MOBILIER RELIGIEUX
I . €)rf^lirme et cmaillcrie. Beaucoup d'objets du mobilier ecclésiastique sont en métal précieux couvert de pierreries et d'émaux. Il n'est donc pas sans utilité ni sans intérêt d'exposer, avant tout, sommairement les divers procédés employés dans le travail et la décoration des métaux, et de donner un court aperçu sur l'histoire du développement de l'orfèvrerie et de l'émaillerie.
A. Procédés techniques . Depuis les temps les plus reculés on a cherché à rehausser, par différents moyens, l'éclat des objets d'or et d'argent. Les peuples de l'antiquité décoraient déjà leurs bijoux de pierres précieuses de différentes couleurs, serties dans des alvéoles ou bâtes fixées sur des plaques métalliques martelées. Lorsqu'on n'avait ni perles ni pierreries, on se servait, en guise de gemmes, de petites tables de verre coloré au moyen d'oxydes métalliques. Dans la suite, les émaux vinrent souvent remplacer les sertissures de pierres précieuses et de tablettes de verre coloré. Cette substitution n'a rien qui doive étonner : d'abord les pierreries faisaient souvent défaut en Occident; ensuite, remplir les alvéoles avec de la poudre d'émail, mettre au four la plaque ainsi chargée, la laisser refroidir, et en polir la surface après le refroidissement, est plus facile et moins long que tailler à froid des tables de verre ou de grenat, et les sertir ensuite entre les petites cloisons métalliques qui distinguent l'orfèvrerie cloisonnée. Cette dernière opération demande, de la part de l'artiste, une précision, une habileté, qui ne s'acquièrent que par une longue expérience et, par conséquent, ne se rencontrent que fort rarement.
Fig. 233.
Plaque en argent avec oiseaux symboliques, trouvée à Éprave.
On donne le nom d'émail à des pâtes vitreuses diversement colorées par des oxydes métalliques mêlés à leur substance dans de très faibles proportions. L'oxyde de cobalt produit le bleu ; le rouge est dû à l'or, le violet au manganèse et le. vert au cuivre. L'addition de ces oxydes laisse tantôt le verre transparent, tantôt le rend opaque.
On applique l'émail sur le métal, sur le verre et sur les poteries. Sur ces dernières, il ne consiste souvent que dans la couverte luisante dont elles sont revêtues. Quelquefois cependant, par exemple dans les poteries artistiques, il est appelé, de même que sur les verres émaillés, à tracer le dessin des ornements, et à former ainsi toute la décoration peinte de l'objet. Il remplit aloi's la même fonction que les couleurs broyées à l'huile dans la peinture du tableau ordinaire et n'est, en somme, qu'une couleur vitriiiable apposée au pinceau et fixée au feu de moufle.
L'application de l'émail sur un excipient métallique se fait de trois manières; de là trois espèces distinctes d'émaux sur métal : les émaux incrustés; 2° les émaux translucides ou de basse taille; et 3^ les émaux peints. Dans les premiers, le métal, qui exprime les contours et les principales lignes du dessin, et quelquefois les figures entières, reçoit dans des cavités artistement ménagées, les masses vitreuses opaques ou transparentes, de diverses couleurs. Dans les seconds, le dessin est rendu sur le métal par la gravure ou par une ciselure légèrement en relief ; la plaque métallique est ensuite couverte d'une couche très fine d'émail coloré et transparent, à travers laquelle on aperçoit les figures et les ornements. Dans les émaux peints, l'émail n'est autre chose qu'une couleur vitrifiable et opaque, au moyen de laquelle on peint sur un fond métallique ; le métal n'a d'autre valeur que celle de la toile ou du panneau de bois dans la peinture à l'huile. De la poudre d'émail délayée dans un liquide et étendue au pinceau soit directement sur la surface du métal, soit sur une couche d'émail dont il est préalablement enduit, rend le dessin et le coloris.
Ces trois manières d'émailler correspondent à trois époques distinctes. Les émaux incrustés ont été en usage dans l'antiquité, et surtout au moyen âge jusqu'à la fin du XIIF siècle. Les émaux translucides, inventés en Italie, atteignirent leur plus grande perfection au XIV^ siècle ; ils furent très goûtés dans le pays de Liège vers la fin de ce siècle et une bonne partie du siècle suivant, comme le prouvent les nombreux objets de cette époque encore conservés aujourd'hui dans les trésors d'église et les collections particulières de ce pays. Les émaux peints furent introduits vers 1475, et fabriqués jusqu'au XVIIF siècle.
Les émaux incrustés se subdivisent en deux classes : lo les émaux cloisonnés, aussi appelés, dans les inventaires du moyen âge, émaux de plique ou de plite, et 2^ les émaux champlevés ou en taille d'épargne.
Les émaux cloisonnés anciens sont généralement sur fond d'or. La plaque de métal destinée à former la cavité, préalablement disposée dans la forme qu'on voulait lui donner, était munie d'un petit rebord pour retenir et sertir la masse vitreuse; quelquefois aussi on l'emboutissait tout simplement pour produire la cavité. L'émailleur prenait ensuite des bandelettes de métal très minces et dont la largeur égalait la hauteur du rebord, les recourbait et les attachait de champ au fond de la cavité, de manière à leur faire tracer les principales lignes du dessin ; il remplissait ensuite de poudre d'émail de différentes couleurs les interstices formés par le rebord et les petites bandelettes cloisons, et portait la plaque ainsi préparée dans un four chauffé à un degré suffisant pour parfondre la matière vitreuse sans altérer la forme du métal. Après le refroidissement de la plaque, il pohssait la surface de l'émail.
La fabrication des émaux par le procédé du cloisonnage était une opération très compliquée. Pour attacher de champ les petites bandelettes et leur faire tracer les lignes du dessin, il fallait que l'émailleur fût à la fois artiste et artisan : artiste pour dessiner convenablement les figures et les ornements, artisan pour souder les bandelettes et leur donner la hauteur exacte. On surmonta cette difficulté en champlevant le métal au lieu d'y rapporter des bandelettes par la soudure. L'émailleur prenait une plaque de métal, ordinairement en cuivre rouge, de quelques millimètres d'épaisseur, sur laquelle un artiste traçait les lignes qui devaient être réservées. Puis un ouvrier fouillait, avec des burins et des échoppes, toutes les parties destinées à être émaillées. Dans les creux ainsi champlevés, il plaçait la poudre d'émail, qu'il faisait parfondre et polissait, après le refroidissement, de la même manière que dans la fabrication des émaux cloisonnés. Dans les émaux champlevés, des filets de métal viennent donc, comme dans les émaux cloisonnés, émerger à la surface de l'émail et y former les principales lignes du dessin ; mais ces filets, au lieu d'être rapportés sur le fond de la plaque, sont pris aux dépens mêmes de la plaque et font corps avec elle; en d'autres termes, ils sont épargnés par l'émailleur qui a taillé le métal, et, pour cette raison, ces émaux reçoivent quelquefois le nom d'émaux en taille d'épargne.
Le nielle, que les orfèvres ont souvent employé en travaillant l'argent, est une espèce d'émail champlevé, qui s'obtient au moyen d'une gravure fine
faite sur métal et remplie d'un émail noirâtre, formé d'argent, de plomb et de soufre. On s'en servait principalement, au XI 11^ siècle, pour tracer des inscriptions et pour remplir les traits dessinant les carnations et même des figures entières.
Les orfèvres de l'antiquité et du moyen âge qui ont eu recours au cloisonnage des pierreries et à l'application des plaques émaillées pour décorer leurs œuvres ont aussi cherché régulièrement, dans l'emploi des filigranes, un motif secondaire d'ornementation pour les objets en métal précieux. Les filigranes, aussi connus sous le nom de filets granulés^ sont des ouvrages d'orfèvrerie formés de minces filets métalliques contournés les uns sur les autres et soudés avec tant d'adresse qu'ils présentent la forme de petits grains juxtaposés et adhérents les uns aux autres. On obtenait aussi parfois les filets ou corconnets granulés par la lime ou par un poinçon gravé, frappé par le marteau. Par une sorte de pléonasme, les filets composés, comme nous venons de le dire, d'une succession de petits grains sont appelés filigranes granulés, afin de les distinguer des filigranes tordus, qui ont l'aspect d'une corde.
Outre les ressources qu'il trouve, pour rehausser l'éclat des métaux précieux, dans l'adjonction des pierreries, des émaux et des filigranes, l'orfèvre a encore en sa possession d'autres moyens pour produire des œuvres artistiques. Il peut, d'abord, faire entrer les métaux en fusion et les couler dans un moule creux. De cette manière, il obtiendra un objet concret, résistant, apte à prendre les formes les plus variées. Il évitera toutefois, autant que possible, les arêtes trop vives, les angles et les lignes droites, qui ordinairement ne réussissent pas à la fonte. Au besoin, l'objet sera retouché au burin ou par le ciselet. Ce procédé, fort en usage pendant l'antiquité parce qu'il est le plus simple, donne des objets d'un poids relativement considérable et ne peut guère être mis en œuvre pour des métaux d'un prix élevé.
L'orfèvre peut aussi, après avoir laminé les métaux par le martelage, les repousser au moyen du ciselet et de l'échoppe. Il produit ainsi des reliefs capables de prendre une forme artistique. En Orient et, à partir du X<^ siècle en Occident, ce procédé fut souvent employé simultanément avec les émaux, et l'on trouve plusieurs objets où des plaques émaillées ou gemmées alternent avec des plaques repoussées. Les plus anciennes plaques repoussées sont généralement en or; et, comme on s'est servi de plaques très minces afin de ne mettre en œuvre qu'une minime quantité de métal, beaucoup d'entre elles lie ÉD. i5
ont perdu leur aspect primitif et les sujets représentés sont souvent devenus indéchiffrables.
L'estampage, employé régulièrement autrefois lorsqu'on cherchait une fabrication économique qui conservât son mérite artistique, n'est qu'une variété du travail au repoussé. En effet, dans ce cas, le relief, au lieu d'être le résultat d'un travail de ciselure intelligente,^st obtenu mécaniquement en martelant la feuille métallique dans une estampe, c'est-à-dire dans une matrice d'acier ou de cuivre fondu et trempé, portant en creux la figure ou l'ornement que la plaque doit prendre en relief. Lorsqu'on désire un travail plus fini, on retouche au burin les feuilles estampées, ou bien on les grave à l'échoppe.
Les orfèvres du moyen âge ont assez rarement employé la gravure comme moyen de décoration, et quand ils l'ont employée, ils ont quelquefois, principalement au XIF et au XIIF siècle, niellé les traits du burin.
B. L'orfèvrerie et témaillerie dans V Europe occidentale jusqu'au VIII^ siècle. Après ces données techniques sur l'orfèvrerie et Témaillerie, jetons un coup d'œil rapide sur l'histoire de ces deux branches principales des arts industriels.
L'emploi des émaux champlevés dans l'ornementation des bijoux, qui avait été en usage chez les Égyptiens dès la plus haute antiquité, apparaît dans le nord-ouest de la Gaule et dans les Iles Britanniques à une époque très reculée. Pendant les trois premiers siècles de notre ère, les peuplades qui occupaient le territoire actuel de la Belgique déployaient une grande habileté dans la fabrication des émaux champlevés, qui, à ce même moment, étaient inconnus à Rome. Ils en firent le principal motif de décoration pour eurs fibules et les agrafes de leurs manteaux. Aussi, des fibules et des agrafes décorées d'émaux champlevés se rencontrent-elles fréquemment dans les t ombeaux de cette époque en Angleterre, en Bretagne, en Normandie et en Belgique ; presque toutes sont d'or ou de bronze et affectent des formes variées, souvent gracieuses. En Belgique, les fouilles entreprises depuis quelques années par la Société archéologique de Namur, dans des cimetières de l'époque belgo-romaine, en ont mis au jour un très grand nombre, réunies en ce moment au musée de la Société à Namur.
Plusieurs des émaux dont ces objets sont décorés présentent une particularité remarquable. Des pâtes vitreuses diversement colorées y sont juxtaposées sans l'intermédiaire de cloison ou d'épargne métaUique. On s'explique
difficilement comment ces émaux de couleurs variées ont pu être ainsi juxtaposés sans qu'ils se soient mélangés au moment de la fusion ; l'on en est encore réduit à faire à ce sujet des conjectures les unes plus vraisemblables que les autres.
Au ve siècle la fabrication des émaux se perd momentanément en Belgique par suite de l'invasion des Francs, qui introduisirent dans toute l'Europe occidentale des bijoux d'un style inconnu jusqu'alors. La plupart des objets francs que nous connaissons ont été retirés de tombeaux remontant au V% au VF et au VIF siècle. Mais, doit-on conclure de là qu'ils furent fabriqués par les Francs eux-mêmes, et les considérer, par conséquent, tous comme des productions de l'art industriel de ce peuple? Nous ne le croyons pas; il nous semble qu'il faut plutôt les ranger en trois classes : la première comprend ceux qui appartiennent à l'industrie franque, la deuxième ceux qui sont dus à l'importation étrangère, et la troisième ceux qui, provenant des industries du pays antérieures à l'occupation, ont été recueillis par les envahisseurs sur le territoire envahi.
Il n'est pas facile d'assigner à chaque classe la part exacte qui lui revient dans ce partage. Toutefois le style, les procédés d'exécution et les caractères particuliers de ces objets peuvent, pour certains d'entre eux, aider à en déterminer l'origine d'une manière sûre. Les productions de l'art belgo-romain sont assez bien étudiées et connues de nos jours pour qu'il ne puisse plus subsister de doute à leur égard; mais il n'en est pas de même des deux autres classes.
Un certain nombre de bijoux francs ont, incontestablement, été importés de l'Orient, surtout de Constantinople, soit par des marchands, soit comme présents offerts aux chefs des tribus barbares par la cour impériale de Byzance. La plupart de ces objets sont couverts de verroterie cloisonnée d'une extrême délicatesse et d'une rare perfection de travail ; ils se distinguent par un cloisonnage à bandelettes très déliées, ondulées à la pince et traçant des ornements parfois très capricieux (fig. 234). On les reconnaît aussi à la présence des cordonnets granulés et de pierres dures taillées, exigeant la main d'un lapidaire consommé dans la pratique de son art, art complètement perdu en Occident à cette époque.
Les pièces appartenant à cette classe sont peu nombreuses ; les plus belles connues jusqu'ici sont : l'épée et les bijoux de Childéric, roi des Francs (t 481), découverts à Tournai en i653, et dont quelques parties sont encore conservées aujourd'hui au cabinet des médailles de la bibliothèque nationale
à Paris ; ils sont en or et décorés de verroterie cloisonnée de couleur rougeâtre; 2° une petite boucle trouvée, il y a peu de temps, au-dessus d'une vieille armoire à l'église de Notre-Dame à Tongres. Nous reproduisons (fig. 234) dans la grandeur même de l'original, la face supérieure de ce petit chef-d'œu- Bouclefranque, au trésor de Notre-Dame à Tongres. vre, dont nous ne connaissons pas l'égal. Il se compose de deux épaisses plaques d'or battu, couvertes, du côté principal, de délicates cloisons dessinant d'élégants rinceaux et sertissant des grenats façonnés en table. Des pierres en cabochon : deux grenats et une émeraude, montés à jour et reliés par un cloisonnage original, décorent les extrémités et le centre de la patte. Un cordonnet de perlettes ciselées dans la masse borde les trois côtés libres de la patte. Au revers de la patte, les trois grosses pierres brillent également dans un encadrement formé d'un filet granulé. A notre avis la boucle de Tongres surpasse de bien loin les bijoux de Childéric non seulement par la délicatesse et le fini de son travail, mais aussi par la beauté de ses grenats, d'une teinte vineuse et d'un éclat tout particulier, qui les distinguent des grenats ordinaires. Elle date probablement du Vie siècle.
On voit, dans le trésor de la cathédrale de Monza près de Milan, une couverture d'évangéliaire décorée de cordonnets granulés et de listels en verroterie cloisonnée, dont l'origine byzantine ne peut pas être révoquée en doute. L'église de Monza l'a reçue, en présent, de la reine Théodelinde, à la fin du VF ou au commencement du VII^ siècle. Cet objet nous semble de nature à offrir un point de comparaison très intéressant à celui qui voudrait faire une étude approfondie des bijoux de Childéric et de la boucle de Tongres; voyez en la reproduction ci-dessous, p. 257, fig. 256.
Les deux têtes d'épingles à cheveux, dont nous avons parlé ci-dessus, p. 216, nous semblent aussi devoir être rangées parmi les bijoux de provenance orientale.
La troisième classe, qui est de loin la plus nombreuse, comprend les objets de fabrication franque. Tous ces objets ne présentent pas le même mérite. Quelques-uns sont d'un style tout à fait rude et barbare ; d'autres sont plus
Fig. 234.
soignés; enfin, il en est d'un travail original offrant un véritable cachet artistique.
Quant aux procédés d'exécution, on observe des progrès successifs, des développements graduels. Certains objets — et ce sont probablement les plus anciens — ont été obtenus par les moyens les plus primitifs : la fusion pour former la masse de l'objet avec tous ses appendices, et le ciselet pour produire une décoration grossière consistant le plus souvent en lignes droites, zigzags, méandres ou lignes ponctuées. Les rares verroteries qu'on y observe sont retenues, non par des bâtes rapportées et soudées sur le fond, mais par le rabattu du métal soulevé ou seulement par un mastic. L'épingle à cheveux que reproduit la fig. 223 en A, et les fibules des fig. 220 et 221 appartiennent à cette période de l'art franc primitif.
Les procédés techniques suivent, dans leur développement, la marche du style artistique. Les bâtes apparaissent bientôt ; mais elles ne sont pas encore soudées sur la plaque martelée; on les obtient au moyen du repoussé en perçant la plaque d'un trou dont on relève les bords en forme de chaton. Ce n'est que plus tard qu'on les soude plus ou moins adroitement, comme on avait soudé, depuis quelque temps déjà, les petits cercles de filigranes semés sur le champ compris entre les bâtes. Nous croyons pouvoir rapporter à cette catégorie d'objets les nombreuses broches circulaires mentionnées ci-dessus, p. 21 3 et sv.
Voici (fig. 235) un exemple intéressant de verroterie cloisonnée, fabriquée par un orfèvre franc d'un certain talent. Cet objet de paiure, que nous reproduisons dans la dimension SSjiW même de l'original, est en or pur sertissant des plaques de verre rouge, sur paillon d'or guilloché. La maîtresse pièce est w!iw^M partagée diagonalement par d'épaisses cloisons rapportées.
« Ce bijou, dit M. Bequet, a cinq milhmètres d'épaisseur sur la tranche légèrement plissée. Les cloisons, qui dépassent à peine les verroteries, ne semblent pas avoir été rabattues ; celles-ci étaient maintenues à l'aide d'un mastic. Les crochets.
Bijou franc anneaux et même les soudures sont en or pur ; le restant en or battu.
du bijou est fait avec une feuille d'or martelée d'un millimètre d'épaisseur au moins. » Annales de la Société archéologique de Namur, XIIL p. 527.
Lorsqu'on examine attentivement les productions de l'orfèvrerie occidentale du et du Vie siècle, il devient assez probable que les artistes francs ont
cherché leurs modèles dans l'art de l'empire d'Orient; et, s'ils n'en ont pas copié les formes, ils ont certainement imité, autant que possible, les procédés d'exécution. Un fait bien avéré aujourd'hui vient confirmer pleinement cette conjecture : il est hors de doute maintenant que plusieurs monnaies retirées des sépultures franques sont, non pas des pièces originales, mais des imitations, souvent très médiocres, de monnaies du Bas-Empire. La verroterie rouge cloisonnée qui distingue les plus anciens bijoux francs n'est-elle pas aussi la reproduction barbare des grenats façonnés en table qui décorent régulièrement les objets byzantins en métal précieux du et du VI^ siècle? Après quelque temps seulement, on commença à ajouter à la verroterie rouge un appoint de verres et de pierres d'autres couleurs.
Avant d'aller plus loin, nous devons encore mentionner avec éloges certains objets en bronze et en fer, auxquels les orfèvres francs sont parvenus à imprimer un cachet vraiment original et artistique. Nous voulons parler des boucles en bronze coulé et ciselé ou recouvertes de plaques d'argent. (( Les Francs, les Burgundes et les Germains, dit Labarte, étaient essentiellement guerriers et attachaient une grande importance à la beauté de leurs armes ; aussi a-t-on recueilli, en fouillant les tombeaux de l'époque mérovingienne, une foule d'objets, boucles, agrafes, plaques et ornements divers, qui avaient dû évidemment servir à la décoration de l'équipement des hommes, et aussi à embellir le harnachement des chevaux. Ces objets, d'argent, de fer ou de bronze, ont été trouvés à peu près semblables pour la forme, en Normandie, en Picardie, en Bourgogne, en Suisse, en Belgique, dans le grand duché de Luxembourg, dans tous les pays enfin que les barbares ont occupés après la grande invasion du commencement du siècle. Les pièces -de fer étaient ordinairement recouvertes d'une feuille d'argent très mince plaquée sur le fer, et décorée de brisures, d'entrelacs, de chevrons, de rubans contournés et de lignes ponctuées. Ces ornements rudimentaires étaient obtenus par l'enlèvement de l'argent au moyen d'une pointe ou d'un outil tranchant. Les parties enlevées ayant noirci, le travail a pris l'aspect de la niellure ; mais il ne faut pas confondre ce genre de travail, ni avec la niellure, ni avec la damasquinure, qui auraient nécessité la gravure préalable du fer. Les objets de bronze sont décorés de bossettes, ou têtes de clou hémisphériques, qui n'étaient souvent retenues que par un mastic dans un trou pratiqué sur la pièce pour les recevoir. Quelques-uns sont ornés de verre ou de pierreries incrustés dans le métal et fixés, soit par un mastic, soit par un
léger rabattu du métal. Plusieurs sont étamés. Quelques boucles de bronze présentent des ornements et même des figures découpées à jour par le travail de la fonte. Les ornements ne sont pas absolument sans goût ; mais les figures d'hommes et d'animaux manquent de toute proportion, et leur incorrection témoigne assez que leurs auteurs n'avaient aucun principe des arts du dessin. » Histoire des arts industriels, 2^ éd., I, p. 264. Nous avons reproduit ci-dessus, fig. 21 5, 216, 219 et 220, quelques objets du genre de ceux que cite M. Labarte. Les boucles en bronze des pages 212 et 21 3 sont de vrais chefs-d'œuvre, remarquables non seulement à cause de l'originalité de leur décoration, mais aussi par la perfection de leur travail, où l'art du fondeur se manifeste autant que celui du ciseleur.
Dès la fin du Vie siècle l'aspect des objets d'orfèvrerie change en Occident. Les verroteries façonnées en table sont remplacées par des pierres en cabochon, auxquelles se mêlent parfois des camées et des intailles antiques. Cette substitution ne fut pas l'œuvre d'un jour : elle s'opéra lentement. Aussi rencontre-t-on des objets où les deux systèmes de décoration ont été employés simultanément. Telle est, par exemple, une croix en or massif, conservée à la cathédrale de Tournai, qui date probablement de la fin du VF ou du commencement du VIF siècle. Nous en donnons la gravure ci-dessous, p. 23g, fig. 242.
Du temps où florissait saint Eloi comme orfèvre, c'est-à-dire pendant la première moitié du VIF siècle, la verroterie cloisonnée était complètement abandonnée en France. C'est au moins là ce que semblent prouver les descriptions des œuvres du saint évêque, où il n'est question que d'émeraudes, de saphirs, de grenats, d'hyacinthes et d'agates. « S'il fallait apprécier le talent de saint Eloi, dit Labarte, d'après la description qui nous est restée de deux pièces que possédait le trésor de l'abbaye de Saint-Denis, près de Paris, on devrait penser que le saint artiste excellait plutôt dans la joaillerie que dans l'orfèvrerie proprement dite ; la façon dont il montait les pierres précieuses et la fine exécution de ses chatons attiraient surtout l'admiration des personnes qui avaient vu ses œuvres. » Histoire des arts industriels, 2^ éd., I, p. 249.
Ce ne fut pas seulement chez les Francs que prévalut le système de décoration que nous venons de faire connaître : les Visigoths, établis en Espagne depuis le v^ siècle, l'adoptèrent également et vers la même époque que les Francs. Les couronnes votives, découvertes en i858, près de Tolède en Espagne, au lieu dit Fuente de Guarrazar, dont neuf sont déposées au musée de Cluny à Paris, et deux à YArmeria real de Madrid, permettent
de se former une idée exacte de ce qu'était Fart de l'orfèvrerie chez ce peuple, qui manifesta toujours des tendances artistiques si prononcées. Toutes ces couronnes sont en or massif, et ornées de sertissures de pierres précieuses ; on y trouve cependant encore quelques petites parties de verroterie cloisonnée ou de grenats taillés en table. Elles datent du milieu du VII^ siècle.
Nous terminons ces réflexions sur l'histoire de l'orfèvrerie mérovingienne par le passage suivant que nous empruntons encore à Labarte : « Comment s'étonner que des pièces d'orfèvrerie byzantine aient existé en Occident au ve et au VF siècle? Ce qui serait tout à fait extraordinaire, ce serait de n'en pas rencontrer là. Au milieu d'un monde qui se renouvelait par d'effroyables calamités, l'art était tombé, en Occident, au dernier degré d'avilissement; tous les artistes de renom, fuyant devant la barbarie, durent chercher un asile à Constantinople, le seul point où l'art et le luxe brillaient encore. L'empire d'Orient exerça alors une influence considérable sur le goût des barbares, qui devinrent les maîtres de l'Europe. Tous les regards étaient tournés vers Constantinople, qui inonda longtemps encore l'Occident des riches produits de son industrie. Tous les chefs des tribus barbares envahissantes briguaient les faveurs et les dons de l'empereur, qu'ils cherchaient à imiter et dont ils empruntaient le costume. Les productions de l'orfèvrerie, si faciles à transporter et toujours recherchées des riches et des puissants de la terre, durent être comprises pour une large part dans les importations byzantines, et doivent se rencontrer dès lors assurément parmi les objets de l'époque mérovingienne qui ont pu, à travers tant de périls divers, parvenir jusqu'à nous. » Histoire des aris industriels , 2^ éd., I, p. 275.
2. ^ixiict^ d pathtee. Le cahce occupe le premier rang parmi les vases sacrés. Les apôtres se servaient déjà de calices pour la célébration des saints mystères : Le calice de bénédiction que nous bénissons, dit l'apôtre saint Paul, n'est-il pas la communication du sang du Christ'! I COR., X, 16.
Aux premiers siècles de l'ÉgUse, les calices étaient de bois, de verre ou même quelquefois de corne. Tertulhen fait mention de calices de verre ornés de peintures ; et il cite l'image du bon Pasteur comme faisant souvent partie de la décoration. C'est à ces caHces de matières de vil prix que saint Boniface, évêque de Mayence au VIII^ siècle, faisait allusion, lorsqu'il disait au clergé de son temps : « Autrefois des prêtres d'or se servaient de calices de bois ; maintenant, au contraire, des prêtres de bois se servent de calices d'or. )) Il y eut cependant aussi, même au temps des persécutions, des calices d'or, d'argent et d'ivoire, ornés de pierres précieuses.
Après la conversion de Constantin, l'usage des calices d'or et d'argent se généralisa insensiblement; de sorte que nous voyons, au commencement du ixe siècle, des conciles particuliers (comme celui de Reims célébré en 8o3) interdire l'usage des calices de bois, de cuivre et d'airain, et le souverain pontife Léon IV donner, peu après, à leur défense la valeur d'une loi univer-
Fig. 236.
selle de l'Église. Les calices d'or étaient souvent ornés de pierreries. Aussi Anastase mentionne- 1- il beaucoup de calices gemmés.
On distingue plusieurs ■ espèces de calices :
1° Les calices ordinaires, dans lesquels les évêques et les prêtres offraient le saint sacrifice. Si nous pouvons juger de la forme de ces calices par les rares monuments de ce genre conservés soit en réalité soit par la gravure, nous dirons que ces calices, composés, comme ceux de tous les âges posté-
Calice de verre trouve au cimeticre d Ostrieii à Rome rieurs, d une COUpe, d un (nif'-ive siècle). nœud et d'un pied, avaient
Fig. 237 Fig. 238. généralement la coupe de forme cylindrique
plus ou moins évasée, très étroite et très profonde. Nous donnons (fig. 2 36) un calice de verre, datant probablement du IIF ou du IV^ siècle, découvert il y a plus de deux cents ans au cimetière d'Ostrien à Rome, et conservé aujourd'hui au musée chrétien du Vatican. Voici encore (fig. 287 et 238) d'après Seroux-d'Agincourt (L'art par les monuments), deux calices anciens, également de
VERMORCKEI
Calices de verre très anciens.
verre, et remontant à la même époque.
Il y avait aussi des calices dont la coupe, au lieu d'être cylindrique, était à plusieurs pans. Léon III offrit un calice carré à la basilique de Saint- Pierre; et Grégoire IV un calice octogone à l'église de Saint-Marc à Rome.
Quelques-uns des calices ordinaires étaient munis de deux anses (fig. 237).
2° Les calices de la seconde espèce étaient les calices ministériels, ministeriales, dont on se servait pour distribuer aux fidèles le précieux sang, lorsque la communion sous les deux espèces était en usage dans l'Église. Cet usage fut aboli au XII 1^ siècle à cause des graves inconvénients qui en résultaient. Les calices ministériels, souvent de très grande dimension, avaient ordinairement deux anses, destinées à rendre plus facile leur maniement par les diacres.
La figure 239 qui reproduit le calice de saint Gozlin, évêque de Toul de
Fig. 239,
Calice de saint Gozlin, dans le trésor de la cathédrale de Nancy. 922 à 962, peut donner une bonne idée de la forme de ces calices à anses. La coupe de ce calice, conservé dans la trésor de la cathédrale de Nancy, est hémisphérique, et repose sur un pied circulaire par l'intermédiaire d'un
d'un simple nœud. La coupe et le pied sont couverts de pierres en cabochon et de filigranes.
Ces calices étaient fréquemment ornés d'inscriptions pour rappeler le nom du donateur et la destination du vase sacré. Voici une inscription de ce genre, que saint Remi, archevêque de Reims de 461 à 533, fit graver sur un calice : Hauriat hinc populus vitam de sanguine sacro Injecto aeternus quem fudit vulnere christus. Remigius reddit domino sua vota sacerdos (1).
Fig. 240. Il y avait aussi des ca-
lices ministériels dépourvus d'anses. En voici (fig.
240) un en argent, trouvé, en 1875, près de Zamon, village du Tyrol autrichien situé sur les frontières de l'Italie. Il date de la fin du v^ou du commencement du VI^ siècle, et porte l'inscription :
ï DE DONIS DEI VRSVS DIACONVS SANCTO PE- TRO ET SANCTO PAVLO OPTVLIT. La coupe peut contenir un litre et demi de liquide.
Les calices ordinaires sont souvent appelés minores parce qu'ils n'étaient pas aussi grands que les calices ministériels. Il est Calice ministériel d'argent (v^-vie siècle). cependant très probable
que ceux-ci portaient également le nom de majeurs ou mineurs selon leur plus ou moins de capacité. L'épithète de sanctus, donnée parfois aux calices, désignait sans doute ceux dans lesquels on consacrait le vin, et dont, au moment de la communion, on versait le contenu dans les calices ministériels pour être distribué aux fidèles.
(1) « Que le peuple vienne puiser ici la vie dans le Sang sacré que, de son flanc ouvert, répandit le Christ éternel. Le prêtre Remi accomplit son vœu. »
3° Outre ces espèces de calices, qui servaient immédiatement au sacrifice, il y avait encore les calices aux offrandes, calices offertorii, dans lesquels les diacres recevaient les oblations de vin ; les calices baptismaux, calices taplismi, dont on se servait pour présenter aux nouveaux baptisés un mélange de lait et de miel (i); et les calices d'ornement, calices pendentiles, qui, aux jours solennels, étaient suspendus dans l'église aux environs de l'autel ou placés sur le tref. Ces derniers étaient munis d'anses et avaient quelquefois un poids considérable. Anastase le Bibliothécaire fait plusieurs fois mention de calices destinés à être suspendus (2).
L'usage de suspendre des calices et même des ornements de tout genre s'est conservé en quelques endroits jusqu'à une époque assez rapprochée de nous. Les anciennes Coutumes de Saint-Bénigne de Dijon prescrivaient de mettre, aux principales fêtes, des calices sur l'autel en guise d'ornement; et Du Saussay (né en iSSg, mort en lôyS) nous raconte que, dans sa jeunesse, passant à Toul (France), le jour de la fête de la Sainte-Trinité, il a vu suspendus à l'égUse de Saint-Étienne, dans un but décoratif, les objets d'orfèvrerie du trésor, les chasubles, en un mot, tous les ornements sacerdotaux. Panoplia sacerdotalis, part. I, Hb. VIII, cap. XIV, art. II, §4.
La patène, ainsi appelée du verbe latin patere, être ouvert, à raison de sa forme large et peu profonde, est un plateau de métal, de verre ou de toute autre matière, sur lequel on dépose l'espèce du pain pendant la sainte Messe. Son usage est aussi ancien que celui du calice. De même qu'on distinguait autrefois plusieurs espèces de calices, on distinguait aussi plusieurs espèces de patènes. Il y en avait d'abord à l'usage du prêtre qui offrait le saint sacrifice; il y en avait d'autres servant pour distribuer aux fidèles la sainte Communion sous l'espèce du pain. Ces dernières, qui étaient ordinairement
(1) Cette cérémonie était destinée à rappeler aux néophytes leur entrée, par la régénération spirituelle, dans la terre promise, cette terre ou coulent des ruisseaux de lait et de miel. ExoD., III, 8.
(2) Dans la vie de Léon III, il en parle à plusieurs reprises : « Fecit, dit-il, in basilica doctoris mundi beati Pauli apostoli, calices majores fundatos ex argento purissimo ex ipsius apostoli donis, qui pendent in arcu majore, numéro undecim, et alios, qui pendent inter columnas majores dextra laevaque numéro quadraginta, pensan. simul libras ducentas sexaginta et septem. 390. — « Fecit... in basilica beati Pétri apostoli calices majores ex argento mundissimo, qui sedent super trabes argenteas, numéro decem et octo, pensan. simul libras centum octuaginta duas. » 397. — « Fecit calices fundatos ex argento, qui pendent inter columnas majores dextra laevaque basilicae, numéro sexaginta quatuor, pensan. pariter libras quadringentas sexaginta et unam. « N» 400. Voyez aussi les n^s 440, 507, 528 et 553.
très grandes, portaient le nom de patènes ministérielles. Il y avait encore des patènes appelées chrismales, sur lesquelles on versait le saint chrême pour rendre faciles les onctions usitées dans l'administration des sacrements de baptême et de confirmation.
Les patènes étaient rondes, carrées ou polygones, et munies d'un rebord. Faites de la même manière que les calices, elles recevaient souvent, comme eux, des inscriptions, et étaient enrichies de pierreries et décorées d'images et de figures symboliques. Leur poids variait ordinairement entre 5 et 3o livres; il y en avaient même exceptionnellement de 5o livres.
On appelait amula, ama ou hama, le vase dans lequel les diacres recevaient les oblations de vin faites par les fidèles avant le sacrifice. Le vin était versé dans les calices au moyen du colum vinarîum ou colatorium, espèce de passoire percée au fond de trous très petits et très rapprochés, afin de lui enlever toute matière étrangère. Anastase fait souvent mention de ces instruments.
3. Cu6t0Ï>e0 eudjanetiques : colombeô et toure. L'usage de réserver la sainte Eucharistie pour les malades et les absents remonte à l'origine même du christianisme. Cependant, pendant les trois premiers siècles, les espèces consacrées n'étaient pas conservées dans les églises et les oratoires. A l'issue du sacrifice, les diacres, et quelquefois des clercs inférieurs ou même des laïques, portaient la sainte Communion à ceux qui, par leurs infirmités ou d'autres raisons légitimes, étaient empêchés d'assister à la célébration des divins mystères. De plus, au moment des persécutions, les fidèles recevaient tous des particules consacrées pour les emporter chez eux. Ils se communiaient eux-mêmes afin de se fortifier dans la foi, principalement au moment «olennel du martyre. On accordait le même privilège à ceux qui se mettaient en voyage. Il est probable qu'à cette époque les évêques et les prêtres avaient toujours la sainte Eucharistie dans leurs maisons, et qu'ils l'administraient aux personnes se trouvant subitement en danger de mort. On portait les ■saintes espèces tantôt dans des linges, nommés oraria, suspendus au cou et descendant des deux côtés jusqu'au bas de la poitrine, tantôt dans des cassolettes de métal, d'ivoire, de bois, de verre ou d'argile. Au témoignage de saint Jérôme, on se servait même de corbeilles en osier et de fioles de verre pour réserver la sainte Eucharistie. Voyez ci-dessus, p. 94.
Après que Constantin eut octroyé la liberté aux chrétiens, un changement s'opéra dans la disciphne ecclésiastique. Dès le commencement du IV^ siècle,
l'usage de ne conserver la sainte Eucharistie que dans les églises devint, pour ainsi dire, général en Occident. En Orient, et surtout en Egypte, ce changement eut lieu un peu plus tard. Ainsi nous lisons dans les écrits de saint Basile, mort en Syg, que, de son temps encore, a tous les pères du désert qui ne se trouvaient pas dans le voisinage d'un prêtre avaient le privilège de garder chez eux le saint Sacrement, et de se l'administrer à euxmêmes; ce qui plus est, à Alexandrie et en Egypte, chacun, même parmi les laïques, avait le plus souvent dans sa maison la Communion, et quand il voulait, se communiait lui-même. » Lettre g3^.
Il paraît assez probable qu'après que les basiliques furent construites, on déposait dans les pastophoria (voyez ci-dessus p. 142) les particules consacrées réservées pour les malades. Un passage du livre VIII des Constitutions apostoliques lève tout doute à cet égard. Ce livre, qui toutefois ne remonte pas au-delà du IV^ siècle, renferme la description des cérémonies en usage» pour la célébration des saints mystères. On y lit, entre autres, la prescription suivante : « Après que tous les fidèles des deux sexes ont communié, les diacres recueillent les fragments qui restent, et les portent dans le pastophorium. » Ch. XIII.
Un peu plus tard, lorsque les autels furent surmontés de ciboria, on suspendit la réserve eucharistique sous la voûte de ces derniers. Le vase dans lequel on renfermait les espèces sacramentelles avait primitivement la forme d'une colombe. Déjà les saints Pères du IV^ siècle font souvent allusion à cette manière de conserver la sainte Eucharistie. Dans les siècles suivants, cet usage se généralisa au point qu'il fut consacré par les décisions des conciles. Aussi, dans les Vies des souverains pontifes d'Anastase, est-il souvent
fait mention de colombes eucharistiques.
Fig. 241.
Elles étaient ordinairement d'or, d'argent, ou quelquefois de cuivre doré. Il est vraisemblable que les saintes espèces avant d'être placées dans la custode, étaient enveloppées d'un linge. On les introduisait à l'intérieur de la colombe par une ouverture ménagée sur le dos, comme montre la figure 241, qui reproduit une colombe eucharistique, dorée
Custode en forme de colombe, dedans, conservée encore aujourd'hui dans à l'église de Saint-Nazaire à Milan.
l'église de Saint-Nazaire à Milan.
La colombe eucharistique était ordinairement renfermée dans un taber-
nacle en forme de tour. Aussi parmi les dons faits aux églises de Rome et rapportés par Anastase, les colombes et les tours se rencontrent-elles souvent; et, chose remarquable, l'une n'est jamais offerte sans l'autre. La colombe est toujours d'une matière plus précieuse que la tour ; ce qui prouve que la première était le plus proche récipient de la sainte Eucharistie, destiné à être déposé dans la tour. Rarement on plaçait le saint Sacrement dans la tour sans le renfermer dans une colombe.
Chez les Grecs la colombe eucharistique portait le nom TrsacrTÉpiov, péristeriiim (diminutif de Treptcrispà), c'est-à-dire petite colombe.
Les colombes suspendues dans les baptistères et au-dessus des tombeaux des saints contenaient-elles la sainte Eucharistie ? On admet généralement que celles placées au-dessus des tombeaux ne servaient pas de custodes eucharistiques. Celles qu'on suspendait dans les baptistères renfermaient peut-être les saintes espèces pour la communion des baptisés; ou bien étaient des vases pour le saint chrême ou même constituaient un simple symbole du saint Esprit apparaissant au baptême du Sauveur.
4. I^eliquairee. Pendant la période latino-byzantine, les corps des saints,
soigneusement renfermés dans des sarcophages, étaient placés immédiatement au-dessous d'une table d'autel ou dans une crypte souterraine. L'usage d'en distraire des parcelles plus ou moins importantes pour être distribuées aux églises et aux fidèles n'existait pas encore à cette époque. Par reliques on entendait alors, non pas les ossements sacrés, mais le bois de la vraie Croix, les vêtements et autres objets ayant été à l'usage des saints, les huiles prises dans les lampes qui brûlaient nuit et jour devant leurs sarcophages, et enfin les brandea, c'est-à-dire Croix-reliquaire du vie-viie siècle, à la cathédrale étoffes qu'on avait appliquées de Tournai. quelque temps sur ces tombeaux
Fig. 242.
Fig. 24;
Croix-reliquaire du trésor du Vatican à Rome (vue siècle).
Croix-reliquaire trouvée dans la châsse de saint Badilon à Leuze (vii^ siècle).
Revers d'une croix-reliquaire du vii^ ou vm^ siècle.
OU suspendues aux environs (i).
Peu de reliquaires de cette époque sont parvenus jusqu'à nous. On peut les rapporter presque tous aux classes suivantes :
a^ Reliquaires de la vraie Croix.
Ils affectent régulièrement la forme de petites croix pectorales, creuses à l'intérieur et s'ouvrant, sur toute leur longueur, au moyen d'une charnière placée à leur sommet.
Elles étaient sans doute destinées à être portées au cou, au moyen d'une chaîne ou d'un cordon, par les évéques, les abbés et les autres
dignitaires ecclésiastiques. En voici quelques exemples : 1° une croix du VF ou du VIF siècle, en or battu, ornée de perles, de pierres en cabochon et de
(1) Voyez, à ce sujet, un extrait d'une lettre du pape saint Grégoire le Grand, que nous avons reproduit ci-dessus, p. 56, note. Le fait que nous affirmons ici y est exprimé en termes très précis.
verroterie cloisonnée (fig. 242), appartenant au trésor de la cathédrale de Tournai ; 2° une croix en bronze, décorée de figures en relief, conservée au
musée du Vatican; nous en reproduisons les deux faces (fig. 243 et 244) ; enfin 3^ une croix en cuivre, gravée à la pointe (fig. 245 et 246), trouvée dans la châsse de saint Badilon à Leuze (Hainaut); nous donnons également les deux faces de cet objet, dont la décoration est rudimentaire et toute primitive. Les deux dernières croix datent probablement du VI 1^ siècle.
b) Clefs de la confession de saint Pierre. Il existe, dans les trésors des églises de Saint-Servais à Maestricht et de Sainte-Croix à Liège, d'intéressants reliquaires en forme de clef.
Ils sont connus sous le nom de clefs de la confession de saint Pierre, pSirce que, dit-on, ils servaient à pénétrer auprès du tombeau du prince des apôtres, dans la crypte de la basilique vaticane. Leurs poignées sont grosses, ovales, creuses et travaillées à jour.
La relique, qui consiste en un petit fragment des chaînes dont saint Pierre fut chargé en prison, est libre à l'intérieur de la poignée de la clef de Liège, mais pas dans celle de Maestricht. Il est possible, probable même, que pour celle-ci on aura, comme cela se pratiquait parfois, incorporé à la masse du métal, pendant la fusion, un petit fragment ou un Clefde saint Servais, à Maestricht (ivc siècle). P^^^ limaille des chaînes de saint
(D'après le Trésor de Maestricht.) lie ÉD.
Pierre.
Ce fut probablement en 376 que le pape saint Damase remit la clef de Maestricht (fig. 247) à saint Servais, premier évêque de cette ville, qui, à cette époque, se trouvait à Rome pour vénérer les tombeaux des saints apôtres. La poignée seule appartient à l'œuvre originale ; elle est d'argent et décorée de gracieux rinceaux obtenus par la fonte et retouchés plus tard avec la lime et l'échoppe. Le panneton et une partie de la tige sont beaucoup plus récents que la poignée.
La clef de Liège (fig. 248), que saint Hubert reçut du pape Grégoire II à l'occasion d'un pèlerinage qu'il fit à Rome en 722, n'a de primitif, comme celle de Maestricht, que la poignée. Elle est de bronze fondu et travaillée à jour. Les ouvertures du réseau consistent dans des triangles et de petites croix grecques disposées autour de figures en relief. L'image de saint Pierre est répétée quatre fois sur la partie supérieure de la poignée, et celle du Christ dans la gloire un même nombre de fois sur la partie inférieure. Les bandes partageant la poignée en compartiments triangulaires portent des animaux affrontés séparés par un arbre. Le panneton, la tige et le nœud, sur lequel on voit le Christ en croix entre la sainte Vierge et saint Jean, ne remontent certainement pas au-delà du commencement du XI F siècle. La décoration barbare et grossière de la poignée trahit d'une manière évidente la décadence de l'art du VU F siècle.
Un anneau couronne le sommet de chacun de ces reliquaires. Ajouté probablement à une époque relativement récente, il devait servir à passer une chaînette ou un cordon permettant de suspendre l'objet au cou, lorsqu'on le portait solennellement dans les processions.
Les souverains pontifes des premiers siècles avaient l'habitude de distribuer aux rois, aux princes et aux évêques des parcelles des chaînes de saint Pierre renfermées dans des anneaux, des croix, et principalement dans de riches clefs. En dehors des deux reliquaires de cette dernière espèce dont nous venons de parler, nous citerons encore quelques dons du même genre. Le pape Pélage II gratifia d'une clef d'or Authari, roi des Longobards ; et saint Grégoire le Grand, qui occupa le siège pontifical de Tannée 5 90 à 604, en envoya, également d'or, à Anastase, patriarche d'Antioche, à un ancien consul du nom de Jean, à l'évêque Columbus, à Childebert, roi des Francs, à Reccared, roi des Visigoths, et à plusieurs autres personnes constituées en dignité. De tous ces curieux objets et de beaucoup d'autres semblables en or, en argent et en bronze, il n'y a que les clefs de Maestricht et de Liège qui aient échappé à la destruction.
c) Vases renfermant des huiles recueillies aux tombeaux des saints. Dès le IV^ siècle, on se mit à rapporter de Jérusalem des huiles prises dans les lampes qui brûlaient nuit et jour devant le saint Sépulcre et dans les autres lieux saints. Bientôt on en puisa aussi dans les lampes allumées, à Rome, devant les tombeaux des apôtres et des martyrs. Ces huiles étaient
censées douées d'une vertu miraculeuse pour la guérison des malades. Saint Grégoire de Tours relate plusieurs guérisons opérées par la vénération de l'huile prise au tombeau de saint Martin.
Les papes et les évéques envoyaient ces huiles aux églises, aux souverains et aux personnes de distinction. Elles étaient ordinairement renfermées dans de petites fioles de verre ou de métal, circulaires, aplaties et munies d'un goulot. Le pape saint Grégoire le Grand (Sgo- 604) envoya à Théodelinde, reine des Longobards, soixantecinq petites fioles dont le con-
Fig. 249.
Fiole du trésor de la cathédrale de Monza. (vi«-vii« siècle.)
tenu avait été puisé dans les lampes des sanctuaires les plus vénérés. On voit encore aujourd'hui, dans la cathédrale de Monza près de Milan, plusieurs de ces petits monuments; la plupart sont en verre, quelques-uns seulement en plomb. Ces derniers sont ornés de représentations offrant le plus haut intérêt pour l'étude de l'iconographie chrétienne à la fin du VI^ et au commencement du VIF siècle; nous en reproduisons un (fig. 249), qui porte l'inscription : EAAION ETAOY ZQ.EC THN AFliiN TOT xr TOnaN, c'està-dire : Huile du bois de la vie tirée des lieux saints du Christ. On voit, au musée du Vatican à Rome, de petites fioles du même genre, en argent ; elles sont pédiculées et munies d'un goulot très efiilé.
Outre les fioles provenant de Rome et de Terre-Sainte, il en est encore d'autres que nous devons mentionner ici parce qu'on les rencontre fréquemment dans les collections archéologiques. Ces petites ampoules, toutes du même modèle sauf quelques légères variétés dans les parties accessoires, sont en terre cuite et ont la forme de flacons aplatis munis de deux anses. Elles étaient destinées à renfermer des huiles saintes ou eulogies de saint Mennas, illustre martyr, qui succomba en Egypte vers la fin du IIF siècle pendant la persécution de Dioclétien, et dont le corps reposait dans une église près d'Alexandrie. Chaque face porte soit une croix, soit un personnage dans l'attitude de la prière, les mains levées au ciel, placé entre deux
Fig. 250.
Fioles du vie ou du vue siècle, ayant renfermé de 1 huile de Saint-Mennas, au musée royal d'antiquités à Bruxelles.
animaux, et accosté, à droite et à gauche de la tête, d'une petite croix grecque. Ce personnage représente saint Mennas. Une inscription grecque ne laisse ordinairement aucun doute sur la destination première de la fiole. Le musée royal d'antiquités, dit de la porte de Hal, à Bruxelles, possède deux de ces petites ampoules en terre cuite de couleur jaunâtre. Sur la face de la première, que nous reproduisons ici (fig. 25o), on lit, autour d'une croix pattée, l'inscription : TOr Alior MHNA ; qui peut se traduire, en suppléant le mot ETAOriA, par : Eulogie ou objet sanctifié de saint Mennas. Le revers de cette fiole et les deux faces de la seconde sont ornés de l'image de saint Mennas avec les accessoires que nous avons indiqués ci-dessus. Notre fig. 25 1 donne une des faces de la seconde fiole.
La plupart des fioles de Saint-Mennas ressemblent à celles que donnent nos fig. 25o et 25 1, et datent du VI^ et du VIF siècle.
5. ^cce50aire0 ïree autele eu général. Pendant les premiers siècles, la table d'autel, sur laquelle s'offre le saint sacrifice et qui, à elle seule, comme nous l'avons déjà dit, symbolise le Christ, restait entièrement libre et à découvert. On n'y voyait pas ces énormes retables qui forment le complément nécessaire de la plupart de nos autels modernes, et qui, sans offrir de compensation, présentent le grand inconvénient de détourner l'attention de l'autel proprement dit, pour la reporter sur des accessoires complètement dépourvus de symbolisme. Et, nous l'avouons avec regret, ce malheureux préjugé existe autant chez le clergé que chez les simples fidèles.
On ne déposait primitivement sur l'autel que le pain, le vin et les vases sacrés nécessaires au saint sacrifice (voyez ci-dessus, p. i86, fig. i88, la gravure reproduisant un autel du VI^ siècle d'après une mosaïque de l'église de Saint-Vital à Ravenne), et parfois aussi le livre des Évangiles. Ce ne fut que plus tard, c'est-à-dire vers le IX^ siècle, que l'on permit d'y placer des châsses renfermant les reliques des saints. Le pape Léon IV, monté sur le trône pontifical en 847, disait dans une de ses homélies : « On couvrira l'autel de linges très propres. On n'y déposera que des châsses contenant des reliques, les saints Évangiles ou la pyxide renfermant le corps du Seigneur destiné au viatique pour les malades (i). »
(1) «Altare sit coopertum mundissimis linteis. Super altare nihil ponatur, nisi capsae cum reliquiis, sancta Dei Evangelia, aut pyxis cum Corpore Domini ad viaticum pro infirmis. » Labbaeus, Concilia^ ed. veneta 1729, IX, col. 1031.
Les crucifix et chandeliers d'autel étaient inconnus pendant les premiers siècles. A cette époque, on voyait quelquefois une croix au côté droit de l'autel. Anastase rapporte que les papes Léon III et Léon IV offrirent à la basilique vaticane des croix d'or et d'argent pour être placées au côté droit de l'autel.
Des couronnes d'or, d'argent ou d'autre métal, couvertes de sertissures de pierres précieuses, étaient souvent fixées aux voûtes du ciborium, au-dessus de l'autel. Il y avait, en outre, pour le luminaire, des couronnes suspendues tout autour de l'autel. Nous allons examiner rapidement, dans les lignes suivantes, quelle fut d'ordinaire la matière et la forme de ces deux espèces de couronnes.
6. Coutouucô m métal preVicur ôUôpcuïnuô an-ïrcô6u$ ï>c Tautel. Ces
couronnes, ordinairement de métal précieux et décorées de sertissures de pierres, ont constitué, pendant toute la période latine, le plus riche accessoire de l'autel. Elles se composaient réguhèrement d'un cercle, massif ou ajouré, de 5 à 10 centimètres de hauteur. Une petite croix gemmée était tenue en suspens au centre du cercle et descendait plus bas que lui. A la couronne elle-même et à la traverse horizontale de la petite croix étaient attachées des pendeloques (nommées dans les écrits contemporains clamacterit, clamasterii et pendentes), consistant dans de lourdes pierreries ou dans des appendices métalliques grossièrement travaillés. Des lettres, formant le nom du donateur, remplaçaient quelquefois les pendeloques. Tel est le cas pour la plus grande des couronnes du trésor de Guarrazar, dont nous parlons ci-dessous.
La plupart de ces couronnes furent fabriquées spécialement avec l'intention de les faire servir comme ornement pour l'autel. C'est ce qui résulte de leur diamètre même, qui est souvent trop grand, quelquefois trop petit, pour qu'elles aient pu être placées sur la tête. Parfois cependant les souverains ont consacré aux autels la couronne dont ils s'étaient servis précédemment comme insigne de royauté.
La célèbre couronne conservée à la cathédrale de Monza et connue sous le nom de couronne de fer parce qu'elle porte, à l'intérieur, une bande de fer, haute de quinze millimètres environ, forgée, dit la légende, avec l'un des clous qui attachèrent le Christ à la croix, appartient à la classe des couronnes votives destinées à l'ornementation de l'autel. Elle est d'or et se compose d'un cercle de la hauteur de sept centimètres environ, divisé en six plaques
Fig. 252.
émaillées réunies par des piliers ou montants décorés de trois grosses pierres fines superposées verticalement les unes au-dessus des autres. Cette couronne fut offerte à l'église de Monza par la reine Théodelinde.
Nous reproduisons (fig. 252) une couronne d'or, enrichie de pierreries et de perles fines, donnée, vers le commencement du VIF siècle, à l'église de Saint-Jean de Monza par Agilulfe, roi des Longobards et époux de Théodelinde. Cette riche couronne, volée, en 1804, ^ Paris, au cabinet des médailles de la bibliothèque nationale, où elle était alors déposée, fut sans doute jetée au creuset. Il en existait heureusement de bonnes gravures. Le cercle avait 85 miUimètres de hauteur, et, sur son pourtour, on voyait quinze figures représentant le Christ entre deux anges et les douze apôtres. Chaque figure se trouvait sous une arcade formée de feuillage et soutenue par deux colonnettes torses. Sur le bord inférieur du cercle on lisait l'inscription : AGILVLF. GRAT. DI VIR GLOR. REX TOTIVS ITAL. OFFE-
Couronne votive en or, donnée à 1 église d« Monza lOHANNI BAPTISTE IN
par Agilulfe, roi des Longobards. ECLA. MODICIA. Cette couronne
fCommencement du vii^ siècle.) ^ , , • j 1
fut exécutée, non pour cemdre la
tête du roi longobard, mais pour servir d'ornement à l'autel de l'église de Saint-Jean à Monza.
Les plus remarquables couronnes d'autel sont celles qui furent découvertes, en i858 et 1860, à Fuente de Guarrazar près de Tolède en Espagne. Elles sont au nombre de onze, toutes d'or et décorées de pierreries. Neuf ont été acquises par le musée de Cluny à Paris, où elles sont connues sous le nom de Trésor de Guarrazar ; les deux autres font partie de VArmeria real
de Madrid. Voici, d'après Labarte, la description de la principale d'entre elles « La plus grande et la plus riche de ces neuf couronnes (du musée de Gluny), dit-il, est aussi la plus intéressante, puisque la singulière inscription qui s'y trouve attachée a révélé le nom de son premier possesseur, et a fourni en conséquence la date de sa fabrication. Cette couronne se compose d'un double bandeau d'or de dix centimètres de hauteur et de vingt et un centimètres de diamètre, s'ouvrant à charnière. Le contour est enrichi de trente gros saphirs d'Orient, d'une très belle eau, disposés en trois lignes et alternant avec autant de perles fines d'une grosseur peu commune. Cet ensemble est renfermé entre deux bordures d'or figurant des cercles dont l'intérieur est découpé par quatre segments de cercle; ces cloisons renferment des pierres rouges et quelques pierres bleues. Un cordon d'or, autour duquel est tortillé un fil d'or très fin, termine en haut et en bas la bordure de la couronne. Ce cordon n'est pas ciselé sur l'or du bandeau, mais rapporté. La paroi extérieure du bandeau a été légèrement soulevée entre les saphirs et les perles, et sur ces bossages repoussés l'orfèvre a découpé des palmettes dont les jours sont remplis par des tables de pierres rouges semblables à celles de la bordure. La feuille intérieure du bandeau est unie. Au cercle inférieur de la couronne sont attachées vingt-quatre chaînettes d'or qui en garnissent ainsi tout le contour. Chacune des chaînettes tient en suspens une lettre exécutée en or et dont le dessus est garni de petits morceaux de verre rouge cloisonnés par des traits d'or ; ces lettres forment l'inscription suivante : -j- RECGES- VINTHVS REX OFFERET. Le roi Reccesvinthe a conquis une place importante dans la dynastie des rois goths d'Espagne. Associé, en 649, à la puissance souveraine par son père Chindesvinthe, il régna seul, à la mort de celui-ci, en 653, et fut alors sacré par saint Eugène, évêque de Tolède. Il mourut en 672. Reccesvinthe était donc contemporain de saint Eloi (f 663). A chaque lettre est attachée une pendeloque formée d'un saphir violacé, en forme de poire, qui tient à un ornement d'or décoré d'une pâte de verre. La couronne est suspendue par quatre chaînes d'or, ayant chacune cinq chaînons d'un beau travail qui offrent un ornement découpé à jour. Les quatre chaînes se rattachent à un double fleuron d'or enrichi de douze pendeloques de saphirs, et surmonté d'un chapiteau de cristal de roche finement travaillé; au-dessus s'élève une boule de la même matière qui reçoit l'anneau de suspension. Une chaînette d'or, fixée au fleuron, tient en suspens, au centre, et un peu au-dessous de la couronne, une riche croix dont la face principale est ornée de six gros saphirs et de huit perles fines. Les saphirs sont montés
à jour et sertis dans des griffes élégantes qui se terminent en forme de fleur de lis. Les perles, disposées deux par deux aux extrémités des quatre branches de la croix, sont enchâssées dans de petits cylindres d'or. Aux pieds et aux bras de la croix se rattachent des pendeloques semblables à celles qui terminent les lettres de l'inscription. Le revers de la croix est finement travaillé et présente six motifs de rosaces à jour qui correspondent avec la place occupée par les saphirs sur la face antérieure. On y voit une charnière et la naissance d'une attache qui peut faire supposer que cette croix avait servi de fibule. » Histoire des arts industriels, 2^ éd., I, pp. 276-277.
L'usage des couronnes d'ornement pour les autels existait aussi en Orient, et notamment à Gonstantinople. Lorsque l'empereur assistait, dans l'église de Sainte-Sophie, à certains offices solennels, le patriarche détachait, à un moment donné, une des couronnes suspendues au-dessus de l'autel, et la plaçait sur la tête de l'empereur. Il était défendu sévèrement au prince de se l'ôter de ses propres mains ; le patriarche seul pouvait venir la reprendre pour l'attacher de nouveau au-dessus de l'autel.
Quelquefois, surtout à partir du IX^ siècle, on donna le nom de regnum aux couronnes votives des autels pour les distinguer des couronnes de lumières.
On suspendait aussi parfois des croix près de l'autel.
7. Caurauuco î>e lumicrci?. Le luminaire, qu'on employait avec profusion dans la célébration des offices divins, était placé aux environs de l'autel, soit sur une table (comme cela se pratique encore aujourd'hui chez les Grecs), soit sur des candélabres, ou, plus souvent encore, sur des lustres en forme de couronne, suspendus dans le chœur, dans le sanctuaire et même quelquefois au miheu de l'église.
Fig. 253. Les candélabres étaient beaucoup moins com-
muns que les couronnes. Aussi Anastase le Bibliothécaire n'en mentionne-t-il qu'un très petit nombre parmi les dons offerts aux basiliques par les papes et les empereurs.
Les cierges et les lampes étaient presque toujours portés par des lustres affectant une forme plus ou moins circulaire, et appelés pour cette raison couronnes de lumières. C'étaient des
Plan d'une couronne de lumières.cercles parfaits, OU très souvent aussi des arcs
de cercle, qui se joignaient les uns aux autres, et formaient des angles rentrants, tout en conservant à l'ensemble une forme plus ou moins ronde. La figure 253 donne le plan de cette dernière disposition.
Dans les anciens inventaires et dans les Vies des souverains pontifes d'Anastase, ces couronnes sont appelées phara, canthara, phara coronata, phara canthara, polycandelae, coronae, etc. On n'est pas d'accord sur la signification exacte de ces différents termes. Quelques-uns pensent qu'on appelait canthari ou canthara les couronnes portant des lampes à huile, phari ou phara celles qui étaient . destinées à recevoir des cierges, et phara canthara celles qui étaient munies de lampes et de cierges, ou appropriées indifféremment aux deux usages. Il résulte d'un passage d'Anastase que pharum cantharum ne doit pas toujours s'entendre d'un lustre suspendu, mais qu'il peut aussi signifier une couronne pédiculée (i).
Quelquefois aussi le nom de phare était donné à des lustres dont le plan s'écarte du cercle. Ainsi, par exemple, Anastase parle d'un phare énorme en forme de croix, donné à l'église de Saint-Pierre par le pape saint Adrien, et d'un autre imitant un filet et orné de cinq lampes en forme de corbeille, que Léon III plaça dans la même église. Le premier pouvait porter iSyo cierges, le second, en argent très fin, pesait 37 1/2 livres (2).
Dans les descriptions qu'Anastase fait des couronnes et des lustres, il est souvent fait mention de tours, turres, de dauphins, delphini, et de pendeloques, clamacterii ou pendentes. Les tours étaient les lanternes en forme de tour ronde ou carrée, placées de distance en distance sur la couronne, ou plus souvent encore dans les angles rentrants formés par la jonction des segments de cercle (voyez la fig. 253). Cette interprétation résulte clairement de divers passages d'Anastase et d'autres écrivains anciens, où il est parlé, comme dans le texte suivant extrait du Chronicon cassinense, de couronnes
(1) On lit dans la vie de Benoît III : « Pharum cantharum argenteum sedentem in pedibus quatuor, a saracenis olim ablatum, in quo ad decus ipsius basilicae in diebus festis atque dominicis lucernae simul et cerei ponebantur, juxta lectorium mirifico opère fecit ac renovavit. »
(2) Voici les textes qui se rapportent à ces curieux objets : « Fecit (Adrianus) pharum majorem in eadem beati Pétri ecclesia in typum crucis, qui pendet ante presbyterium, habentem candelas mille trecentas et septuaginta. Et constituit, ut quatuor vicibus in anno ipsum pharum accendatur, id est in Nativitate Domini, in Pascha, in natali apostolorum et in natali pontificis. » N° 320. — a Fecit vero (Léo in ecclesia beatae Mariae ad Praesepe) ante ingressum Praesepii pharum in modum retis ex argento purissimo cum canistris quinque, pensan. simul libras triginta septem et semis. » N" 415. — On voit encore aujourd'hui un lustre en forme de croix dans la nef principale de l'église de Saint-Marc à Venise; VioUet-le-Duc l'a reproduit dans son Dictionnaire raisonné du mobilier, I, p. 150.
portant un grand nombre de tours : « Fecit (Desiderius) et pharum, id est coronam maximam de argento, librarum circiter centum, habens in circuitu cubitos viginti, cum duodecim turribus extrinsecus prominentibus, sex et triginta ex ea lampadibus dependentibus. » Chronicon cassinense, éd. de 1668, p. 362. Ensuite, il existe encore aujourd'liui, à Aix-la-Chapelle et à Hildesheim, de grandes couronnes de lumières garnies de tours, qui ne sont postérieures que de deux ou trois siècles à l'époque dont nous nous occupons. Les dauphins, delphini, étaient probablement des lampes qui avaient la forme d'un dauphin.
8. Piptî)i]Uce. (( Les diptyques (profanes), dit Labarte, remontent à une haute antiquité. Dans l'origine ils étaient formés de deux petites tablettes de bois ou d'ivoire se repliant l'une sur l'autre, et dont l'intérieur présentait une tablette renfoncée enduite de cire, sur laquelle on écrivait. De là le nom de (^îTTTu^a (i) et de pugillares qu'on leur donne, le premier à cause de leur double pli, le second en considération de leur petitesse, qui permettait de les renfermer dans la main. Ces tablettes étaient entourées de fils de lin sur lesquels on coulait de la cire que l'on imprimait d'un cachet. Elles servirent dès lors aux missives secrètes. Lorsqu'on eut ajouté d'autres feuilles à ces tablettes, elles prirent, suivant le nombre des plis, le nom de xfmzvyjx^ TrevraTTrup^a, etc. Les diptyques reçurent bientôt une destination plus intéressante. Au temps des empereurs, les consuls et, dans l'origine, les questeurs, pour consacrer le souvenir de leur élévation, envoyaient à leurs amis, ainsi qu'aux personnages d'un haut rang dont ils avaient obtenu les suffrages, et aux gouverneurs des provinces, des diptyques d'ivoire dont les parties extérieures étaient sculptées en bas-relief. On y traçait ordinairement l'image du consul revêtu de tous les ornements de sa dignité, et tenant d'une main la mappa ciixensis, rouleau d'étoffe qu'il jetait dans l'arène pour donner le signal des jeux, et de l'autre le scipio ou sceptre consulaire, qui était surmonté des figures des empereurs régnants; on y voyait encore assez souvent, dans le bas du tableau, une représentation des jeux du cirque dont le consul avait gratifié le peuple lors de son installation. Les noms du consul et ses titres se trouvaient ordinairement inscrits au haut des tableaux... Une loi du code théodosien [lex XI, tit. XI), de l'année 384,
(ï) Ce mot est dérivé de (^tç, deux fois, et tttû;,^-/-;, pU, tablette, c'est-à-dire objet plié en deux. Les mots triptyque, pentapty que ei polyptyque, dérivés de la même racine tvtxj/ji, signifient des objets composés de trois, cinq ou un plus grand nombre de plis ou tablettes.
interdit à tout autre qu'aux consuls ordinaires de donner des diptyques d'ivoire. » Histoire des arts industriels, 2^ éd., I, p. loS.
Dès son origine, l'Église chrétienne eut des diptyques ; il en est fait mention dans la liturgie de saint Marc et dans celle de saint Denis l'Aréopagite. C'étaient des tablettes ou des catalogues sur lesquels on inscrivait certains noms pour en conserver la mémoire, et les lire, du moins en partie, dans les réunions sacrées des fidèles. Il y avait plusieurs classes de diptyques : ceux des baptisés, où l'on inscrivait les néophytes ; ceux des vivants, qui recevaient les noms du souverain pontife régnant, des évêques, des prêtres, des empereurs, des rois, des princes et des bienfaiteurs de l'Église; ceux des saints, dans lesquels on mentionnait les personnes qui avaient illustré l'Église par le martyre ou une grande sainteté de vie; enfin ceux des défunts, où se trouvaient les noms des évêques, des prêtres, des clercs et des simples fidèles décédés, qu'on recommandait aux prières de la communauté chrétienne.
Les noms étaient inscrits sur les deux faces intérieures du. diptyque : d'un côté les noms des vivants, de l'autre ceux des morts. Mais comme ces faces ne pouvaient contenir qu'un nombre très restreint de noms, on inséra, entre les deux tablettes, des feuillets de parchemin.
Les tablettes des diptyques les plus anciens ont ordinairement en longueur le double ou le triple de leur largeur (voyez fig. 264 et 255). Dans les diptyques plus récents la forme se rapproche du carré.
Pendant les premiers siècles, l'Église chrétienne se servit souvent des riches diptyques consulaires pour y inscrire et renfermer ses catalogues sacrés ; elle fit cependant, déjà à cette époque, confectionner aussi pour son usage des tablettes ornées de symboles exclusivement chrétiens. On peut donc, sous le rapport de l'origine, distinguer deux espèces de diptyques sacrés : les diptyques consulaires adaptés à la liturgie, et les diptyques purement ecclésiastiques.
Il existe encore de nos jours un bon nombre de diptyques consulaires qui, dans la suite des temps, ont été transformés en diptyques ecclésiastiques. Labarte en donne un catalogue détaillé dans son Histoire des arts industriels, 2e éd., I, pp. 106-1 10. Ils datent tous des IVS ve et VF siècles.
On conservait autrefois deux de ces diptyques à Liège : l'un à la collégiale de Saint-Martin, l'autre à la cathédrale de Saint-Lambert. Le premier, qui date de l'année 449, représente le consul Flavius Astyrius, assis sur la chaise curule, tenant d'une main le scipio et de l'autre la mappa circensis, et ayant un licteur à chaque côté ; les bustes de l'empereur et de l'impératrice, que
l'on voit souvent dans la partie supérieure du diptyque, et les jeux du cirque, qui occupent ordinairement le bas, font complètement défaut. La première feuille est entièrement perdue, la seconde est au musée de Darmstadt. Le diptyque appartenant jadis à la cathédrale de Saint-Lambert et connu sous le nom de diptyque de Liège, diptychon Leodiense, est de Flavius Anastasius, devenu consul d'Orient en 517. Le consul y figure avec les attributs et les accessoires ordinaires énumérés ci-dessus p. 25 1. Le premier feuillet se trouve actuellement au musée de Berlin, et le deuxième au South Kensington muséum de Londres. On distingue encore très bien, au revers du feuillet de Berlin, un catalogue de noms de saints distribués sur quarante-deux lignes. La plupart de ces noms sont ceux que l'on récite aujourd'hui au canon de la messe, immédiatement après le Sanclus (i).
On a aussi quelquefois converti en diptyques ecclésiastiques des tablettes d'ivoire autres que les diptyques consulaires, lorsque par leur forme oblongue ces objets se prêtaient à cette transformation. C'est là le cas, par exemple, pour le feuillet d'ivoire du VF ou du VIF siècle, conservé au trésor de Tongres, que nous avons reproduit ci-dessus p. 194. Ayant fait partie primitivement d'un siège épiscopal, il a servi à un diptyque au IX^ et au siècle, comme le prouve l'inscription suivante, placée sur le revers et mentionnant les noms des huit évêques qui ont gouverné le diocèse de Liège de 840 à gSô : HARTGERII EPI; FRANCONIS EPI; STEPHANI EPI; RICHARII EPI; HUGO- NIS EPI ; FARABERTI EPI ; BALDRICI EPI ; EVERACLI EP"l (episcopi).
Les diptyques purement ecclésiastiques étaient en ivoire ou en métal. Ils avaient leurs faces extérieures ornées de sculptures ou de ciselures représentant le Christ et la sainte Vierge, des scènes empruntées à l'histoire de l'ancien et du nouveau Testament, ou des symboles chrétiens.
Nous donnons (fig. 254) le premier feuillet d'un diptyque sacré, en ivoire, qui remonte pour le moins au VIIF siècle. Il a 3o centimètres de haut sur 18 de large, et appartenait autrefois à l'église de Genoels-Elderen, d'où il a passé dans le musée royal d'antiquités, dit de la porte de Hal , à
(1) Le diptyque de Saint-Martin a été publié par Gori, Thésaurus veterum diptychorum, II, p. 105, pl. XVIII ; et WiLTHEiM, ad diptychon leodiense, Liège 1660, pp 2
et 3; et celui de Saint- Lambert par Wiltheim, Diptychon leodiense, Liège 1659; Gori, ouv, cité, I, pp. 1 et 263; et Salig, De diptychis veterum, p 1 ; le deuxième feuillet en partie brisé, qui se trouve au South Kensington muséum de Londres, a été reproduit par la photographie dans l'ouvrage intitulé : Ancient and mediaeval ivories of the South Kensington muséum, London 1872, p. 131. La bibliothèque nationale de Paris possède un diptyque du même consul Flavius Anastasius, entièrement semblable à celui de Liège; il provient de Bourges et a été reproduit par LABXKTE,Hist.des arts industr., 2^ éd., I,pl. 11.
Bruxelles. Aux pieds du Christ, imberbe et placé entre deux anges, on voit
Fig. 254.
Premier feuillet d'un diptyque en ivoire, du vii^-viu^ siècle, provenant de l eglise de Genoels-Elderen (Limbourg belge). N. B. Notre gravure reproduit le diptyque tel qu'il est exposé au musée royal d'antiquités à Bruxelles. Les coins A et B ont été transposés, de sorte qu'on doit lire l'inscription en commençant par le coin B : f VBI DNS AM; ensuite continuer à la ligne horizontale supérieure . BVLABIT SVPER ASPIDEM ET BASILISCVM ET CON ; puis reprendre le coin A : CVLCABIT LEONEM, et finir par : ET DRACONEM. Plusieurs lettre sont liées et inscrites les unes dans les autres.
Fig. 255.
un aspic, un basilic, un lion et un dragon. C'est la traduction du verset du psalmiste : a Vous marcherez sur l'aspic et le basilic, et vous foulerez aux pieds le lion et le dragon. » La scène est entourée de la légende :
VBI DNS (Dominus) AMBVLABIT SV- PER ASPIDEM ET BASILISCVM ET CONCVLCABIT LEONE ET DRACO- NEM (Ps. XC, i3). Sur le second feuillet on a figuré l'Annonciation et la Visitation de la sainte Vierge.
La cathédrale de Tournai possède aussi un diptyque, en ivoire, très remarquable, qui date du IX^ siècle.
Sur le premier feuillet on voit le crucifiement et la glorification du Christ, sur le second saint Nicaise entre deux personnages. Voici (fig. 2 55) le deuxième feuillet ; nous donnerons le premier en traitant de l'iconographie de la période romane.
Lorsque l'usage de lire les diptyques aux offices sacrés fut tombé en désuétude, on transforma les tablettes sculptées ou ciselées en couvertures de livres liturgiques. C'est pour cette raison qu'on donne souvent le nom de diptyques à d'anciennes couvertures d'évangéliaire , ne provenant
Feuillet de diptyque pas d'un diptyque proprement dit,
à la cathédrale de Tournai. . , ^, . . ,
(ix^ siècle ) mais sculptées spécialement pour
(D'après Cloquet, Tournay et Tournaisis). décorer la reliure d'un livre.
9. ClEimugeUaireô et anmcrtuccô bVimitgcUaire. L'Église a toujours professé, pour les saints Évangiles, un grand respect, qui, aux premiers siècles, se manifesta de plusieurs manières.
D'abord, les évéques et les prêtres mirent un soin particulier pour con-
server le texte sacré dans toute sa pureté ; et, à cet effet, ils en firent souvent des copies de leur propre main. Ce fait nous est attesté pour saint Pamphile, Eusèbe et saint Jérôme. Il nous reste encore aujourd'hui plusieurs manuscrits grecs et syriaques portant les souscriptions placées par les deux premiers à la fin des exemplaires corrigés et collationnés par leurs soins. En voici quelques-unes : Corrigendo accurate ego Eusebîus correxi, Pamphilo collationem instituenie ; — Pamphilus et Eusebius sedulo correxerunt ; — manu propria sua Pamphilus et Eusebius correxerunt ; — iterum manu nostra tjosmet Pamphilus et Eusebius correximus. Vers le milieu du ive siècle, saint Hilaire de Poitiers et, deux siècles plus tard, saint Victor, évêque de Capoue, transcrivirent les Évangiles de leur propre main.
Ensuite, les chrétiens, surtout à partir du temps de saint Jérôme, ornèrent le plus richement possible le livre des Évangiles (i). Cette richesse se faisait remarquer tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du volume.
Souvent le texte sacré était écrit en lettres d'or sur des membranes teintes en pourpre. L'usage d'écrire ainsi les livres les plus précieux existait déjà au IV^ siècle. Voici comment s'exprime saint Jérôme en parlant du luxe qu'on mettait dans ces copies : « Les parchemins , dit-il , sont teints en pourpre ; l'or est liquéfié pour former des lettres, et les volumes sont revêtus de pierreries. » Ep. XXII. Saint Éphrem rapporte que les moines occupaient leurs loisirs à teindre les parchemins destinés à recevoir le texte sacré. Il existait autrefois, dans le trésor d'Aix-la-Chapelle, un évangéliaire écrit en lettres d'or sur des feuilles teintes en pourpre ; ce précieux manuscrit se trouve actuellement à Vienne. On voit aussi, à la bibliothèque de Trêves, des feuillets détachés d'un évangéliaire du même genre.
A l'extérieur, les livres des Évangiles étaient ornés avec une grande recherche; l'or, l'argent, la verroterie cloisonnée, les pierreries et les perles se prodiguaient sur leurs couvertures, et, pendant longtemps, on eut l'habitude de les renfermer dans des cassettes ou coffrets, capsae, richement travaillés. Saint Grégoire de Tours raconte que Childebert, roi des Francs, au VF siècle, revenant de l'Espagne, « rapporta, parmi ses trésors, des objets sacrés d'un grand prix, savoir : soixante calices, quinze patènes, vingt boîtes à évangéliaire; le tout en or pur et orné de pierres précieuses. » Hist. ecclés. des Francs^ liv. III, n. lo. Ces coffrets étaient, pour l'ordinaire, composés
(\) Ce fut saint Jérôme qui, par ordre du pape saint Damase, réunit, pour la première fois, les quatre Évangiles en un seul volume. Avant ce t^mps chaque Évangile était transcrit dans un volume séparé.
de lames d'argent ou même d'or, et richement semés de pierreries. Il existe, au musée du Louvre à Paris, une cassette d'évangéliaire, de travail byzantin, datant du IX^ siècle environ. Elle est en or et décorée d'émaux cloisonnés.
Les couvertures d'évangéliaire peuvent être divisées en deux classes : celles formées de lames métalliques et celles d'ivoire.
Parmi les premières, les unes étaient simples, sans figures, et même quelquefois dépourvues de toute ornementation; les autres, décorées de verroterie cloisonnée et de ciselures en relief représentant des sujets religieux.
On pourra se former une idée des couvertures peu ornées par les fig. 254 (p. 254) et 262 (p. 273) : dans la première, le Sauveur et, dans la dernière, le diacre de l'évêque Maximien tiennent en main des livres dont la couverture est ornée de simples pierreries.
Fig. 256.
Couverture d'>-vangéliaire, en or avec grenats cloisonnés, au trésor de Monza. (Commencement du vii^ siècle).
Nous donnons (fig. 256) une couverture riche. Elle est formée de deux ais d'or, entièrement semblables et mesurant o™34 de hauteur sur o™26 de largeur. Une croix pattée, munie de chatons d'or sertissant des pierres fines et des perles, occupe le centre de chaque ais. Les quatre parties du champ comprises entre les bras de la croix sont ornées chacune d'un camée placé dans l'angle d'un gamma grec r, droit ou renversé. Le gamma ainsi que la bordure extérieure se compose de petits cercles d'or divisés intérieurement par des segments de cercle et cloisonnant des grenats en table. Trois camées de chaque ais sont des pierres antiques ; le quatrième, en jaspe sanguin, est moderne. Sur Fais que reproduit notre gravure, celui-ci se trouve en bas à droite et porte une tête de Christ ; sur l'autre il représ ente la sainte Vierge. Ces deux derniers camées ont été mis là, en lyyS, pour remplacer des camées antiques qu'on avait volés. Deux listels, parallèles à la traverse horizontale de la croix, portent, sur l'ais supérieur, l'inscription : DE DONIS DI OFFERIT THEODELENDA REG. GLORIOSISSEMA SCO JOHANNI BAPT. ; qui se continue sur Fais inférieur : IN BASELICA QVAM IPSA FVND. IN MODICIA PROPE PAL. SVVM, c'est-à-dire : Des dons divins la très glorieuse reine Théodelinde offre (cet objet) à saint Jean Baptiste dans la basilique qu'elle a fondée à Mon:^a^ auprès de son palais. Cette couverture d'évangéliaire est un des rares monuments de Forfèvrerie du VIF siècle parvenus jusqu'à nous. Elle fut donnée à Féglise de Monza, près de Milan, par Théodelinde, reine des Longobards, avec plusieurs autres objets, dont quelques-uns, existant encore aujourd'hui, rendent le trésor de Monza un des plus remarquables de FItalie.
Les sujets figurés sur les couvertures d'évangéliaire en ivoire et en métal ne diffèrent pas de ceux des diptyques. Ce sont des symboles ou des scènes empruntées au nouveau Testament, et principalement à la vie et à la passion de Notre-Seigneur. Lorsque l'image du Sauveur occupe l'ais supérieur, on trouve régulièrement celle de la sainte Vierge sur l'ais inférieur.
Les couvertures en ivoire ont été conservées jusqu'à nos jours en beaucoup plus grand nombre que celles en métal précieux. On aurait tort cependant de conclure de ce seul fait qu'autrefois aussi les premières étaient beaucoup plus répandues que les secondes ; car un grand nombre de couvertures d'or et d'argent ont été jetées au creu set pour qu'on pût employer à d'autres usages le métal provenant de leur fusion.
lo. Cta|fc0 predeU5C6. Nous dirons d'abord quelques mots des matières employées anciennement dans la fabrication des étoffes, puis nous nous
occuperons des tissus ou étoffes dont l'ornementation est obtenue par le tissage lui-même, enfin nous traiterons des broderies ou étoffes dans lesquelles l'ornementation est ajoutée à l'aiguille sur un tissu préexistant.
A. Matières des étoffes. Pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne, les vêtements ordinaires étaient de toile ou, plus souvent encore, de laine. Les étoffes de soie constituaient un objet de grand luxe chez les Romains. On les tirait de la Perse et d'autres pays de l'Asie centrale en les payant au poids de l'or : 'O^oo-epixà ôpia tw yjjvair'h, dit la Lex rhodia, c'est-à-dire : Les étoffes de soie valent leur pesant d'or. Introduites sous les premiers empereurs, elles demeurèrent rares pour le moins jusqu'au IV^ siècle. Aussi, au temps des persécutions, l'Église ne se servit-elle communément que d'ornements sacrés de toile ou de laine. Après la conversion de Constantin, l'usage des tissus de soie pour les vêtements liturgiques se généralisa assez rapidement, au point même que le souverain pontife saint Silvestre, contemporain de cet empereur, fut obligé de le proscrire pour les linges d'autel appelés corporaux (i). « Il ordonna, dit Anastase, que le sacrifice de l'autel fût offert, non sur un tissu de soie ou quelque autre étoffe teinte, mais sur de la toile fabriquée de lin ordinaire, et cela parce que le Corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ fut enseveli dans un Hnceul blanc. » Vies des souv. pont.,n^ 35.
Dès le IV^ siècle, il existait à Constantinople, et peut-être aussi dans certaines localités de la Grèce, quelques rares métiers pour le tissage de la soie ; mais on était obligé de tirer la soie brute de la Perse, de l'Inde et même de la Chine. Lorsque, au VF siècle, l'empereur Justinien eut, au prix de grands sacrifices, introduit la culture du ver à soie dans l'empire d'Orient., les étoffes de soie devinrent très communes en Europe, non seulement pour les ornements sacrés mais aussi pour les habits ordinaires. Les tissus asiatiques et africains continuèrent toutefois, encore bien longtemps après cette époque, à être recherchés en Occident à cause de leur bonne qualité et de la grande variété de leur décoration. Ce ne fut qu'au XI IF siècle que l'Occident cessa définitivement d'être tributaire à l'Orient pour les étoffes de soie.
B. Tissus. Nous passons sous silence les tissus unis, c'est-à-dire d'une seule teinte et dépourvus d'ornements brochés faisant saillie sur l'étoffe. De cette classe nous ne mentionnerons que le byssus, si hautement prisé des anciens, et qui n'est autre qu'une toile de lin très blanche et très fine, décorée parfois de broderies à l'aiguille. En 1868, on a retiré de la châsse de
(1) On appelle corporal, en latin corporale ou palla corporaîis, le linge qu'on étend sur l'autel pour y déposer les saintes espèces.
saint Servais à Maestricht un curieux morceau de byssus avec ornements brodés, composés de médaillons circulaires renfermant l'arbre de hom placé entre des oiseaux affrontés.
Outre les tissus unis, il en est d'autres décorés de figures, ordinairement multicolores, obtenues soit par l'application de teintes variées après l'opération du tissage, soit pendant le tissage à l'aide de certaines combinaisons des fils de la chaîne et de la trame. L'ornementation qui est le résultat du tissage s'appelle brochée.
Du moment qu'on sut fabriquer des étoffes pour les vêtements, on chercha à les embellir en y produisant des figures variées. Parmi ces étoffes un certain nombre devaient leur ornementation à la disposition variée des fils de la trame. Le goût des étoffes décorées se développa de bonne heure chez les Grecs, et fut transmis aux Romains sous les empereurs. Cet engouement ne fit que croître dans la suite, et devint bientôt excessif. Le passage suivant, que nous empruntons à une homélie d'Astérius, évéque d'Amasée à la fin du IV^ siècle, renferme un tableau saisissant du luxe outré qui existait à cette époque dans les vêtements; il prouve aussi que la décoration n'était pas toujours superficielle, mais quelquefois brochée dans l'étoffe. En parlant de l'habileté des fabricants de l'empire d'Orient dans la confection des tissus : <( Ils n'ont pas mis de Hmites, dit-il, à leur folle industrie. Dès qu'on eut inventé l'art aussi vain qu'inutile du tissage, qui, rivafisant avec la peinture, sait rendre dans les étoffes, par la combinaison de la chaîne et de la trame [artem pictoriam per stamen et siibte gmen hnitatur) les figures de tous les animaux, ils achetèrent avec empressement, tant pour eux que pour leurs femmes et leurs enfants, des habillements couverts de fleurs et offrant des images d'une variété infinie;... de sorte que, quand les riches viennent à se produire en public avec ces vêtements, ils ressemblent à des surfaces couvertes de peintures. Et il arrive quelquefois que les enfants se rassemblent, les montrent au doigt en riant, et leur laissent à peine un moment de répit. On voit là des lions, des panthères, des ours, des taureaux, des chiens, des forêts, des rochers, des chasseurs, et tout ce que les peintres savent copier dans la nature. Ce n'était donc pas assez d'orner ainsi les murailles; il fallait animer les tuniques mêmes ainsi que les manteaux qui les couvrent. Ceux et celles qui ont plus de religion parmi les riches suggèrent aux artistes des sujets tirés de l'histoire évangélique, et font représenter Notre-Seigneur Jésus-Christ au milieu de ses disciples, ou bien ses divers miracles, les noces de Cana avec les amphores, le paralytique portant son
lit sur les épaules, l'aveugle guéri par un peu de boue, l'hémorrhoisse touchant la frange des vêtements du Sauveur, Madeleine aux pieds du Sauveur, Lazare sortant du sépulcre ; et ils se figurent en cela faire une œuvre pie et se couvrir d'habits agréables à Dieu! (i) « Ces éloquentes paroles visaient particulièrement les fidèles d'Amasée, petite ville de l'Asie Mineure ; mais les mêmes travers existaient aussi à Rome et en Occident.
On aurait tort, croyons-nous, de prendre trop à la lettre et de vouloir interpréter le passage d'Astérius comme si, dès le IV^ siècle, l'ornementation des étoffes était régulièrement le résultat du tissage. Nous savons trop bien par le témoignage des chroniqueurs contemporains, que, sur les riches étoffes de soie, les sujets refigieux étaient ordinairement reproduits au moyen de l'aiguille, quelquefois même par une peinture superficielle. Il est donc probable que l'évêque d'Amasée, en parlant de l'ornementation brochée, n'avait en vue que certaines étoffes de toile, de laine, peut-être même de soie, décorées de figures géométriques ou d'autres motifs faciles à exécuter, empruntés au règne animal et végétal.
Quelques étoffes contenaient, en plus ou moins grande quantité, des fils ou lamelles d'or; elles ressemblaient au drap d'or et portaient le nom de chrysoclavum, auroclavum, et aussi fundatum; d'autres se distinguaient par l'éclat des couleurs et la variété des dessins. C'est dans ces quaUtés qu'on trouve la raison des différentes expressions employées pour les désigner. Les unes étaient nommées blanches, veîa alba, pourpres, de blatihin, rouges inusables, rubea alytina (2), tissues d'or, auro texta ou de fundato, enrichies de perles, margaritis ornata, ou en grec 7rpaa-tvopôc?tva, xoxxoTrpâTtva, Trpaatvo- Tptê>âTTa, c'est-à-dire vertes et roses, vertes et pourpres ou écarlates. Les autres portaient le nom de vela habentia historiam leonum, tigriuniy elephantum, pavonum (3), aquilarum, ou simplement celui de leonata, pavonata, cum leonibuSy cum gryphis^ cum rôtis, arboribus et hominum effigiebus, selon qu'elles étaient décorées de la représentation de ces différents objets. Outre l'aigle et le paon, les oiseaux qu'on rencontre le plus souvent dans les tissus anciens sont le cygne, le canard, le faisan et l'hirondelle. Les (0 I Hom., de Divite et La^aro.
(2) En grec à^uroç, indissoluble , mot dérivé de a privatif et de ).Û6j, je lie.
(3) La figure du paon est une de celles que l'on aimait à multiplier sur les anciens tissus. L'empereur Constantin Porphyrogénète nous apprend que les grands personnages de la cour de Byzance devaient porter, à la fête de Noël, des vêtements ornés de figures de paons. Le griffon, gryphus, animal fabuleux ayant le corps d'un quadrupède et la tête d'un aigle, était aussi représenté fort souvent. Anastase mentionne un grand nombre d'étoffes ornées de figures de paons et de grilTons.
végétaux aussi y figurent fréquemment. En un mot, toute la nature animée et inanimée, réelle et fantastique, est reproduite dans ces tissus. Chose digne de remarque, sur quelques étoffes anciennes on trouve des cœurs, des carreaux, des piques et des trèfles semblables à ceux de nos cartes à jouer modernes.
Pendant la période latine la fabrication textile de la soie était complètement inconnue dans l'Europe méridionale et occidentale. On tirait les étoffes de soie de l'Asie, de l'Egypte, de la Grèce et de Gonstantinople. C'est pour cette raison qu'on les appelait souvent étoffes transmarines, pallia transmarina, et plus tard aussi étoffes des Sarrasins, pallia Saracenorum,
Fig. 257.
Tissu de soie, du iv® siècle, au trésor de Saint- Servais à Maestricht. (D'après le Trésor de Maestricht.)
;car les Arabes mahométans en fournissaient une très grande quantité à l'Occident. Plusieurs tissus sont désignés par des noms spéciaux indiquant clairement leur origine asiatique ou africaine. Le damas, la lévantine, les tissus de Tyr ou d Alexandrie, vela tyria ou alexandrina (i), enfin les soies d'Afrique, série a af ricana, sont de ce nombre.
Quelques tissus fabriqués en Orient portent des inscriptions arabes, qui en prouvent d'une manière évidente la provenance asiatique ou africaine.
Nous donnons (fig, 257), réduite au cinquième de sa grandeur, une curieuse étoffe de soie du IV^ siècle, retirée en i863 de la châsse de saint Servais à Maestricht. Elle a fait partie des ornements pontificaux du saint évêque, et se compose d'une succession de médaillons circulaires renfermant deux divinités païennes en costume de guerrier ; ce sont probablement Castor et PoUux. Les deux frères se trouvent debout au haut d'une colonne cannelée dont la plinthe est décorée d'un bucrane. De chaque côté on voit, sur le sol, un sacrificateur amenant un taureau qu'il tient d'une main par la corne, de l'autre par une corde ; des génies faisant des libations voltigent dans l'air au-dessus des sacrificateurs. L'étoffe est très solide et offre une grande ressemblance avec celle que nous désignons aujourd'hui sous le nom de gros grain ; son ton dominant est pourpre avec un appoint de jaune pâle pour les carnations, et de vert sombre pour les rinceaux et le manteau des deux divinités. Elle constitue le seul exemple connu jusqu'ici d'un tissu ancien orné de la représentation d'un sacrifice païen.
On a extrait, de la châsse de sainte Landrade à Munsterbilsen, une étoffe brochée de soie extrêmement remarquable. Dans des médaillons circulaires à fond rouge on voit un quadrige lancé au galop. Le conducteur, vêtu d'une tunique blanche à larges garnitures bleu foncé et flanqué de deux génies tenant des sceptres et des couronnes, agite un fouet pour stimuler ses coursiers blancs; à en juger par son teint, on dirait qu'il est éthiopien. Le costume du vainqueur rappelle celui de l'empereur Justinien. Cette étoffe date du VIII^ siècle et sort d'un atelier persan ou plutôt byzantin.
Lorsqu'en 1843, on ouvrit la châsse du trésor d'Aix-la-Chapelle qui renferme les ossements de Charlemagne, on y découvrit deux étoffes de soie, anciennes et très remarquables : l'une, de petite dimension et d'un brun foncé, porte des aigles, des lièvres et des végétaux ; l'autre, que nous repro-
(1) On donne particulièrement le nom de vela alexandrina à des tentures de soie pourpre décorées de figures d'animaux.
duisons (fig. 258), a trois mètres environ de long et deux de large; sur un
Fig. 258.
Étoffe ancienne, trouvée dans la châsse de Charlemagne à Aix-la-Chapelle, fond rouge très éclatant sont disposés des cartouches ou médaillons, au centre desquels on voit des éléphants jaunes à trompe verdâtre ; des disques ovales, composés de feuillages de différentes couleurs, rempUssent les intervalles qui les séparent. La bordure du tissu, également de couleur jaune, est ornée de feuillages verts et bleus. Une inscription grecque, brochée dans l'étoffe à l'un des angles, mentionne le nom d'un Michel, primicier de la chambre impériale; c'est sans doute lui qui fit la commande de l'étoffe. Ce tissu remonte probablement au VI IF siècle ; il se puorrait même qu'il fût plus ancien. On trouve des chromolithographies des étoffes de la châsse de Charlemagne dans les Mélanges d'archéologie des pères Cahier et Martin, II, pl. 9, 10 et 1 1 ; et III, pl. 16.
Un tissu de soie orné de sujet chrétien fut trouvé, il a quelques années, avec les orfrois dont nous parlons ci-dessous, p. 269, dans la châsse des saintes Herlinde et Relinde à Maeseyck. Nous en reproduisons le dessin fig. 259. Les ornements, qui sont verts, se détachent vigoureusement sur un fond
F'îg- 259.
Tissu de soie du viii^-ixe siècle, au trésor de l'église de Maeseyck.
rouge. En plusieurs endroits le vert a passé au jaune, sans doute par l'action de la lumière du jour. Au milieu du médaillon central, de forme ovale ou dodécagone, composé d'une succession d'entrelacs et d'arcatures, on voit le prophète David assis dans une chaire à haut dossier. Il porte un sceptre en forme de croix dont les branches se terminent en fleurons. Devant lui se trouve inscrit son nom : DAVID. Des carrés, qui renferment, au centre d'entrelacs, une croix grecque, remplissent les intervalles entre les médaillons; un canard est perché sur chacun de leurs angles. Ce remarquable tissu, qui a fait partie d'une chasuble dont la praetexta a été brodée par les deux saintes sœurs, constitue un intéressant spécimen de la fabrication textile de Constantinople au VIIF ou au IX^ siècle.
La châsse de Saint-Lambert à Liège renfermait aussi deux beaux tissus
anciens. Dans le premier, qui est garni d'une bordure, se détache sur un fond rouge cinabre une ornementation d'un jaune vif. Le dessin de ce tissu est formé par des cercles , dans lesquels se trouvent des animaux fantas • tiques, placés dos à dos et tournant la tête pour se regarder. Le second (fig. 260), contient une série de médaillons, de forme presque hexagone, remplis de fleurons et de dessins géométri- Étoffe ancienne trouvée dans la châsse ^ . rr
de Saint-Lambert à Liège. q^^^s. Ces etoffes pourraient
bien remonter l'une et l'autre au IX^ ou au siècle.
Les étoffes les pins anciennes sont souvent décorées de médaillons circulaires ou ovales dans le genre de ceux des étoffes de Maestricht, Aix-la-Chapelle et Maeseyck, obtenus soit par le tissage, soit par des broderies appUquées postérieurement. Dans les écrits d'Anastase et d'autres auteurs anciens ces médaillons sont appelés rotae, scutellae, orbiculi, et les étoffes qui en sont ornées pallia rotata, scutellata et orbiculata. Plus rarement l'orne-
KtolTc dite de Saint-. \lesme, à Chinon (Indre-^t-Loire).
mentation consiste en rectangles, hexagones (fig. 260), octogones, ou en simples bandes parallèles, comme dans l'exemple précédent (fig. 261), représentant un tissu oriental de soie que, dans la langue d'Anastase, on pourrait désigner sous le nom de vélum ou vestis habens historiam arboris cum leopardis et avibus. Le fond de l'étoffe est bleu ; les léopards, les petits quadrupèdes, les oiseaux, l'arbre et les chaînes sont alternativement blancs avec taches rouges, et jaunes avec taches vertes, comme on peut le voir dans les Mélanges d'archéologie des pères Cahier et Martin (II, pl. XIII), où l'étoffe de Ghinon est reproduite par la chromolithographie. Le végétal entre les deux léopards affrontés est l'arbre sacré, si commun dans les tissus orientaux et connu sous le nom de hom ; les oiseaux sont des aigles, les petits quadrupèdes sous les léopards des lièvres ou des animaux carnassiers. Les deux masses en forme de tour, auxquelles viennent aboutir les chaînes passées au cou des léopards, représentent des autels de feu nommés pyrées. Tous ces emblèmes sont empruntés à la religion de Zoroastre et montrent que le tissu est de provenance persane.
Comme on le voit par les exemples dont nous venons de parler, l'ornementation des tissus précieux que l'on tirait de l'Orient, et principalement de la Perse, consistait en motifs empruntés aux règnes animal et végétal, parfois même à la mythologie de ce dernier pays. On aurait tort de vouloir chercher du symbolisme chrétien dans ces représentations si variées. Il n'y a là qu'un produit de l'imagination des artistes orientaux qui ont confectionné ces étoffes. « Je vois ici plus d'un lecteur, dit à ce sujet le P. Cahier, fort scandalisé d'apercevoir dans l'église des éléphants, lions, aigles, griffons, licornes, canards, paons, etc., et se demandant ce que tous ces animaux avaient affaire avec le lieu saint; je réponds à cela que l'Église n'empêche personne de faire mieux, et que de longue main les papes adoucissaient ce qu'il peut y avoir de profane dans ces figures un peu séculières, en les faisant accompagner de scènes bibliques brodées, au moyen desquelles la forme emportait le fond. » Mélanges d' archéologie ^ II, p. 104.
Les symboles et les sujets chrétiens n'apparaissent qu'exceptionnellement, et cela à une époque relativement récente, sur quelques produits des ateliers grecs ou byzantins : ce sont de petites croix grecques pattées inscrites dans des cercles [vêla rotata cum cruce), des animaux symboliques tels que le lion et le paon, rarement un personnage isolé. Les scènes historiques de l'ancien et du nouveau Testament ne commencent à être représentées communément sur les étoffes brochées que dans le cours du VIIF siècle.
Nous terminons ces réflexions sur les tissus de soie de la période latinobyzantine par une dernière remarque. L'art de fabriquer les tissus et de les orner dans le tissage même avec les fils de la trame est resté stationnaire pendant plusieurs siècles ; il est donc difficile de déterminer, par la seule inspection d'un tissu, lepoque à laquelle il a été fabriqué.
G. Broderies. Les Romains donnaient aux broderies le nom d'étoffes ou œuvres phrygiennes, pallia ou opéra Phrygiae, et aux brodeurs celui de phrygiens, phrygiones, parce qu'on attribuait aux Phrygiens, peuple de l'Asie Mineure, l'invention de l'art du brodeur. Pour la même raison on a appelé, pendant le moyen âge, orfroi, c'est-à-dire or de Phrygie, aurum Phrygiae, aurifrisium, une broderie exécutée en tout ou en partie avec des fils d'or. Gomme les Romains affectaient de croire que les peuples de l'Orient manquaient de civilisation, ils désignèrent souvent les broderies sous le nom à' œuvres ou étoffes barbares, opéra ou vestes barbarica. et les brodeurs sous celui de barbari; d'où l'on fit plus tard brambaricarii.
Les fabriques asiatiques, byzantines ou africaines conservèrent, pendant toute la période latine, le monopole de la fabrication des tissus de soie unie et brochée ; et la broderie fut le seul moyen que possédaient les occidentaux pour l'ornementation de ces tissus. Dès le milieu du IV^ siècle, l'Église utilisa ce moyen pour représenter, sur les tissus employés dans les cérémonies sacrées, des sujets religieux empruntés à l'ancien et au nouveau Testament, ou à l'histoire des saints. On y figurait Samson terrassant le lion, Daniel dans la fosse aux lions, l'Annonciation et tous les mystères de la vie du Sauveur, l'Assomption et le Gouronnement de la sainte Vierge. Anastase désigne ces étoffes sous le nom de vela ou vestes habentia historiam Samsonis, DanieliSy Dei Genitricis, Nativitatis et Resurrectionis Domini.
L'or, la soie et les perles abondaient dans toutes ces broderies, qui consistaient souvent en médaillons circulaires ou ovales, qu'on appliquait sur des tissus précieux pour leur imprimer un cachet religieux.
Dès le VF siècle, la broderie fut, dans l'Europe occidentale, la principale occupation des femmes nobles; et, au siècle suivant, cet art s'éleva à un haut degré de prospérité dans les Iles Britanniques, où il ne cessa de fleurir pendant tout le moyen âge. Les dames anglaises jouissaient d'une grande réputation pour leurs ouvrages à l'aiguille. La première abbesse du monastère d'Ély, sainte Étheldrède, qui vivait pendant la dernière moitié du vue siècle, offrit à saint Guthbert une étole et un manipule qu'elle avait brodés et enrichis de fils d'or et de pierreries.
La Belgique ne resta pas en arrière sur les contrées voisines. L'église de Maeseyck possède quelques broderies très intéressantes exécutées, au commencement du VIIF siècle, par deux sœurs : sainte Herlinde et sainte Relinde, fondatrices et successivement abbesses du monastère d'Aldeneyck. Ces broderies consistent : 1° dans deux voiles de religieuse [vêla tnonialia) sur lesquels sont brodées des inscriptions, l'une en or et l'autre en soie pourpre; 2^ dans sept morceaux d'orfroi formant primitivement la praetexta ou garniture d'une chasuble. Trois de ces bandes sont faites, sur canevas de toile de lin très fine, avec des fils d'or et de soie de différentes couleurs ; les deux plus larges (o'^io) sont décorées d'arcatures dont le champ est parsemé de disques, de losanges, d'arabesques et de dessins rappelant les clôtures ajourées des fenêtres des basiliques latines (voyez ci-dessus, p. 172) ; sur la bande la plus étroite se trouvent deux rangées de disques ornés, comme ceux des bandes larges, d'oiseaux, d'animaux et d'autres figures fantastiques. Les quatre autres morceaux, qui mesurent o™io de hauteur sur o"^i i de largeur, sont en forme de losange accosté de deux jambages; ce qui produit une figure ressemblant à la lettre M dont l'angle intérieur serait remplacé par un losange ; le fond est en soie bleu de ciel sur canevas de lin, et les dessins sont tracés avec des fils d'or, de soie rouge et jaune. Les deux saintes sœurs excellaient également dans l'art de la peinture des manuscrits : on voit encore aujourd'hui, dans le trésor de l'église de Maeseyck, un évangéliaire, dont les initiales, l'ornementation, et peut-être même le texte, sont leur œuvre.
Les étoffes précieuses que nous venons de décrire servaient à différents usages. Dès les premiers siècles, on décora les vêtements en laine blanche des prêtres et des diacres de bordures de pourpre ou de toute autre couleur éclatante ; ces bordures furent remplacées dans la suite, sur les vêtements de prix, par des orfrois ou des praetextae de soie. Ce ne fut que plus tard, comme nous le dirons ci-dessous, qu'on employa pour les vêtements euxmêmes des étoffes dont la couleur varie selon les fêtes.
Les basiliques primitives, celles mêmes qui furent construites par Constantin et ses successeurs, présentaient une grande simplicité dans leur décoration extérieure. A l'intérieur aussi leur ornementation architectonique était généralement pauvre ; on s'efforça de dissimuler ce dénûment en plaçant des mosaïques à fond d'or dans l'abside et sur l'arc triomphal. Mais la richesse de ces parties contrastait avec les parois non ornées de la basilique ; on corrigea, autant que possible, ce défaut en couvrant de tissus précieux les murs
de l'abside sous les fenêtres, à l'endroit où se trouvait ordinairement la chaire de l'évêque; les cancels eurent leurs vela dorsalia: et, dès le IV^ siècle, les colonnes mêmes et toutes les murailles étaient couvertes, aux grands jours de fête, de tentures non moins précieuses, qui reçurent le nom de tegumenta et vestes ecclesiae. Les courtines du ciborium, tetravela^ et les draperies dont on entourait l'autel, vestes altaris, consistaient également en de riches tissus de soie, souvent couverts de broderies (i).
Les étoffes précieuses avaient encore un autre usage. Avant d'être placés dans les châsses, les ossements des saints étaient entourés de peaux de chamois et enveloppés des tissus les plus riches en lin, en soie et en or. La plupart des étoffes anciennes conservées jusqu'à nos jours, par exemple celles de Maestricht, d'Aix-la-Chapelle, de Munsterbilsen et de Liège, que nous avons décrites ci-dessus, ont été retirées de châsses de saints.
II. tDètcmcntô sacerÏJOtaur. L'opinion qui a généralement prévalu de nos jours et qui paraît aussi la mieux fondée, disions-nous en parlant des vêtements sacerdotaux pendant la période des catacombes (ci-dessus, p. i3o), tient que les ornements sacrés des premiers siècles ne se distinguaient des vêtements ordinaires ni par la forme ni par la coupe. Les apôtres et leurs successeurs choisirent pour la célébration des offices divins les habits que portaient les personnes les plus riches, telles que les sénateurs et les patriciens ; ces vêtements, ordinairement plus propres et plus riches que les. habits vulgaires, ne pouvaient plus être affectés à un usage profane dès qu'on les avait employés dans les cérémonies sacrées.
Dans les siècles suivants l'Église conserva scrupuleusement pour les ornements sacrés les formes adoptées par les premiers chrétiens, tandis que la coupe et la forme des habits profanes se modifia insensiblement. Une différence s'établit donc peu à peu entre les vêtements employés dans la liturgie et ceux dont on se servait dans la vie publique ou privée. Dès le IV^ siècle, les saints Pères et les auteurs ecclésiastiques parlent de cette différence.
En général, les ornements sacrés des prêtres et des ministres inférieurs étaient blancs. L'usage des couleurs variées se manifesta d'abord dans les chasubles et les chapes. Dans la mosaïque de Saint-Vital à Ravenne, qui date du VI^ siècle, l'évêque Maximien (fig. 262 en C) est revêtu d'une chasuble verte. Les cinq couleurs liturgiques dont on se sert aujourd'hui furent
(i) Nous avons reproduit, dans la note i de la page 189, un passage d'Anastase contenant la description de tetravela brodés.
admises peu à peu depuis le IX^ siècle et définitivement consacrées deux siècles plus tard. C'est à peu près vers la même époque que les Grecs adoptèrent aussi ces couleurs, avec cette différence qu'ils n'usent de la couleur rouge qu'aux jours de jeûne et aux mémoires des morts.
Les ornements des prêtres sont la chasuble, la chape, Vétole, le manipule, la ceinture, Yaube et Vamict, Les principaux vêtements propres aux ministres inférieurs sont la dalmatique et la tunicelle.
A. La chasuble, en latin casula et casibula, portait au commencement le nom de planeta [vêtement errant), et quelquefois aussi celui de paenula. Elle doit son origine à la paenula des Grecs et des Romains, qui « était, dit Rich, une sorte de blouse ronde, munie d'un capuchon, ayant en haut un trou rond par où l'on passait la tête, et d'ailleurs entièrement fermée sur le devant; quelquefois cependant elle était fendue par devant, depuis la lisière inférieure jusqu'à mi-corps, de sorte que les deux pans ainsi formés pouvaient être relevés et rejetés par-dessus l'épaule; mais dans tous les cas elle était sans manches. On la portait au-dessus de la tunique, surtout en voyage et dans la ville quand il faisait très froid ou très humide (i). » De même que la paenula, la chasuble primitive ou planète était un vêtement sans manches, très ample, enveloppant tout le corps depuis le cou jusqu'aux pieds, et formant une espèce de maisonnette, casula, autour de la personne qui en était revêtue. Elle n'avait qu'une seule ouverture au centre pour passer la tête ; il n'y en avait pas pour les bras. Pour avoir ses mouvements libres, le prêtre revêtu de la chasuble était obligé d'en relever les pans sur les bras ou bien les rejeter sur les épaules. Voyez p. 179, fig. 181, l'image de saint Félix, et p. 273, fig. 262 en G.
Les peintures des catacombes, les mosaïques anciennes de l'Italie et quelques autres monuments des premiers siècles fournissent des données sur la forme primitive de la chasuble. Elle était d'ordinaire également longue de tous les côtés, et descendait par derrière jusque sur les talons. C'est de là que lui vient l'épithète de talaris qu'on lui donna quelquefois. Il y eut cependant, dès le VF siècle, des chasubles plus courtes, terminées en pointe par devant et par derrière, et un peu échancrées sur les côtés.
Pendant les premiers siècles, la chasuble ne recevait aucun ornement, si ce n'est des lettres ou des monogrammes, placés le plus souvent sur l'extrémité inférieure, du côté de devant. On trouve plusieurs exemples de ces
(1) Rich, Dictionnaire des antiquités romaines, p. 444 et suiv. Il donne aussi, en cet endroit, des gravures représentant des hommes revêtus de la paenula.
monogrammes dans les anciennes mosaïques (i). Les lettres qui se rencontrent le plus souvent sont les lettres grecques T, X, I, H et r. Quelquefois aussi la chasuble était garnie, sur la poitrine et le dos du prêtre, d'une ou de deux bandes assez étroites d'une étoffe de couleur différente.
La paenula dont parle saint Paul dans sa deuxième épître à Timothée, ch. IV, V. i3, ne doit probablement pas s'entendre d'un ornement sacré, mais bien d'un habit de voyage. Voici le texte de l'Apôtre : Penulam, quant reliqui Troade apud Carpum, veniens affer tecum, et libroSy maxime autem membranas,
B. L'étole doit son nom et son origine au vêtement que les Romains appelaient stola et les Grecs tto).^. Chez les anciens la stola était le vêtement caractéristique des femmes, comme la tog^a était celui du citoyen. « C'était, dit Rich, une tunique très large;... on la mettait comme indumentum pardessus la chemise [tunîca intima) et elle était fixée au corps par deux ceintures dont l'une passait sous le sein, l'autre au-dessus des hanches, de manière à présenter, entre ces deux liens qui la comprimaient, un grand nombre de petits plis irréguliers. Jusqu'ici la stola ne diffère réellement pas de la tunique que portaient ordinairement les femmes romaines. Ce qui en constituait le caractère distinctif était un ornement nommé instita, cousu sous la ceinture et traînant par derrière de manière à couvrir la partie postérieure des pieds depuis la cheville. » Dici. des antiquités romaines, p. 604. Après que quelques grands personnages eurent ajouté à leurs toges les ornements de la stola, celle-ci devint, sous les empereurs, un vêtement commun aux deux sexes, bien que, dans le principe, elle eut été réservée exclusivement aux femmes. Outre l'appendice en forme de queue, les ornements de la stola consistaient en deux bandes étroites [fasciae, fasciolae) de pourpre ou d'une autre couleur éclatante, entourant le cou et descendant parallèlement sur le devant de la tunique, l'une à droite, l'autre à gauche, jusqu'au bord inférieur de la stola. Le reste de la stola se composait d'une étoffe blanche.
L'Église adopta comme ornement sacré la stola, dont l'usage était répandu partout au moment de l'établissement du christianisme. Pendant plusieurs siècles, la stola liturgique fut, comme chez les Grecs et les Romains, un
(1) Voyez ci-dessus les gravures fig. 63 n. 2, 67, 68, 69 et iSi. On n'est pas encore parvenu à déterminer d'une manière certaine la signification de ces lettres. Nous ne pouvons pas nous rallier à l'opinion de quelques auteurs qui voient dans ces lettres les marques des artistes qui auraient exécuté les mosaïques ou les autres objets sur lesquels on rencontre ces signes. Voyez sur ces marques Garrucci, Vetri, 2® éd., p. 112-113.
vêtement ample de couleur blanche, dont les bords antérieurs étaient ornés de deux bandes coloriées. La vérité de cette assertion résulte clairement des plus anciennes mosaïques et des témoignages des auteurs ecclésiastiques des premiers siècles.
« Il serait difficile, dit le chanoine Bock, dans son Histoire des vêtements liturgiques (I, p. 487), de déterminer exactement l'époque à laquelle l'étoffe large de la stola primitive, qui enveloppait le corps jusqu'aux pieds mêmes, a disparu, et où le nom de ce vêtement fut transféré aux bandes de pourpre
Fig. 262.