Partie de la mosaïque de Saint-Vital à Ravenne, exécutée en
A. L'empereur Justinien revêtu du costume impérial offre, sur un plat d'or, des présents à l'évêque Maximien. — B. Un serviteur de l'empereur. — C. L'évêque Maximien revêtu d'une chasuble verte. — D. Un clerc inférieur, ministre de l'évêque, revêtu de la stola et portant le livre des Évangiles.
(1) Notre gravure reproduit les couleurs de la mosaïque selon les règles conventionnelles usitées pour les hachures dans les publications héraldiques.
qui, dans le principe, lui servaient d'ornement. Un examen attentif des mosaïques des anciennes basiliques de l'Italie nous a donné la conviction que ce changement important de l'étole primitive s'est opéré longtemps avant Charlemagne. Cependant plusieurs monuments des IV^, et VF siècles témoignent qu'alors la stola n'avait pas subi de modification^ et était encore un vêtement ample garni de deux bandes en forme d'ornement, n La fig. 262, qui reproduit une partie des célèbres mosaïques de Saint- Vital de Ravenne, prouve qu'au milieu du VF siècle, la forme de la stola primitive était encore conservée intacte. Le ministre sacré, placé à la gauche de i'évêque Maximien (fig. 262 en D), est revêtu d'une large stola de couleur blanchâtre, garnie de deux bandes étroites coloriées, descendant parallèlement jusqu'au bord inférieur du vêtement.
L'opinion qui paraît la mieux fondée place la suppression de la robe dans la dernière moitié du VF siècle, au moment où l'aube prit de grands développements. A partir de cette époque la stola, perdant son caractère primitif, fut réduite insensiblement aux deux bandes parallèles que nous appelions étole. C'est aussi alors, et même déjà antérieurement, qu'on commença à orner les bordures des étoles riches de pierreries, de broderies et de plaques d'or et d'argent. A partir de ce moment l'étole est souvent appelée orarium du mot ora^ bordure, ou peut-être aussi à cause de sa ressemblance, après cette réduction, avec V orarium, espèce d'écharpe ou de draperie que les Romains suspendaient au cou (voyez ci-dessus p. 237), et dans lequel plusieurs savants archéologues trouvent, non seulement la raison du nom d'orarium donné à l'étole, mais même l'origine de cet ornement sacré.
Du temps de Charlemagne l'étole était devenue le vêtement distinctif des prêtres. Aussi, en plusieurs contrées, et notamment en Allemagne, les conciles particuliers les obligèrent-ils à porter l'étole même en dehors des offices divins.
C. Le manipule, en latin manipulus, mappula, sudarium ou phanon, n'était pas en usage pendant les premiers siècles de l'Église. Saint Grégoire le Grand (590-604) est le premier qui, dans ses écrits, fasse mention du manipule comme d'un ornement sacré. Dans une lettre adressée à Jean, archevêque de Ravenne, il en accorde l'usage aux diacres de cette église, et nous apprend, en même temps, que le droit de le porter appartenait jusqu'alors exclusivement au clergé de l'église de Rome. Un siècle plus tard les sousdiacres furent également autorisés à s'en servir. Le manipule , à cette époque, n'était qu'une bande de toile, un mouchoir de lin au miheu duquel
le prêtre et les ministres sacrés se nettoyaient les mains et le visage, ou enlevaient les souillures des vases sacrés.
D. La chape, en latin cappa, est un ornement sacré commun au prêtre et à quelques-uns des ministres inférieurs. Primitivement on se servait de la chape pour se préserver de la pluie dans les processions ; c'est aussi pour cette raison qu'elle porte souvent le nom de pluvial, pluviale. La chape n'est autre chose que la lacerna des anciens Romains. Ce vêtement a consistait, dit Rich, en un manteau ample, non pas complètement fermé comme la paenula, mais ouvert en devant, et attaché par une boucle ou une broche, fibula, sous la gorge... Il avait un capuchon, cucullus, qu'on pouvait rabattre sur la tête quand on désirait cacher ses traits ou éviter la vue d'un objet désagréable. On commença à s'en servir vers la fin de la République ; mais il se répandit tout à fait sous l'empire, et on le porta dans toutes les classes, dans le civil comme dans le militaire. » Dictionnaire des antiquités romaines, p. 348.
Déjà pendant la période latine, on se mit à orner la chape de larges bandes couvertes de broderies, dont on rehaussa parfois l'éclat par des pierreries, des plaques d'or, d'argent et des ornements de tout genre. Cependant, malgré les changements qu'a subis cet ornement, on reconnaît encore, même dans la chape moderne, la lacerna des Romains.
E. Vaube et la ceinture doivent leur origine à la tunica talaris des anciens, qui était un vêtement de lin, muni de manches et serré autour du corps par une ceinture. Cette tunique descendait jusqu'aux pieds; et pour cette raison, les Grecs l'appelèrent poderis, et les Romains lui donnèrent Tépithète de talaris. « Ce vêtement, dit Victor Gay, faisait partie du costume romain. Il servit longtemps à faire connaître parmi les laïques les personnes de famille noble, jusqu'à l'époque où Aurélien, comme nous l'apprend Vopiscus, son biographe, en permit indistinctement l'usage au peuple romain. Cela s'entend des longues tuniques de lin, dont les tissus se fabriquaient en Afrique, et surtout en Egypte ; car la noblesse, sous ce vêtement, se distingua toujours par le choix d'étoffes plus riches et en couvrant l'aube d'une ou plusieurs rangées de bordures de franges et de passements, de pourpre ou d'or. Il était donc bien naturel que cette tunique, à laquelle le peuple était habitué, et que son ampleur et sa simplicité rendaient convenable à la célébration du culte chrétien, fût choisie par l'Église pour les fonctions civiles et sacrées de ses ministres. » DiDRON, Annales archéologiques, VI, p. i63.
L'aube était portée dans les fonctions sacrées par les évéques, les prêtres et tous les ministres inférieurs. Il paraît même assez probable qu'en certains endroits les évêques et les prêtres s'en servirent dans la vie privée. On lui donna, pendant quelque temps, le nom de camisia (chemise). La forme de l'aube n'a pas varié beaucoup dans le cours des siècles ; il n'y a eu de changement que dans le plus ou moins de longueur, ou dans la nature et la richesse des parements dont on l'a ornée à partir du VI IF siècle.
La ceinture, en latin baltheus ou :{ona, est aussi ancienne que l'aube, car elle servait à serrer celle-ci autour du corps, de peur qu'elle ne retombât sur les pieds ou ne traînât par terre. La ceinture était assez large et richement ornée, surtout depuis la fin du VII^ siècle.
F. Uamict, que les anciens appellent aussi supe?^humerale, anaboladium et anabolagiiim, est une pièce de toile dont les prêtres et les ministres se servent pour se couvrir le cou. L'origine de ce vêtement ne remonte pas au delà du VIII^ siècle.
G. Le colobium, la dalmatique et la tunicelle étaient les vêtements sacrés propres aux diacres et aux sous-diacres. Pendant les trois premiers siècles, les diacres portaient le colobium (du grec /-o>oSô:, écourté, J^accourci), appelé aussi levitonai^ium, c'est-à-dire l'ornement propre aux lévites. C'était une tunique longue et étroite, ordinairement sans manches, ornée quelquefois de bandes de pourpre {clavi) et de calliculae (voyez ci-dessus, p. 78).
Au commencement du IV^ siècle, le pape saint Silvestre remplaça le colobium par la dalmatique. Hic constitiiit, dit Anastase, lit diaconi dalmatica l'terentur in ecclesia. « La dalmatique ou ro^e dalmate était, selon Rich, une longue blouse faite de laine de Dalmatie. Elle allait jusqu'aux pieds, était décorée de bandes de pourpre qui descendaient sur le devant, et avait deux manches fort longues et fort amples, qui couvraient tout le bras jusqu'aux poignets. » Dict. des antiquités i^omaines, p. 220. Cet ornement sacré fut réservé aux diacres de l'église de Rome ; peu à peu cependant les souverains pontifes l'accordèrent, comme une distinction et une récompense, aux diacres d'autres diocèses; et, dès le VF siècle, l'usage en devint général. Pendant toute la période latine la dalmatique conserva une grande simplicité; c'est seulement dans les siècles suivants qu'on l'orna de ces riches orfrois dont nous aurons occasion de parler plus tard.
La dalmatique a été, dès les premiers siècles, un des ornements dont le
souverain pontife et les évêques se revêtaient sous la chasuble lorsqu'ils célébraient solennellement les saints mystères; et ils la portent encore aujourd'hui en officiant pontificalement.
Il paraît assez probable que, jusqu'au VIF siècle, les sous-diacres de l'Église d'Occident n'étaient vêtus que de l'aube, de la ceinture et de l'amict. C'est à cette époque qu'il faut placer l'introduction de la petite tunique des sous-diacres appelée tunicelle, tunicella, et quelquefois subtile, sans doute parce qu'elle était faite d'une étoffe légère. La tunicelle était beaucoup moins ornée que la dalmatique ; elle était plus étroite et avait les manches moins larges.
Plus tard la forme de la tunicelle se rapproche peu à peu de celle de la dalmatique, et finit par se confondre avec elle.