DIFFÉRENTES PHASES DU STYLE BYZANTIN
Constantin, voulant doter son empire d'une nouvelle capitale, résolut, en 325, de transformer l'antique Byzance en une ville somptueuse qui porterait son nom. On l'appela Constantinople, c'est-à-dire ville de Constantin. Elle s'éleva comme par enchantement. Couverte, en peu de temps, de monuments de tout genre, elle put être dédiée dès l'année 33o.
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L'empereur avait trouvé en Italie des architectes assez expérimentés pour conduire ces travaux ; mais il ne put s'y procurer des sculpteurs capables de décorer, de statues et de bas-reliefs, les nombreux temples, les palais et les places publiques de sa nouvelle capitale. Pour remédier à cette absence de statuaires, il fit dépouiller de leurs sculptures antiques plusieurs villes de la Grèce, de l'Asie Mineure et de l'Italie. Rome elle-même fournit son contingent. (( Les successeurs de Constantin, dit Labarte, imitèrent son exemple et s'appliquèrent à enrichir Constantinople des merveilles de la sculpture antique. La fermeture, puis la démolition des temples des faux dieux, se prêtèrent on ne peut mieux à leurs desseins : les statues et les bas-reliefs arrachés à ces monuments vinrent embellir la nouvelle capitale de l'empire. C'est ainsi que Théodose le Jeune (408-450) enleva du temple de Mars à Athènes les éléphants de bronze qu'il plaça à la porte Dorée, et de l'île de Chio les fameux chevaux de bronze qui décorent aujourd'hui la façade de l'église Saint-Marc à Venise. Justinien lui-même fit transporter du temple d'Ephèse dans la Chalcé, splendide édifice qui servait de vestibule au grand palais, huit statues et deux chevaux d'une admirable beauté. » Histoire des arts industriels, 2^ éd., I, p. 19.
Des monuments byzantins du IV^ et du siècle il ne nous reste que des vestiges peu importants, insuffisants pour se former une idée de l'art de cette époque dans la capitale de l'empire d'Orient. Il paraît toutefois probable que ces monuments présentaient de l'analogie avec les monuments latins de la même époque, et que les églises avaient la forme basilicale.
Grâce à la réunion d'un grand nombre de chefs-d'œuvre dans la nouvelle Rome, la statuaire se releva, dès la fin du IV^ siècle, de l'état de décadence où elle s'était trouvée peu de temps auparavant. Et, si les guerres civiles et la présence menaçante des barbares aux frontières de l'empire ne fussent venues paralyser cet élan, elle se serait sans doute développée rapidement.
Sous le règne de Justinien (527-565) le style byzantin fut définitivement constitué avec les caractères définis ci-dessus. Sainte-Sophie en est le type par excellence.
Malgré des difficultés intérieures et extérieures, las successeurs de Justinien suivirent, pendant un siècle et demi environ, l'exemple de leur ancêtre et encouragèrent généreusement la pratique des arts. Mais, à la fin du VIF et au commencement du VIIF siècle, les choses changèrent complètement d'aspect. Les révolutions incessantes qui agitèrent l'empire d'Orient à cette époque ralentirent momentanément la marche progressive de l'art. Le mal
s'aggrava encore plus tard, par les édits que l'empereur iconoclaste Léon risaurien porta, en 726, pour défendre la reproduction de toute figure, soit par la sculpture ou la peinture, sur les parois des églises ou les instruments du culte. Cette défense, confirmée en 764 par un conciliabule hérétique, subsista jusqu'en 842. En cette dernière année, après la mort de Théophile, dernier empereur iconoclaste, l'impératrice Théodora rapporta les édits de Léon risaurien et rétablit le culte des images. Cette heureuse mesure contribua puissamment à faire refleurir immédiatement les arts du dessin dans l'empire d'Orient. Basile le Macédonien (842-886) et son fils Léon le Philosophe (886-91 1) poursuivirent l'œuvre de la restauration.
L'époque la plus florissante pour l'art byzantin fut le siècle, et particulièrement le règne de Constantin Porphyrogénète. Ce prince sut imprimer aux arts une impulsion extraordinaire. Agé de six ans seulement à la mort de son père, il resta de fait en tutelle pendant trente-trois années. Son oncle Alexandre d'abord, puis sa mère Zoé, gouvernèrent l'empire. Lorsqu'il eut atteint l'âge de quinze ans, en 919, il associa au gouvernement un amiral dont il venait d'épouser la fille ; et ce ne fut, en réalité, qu'en 944 qu'il prit lui-même la direction des affaires. S'étant appliqué pendant sa jeunesse à l'étude des sciences, des lettres et des arts, il se trouva bien préparé pour en devenir le promoteur. Il excellait lui-même dans la peinture et devint, en quelque sorte, chef d'école, dirigeant les architectes, les mosaïstes, les orfèvres, en un mot tous ceux qui pratiquaient les arts industriels. Sous sa direction habile l'art byzantin se perfectionna et le dessin devint plus correct.
Les bonnes traditions et le style artistique de l'école créée par Constantin Porphyrogénète se continuèrent après la mort de ce prince, sous son fils Romain II et ses autres successeurs jusqu'au commencement du siècle.
« Au XF siècle, dit Bayet, toute une série de graves événements précipitèrent la décadence de l'empire byzantin et, par suite, amenèrent l'affaiblissement des arts. La famille macédonienne disparut; ce ne fut qu'avec peine et après bien des troubles qu'une nouvelle dynastie, celle des Comnènes, parvint à s'assurer la possession du pouvoir. En Asie, de nouveaux envahisseurs, les Turcs Seldjoucides, faisaient de rapides progrès. Alors commencèrent les croisades, et l'Occident latin se précipita sur l'Orient grec. » Vart by:{anlin, p. 223. Pendant le Xll^ siècle Constantinople n'eut à subir aucune avanie de la part des croisés ; mais en 1204 les Français et les Vénitiens prirent la ville d'assaut et la livrèrent à un pillage effréné mettant le feu partout.
Aux Xllie, xive et XV^ siècles, les arts continuèrent à languir jusqu'à ce que, en 1453, les Turcs, en s'emparant de Gonstantinople, portèrent le coup de mort à l'art byzantin.
Voyez sur le style byzantin : de Dartein, Architecture lombarde, partie, passim; 2° La-bai^tk^ Histoire des arts industriels^ 2« éd., I, p. ig-62; 3° Choisy, L'art de bâtir che:{ les Byzantins, Paris 1882; 4» Bayet, L'art byi^antin, Paris 1884, passim.