I. (^lltteU. Les autels sont fixes OU portatifs
A. Autels fixes. Les tables des autels fixes, ordinairement de marbre ou de pierre, et de forme carrée ou rectangulaire, continuèrent, jusque vers la moitié du XIF siècle, à être creusées en forme de plateau, comme cela s'était déjà pratiqué pendant la période latine (voyez ci-dessus, p. 186).
Sur ces tables on incrustait quelquefois, à l'endroit où l'on offrait le saint sacrifice, des propitiatoires^ c'est-à-dire des plaques de métal précieux, artistement travaillées. Le pape Pascal I (817-824) fit poser des propitiatoires d'argent sur les autels de plusieurs églises de Rome, et S. Léon IV (847-855) en fit faire, pour la basilique vaticane, un très grand, pesant 72 livres d'argent et 80 livres d'or.
Fig. 474.
Kljf" liiJilli mil
Autel de Saint-Savin (France), (xii^ siècle.)
Fig. 473.
Autel de Bastogne (xii« siècle). Autel de V Allerheiligenkapelle, à la cathédrale
de Ratisbonne (xii« siècle).
Le support de la table d'autel consiste souvent en une simple masse cubique de maçonnerie, dépourvue de toute espèce d'ornementation, ou quelquefois aussi entourée d'une inscription et d'un simple rebord sculpté (fig. 472). Il existe encore aujourd'hui deux autels sans décoration aucune dans la crypte de l'église d'Anderlecht. Aux jours solennels on entourait ces autels de draperies en toile, en laine et en soie, ou d'autres étoffes précieuses.
D'autres fois la table est portée par une ou plusieurs colonnettes. Les autels de Bastogne (tig. 473) et de la cathédrale de Ratisbonne (fig. 474), appartiennent à cette catégorie.
Les autels à masse cubique recevaient quelquefois des revêtements d'or et d'argent rehaussés d'émaux et de pierreries, ou étaient décorés de sculptures et de peintures. L'église de Saint- Ambroise à Milan conserve jusqu'aujourd'hui un magnifique devant d'autel, qui date de l'année 835. C'est le plus riche monument de ce genre que nous connaissions. La gravure du ciborium de cet autel, que nous donnons ci-dessous, p. 425, montre en même temps la disposition de l'autel proprement dit, qui mesure 2^,2^ de longueur sur i™,40 de largeur et i"^,i8 de hauteur. La face antérieure, entièrement d'or, est divisée en trois panneaux. Une croix grecque pattée est inscrite dans le panneau du milieu. Le Sauveur, assis sur un siège et environné d'étoiles, occupe le médaillon ovale au centre de la croix ; sur les quatre branches de celle-ci on voit les symboles des évangélistes. Les douze apôtres, trois à trois, remphssent le champ entre les branches de la croix. Les deux panneaux latéraux, partagés chacun en six petits compartiments carrés, renferment des bas -reliefs d'or repoussé, représentant les principaux faits de la vie du Sauveur depuis l'Annonciation jusqu'à l'Ascension. Les encadrements des panneaux sont ornés d'émaux, de filigranes et de pierres précieuses. La face postérieure de l'autel est, comme celle de devant, divisée en trois panneaux. Dans le panneau central se trouvent quatre médaillons circulaires distribués sur deux rangs : ceux du rang supérieur contiennent les images des archanges saint Michel et saint Gabriel, ceux du rang inférieur, l'un, l'orfèvre Wolvinius recevant l'onction de saint Ambroise, et l'autre, l'archevêque Angilbert II présentant au même saint l'autel qu'il a fait construire par Wolvinius. Dans les panneaux latéraux douze bas-reliefs, carrés et disposés comme ceux de la face antérieure, retracent les principaux faits de la vie de saint Ambroise. Les deux faces latérales de l'autel sont semblables : on y voit une petite croix placée au centre d'un losange dont les extrémités touchent, en leurs milieux, les côtés du cadre. Les intervalles entre les branches de la croix, le losange et le cadre -i'ectangulaire, sont remplis de figures d'anges et de saints. La face postérieure et les deux faces latérales sont en lames d'argent; on ne s'est servi de l'or que sur les encadrements et sur quelques draperies.
Les parties les plus anciennes du célèbre retable de Saint-Marc à Venise, connu sous le nom de pala d'oro, datent de la fin du siècle et formaient primitivement un devant d'autel.
Il existe, au musée de Cluny à Paris, un parement d'autel, en or massif, ciselé et repoussé, donné à la cathédrale de Bàle, au commencement du
Xie siècle par l'empereur saint Henri; on y voit cinq figures disposées sous des fircatures, àpeu près comme celles de la iig. 475. Le même empereur fit aussi don d'un parement t l'autel en or à l'éi ;lise de Notre-Dame tl'Aix- la -Chapelle ; Je trésor de l'église carlovingienne pos- : cde encore dix-sept petits médaillons en or repoussé, provenant de ceparement.
et représentant le Christ assis , les r.ymboles des évan- ;<]élistes, des figures de saints et des scènes de la vie du Sauveur ; on les a réunis de nouveau pour en composer une seule table où ils sont disposés comme dans l'original.
Vers l'an mille, l'usage de recouvrir de plaques en métal précieux les principaux autels des grandes églises abbatiales était déjà répandu en Belgique. Les chroniques nous apprennent que, dès le dernier quart du siècle, Folcuin, abbé de Lobbes, et Oîbert, abbé de Gembloux, dotèrent leurs égUses d'un ou de plusieurs autels entourés de bas-reliefs d'argent. Quelques
années plus tard, Érembert, abbé de Waulsort, mort en io33, dota également l'autel principal de son église d'un parement d'argent.
Labarte, dans son Histoire des arts industriels, 2^ éd., I, Orfèvrerie, ch. III et IV, cite un grand nombre d'autels d'or et d'argent exécutés, vers cette époque, dans l'Europe centrale et occidentale pour des cathédrales et des églises monastiques.
La face antérieure ou principale des autels sculptés, peints ou ciselés, était
souvent divisée en trois (fig. 476) ou cinq (fig. 475) compartiments en forme d'arcatures plus ou moins richement décorées. Le Christ bénissant, debout ou assis, occupe ordinairement le compartiment ■central qui est souvent le plus élevé ou prend la forme d'une auréole ovale ou quadrilobée. Des figures de saints se trouvent dans les arcatures latérales et les symboles des évangélistes sont disposés soit autour du compartiment du milieu (fig. 475), soit dans les écoinçons des arcatures (fig. 476). Voyez (fig. 475) la face principale d'un autel en bois peint, autrefois à Soest, et conservé aujourd'hui au musée épiscopal de Munster en Westphalie. Le Sauveur bénissant et tenant un livre est assis sur l'arcen-ciel au milieu d'une auréole quadrilobée en-
toLirée des symboles des évangélistes. A sa droite se trouvent la sainte Vierge, remplie des sept dons du Saint-Esprit, et sainte Walburge, à sa gauche saint Jean Baptiste et un évêque, probablement saint Boniface, l'apôtre de l'Allemagne.
Il y a aussi des autels où le compartiment central est occupé par la sainte Vierge tenant l'Enfant Jésus. Tel est celui de l'ancienne cathédrale de Marseille, dont nous donnons la gravure (fig. 476).
Lorsque les figures font défaut, la décoration des autels sculptés les plus anciens consiste en rosaces et en croix pattées, soit isolées soit inscrites dans des cercles (autel du VIIF ou IX^ siècle à Wezeren près de Landen). Plus tard on voit apparaître les arcatures aveugles, avec archivoltes et colonnettes couvertes de rinceaux, de figures géométriques ou d'autres ornements variés.
Voyez des descriptions et des gravures : de la pala d'oro de Venise dans Labarte, Histoire des arts industriels, 2® éd., III, pl. LX; 2° du parement de Bâle dans Lûbke, Vorschule, p. 100; de Caumont, Cours d'antiquités, atlas, pl. 93; et Bourassé, Dict. d'archéologie, I, col. 1275; 3» de la restauration du parement d'Aix-la-Chapelle dans Bock, Karl' s des grossen Pfal^kapelle, I, p. 50.
L'autel principal des grandes églises était souvent, comme pendant la période latine, surmonté d'un ciborium (voyez ci-dessus, p. 187) ; quelquefois même on trouve, par exemple à Saint-Apollinaire-//2-c/<îS5e à Ravennè, des autels latéraux avec ciborium; nous avons donné un de ces derniers p. 188, fig. 190. La plupart présentent la même forme que ceux de la période latine, c'est-à-dire celle des ciboria de Ravenne et de Parenzo, que nous avons donnés ci-dessus, fig. 189 et 190.
Le nombre des ciboria romans conservés jusqu'à nos jours est assez restreint. Outre ceux de Ravenne (809-812) et de Parenzo (1277), nous citerons encore d'abord celui de Saint- Marc de Venise, qui a la forme latine et dont les colonnes sont toutes couvertes de sujets sculptés, et ensuite celui de l'église de Saint- Ambrois.e de Milan, que reproduit notre fig. 477. Le baldaquin de ce dernier, porté sur quatre colonnes de porphyre rouge, est formé de quatre pignons en maçonnerie revêtue de stuc, évidés, à leur partie inférieure, par des arcs en fer à cheval. L'espace compris entre les pignons est recouvert par une voûte d'arête à nervures, dont les poussées sont amorties par des tirants en métal, servant aussi primitivement de tringles pour les courtines de l'autel. Sur la face antérieure, tournée vers l'occident, le Sauveur, assis sur un siège, remet, de la main gauche, les clefs à saint Pierre, et de la main
Fig- 477.
droite, un livre à saint Paul.
Sur la face méridionale, on voit un évêque nimbé et bénissant entre deux personnages inclinés qui lèvent la tête et les mains vers le saint. Du côté opposé, on trouve un sujet analogue : la sainte Vierge entre deux figures de femme dans la même attitude que les deux personnages de la scène précédente. A l'orient, on a représenté la donation : un saint pontife bénissant est placé entre deux personnages qui lui sont recommandés par deux autres saints ; un des personnages présente au saint une réduction du ciborium.
A la fin du siècle, on introduisit l'usage des retables, c'est-à-dire des panneaux ou tables posés verticalement derniiiimnDinminiiiuHuiiiiiitiiniîD nère {rétro) l'autel proprement Autel avec ciborium à Saint-Ambroise de Milan, dit. Quelques écrivains donnent
le nom de retable à la predella
(ix® siècle).
OU petit gradin qui, dans nos autels modernes, porte les chandeliers, et appellent alors contre-retable le panneau peint ou sculpté que nous désignerons sous le nom de retable.
Le retable ne constitue pas une partie essentielle de l'autel ; il n'en est que l'accessoire. Sa destination première et principale est d'exciter et de nourrir la dévotion chez le prêtre qui offre le saint sacrifice et chez les fidèles qui y assistent, en leur mettant devant les yeux des sujets religieux reproduits par la ciselure, l'émaillerie, la sculpture ou la peinture. Peu élevé dans le principe, il atteint une hauteur démesurée vers la fin de la période ogivale et à l'époque de la renaissance.
On représentait, sur les retables, les mêmes sujets que sur les parements
d'autel : le Christ, assis ou debout, occupait souvent le panneau central , des figures de saints et des sujets empruntés à l'histoire sainte ou à la légende se trouvaient dans des arcatures latérales ou étaient disposés dans des médaillons de formes diverses placés autour de l'image du Sauveur.
Cette analogie était si grande qu'elle a permis de convertir en retables des parements d'autel, sans presque y apporter des changements. Ce fut le cas pour la célèbre pala d'oro de Venise. Exécutée pendant le dernier quart du siècle, elle servit de revêtement à l'autel de l'église de Saint-Marc jusqu'au commencement du XIF, époque à laquelle le doge Ordefalo Faliero, « suivant un usage qui commençait à s'introduire, dit Labarte, voulut décorer le dessus de l'autel. A cet effet, il détacha le parement d'autel du doge Orseolo, fabriqué à Constantinople, et le transporta au-dessus et en arrière de l'autel ; et comme le parement n'avait pas une élévation suffisante pour produire l'effet qu'on doit attendre d'un retable, il le fit agrandir et y ajouta des plaques d'or enrichies de figures d'émail. » Histoire des arts industriels, 2e éd., III, p. 18.
La plupart des retables primitifs étaient d'or, d'argent ou de cuivre doré et émaillé. Il y en eut toutefois aussi, mais plus rarement, de pierre et de bois peints ou sculptés, Ces derniers ne devinrent communs que vers la fin de la période romane et au commencement de l'époque ogivale.
Dans le principe, les retables servaient souvent à masquer les châsses à reliques lorsqu'elles étaient dépourvues d'ornements, ou à les encadrer lorsque leurs pignons étaient richement décorés. Ce fut dans les églises monastiques que cet usage semble avoir pris naissance. Dans le cours du siècle, la plupart des abbayes de l'Europe centrale et occidentale changèrent la disposition intérieure de leurs églises en ce qui concerne la place réservée aux religieux pendant la célébration des saints offices : les sièges ou bancs des prêtres, qui occupaient auparavant le chevet même de l'abside (voyez ci-dessus, p. 195), furent transportés dans le transept, et descendaient ordinairement jusque dans la deuxième ou troisième travée de la nef principale. La partie orientale de l'église, celle qui formait primitivement le chœur et correspond exactement au chœur de nos cathédrales et de nos collégiales, devint le sanctuaire réservé pour les grands jours et les cérémonies extraordinaires. On établit, pour le service ordinaire du nouveau chœur, un autel devant l'entrée du sanctuaire; et, comme, à cause de la crypte qu'il renfermait presque toujours, le sanctuaire s'élevait de quelques marches au-dessus du
sol du nouveau chœur, cet autel se trouvait souvent adossé au mur, qui, entre les deux escaliers latéraux conduisant au chœur, rachetait la différence de niveau du chœur et du sanctuaire. Il reçut le nom d'autel matutinal, parce que c'était auprès de lui que se récitait l'office divin, dont les matines, matutinum, forment la partie principale.
Au fond du sanctuaire, près de la courbure de l'abside, s'élevait Vautel des reliques, derrière ou sous lequel étaient exposés les restes mortels des saints, que, jusque là, on avait conservés religieusement dans les cryptes des églises. Aussi est-il digne de remarque, qu'au XI F siècle, c'est-à-dire au moment où la vénération des reliques commença à se faire au-dessus du sol, dans le sanctuaire de l'église, on abandonna peu à peu l'usage de construire des cryptes sous le chœur des églises (voyez ci-dessus, p. 35 1), et l'on changea même la destination des cryptes existantes.
Les reliques, renfermées dans des châsses ou des coffres, étaient placées quelquefois à l'intérieur de l'autel. Des ouvertures ou fenestrelles, pratiquées dans une ou plusieurs faces de l'autel et munies de grillages, permettaient aux fidèles de voir les châsses et les reliquaires afin de les vénérer facilement. Un des plus curieux autels de ce genre est celui de VAlter Dom ou chapelle de Saint-Etienne à la cathédrale de Ratisbonne ; il date du XII^ siècle et consiste dans un bloc de pierre creusé à l'intérieur et percé, sur trois de ses faces, de fenestrages. Lorsque l'autel avait la forme d'une table portée par des colonnettes, on disposait les reliques sous la table même de l'autel entre les colonnettes-supports, et l'on entourait l'autel de voiles ou de rideaux. Les fidèles pouvaient circuler autour de ces autels.
On plaçait également les reliques 5wr ou derrière l'autel. Dès le IX^ siècle, on exposait quelquefois, sur l'autel, les châsses et les reliquaires. Mais il serait difficile de déterminer si cette exposition était permanente ou bien temporaire, c'est-à-dire limitée à certaines solennités religieuses extraordinaires. Toutefois, il est constaté qu'au XF siècle la coutume de conserver les reliquaires sur l'autel existait en plusieurs endroits. Cette coutume se généralisa ensuite peu à peu, au moins dans quelques pays. Dans son Raiional [Viy , I, ch. 3, n. 24), Durand cite les châsses et les reliquaires parmi les ornements ordinaires des autels. Lorsque l'exposition des rehques avait heu derrière l'autel, la châsse était élevée à environ deux mètres au-dessus du pavement, et appuyait l'un de ses pignons sur l'autel même ou sur un retable de pierre peu élevé et placé sur l'autel, et l'autre sur une console (comme le montre la fig. 478) ou un groupe de colonnettes placé contre le mur absidal ou
^'g- 478. extérieur de l'église. Les fi-
dèles pouvaient circuler au-tour de l'autel et venir se placer directement au-dessous des reliques. L'usage de passer sous les châsses, soit debout, soit à genoux, existe encore de nos jours en plusieurs endroits de la Belgique, notamment à Gheel, à Basse- Wavre et à Soignies.
Dans cette dernière église, on voit, derrière le maître- Châsse à reliques exposée derrière un autel, autel, des colonnettes qui ont fait partie d'un autel des reliques datant de la fin du XIF ou du commencement du XIIF siècle. Les colonnettes, au nombre de vingt et une, étaient disposées en groupes dont deux présentaient en plan la forme d'une croix. Elles servaient à porter la châsse de saint Vincent. Plusieurs de ces colonnettes ont disparu.
Lorsque le pignon de la châsse venant poser sur l'autel était dépourvu d'ornements, il était régulièrement masqué par un retable de métal ou de pierre (fig. 478) ; si, au contraire, comme cela se voyait dans les châsses d'or, d'argent ou de cuivre doré et émaillé, il portait [des figures richement travaillées, il restait entièrement libre et apparent derrière l'autel. On élevait alors, au-dessus de la châsse, une sorte de tabernacle ou de baldaquin. Viollet-le-Duc donne, dans le Dictionnaire de V architecture (II, p. 25 et 26), deux gravures qui font comprendre parfaitement cette manière d'exposer les châsses ; nous reproduirons également, lorsque nous parlerons des autels de la période ogivale, une châsse placée derrière l'autel et abritée par un baldaquin. Quelquefois on encadrait le pignon dans un retable précieux, dont il occupait le milieu. A cette dernière classe appartenait le célèbre retable que l'abbé Wibald fit exécuter, vers le mifieu du XIF siècle, pour l'égHse de l'abbaye de Stavelot, et qui fut détruit on ne sait trop à quelle époque. L'existence et la richesse de cet objet étaient attestées unanimement par les historiens de l'abbaye; mais, depuis l'acte de vandafisme qui l'avait fait disparaître, on ignorait quelle en avait été la forme, jusqu'à ce qu'en • î88i notre ami M. D. van de Gasteele, alors archiviste adjoint de l'Etat à
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