoire des arts industriels, 2^ éd., II, p. 333.

La peinture en mosaïque n'est qu'une variété de Vopus vermiculatum des anciens (voyez ci-dessus p. 3o). Primitivement le peintre mosaïste se servait de morceaux de pierre ou de marbre ; plus tard il employa aussi des cubes de verre coloré. Les Grecs furent les inventeurs de ce dernier procédé, et, pendant tout le moyen âge, ils restèrent les plus habiles dans l'art du mosaïste. Ils introduisirent aussi les cubes de verre doré et argenté, au moyen desquels ils donnèrent aux mosaïques un ton et un éclat des plus vigoureux. Ces cubes, composés de deux lames de verre blanc superposées et soudées ensemble, entre lesquelles est fixée une mince feuille d'or ou d'argent

battu, furent d'un usage très commun depuis les premiers siècles et forment le fond de la plupart des mosaïques anciennes. Les Byzantins se sont servis fréquemment des cubes argentés dans les encadrements et dans les lumières des vêtements, où ils produisent un effet heureux; les occidentaux, au contraire, les ont employés très peu.

En France, en Allemagne et dans tous les pays de l'Europe occidentale, les mosaïques ont été très rares. Les chroniqueurs ecclésiastiques en signalent quelques-unes en France. Saint Grégoire de Tours rapporte, entre autres, qu'Agricola, évêque de Châlons-sur-Saône, construisit une église soutenue par des colonnes et ornée de marbres de diverses couleurs ainsi que de peintures en mosaïque. Hist. eccl. des Francs, liv. V, ch. 46. Le dôme d'Aix-la-Chapelle, construit par Charlemagne, fut entièrement couvert de peintures en mosaïque par des ouvriers venus de l'Italie et particulièrement de Ravenne. Dans la coupole octogone, on voyait, à mi-hauteur de la face orientale, vis-à-vis de l'entrée de l'église, au milieu d'un champ parsemé d'étoiles, le Christ portant le nimbe crucifère, assis sur un trône, bénissant de la main droite et tenant de la gauche un livre. Autour du trône étaient représentés les symboles des quatre évangélistes. Enfin, dans la zone inférieure de la coupole, se trouvaient vingt-quatre vieillards, trois sur chaque pan, offrant des couronnes ou des diadèmes au Sauveur; cette représentation faisait allusion à la vision rapportée par saint Jean au chapitre IV de l'Apocalypse. A la base de la coupole brillait le monogramme du Christ, au milieu d'une inscription qui se terminait par les mots KAROLVS PRINCEPS. Le trône du Christ était circonscrit par une auréole circulaire, formée de plusieurs cercles concentriques de couleurs éclatantes. Des recherches faites, vers 1870, pour retrouver, sous le plâtras, ce qui restait peut-être encore des anciennes mosaïques, que la main dévastatrice des modernisateurs du XVIII^ siècle avait essayé de faire disparaître, ont été couronnées d'un plein succès. On a découvert un fragment considérable d'un des vingt-quatre vieillards et les traces de plusieurs contours du dessin. Ces indications précieuses ont permis de déterminer d'une manière certaine les dimensions des figures primitives. On a retiré, en outre, des dépendances du dôme, plusieurs tonneaux remplis de cubes colorés et dorés, provenant de l'ancienne mosaïque. La restauration de la coupole est aujourd'hui terminée. Les cartons de cette restauration ont été composés en tenant compte, autant que possible, d'une gravure de la mosaïque, publiée au XVIie siècle par Ciampini [Vetera monimentaj II, p. 184, pl. XLI), gravure malheureusement très IF ÉD. 12

défectueuse et dont il n'était pas permis de suivre les données sans les soumettre à un contrôle sérieux (i). Il est 'fortement question, en ce moment, de continuer la restauration de tout l'octogone carlovingien ; nous formons des vœux pour qu'elle se fasse de manière à rendre à l'édifice, dans la mesure du possible, son style primitif et son aspect original.

Dans plusieurs basiliques de Rome l'abside, voûtée en cul-de-four, renferme au centre l'image du Christ debout ou assis, bénissant de la main droite ou l'étendant, et tenant un rouleau ou un livre dans la gauche. Aux côtés du Sauveur se trouvent les apôtres ou d'autres saints. Le sol qu'ils foulent aux pieds est celui de la Judée, comme le prouvent la représentation du Jourdain, dont le nom est souvent inscrit sous les pieds du Christ, et la présence des palmiers, qui furent, depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne, le symbole de la terre promise. Au bas de l'abside s'étend, sur toute la largeur, une zone étroite, au centre de laquelle on voit l'Agneau divin nimbé, avec ou sans croix, placé sur un tertre d'où jaillissent les quatre fleuves du paradis : Gehon, Phison, Tigris et Euphrates , symboles des évangélistes. Douze brebis, six de chaque côté, se dirigent vers l'agneau et semblent sortir des villes saintes Hierusalem et Bethléem, qui occupent les extrémités de la zone, et sont représentées par des portes et des murailles crénelées. Ces agneaux sont les symboles des apôtres ou des fidèles.

Voyez (fig. i8i) la mosaïque de l'abside de l'église des Saints-Cosme-et- Damien à Rome, dans laquelle sont reproduits les sujets que nous venons d'indiquer. Elle date de l'année 527.

A la droite du Sauveur on voit saint Pierre, saint Cosme et saint Félix, et à sa gauche saint Paul, saint Damien et saint Théodore. Saint Cosme est présenté à Notre-Seigneur par saint Pierre, et saint Damien par saint Paul, Saint Cosme, saint Damien et saint Théodore portent une couronne dans le pan de leur vêtement. Pendant la période latine, on a souvent donné cet attribut aux apôtres et aux saints. Le pape saint Félix tient dans les mains un petit modèle d'église pour signifier qu'il est le fondateur de la basilique. Un phénix, à nimbe radié, est perché sur le palmier placé derrière saint Félix.

(1) Les cartons et les e'tudes préparatoires à la restauration de la mosaïque d'Aix-la-Chapelle sont l'œuvre d'un archéologue belge, M. le baron Jean Béthune, qui a utilisé à cet effet le concours de M. Jules Helbig. Les mosaïques ont été exécutées, à Venise, par l'établissement Salviati. On doit regretter que ce travail se soit fait sans que les auteurs des cartons aient été appelés à le diriger ou, du moins, à s'assurer si l'exécution était en tout point conforme à leurs dessins.

L'inscription qui occupe la zone inférieure doit se lire de la manière suivante :

AVLA DI (Dki) CLARIS RADIAT SPECIOSA METALUS

In qva plvs fidei lvx pretiosa micat.

Martyribus medicis popvlo spes certa salvtis

Venit et ex sacro crevit honore locvs.

Optvlit hoc dno (Domino) felix antistite dignvm

MvNVS VT aetheria vivat in arce poli.

Les noms des quatre fleuves du paradis sont orthographiés de la manière suivante : Geon, FYSON, Tigris, Evfrata.

Qjuelques mosaïques représentent la vision que saint Jean raconte au chapitre IV de l'Apocalypse, c'est-à-dire les quatre animaux, symboles des évangélistes, et les vingt-quatre vieillards revêtus de manteaux blancs et offrant leurs couronnes à l'Agneau. Ce sont ces mêmes vieillards qui étaient figurés dans la mosaïque d'Aix-la-Chapelle.

9. Ilrtuemcntô. Pour couvrir l'aire de leurs basiUques, les premiers chrétiens se servaient des différentes espèces de pavements en usage chez les Romains, que nous avons décrites p. 3o et suiv. Dans le commencement, ces pavements n'offraient aucune recherche : ils reproduisaient le plus souvent des figures géométriques très simples. Ainsi, par exemple, une des plus anciennes mosaïques de Rome, celle de Saint-Martin-des-Monts, que l'on attribue à Constantin, est composée de petits cubes en marbre blanc, ayant un centimètre sur chaque côté, et formant, par leur assemblage, des carrés de 32 centimètres environ. Ces carrés sont séparés les uns des autres par de larges bandes noires composées de petits cubes de la même dimension.

Plus tard les différents modes de pavement empruntés aux anciens Romains furent remplacés par un travail d'un nouveau genre, appelé alexandrin, opus alexandrinum, parce que, employé d'abord à Alexandrie d'Egypte, il fut importé de cette ville en Occident. Quelques écrivains cependant prétendent, mais sans fondement, qu'il a reçu ce nom, de ce que son emploi date du règne d'Alexandre Sévère. La première opinion paraît la seule fondée ; car tous les matériaux dont on se sert pour les pavements dits alexandrins sont de provenance africaine.

Ces pavements consistent dans des assemblages de marbres variés, où les porphyres rouge et vert dominent. Ils représentent des enroulements, des entrelacs, des cordons tressés et des figures géométriques. On dirait voir un riche tapis étendu sur le sol.

Le pavement alexandrin, qui n'est qu'une variété de Vopus sectile des anciens (voyez ci-dessus, p. 3i), est resté en usage jusqu'au XVF siècle. Plusieurs anciennes églises d'Italie possèdent encore de nos jours des pavements de ce genre, qui, pour la plupart, sont d'une date assez récente. Les pavements alexandrins antérieurs au XIF siècle ne se rencontrent presque plus.

Voici (fig. 182) un fragment du pavement alexandrin de l'éghse de Saint- Clément à Rome.

Le pavement alexandrin fut rarement employé dans l'Europe occidentale et septentrionale. Il paraît cependant avoir été en usage à Cologne, à Trêves et à Aix-la-Chapelle, où Ton en rencontre encore parfois des vestiges dans les anciennes églises.

Il y eut aussi des pavements où l'argen et les métaux précieux étaient prodigués. Le pape Adrien I fit couvrir de lames d'argent une partie du sol du sanctuaire dans la basilique du Vatican, et le pape Léon III de lames d'or le pavement de la confession de Saint-Pierre, dans la même basilique.

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