AUTELS, AMBONS, CANCELS ET SIÈGES D'ÉVÉQUE
I. j^lutcl?. L'usage de célébrer les saints mystères sur les tombeaux des martyrs prit naissance dans les catacombes. Dès le IIP siècle, cet usage fut sanctionné par l'Église. Ane ste se le Bibliothécaire nous apprend que le pape saint Félix, mort en 274, ordonna d'offrir le saint sacrifice sur les tombeaux des martyrs. Plusieurs lois ecclésiastiques ont renouvelé, dans la suite, la prescription de saint Félix. C'est dans cette prescription que nous trouvons la raison pour laquelle, en Occident, l'autel était presque toujours dressé au-dessus du tombeau d'un martyr. Les restes mortels du saint se plaçaient immédiatement sous l'autel dans un sarcophage, ou plus souvent encore reposaient dans une crypte située au-dessous du sanctuaire. Si, par exception, il ne se trouvait pas de tombeau dans le lieu où l'on voulait bâtir une église, on allait chercher des reliques dans les cimetières sacrés pour les placer sous l'autel. En Grèce et en Orient, l'autel n'a jamais été, et n'est pas encore de nos jours une tombe, mais une table qui rappelle celle sur laquelle le Sauveur institua la sainte Eucharistie. L'autel des Grecs et des orientaux se compose ordinairement d'une tablette de marbre ou d'une table de bois portée sur une colonne ou cippe (colonne sans base ni chapiteau), ou même sur quatre pieds comme une table ordinaire; il ne renferme pas de reliques.
Fi'g. 182.
Pavement en opus Alexandrinum, à l'église de Saint-Clément à Rome.
Déjà du temps de Constantin la plupart des autels de l'Église d'Occident étaient de pierre ; quelques auteurs même attribuent au pape saint Silvestre, contemporain de cet empereur, un décret ordonnant que la pierre seule soit dorénavant employée dans la construction des autels. Toutefois l'authenticité de ce décret est à bon droit révoquée en doute par un grand nombre de savants, parce que, dans les écrits des saints Pères du IV^ et du siècle, il est encore quelquefois fait mention d'autels de bois. Au commencement du Vie siècle (5 17), le concile d'Epone prescrivit que tous les autels seraient de pierre. Les autels de pierre furent employés pour des raisons symboliques. Le Sauveur est appelé la pierre angulaire^ et l'Apôtre dit de lui qu'// était la pierre : Petra autem erat Ch?istus.
Nous ne possédons plus d'autels de bois datant de la période latine. Les autels en pierre de cette époque sont toujours composés d'une tablette carrée ou rectangulaire, formant la table d'autel. Cette tablette sert quelquefois de couvercle à un sarcophage ou à un tombeau en maçonnerie; d'autres fois elle est portée sur un pédicule central unique en forme de cippe, appelé calamus ou columella, ou sur quatre, cinq et même six colonnettes. Un autel ancien, découvert à Auriol près de Marseille (fig. i83), et remontant
Fig. 183,
Autel du ve; siècle, trouvé à Autrl^l près de Marseille.
probablement au ve siècle, n'a pour tout support qu'une colonnette. La face principale est ornée de douze colombes, six à droite et six à gauche, symétriquement disposées' et affrontées, séparées par le monogramme du Christ inscrit dans un cercle et flanqué des lettres A et Les deux faces latérales
g ont décorées de ceps de vigne chargés de raisins que becquettent des colombes. La face postérieure, probablement destinée à être encastrée dans le mur, ne porte aucun ornement. On conserve, au musée de Marseille, une table d'autel en marbre, portée autrefois par quatre colonnes (une à chaque angle), dont la face antérieure et les faces latérales offrent les mêmes sculptures que l'autel d'Auriol. La face postérieure est ornée d'agneaux disposés de la même manière que dans les zones inférieures des mosaïques absidales dont nous avons parlé ci-dessus p. 178, c'est-à-dire qu'au centre se trouve l'Agneau divin, placé sur un monticule d'où s'écoulent quatre ruisseaux. Des deux côtés six brebis, ayant la tête tournée vers l'Agneau central, semblent s'avancer vers celui-ci.
Il y avait aussi des autels composés de trois tablettes, dont deux, posées verticalement, servaient de supports à la troisième, placée horizontalement
Fig. 184.
Aatel du ve siècle, à l'église de Saint-Étienne à Bologne.
et formant la table d'autel. Enfin, on trouve des autels de cinq plaques offrant, par leur assemblage, la forme d'un coffre en pierre. Nous donnons (fig. 184) la face antérieure de l'autel de Saint- Vital, probablement du ve siècle, que l'on voit à l'église de Saint-Étienne à Bologne. La date CCCLXXXII (382), gravée sur cette face, a été ajoutée postérieurement au monument, et, par conséquent, ne prouve rien.
A l'égHse des Saints-Nazaire-et-Celse, monument que Galla Placidia s'est fait construire à Ravenne, vers l'année 440, pour y être ensevelie, il existe encore aujourd'hui un autel formé de cinq tablettes et remontant à l'époque même de la fondation de l'édifice. La face antérieure et les deux faces latérales, d'albâtre oriental transparent, sont décorées de bas-reliefs encadrés dans une riche bordure sculptée. Sur la face principale (fig. i85)se trouve une croix pattée entre deux agneaux. Au-dessus de ceux-ci sont suspendues des
couronnes. Les faces latérales portent une simple croix pattée, au-dessus de laquelle pend une couronne. Les croix symbolisent le Sauveur, et les agneaux les apôtres ou les fidèles.
Voici (fig. 186) la
face antérieure d'un
r • • , j j ^ M T^, -j- autel du commence-
Face antérieure ùe 1 autel du mausolée de Galla Placidia
à Ravenne (440 environ). ment du VIIF siècle,
que l'on voit à l'église de Cividale-en-Frioul. Dans une auréole formée de feuilles et portée par quatre anges, on voit Notre-Seigneur Jésus-Christ entre deux chérubins ; on reconnaît facilement ces derniers aux yeux dont leurs ailes sont semées. La main placée au sommet de l'auréole symbolise
Fig. 186.
iJiltî^ XI MAD OA/AN PI At^ G- LAUIT6VBIEiM.COM cr^o^^P CM MIQ M IVI3I0VEB1N
Autel de Cividale-en-Frioul (première moitié du viiie siècle), la présence de Dieu le Père. L'artiste a voulu figurer la glorification du Sauveur et son entrée triomphale dans le ciel. Les étoiles et les fleurons dont le champ est parsemé indiquent que la scène se passe dans les régions célestes.
Ces sculptures montrent que l'art était tombé bien bas au VIIF siècle. « Les figures avec leurs attitudes roides et forcées, leurs visages tout de face, et leurs membres disproportionnés, dit de Dartein, sont d'une barbarie si complète qu'il est difficile d'imaginer rien de plus grossier et de plus laid. L'inscription, fort mal écrite dans un langage presque inintelligible, ne vaut pas mieux que les sculptures. » Etude sur rarchît. lombarde, Il^part., p. i5.
Il y avait aussi des autels dont la table était en forme de disque. Les autels de cette forme sont très anciens et rappellent sans doute les trépieds que l'on voit dans plusieurs fresques des catacombes faisant allusion au banquet céleste et eucharistique (voyez ci-dessus, pp. 86 et 87, les fig. 82, 83 et 84). Ils n'ont jamais été très communs; aussi n'en trouve-t-on guère qui aient échappé à la destruction. Voici (fig. 187) une tablette d'autel circulaire en marbre, actuellement hors d'usage, scellée, au-dessus du siège de l'évêque qui occupe le fond de l'abside à l'église de Saint-Jean à Besançon. Elle date du ou du VF siècle et mesure 1^07 de diamètre.
Fig. 187.
Table d'autel, de forme circulaire, à l'église de Saint-Jean à Besançon (v^ ou vi^ siècle). L'inscription, relative au monogramme du Christ, doit se lire : HOC SIGNVM PRAESTAT POPVPIS (populis) CAELESTIA REGNA.
Lorsque les faces des autels des basiliques et des grandes églises ne recevaient pas de sculptures, elles étaient souvent revêtues de lames d'or et d'argent avec sertissures de pierres précieuses, ou couvertes d'étoffes brodées reproduisant quelquefois des sujets sacrés. Anastase le Bibliothécaire rapporte, dans ses Vies des souverains pontifes, plusieurs dons de parements d autel en or, en argent ou en broderies, faits par les papes à diverses basiliques de la ville éternelle. L'empereur Constantin fit exécuter sept autels d'argent, chacun du poids de 260 livres, dans la basilique qui portait son nom, et appelée aujourd'hui église de Saint-Jean-de-Latran, à Rome. Sozomène rapporte que l'impératrice Pulchérie, sœur de Théodose le jeune, fit présent à une église d'une table d'autel tout entière d'or pur et garnie de pierreries. Le pape Sixte III fit faire, pour l'église de Sainte-Marie-Majeure à Rome, un autel , en argent très pur, pesant 3oo livres.
Fig. ,88. Voici (fig. 188) un
autel recouvert de draperies, emprunté aux mosaïques de l'éghse de Saint- Vital à Ravenne exécutées vers l'année 540.
Depuis le IV^ siècle jusque vers le milieu du XIF, les tables d'autel sont fréquemment creusées en forme de plateau dans toute l'étendue du plan supérieur et présentent un rebord de quelques centimètres de hauteur, quelquefois décoré de sculptures; voyez fig. i83. Souvent aussi elles étaient percées, aux angles, d'un ou de plusieurs trous, dont la destination n'est pas connue d'une manière certaine. Quelques auteurs pensent que ces ouvertures étaient destinées à offrir un passage à l'eau lorsqu'on lavait l'autel, d'autres croient
Aulel recouv;;rt d'étoffe (mosaïque du vi'' siècle), à Saint- Vital à Ravenne.
qu'on y fixait les supports auxquels étaient suspendus les voiles de l'autel.
Chez les Grecs comme chez les Latins, l'autel était surmonté d'un cîborium, espèce de dais ou baldaquin porté par quatre colonnes de bois, de marbre ou de métal, et destiné à appeler le respect sur l'autel qu'il abrite (i).
Anastase, qui donne souvent au ciborium le nom de tigwHum (c'est-à-dire cabane, chaumière), raconte que saint Grégoire le Grand (590-604) fit élever, à Saint- Pierre de Rome, un ciborium dont les colonnes étaient d'argent.
Fig. 189.
Ciborium à la basilique de Parenzo (Istrie).
La forme commune des ciboria pendant la période latine est celle que montrent les fig. 189 et 190. Le premier de ces deux ciboria (fig. 189), emprunté à la basilique de Parenzo en Istrie, bien qu'il ne soit que de l'année 1277, reproduit toutefois fidèlement la forme la plus commune des ciboria de la période latine; le second (fig. 190) recouvre un autel latéral
(1) On n'est pas d'a:corJ sur letymologie du mot ciborium. Les uns le font dériver du grec xlêwoiov coupe, vase à boire; les autres du latin cibus, aliment. Ces derniers basent leur opinion sur l'usage, qui existait aux premiers siècles, de suspendre sous le ciborium, les espèces sacramentel! ;s, sacer cibus, au moy^n d'une chaîne fixée au centre de la voûte.
Fig. 190.
Ciborium du ix^ siècle (809-812), à Saint-Apollinaire-/?z-c/<s5se à Ravenne.
adossé au mur dans 1 église de Saint-Apollinaire-m-c/(^55e à Ravenne, et ne date que du commencement du ix^ siècle (809-812); il présente également la forme ancienne des ciboria d'Occident.
Dans cette forme ordinaire, comme on le voit, chacun des quatre côtés du ciborium est formé d'une arcade en plein cintre. De là le nom d'arcus et arcora,donné par les anciens auteurs, et notamment par Anastase le Bibliothécaire, aux couronnements des ciboria. Aussi, lorsque ce dernier écrivain cite, parmi les dons des souverains pontifes aux basiliques romaines, des arcus ou des arcora d'or ou d'argent, ne s'agit-il que de lames ou de recouvrements en métal précieux pour les ciboria.
Entre les colonnes du ciborium on suspendait, sur des tringles, des rideaux ou courtines pour dérober à la vue des assistants Tofficiant et l'autel pendant la durée de la consécration, et inspirer ainsi une plus grande vénération pour les saints mystères.
La fig. 191 reproduit le ciborium de l'église de Saint-Clément à Rome, entouré de courtines. Ce ciborium, qui date du XI F siècle, a une forme un peu différente de celle en usage pendant la période latine.
Les ciboria sont restés en vogue dans plusieurs pays pendant le moyen âge, et, en Italie, jusqu'à nos jours.
Les courtines des anciens ciboria étaient ordinairement en étoffe très précieuse, telle que soie tissue d'or ou rehaussée de riches broderies semées de perles, de pierreries et même de plaques d'or et d'argent.
Ciborium de la basilique de Saint-Clément On les appelait ietravela (mot dérivé à Rome. de T27»7ao£:, quatre, et vélum, voile),
parce qu'un parement complet se composait de quatre voiles, un pour chaque côté du ciborium. Anastase mentionne un grand nombre de dons de courtines, faits par les souverains pontifes aux églises de Rome (i).
(1) En voici quelques-uns des plus remarquables dus à la générosité du pape Léon III, contemporain de Charlemagne : « Praeclarus pontifex fecit in circuitu altaris beati Pétri apostoli... tetravela rubca holoserica alithyna (rouges véritables), habentia tabulas seu
Fig. 191.
— igo —
Primitivement chaque église n'avait qu'un seul autel. Plus tard cependant il y eut en Occident des églises qui en possédaient plusieurs. On voit encore, à Saint-Apollinaire-m-c/iî55e à Ravenne,deux autels latéraux avec leurs ciboires primitifs du commencement du IX^ siècle. Les Grecs et les Orientaux n'ont toujours eu et n'ont encore aujourd'hui qu'un seul autel dans chaque église.
Autels portatifs. Ces autels, ainsi nommés pour les distinguer des autels fixes, sont très anciens ; quelques auteurs les font remonter aux siècles des persécutions. Il est certain que, depuis Constantin, l'Éghse a voulu que, pour offrir la sainte messe, on employât un autel soit fixe soit portatif.
Les autels portatifs anciens se composaient, comme les plus récents, d'une petite plaque rectangulaire de bois, de pierre ou de métal, quelquefois enchâssée dans une bordure d'or ou d'argent et munie d'une poignée. Ils étaient appelés altaria gestatoria, portatilia, viaîica, itineraria.
On ne connaît pas d'autels portatifs datant de la période latine, bien qu'à cette époque ils paraissent avoir été très communs. Anastase mentionne, en plusieurs endroits de ses écrits, des autels portatifs donnés aux églises par les souverains pontifes. Ces autels se distinguaient par la richesse de la matière, et souvent leur éclat était rehaussé par des pierreries précieuses.
2. (^mbint6. L'ambon (mot dérivé probablement du grec â'y/jwv, hauteur,
Fig. 192.
Lectorium de la basilique de Saint-Clément à Rome.
orbiculcs de chr3Soclav3 (crfroi) diversis depictcs historiîs, cum stellis de chrysoclavo, neciion et in medio cruccs dj chrjsoclavo ex margaritis crnatas, mirae magnitudinis <.t
éminence) était une chaire placée vers le milieu de la nef principale des basiliques, destinée à la lecture des saintes Écritures et à la prédication. Il n'y avait rien de déterminé touchant la place et le nombre des ambons. Certaines églises en possédaient jusqu'à trois : un pour l'Évangile, un pour
Fig. 193-
Ambon de la basilique de Saint-Laurenl-hors-les-murs à Rome.
pulchritudinis decoratas; quae in diebus festis ibidem ad decorem mittuntur. Pari modo, ut supra, et alla tetravela alba holoserica rosata (parsemés de roses), paschatiles habentes tabulas atque orbiculos de chrysoclavo, necnon et cruces cum chrysoclavo ex margaritis, cum periclysi (bordure) de chrysoclavo; imo etiam et alia vela modica quatuor in singulis columnis de ciborio fecit, habentia tigres de chrysoclavo, et in circuitu ornata de blatthi (pourpre).
l'Épître et un pour les prophéties. Lorsque, dans une basilique, il n'existait qu'un seul ambon, celui-ci était parfois muni de trois pupitres placés à des hauteurs ou dans des directions différentes. Dans les basiliques à deux ambons, l'un des deux avait ordinairement deux tribunes.
L'ambon destiné à la lecture de l'Épître ou des prophéties, aussi appelé lectorium, était moins élevé et moins orné que l'ambon de l'Évangile, et l'on y montait par un seul escalier. Voyez ci-dessus (fig. 192) un ancien lectorium^ à deux pupitres, que l'on voit à l'église de Saint-Clément à Rome.
L'ambon de l'Évangile avait régulièrement deux escaliers. Près de lui se trouvait un énorme candélabre servant à porter un grand cierge appelé flambeau de 1 Evangile. Nous donnons (fig. igS) l'ambon et le candélabre de la basilique de Saint-Laurent-hors-les-murs à Rome.
Plusieurs éghses d'Italie, et surtout des villes de Rome et de Ravenne, conservent encore aujourd'hui leurs anciens ambons. Ils sont en marbres de différentes couleurs ou en d'autres matières précieuses, et la plupart sont décorés de sculptures ou d'incrustations en mosaïque.
L'ambon portait aussi les noms de S^pa, 71^^70:, analogium^ suggestum et pulpitum.
3. Cauala et trefs. Dans les basiliques chrétiennes le sanctuaire et le chœur étaient séparés de la nef par une clôture tantôt pleine, tantôt ajourée et s'élevant à la hauteur d'un mètre et demi ou deux mètres au-dessus du pavement. Cette clôture, appelée cancel ou chancela était souvent en marbre.
Quelquefois, sans doute pour remplacer les ambons, des pupitres furent établis à demeure sur le cancel. On trouve des exemples de ces pupitres sur le cancel de la petite église des Saints-Nérée-et-Achillée à Rome.
Dans quelques basiliques on plaça une poutre, en latin trabes, au-dessus du cancel séparant le chœur de la nef. A cette poutre, appelée trabes ou tref, on suspendait des couronnes de lumière et des étoffes précieuses. (( Lorsque les basiliques, dit Lenoir, s'élargirent au point qu'une simple poutre, trabeSy libre et isolée, ne pût les traverser sans points d'appui, on plaça des colonnes au-dessous, et l'ensemble de cette décoration transversale conserva encore le même nom. On lit dans Anastase qu'en 614 le pape Hormisdas couvrit d'argent la trabes de la basilique de Saint-Pierre au Vatican.» Architecture monastique, I, p. 186. L'église de Saint-Marc à Venise et la basilique de Torcello (fig. 194) conservent encore aujourd'hui leurs trefs primitifs.
Fig. 194.
Tref ou trabes de la basilique de Torcello, près Venise.
4. pièges U l^Hieque et brtucs ïree prètree. Le siège épiscopal, chaire ou cathedra, occupait le fond de l'abside. Il était de pierre ou de marbre précieux, et élevé au moins de trois degrés au-dessus du sol du presbytère. Quelquefois on le décorait de riches sculptures et d'incrustations en mosaïque. Les bras ou accoudoirs du siège étaient souvent ornés de têtes de lion.
Il existe, à la cathédrale de Ravenne, un siège d'ivoire, qui fut exécuté pour l'évêque Maximien (f 553) pendant la première moitié du VF siècle. « Cette cathedra consiste, dit Labarte, en un siège à bras garni d'un dossier concave qui s'élève à 1^24 de hauteur. Le devant du siège, de 63 centimètres de largeur, est décoré de cinq figures en pied, le Christ et les évangélistes, sculptées en haut-relief. Le Christ porte un vêtement sacerdotal peu usité; il tient de la main gauche un disque sur lequel est gravé un agneau, et bénit de la main droite. Ces figures sont placées sous des arcades. Le fond concave du dossier est décoré de huit bas-reliefs de la vie du Christ. Les montants du siège, les deux grandes frises qui joignent les montants et bordent, en haut et en bas, les cinq figures, et les listels qui encadrent les bas-reliefs de l'intérieur du dossier, sont enrichis de sculptures en bas-relief reproduisant des ceps de vigne chargés de raisins, au milieu desquels s'élancent des lions, des cerfs, des paons et d'autres animaux. L'extérieur du dos- Iie ÉD. i3
Fig. 195.
F.ouii.LnuPAms
Feuillet d'ivoire, provenant du devant d'une chaire épiscopale et conservé au trésor de Notre-Dame à Tongres.
sier est orné de basreliefs dont les sujets sont tirés de l'Évangile.
Ceux qui se déploient sur les côtés du siège sont empruntés à Thistoire de Joseph. Cette belle chaise épiscopale a beaucoup souffert ; plusieurs de ses basreliefs ont été enlevés. »
Hist. des arts industriels, 2^ éd.. I, p. 17.
On conserve, dans le trésor de Tongres, un feuillet d'ivoire , de o™355 de hauteur sur 0^14 de largeur, représentant un personnage qui bénit de la main droite et porte un livre dans la gauche(fig. i gS).
Ce feuillet, qui a servi de diptyque au IX^ et au siècle, comme le prouve l'inscription , sur le revers, des noms des huit évêques qui ont gouverné l'église de Liège de 840 à 956, reproduit presque servilement un des évangélistesqui figurent sur le devant de la chaire de Ravenne. De plus, un des longs côtés du feuillet est encore muni de son encadrement
sculpté, également d'ivoire et entièrement semblable à celui du siège de l'évêque Maximien.
Il nous semble incontestable que l'ivoire de Tongres provient d'un siège copié pour ainsi dire servilement, au VF ou au VIF siècle, sur la cathedra de Ravenne. Comme œuvre d'art, il est bien inférieur à son modèle ; c'est aussi pour cette raison que nous placerions son exécution au VIF siècle plutôt qu'au VF.
Aux deux côtés du siège épiscopal, le long du mur de l'hémicycle, se trouvaient les bancs destinés aux prêtres, nommés quelquefois exedrae par les auteurs anciens. Ils étaient très simples, et on les couvrait de coussins pendant l'office. Dans quelques basiliques latines, on multiplia les bancs du presbytère, en en plaçant plusieurs les uns au-dessus des autres.
La basilique de Torcello, près de Venise, en présente six qui forment un véritable amphithéâtre pouvant contenir un clergé très nombreux.
Voici (fig. 196) la gravure de la cathedra et des bancs de la basilique de Parenzo en Istrie.
§ 4. __ CIMETIÈRES, MONUMENTS FUNÉRAIRES, SARCOPHAGES, TOMBEAUX ET PIERRES TOMBALES.
I. Cimeticre0. A partir du milieu du IV^ siècle, l'usage d'enterrer dans les catacombes tomba peu à peu en désuétude partout où il avait été suivi, notamment à Rome ; et dès les premières années du siècle suivant, il était complètement abandonné. Depuis ce moment on ne rencontre plus que des cimetières à fleur du sol, tels qu'on en voyait déjà, en certains endroits, pendant l'ère des persécutions. Ces cimetières étaient établis autour des cellae, des églises et des basiliques situées hors de l'enceinte des villes, et leurs tombes étaient presque toujours orientées.
Dans ces cimetières on déposait le plus souvent les cadavres dans des fosses maçonnées. Entre deux murs parallèles et distants l'un de l'autre de 70 cen-
Fig, 196.
Cathedra et bancs des prêtres à l'église de Parenzo (Istrie).
timètres environ, on pratiquait au moyen de tablettes en pierre ou de simples briques, des niches assez grandes pour recevoir un corps. On superposait parfois jusqu'à dix étages de niches. Le système que nous venons de décrire fut adopté pour les sépultures du cimetière des IV^, et VF siècles (35o-56o), découvert, il y a peu d'années, à la superficie du sol, au-dessus de la catacombe de Saint-Galliste à Rome.
D'autres fois les cadavres étaient renfermés dans des sarcophages qu'on recouvrait ensuite de terre, ou qu'on plaçait soit en plein air soit sous des arcades à l'intérieur des cellae, des églises et des basiliques. On a retrouvé de grands sarcophages du IV^ et du siècle dans presque toutes les villes de l'Europe qui avaient quelqu'importance sous la domination romaine, par exemple à Cologne et à Arles. La découverte la plus remarquable de ce genre est celle qui fut faite, vers 1872, d'un cimetière du IV^ et du siècle à Portogruaro, l'ancienne Julia Concordia des Romains, en Vénétie. Cent cinquante grands sarcophages environ, en pierre calcaire et tous orientés, y ont été trouvés disposés par petits groupes et parfaitement alignés. A l'origine, ils étaient placés au niveau ou peu au-dessus du sol; la couche de sable sous laquelle ils étaient ensevelis est survenue à une époque beaucoup plus récente que celle de l'établissement du cimetière, probablement à la suite d'un tremblement de terre. Voyez au sujet de cette importante découverte DE ROSSI, Bullettino di archeologia cristiana, 1874, pp. 133-144 et pl. IX.
L'empereur Constantin avait choisi son lieu de sépulture dans la basilique des Saints-Apôtres à Constantinople. Dès le milieu du IV^ siècle des personnages puissants et des bienfaiteurs insignes de l'Église obtinrent la faveur de se faire enterrer sous les porches et à l'intérieur des basiliques élevées, dans les cimetières, en dehors de l'enceinte des villes. Un grand nombre d'inscriptions trouvées dans ces basiliques et publiées par le commandeur de Rossi (i) prouvent abondamment qu'à la fin du IV^ siècle et au commencement du cette coutume était générale. Il résulte de ce fait que la loi portée, en 38 1, par l'empereur Théodose le Jeune (2) défendait uniquement les sépultures faites dans les églises situées à l'intérieur des villes.
L'Église continua, pendant les siècles suivants, à résister énergiquement aux sentiments de dévotion indiscrète, ou mieux peut-être de vanité, qui portaient beaucoup de personnes à chercher à se faire enterrer dans l'intérieur
(1) Inscriptione€ christianae, passim; et Roma sotterranea, III, p. 548.
(2) Cod, Theodos., de sepulcr. violât., lege VI.
des églises; c'est ce que prouvent les statuts du pape Pélage II (578-590) sur cette matière, ainsi que les prescriptions d'un grand nombre de conciles de France, d'Espagne et d'Allemagne. Ce n'est qu'au VII^ siècle que l'Église commença à permettre, ou plutôt à tolérer les inhumations, non pas précisément à l'intérieur, mais autour des temples situés dans l'enceinte des villes. Seuls les évêques avaient joui jusque-là du privilège d'être enterrés dans leurs églises cathédrales.
2. JHonumcutô funéraires. Pendant la période latine, on construisit ra-
Mausolée du roi Théodoric à Ravenne.
Fig. 198.
rement des édifices isolés pour servir de lieu de sépulture à de grands personnages.
Les mausolées de l'impératrice Galla Placidia (f 450) et de Théodoric, roi des Goths (t 526), à Ravenne, sont peut-être les seuls monuments de ce genre qui aient été conservés jusqu'à nos jours. Le premier (fig. 197 est bâti sur un plan cruciforme; le second (fig. 198) est une rotonde construite, vers l'année 53o, sur le mo-
dèle du mausolée de l'empereur Adrien, aujourd'hui le château de Saint- Ange, à Rome. Cette rotonde se compose d'un rez-de-chaussée décagone, orné d'une fausse arcade sur chaque face, et formant à l'intérieur une croix grecque. L'étage, un peu en retraite sur le rez-de-chaussée, est circulaire à l'extérieur; on y monte par deux escaliers. L'édifice est couvert d'une gigantesque coupole monolithe en roche d'Istrie, mesurant 11 mètres de diamètre sur o™90 d'épaisseur, dont on évalue le poids à environ 180,000 kilogrammes.
3. ^tircapl)rt9C6. Nous avons décrit, ci-dessus p. 109 et suiv., les sarcophages chrétiens du IV^ et du ve siècle, dont quelques-uns ont été retrouvés dans les catacombes de Rome, et nous avons fait observer que la plupart sont postérieurs à la conversion de Constantin. On a découvert, dans les autres parties de l'Italie, en Espagne et dans le midi de la France, des sarcophages remontant à la même époque et couverts de sculptures semblables. Nous ne reviendrons donc plus ici sur la description de ces monuments.
Vers le milieu du siècle, les sculptures des sarcophages commencent à se modifier. Les scènes bibliques disparaissent peu à peu et sont remplacées par des figures de saint. La croix pattée et gemmée (c'est-à-dire ornée de perles) ou le monogramme du Christ occupent souvent le milieu de la face principale des sarcophages, où ils tiennent la place du Sauveur lui-même, ^et l'on voit à leurs côtés des colombes, des paons, des palmiers, des rinceaux ^e vigne et d'autres symboles.
La ville de Ravenne possède un nombre très considérable de sarcophages en marbre, postérieurs au IV^ siècle. Voici comment le P. Arthur Martin s'exprime, au sujet de ces curieux monuments, dans une lettre adressée de Ravenne au P. Garrucci : « Je suis ici, dit-il, depuis une huitaine de jours... Je commencerai par vous dire qu'il ne faut pas vous attendre en fait de sarcophages à des morceaux riches et variés comme à Arles (i), nous sommes ici à la période suivante, et la décadence a été rapide. Presque plus de scènes à personnages; par-ci par-là Jésus-Christ entre saint Pierre et saint Paul, et le plus ordinairement des agneaux, des oiseaux, des corbeilles, des vases, surtout des croix et des monogrammes. Tel sarcophage est entouré de petites croix maladroitement faites... En les multipliant sans rime ni raison, le pauvre artiste du VIF ou VIIF siècle a l'air de dire qu'il voudrait bien imiter ses devanciers; mais que force lui est d'être modeste. Un bon nombre de sarcophages ne portent plus aucun signe. La nuit est complète dans l'art. » Garrucci, Vetri, p. XXIII.
Voici (fig. 199 et 200) deux sarcophages des plus remarquables de Ravenne.
Fig. 199.
Sarcophage du vie siècle à Ravenne.
Au centre du premier (fig. 199), on voit le Christ imberbe, assis, tenant un livre ouvert dans la main gauche, et présentant de la droite un volume à saint Paul. Au côté gauche du Christ se trouve saint Pierre tenant les clefs et portant une croix à longue hampe (croix de résurrection)-, et à chacune des extrémités, un saint portant une couronne dans le pan de son manteau. On ignore quels sont les personnages placés entre ces saints et saint Pierre et saint Paul. Le couvercle est orné de croix pattées formées
(1) Les sarcophages d'Arles, presque tous du ive et du siècle, sont semblables à ceux que nous avons décrits ci-dessus, pp. 109-113.
par l'enlacement de croix grecques et de croix de Saint-André, c'est-à-dire en forme de X.
Fig. 200.
Sarcophage de l'archevêque Théodore à Ravenne (vii« siècle).
Le milieu du second sarcophage (fig. 200), est occupé par le monogramme qui y tient la place du Sauveur. Les deux paons aux côtés du monogramme sont les emblèmes des apôtres, tandis que les colombes becquetant les grappes de raisins symbolisent les fidèles se nourrissant du vin eucharistique fourni par la vigne véritable, qui est Notre-Seigueur Jésus-Christ (S. JEAN, XV, i). Sur le couvercle des monogrammes du Christ sont inscrits dans des couronnes.
Vers la fin de la période latine, sous la domination des rois longobards, la sculpture décorative fit, dans le nord de l'Italie, de généreux efforts pour se relever de sa décadence. Nous donnons ici (fig. 201 et 202), comme spécimens des productions de l'école longobarde, les deux côtés longs d'un sarcophage où reposèrent pendant longtemps les restes mortels d'une abbesse nommée Théodote, morte vers l'année 700. Les sculptures dont ils sont ornés représentent : sur le premier, des animaux chimériques affrontés et séparés par une plante ; sur le deuxième, des paons qui se désaltèrent dans un vase surmonté d'une croix. Sur l'un des petits côtés du sarcophage, que nous ne reproduisons pas, on voit l'Agneau divin portant la croix. Les débris de cet intéressant monument du commencement du VI l F siècle sont conservés, à Pavie, dans la cour du palais Malaspina.
Il n'est pas rare de rencontrer des sarcophages dépourvus de toute ornementation ou décorés de sculptures plus ou moins grossières, consistant en une simple croix, un monogramme du Christ ou tout autre symbole isolé.
La plupart des sarcophages sont en marbre ou en pierre; on en trouve toutefois aussi, mais rarement, qui sont en plomb ou même en plâtre. Ces derniers portent souvent, comme ceux en marbre et en pierre, des symboles chrétiens et des ornements. Voici (fig. 2o3) un exemple intéressant d'un cercueil en plomb, du commencement du ive siècle, trouvé à Saïd en Phénicie. On y voit, en relief et plusieurs fois répété, le monogramme constantinien, placé sous un arc de triomphe et accosté du mot IXQTC. De gracieux rinceaux, chargés de grappes de raisins et encadrant des vases, sont disposés sur le couvercle et les longs côtés, et des oiseaux se jouent et se désaltèrent sur le bord de quelques-uns de ces vases.
Les sarcophages en plâtre étaient beaucoup moins répandus que ceux en plomb. On en a découvert un assez grand nombre à Paris et dans les environs de cette ville : à Sainte- Geneviève, à Saint- Germain-des-Prés, à Saint-Marcel et à Montmartre. Tous ces sarcophages datent de l'époque mérovingienne, c'est-à-dire des V^, vi^ et VI siècles, et portent, en relief, des symboles chrétiens, tels que le monogramme, la croix pattée, etc. Ils sont déposés au musée municipal de Paris dit Carnavalet. Les dernières fouilles ayant mis au jour des sarcophages mérovingiens en plâtre sont celles qui ont été pratiquées en Montmartre en 187 5, à l'occasion de la construction de la nouvelle église du Sacré-Cœur. Nous empruntons à un savant travail de M. G. Rohault de Fleury sur cette découverte,
les détails intéressants qui suivent : « La fondation du mur de soutènement du Calvaire, dit-il, exigea une excavation plus grande, surtout en certaines parties ; lorsqu'on fut arrivé à une profondeur de 4 ou 5 mètres, on mit à découvert une stratification de tombes beaucoup plus anciennes (que les sépultures du XI ne et du xive siècle, dont il est fait mention dans les lignes qui précèdent le passage que nous transcrivons), reposant sur le sable et enfoncées d'environ un mètre dans un terrain semblable à celui qui leur servait de lit. Ces tombes depuis l'origine n'avaient subi aucune atteinte et conservaient leur symétrie antique; toutes rangées parallèlement, quelquefois se touchant, souvent séparées par un intervalle de 0,10 à 0,1 5 c, elles étaient ^orientées... Toutes les tombes trouvées à Montmartre sont en plâtre de 7, 8, 9, 10 centimètres d'épaisseur moulées en forme de gaîne, entre des cloisons de planches, dont les traces sont encore visibles intérieurement. Quelquefois les flancs et même les parois intérieures étaient garnis d'ornements ; ici ces parties sont toujours unies et toute la décoration a été réservée pour les deux faces extrêmes. La dalle qui les recouvrait était inclinée comme le prouve la différence de hauteur de ces deux faces. » Cimetière mérovingien de Montmartre, pp. 1-2.
A Rome et dans d'autres villes d'Italie, on a quelquefois employé, comme sarcophages, des baignoires de porphyre ou de marbre retirées d'anciens étabhssements de bains.
Au ive siècle, les sarcophages ont la même largeur et la même hauteur aux deux extrémités ; à partir du siècle ils sont souvent plus étroits vers les pieds que vers la tête. Il y en eut néanmoins encore, pendant ce dernier siècle et les suivants, dont la largeur est la même aux deux extrémités.
Les sarcophages de la période latine sont très communs dans l'Europe méridionale et au midi de la France, rares dans l'Europe centrale, très rares dans les pays septentrionaux, tels que le nord de la France et la Belgique. Leur rareté dans certaines contrées s'explique par l'absence de carrières de marbre, la difficulté du transport de la pierre, et le manque d'ouvriers capables. Aussi s'est-on contenté, en ces endroits, de former des cercueils au moyen de briques ou de pierres plates juxtaposées.
Le sarcophage se trouvant autrefois dans la crypte de l'église de Saînt- Servais à Maastricht, et qui existe encore aujourd'hui, est d'une très grande simplicité ; il n'avait, dans le principe, ni sculptures ni ornements ; les figures
d'évêque qu'on y voit maintenant ne datent que du XVI 1^ siècle. Une gravure de ce monument a été publiée dans le Messager des sciences historiques, 1846, p. 413. Le sarcophage de saint Willibrord (fig. 204), à Echternach, est orné de cercles entrelacés.
Fig. 204.
Sarcophage de saint Willibrord à Echternach (milieu du viiie siècle). Fig. 205.
Sarcophage de sainte Dimphne à Gheel (vn'^ siècle).
Fisr. 206,
Brique trouvée dans le sarcophage de sainte Dimphne à Gheel.
Des fragments de deux cercueils anciens d'une grande simplicité, en pierre calcaire très tendre, ayant servi à renfermer les corps de sainte Dimphne et de saint Géréberne, sont conservés religieusement à Gheel. Nous reproduisons (fig.
2o5) celui de sainte Dimphne.
Quelquefois on plaçait, à l'intérieur du sarcophage, une pierre ou une brique portant le nom de la personne qui y était enterrée.
C'est ainsi que le tombeau de saint Augustin renfermait une pierre avec l'inscription AUGUSTINO.
Dans le sarcophage de sainte Dimphne on a découvert une brique
avec le mot DIMPHNA, qu'on voit encore aujourd'hui à Gheel. Notre fig. 206 reproduit cette brique à la grandeur même de l'original. Il est à remarquer que l'inscription commence par la ligne inférieure DIPH, et se termine par la la ligne supérieure NA. Cette manière d'écrire, qui au premier abord peut paraître singulière, n'était pas rare au VII^ et au VIIF siècle; on la rencontre entre autres sur plusieurs monnaies anglo-saxonnes de cette époque.
Fig. 207.
Pierre tombale de Boëtius, évêque de Carpentras, mort en 604.
3. |Jiem0 tombalce. Les pierres tombales sont le plus souvent l'indice d'une sépulture souterraine. Leur usage est très ancien.
Les dalles tumulaires, placées au niveau des pavés sur des tombeaux souterrains ou dans des niches le long des murs, étaient déjà employées au siècle; on les orna de sculptures en relief, ou quelquefois aussi de dessins au trait.
Voici (fig. 207) une pierre tombale en marbre blanc veiné de rouge, qui remonte au VIF siècle.
Elle a la forme d'un trapèze, et mesure i mètre 78 centimètres de longueur. Une grande croix pattée et gemmée, aux branches de laquelle sont suspendus l'alpha et l'oméga, occupe la partie inférieure de la pierre; on voit aussi deux petites croix pattées près du bord inférieur. L'inscription doit se lire :
Hic requiescit | bone
memoriae i ..etyus epes qui vixit i pto annus xx mensis <0 i bit x xl lun indiccione SEPTIMA, c'est-à-dire en traduisant, les abréviations et en comblant les lacunes : Hic 7'equiescit [in pacé) bonae memoriae (Bo)etyus, episcopus, qui vixit in
Fig. 208.
Fig 209.
Pierre tombale de saint Hydulphe, moine de Lobbes, mort en 707.
episcopatu annos xx, menses vi {?).
Obiit X kalendas junii, indictione septima.
En Belgique, il existe, à Lobbes, deux pierres tombales très anciennes, ce sont celles de saint Hydulphe et de saint Abel, morts au Viil^ siècle.
La pierre tumulaire de saint Hydulphe porte une simple croix; celle
Pierre tombale de saint Abel, archevêque de Reims et co-abbé de Lobbes, mort vers 750.
de saint Abel est ornée d'une croix à longue hampe qui symbolise le Christ, autour de laquelle voltigent douze colombes, figures des apôtres.
Quelquefois on encastrait dans la paroi de la muraille voisine de la sépulture une tablette de marbre ou de pierre, sur laquelle on gravait des symboles, le nom du défunt, son âge et quelquefois aussi le jour de son décès. Les Fig. 210, Fig. 2 il.
Inscriptions chrétiennes au musée de Trêves (iv® ou v« siècle).
inscriptions de ce genre sont communes en Italie et dans le midi de la France ; il en existe aussi de très curieuses dans le porche de l'église de Saint- Géréon à Cologne, et au musée d'antiquités de la porta nigra de Trêves. Nous reproduisons (fig. 210 et 21 1) deux exemples choisis parmi les inscriptions les plus anciennes de cette dernière ville. La première doit se lire : HIC AMANTIAE IN PAGE HOSPITA CARO lACET ; et la seconde : HIC IN PAGE Q.UIESGI[T] DIGNISSIMA FIDELES Q.UA VIXIT AN[NUM] I M[ENSES] VIII D[IES] V DIGNANTIUS ET MEROPIA PATRIS TITULUM POSUERUNT.
Le musée de la porte de Hal à Bruxelles possède deux inscriptions chrétiennes très intéressantes qui proviennent de Trêves ; l'une se rapporte à un prêtre du nom d'Auftdus, l'autre à un enfant appelé Gaudentiolus .
Les formules HIC QUIESCIT, HIC IN PAGE REQ.UIESGIT, HIC JAGET, n'ont été employées dans l'épigraphie chrétienne que depuis la première moitié du siècle.
4. '2l0mbcaur eauterrainsi. Nous ne nous occuperons ici que des sépultures franques ou mérovingiennes, qui consistent régulièrement dans des fosses creusées dans le sol, dont les parois sont souvent maçonnées en pierres, parfois avec un léger appoint de briques provenant de monuments romains. Ces sépultures se rencontrent en Allemagne, en France et surtout en Belgique, où elles abondent dans la partie méridionale du pays : dans le Condroz liégeois et dans les provinces de Luxembourg, de Namur et du Hainaut. Partout ailleurs en Belgique elles sont plus rares. On en a découvert toutefois à Lede, près d'Alost, de très nombreuses et de très importantes, dont l'exploration a mis au jour une quantité considérable de bijoux, d'armes et d'autres objets, actuellement déposés au musée royal d'antiquités à Bruxelles.
Les Francs Saliens qui, pour autant qu'on peut en juger par un petit nombre d'objets insignifiants recueillis dans leurs tombeaux, étaient très arriérés en matière d'art, sortirent de l'île des Bataves et se fixèrent, dès le IV^ siècle, dans les plaines sablonneuses du nord de la Belgique. Vers la même époque, les Francs Ripuaires, dont le goût artistique paraît avoir été beaucoup plus développé, commencèrent à faire des irruptions partielles et passagères dans nos provinces méridionales ; ce ne fut toutefois que vers le miheu du siècle suivant qu'ils les occupèrent définitivement après avoir abandonné leurs positions sur les bords du Rhin. « Le courant d'émigration, fait observer M. A. Becquet en parlant de cette occupation, s'est fait par le sud de la province de Namur, et de l'orient à l'occident. Partie des bords du
Rhin ou du pays de Trêves, la grande invasion des Francs Ripuaires s'est dirigée vers le nord de la France par le Luxembourg, le Condroz, la rive droite de la Meuse, l'Entre-Sambre-et-Meuse et le sud du Hainaut. Contrairement aux Belges romanisés qui occupaient notre sol et qui avaient conservé l'antique usage de brûler les corps, le guerrier franc et sa compagne étaient ensevelis avec leurs objets les plus précieux... Les fouilles de Vedrin, de Samson, de Spontin nous ont donné une assez grande quantité de médailles qui ont permis de fixer la date de l'occupation de ces cimetières du milieu du siècle à la seconde moitié du VF. Or, il est bien établi que ce fut vers l'année 445 que Clodion, à la tête des Francs Saliens, après s'être rendu maître du midi de la Belgique, marcha vers Cambrai, défit l'armée romaine et s'empara de toute la partie de la Gaule qui s'étendait jusqu'à la Somme. Ce fut, croyons-nous, après cette invasion que les Francs Ripuaires s'établirent définitivement dans la province de Namur. )> Annales de la société archéologique de Namur, XIII, p. 335. La conversion de Clovis en 496 entraîna après elle celle de la majeure partie des tribus franques. Les objets chrétiens trouvés dans les tombeaux dont nous parlons ci-dessous datent donc probablement des temps qui ont suivi cette conversion, c'est-à-dire du VF et du VIF siècle.
Les Francs du v^ et du VF siècle n'ont pas établi d'une manière uniforme les fosses de leurs cimetières. Quelques-unes sont tout simplement creusées dans le sol ou taillées dans le roc ; la plupart cependant consistent dans des auges maçonnées, dont le fond se compose de grandes dalles, et les parois de pierres sèches ou cimentées (i). Elles ont assez souvent, à l'intérieur, un revêtement en argile ou en mortier, décoré quelquefois de traits et d'ornements rouges d'une simphcité toute primitive. Avant d'être déposés dans ces fosses, les cadavres étaient ordinairement enveloppés d'un cercueil en bois : cette particularité explique pourquoi l'on trouve, dans plusieurs tombeaux francs, des clous et des morceaux de bois à peu près consumés. Chose importante à noter : De ce qu'une fosse sépulcrale est construite avec soin, quelquefois même plâtrée et peinte en rouge, on ne peut généralement rien conjecturer au sujet de la quantité ni de la richesse des objets qui y sont renfermés, car il arrive souvent qu'une telle tombe, bien qu'intacte, ne fournit à l'explorateur d'autre objet que le squelette.
(1) Lorsque les pierres sont taillées en moellons réguliers de petit appareil, elles ont été arrachées le plus souvent à quelque monument romain du voisinage. Il en est de même des tuiles et des briques dont on s'est servi parfois.
Les fosses des cimetières francs sont régulièrement groupées et orientées ; les cadavres y reposent avec les pieds tournés à l'orient, et la têts à l'occident appuyée sur une pierre. Elles sont souvent plus étroites vers les pieds que du côté de la tête. Quelques-unes renferment à la fois plusieurs squelettes couchés côte à côte ou, parfois aussi, superposés les uns aux autres.
Il n'est pas rare de rencontrer, dans les cimetières, des vestiges de foyers ayant servi à la célébration des repas dont les Francs avaient coutume d'accompagner leurs cérémonies funèbres. Ces vestiges ne sont autres que des trous, d'un mètre environ de diamètre et d'un demi-mètre de profondeur, où Ton voit des cendres, des tessons et des ossements d'animaux.
Les tombes de tout cimetière franc peuvent être distribuées en trois classes, selon qu'on y découvre ou non certains objets. La première classe, qui est de loin la plus nombreuse, comprend les tombes ne renfermant, outre le squelette, aucun objet si ce n'est parfois un petit couteau : ces tombes sont celles des serfs ou gens de condition servile. Dans les tombes de la seconde classe, le squelette est accompagné du grand coutelas en fer, nommé scramasaxe : ce sont celles des hommes hbres ou propriétaires d'alleux. L'homme libre, en effet, jouissait pendant sa vie du privilège de porter à la ceinture cet instrument, qui était ensuite déposé avec lui dans la tombe. La troisième classe se compose ordinairement d'un certain nombre de tombes riches en choses de toute nature, principalement en armes et objets de toilette féminine : ce sont là les tombes des chefs militaires, des guerriers et des membres de leur famille. L'homme de guerre était enseveli avec tout son équipement, et, à ses côtés, reposait son épouse parée des bijoux qu'elle avait portés pendant la vie.
Nous ne pourrions mieux faire connaître les accessoires d'une tombe de guerrier franc qu'en mettant sous les yeux du lecteur la description d'une sépulture de ce genre découverte à Franchimont (Namur). Nous empruntons cette description si complète et si minutieuse à l'intéressante notice intitulée : Nos fouilles en 1880, publiée par M. A. Bequet, dans le tome XV des Annales de la Société archéologique de Namur : « Une lourde hache ou francisque, y lisons-nous, se trouvait contre le tibia de la jambe droite du squelette, de façon que le manche devait se trouver à portée de la main. La lance ou framée, dont nous retrouvions le fer à la hauteur de la tête, et la bouteroUe près des pieds, était aussi placée au côté droit du guerrier. La main gauche, relevée sur la hanche, semblait tenir encore un serais ÉD. lA
masaxe, espèce de grand coutelas, dont la partie supérieure passait sous l'épaule du mort. Sur l'abdomen nous recueillîmes une boucle de ceinture avec plaque en bronze, assez simple de forme, mais d'excellente fabrication comme la plupart des objets en bronze de cette époque. Trois rivets du même métal, à tête aplatie en forme de cœur, étaient à côté; ils avaient servi, probablement, à attacher le bout de ceinture de cuir qui maintenait la boucle. A droite de la ceinture se trouvaient les accessoires obligés de tout guerrier franc : le silex, le couteau, les ciseaux et la fiche ou perceoir. Enfin le squelette avait aux pieds une urne noire et un gobelet en verre parfaitement conservés. » Il n'y avait toutefois aucune règle fixe qui déterminât la position respective des armes dans la tombe. C'est ainsi, par exemple, que dans une sépulture de guerrier, explorée vers 1866 par M. Ch. Debove, à Elouges près de Mons, les armes étaient placées d'une tout autre manière que dans la tombe de Franchimont. La main droite du squelette tenait la hampe de la framée, dont la pointe gisait près des pieds; le bras gauche s'étendait le long du scramasaxe suspendu au ceinturon, et la francisque était déposée sur la poitrine ; un bouclier même avait fait partie de l'équipement funéraire, comme il résultait de la découverte, à la droite du squelette, d'un cône en fer, qui n'était autre chose que Vumbo, c'est-à-dire la partie centrale de cette arme défensive.
Les femmes des chefs ou guerriers étaient parées de tous leurs bijoux au moment d'être déposées dans la tombe. Dans les fouilles pratiquées de nos jours on retrouve régulièrement ces objets à la place même qui leur revient dans la toilette féminine : près du crâne, les pendants d'oreilles et les épingles à cheveux; au cou, le collier de perles ou de verroteries; sur la poitrine et vers le milieu du corps, les fibules, les agrafes et les boucles de ceinture ; aux mains, les bagues et les bracelets. Enfin, on déposait, comme dans les tombes d'homme, des vases en verre et en terre cuite aux pieds du cadavre.
Les enfants de famille étaient ensevelis avec les mêmes objets que leurs parents : les jeunes gens avec leurs armes, et les filles avec leurs bijoux.
La coutume d'enterrer les morts avec leurs armes, leurs bijoux et tout ce qu'ils avaient de plus précieux, fut cause de la violation fréquente des sépultures. Comme les objets de valeur qu'on recherchait se trouvent ordinairement près de la tête et vers le haut du corps, les spoliateurs se contentèrent le plus souvent de bouleverser cette partie de la tombe. « Les voleurs, dit M. Bequet, devaient travailler la nuit ou avec précipitation, afin d'éviter les peines sévères dont la loi salique frappait ceux qui pillaient les tombeaux.
On comprend de cette manière que quelques objets précieux aient échappé à leurs regards ; c'est ainsi que parmi les restes bouleversés d'une riche sépulture de femme, nous avons recueilli encore deux pendants d'oreilles en or, et dans une autre, une broche du même métal. » Nos fouilles en 1880, p. 3.
Fig. 212.
Passons maintenant en revue les principaux objets qu'on découvre dans les tombeaux francs.
I . Le scramasaxe (mot qu'on écrit aussi scramasax et scramsax) est une espèce de grand couteau, tantôt un peu recourbé et rappelant notre sabre, tantôt droit et ressemblant à nos grands couteaux de cuisine (fig. 212). Sa longueur est variable, et se tient le plus souvent entre 25 et 65 centimètres. La lame est quelquefois munie d'une ou deux rainures longitudinales, destinées, dit-on, à contenir du poison afin de blesser mortellement l'animal qu'on voulait abattre. « Ce n'était pas, dit M. Bequet, à proprement parler une arme de guerre : ce coutelas, comme l'indique l'usure fréquente de la lame, devait servir à une foule d'usages, comme fendre et tailler le bois, égorger les animaux. » Nos fouilles en 1880, p. 8. C'est l'instrument qu'on rencontre le plus fréquemment dans les sépultures franques.
Pour le suspendre au baudrier, on renfermait le scramasaxe dans une gaîne ou un fourreau de bois recouvert de cuir ou d'étoffe tissée. Des fragments de fourreau portant encore les traces des étoffes qui y étaient appliquées se rencontrent bien souvent dans les tombeaux.
Scramasaxes découverts à Spontin.
Fig. 213.
2. La hache ou francisque (fig. 21 3) se rapproche par sa forme de notre cognée moderne. Souvent son tranchant a la form.e d'un croissant.
3. La lance ou framée était une des principales armes dont le Franc se servait à la guerre. On a découvert, dans un grand nombre de tombes, les pointes en fer de^
Francisques découvertes à Spontin. framées ainsi que leurs bouterolles. Nou^
Fig. 214. reproduisons (fig. 214) quelques spécimens de fers de framée provenant des fouilles de Spontin.
4. Les pointes de flèche en fer, dont la forme est très variée, sont extrêmement communes. Les flèches servaient principalement à la chasse et à la pêche, car le soldat franc ne faisait jamais usage de l'arc à la guerre.
5. Les petits couteaux sont les objets qui se rencontrent le plus fréquemment. Cette fréquence s'explique sans peine parce que les serfs, et même les femmes de condition servile, pouvaient le posséder et le porter à la ceinture.