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Autel poriaùr au trésor de l'église de Tongres (xiiie siècle).
Fig.
Il se compose d'une plaque de serpentin encadrée dans une monture métallique. Cette monture ne date que du XI F siècle; la plaque de marbre semble plus ancienne et remonte peut-être, comme l'affirme la légende, à l'époque de saint Servais (IV^ siècle), qui s'en serait servi pendant ses voyages. A l'autel est attachée, par un cordon de soie verte, une amulette gnostique ou abraxas, consistant en une hématite ou pierre précieuse de couleur sanguine gravée en creux.
Le trésor de Tongres possède également un autel portatif du XIIF siècle, dont nous donnons la gravure (fig.
480). Au musée royal d'antiquités de Bruxelles, on voit un autel portatif
Autel poiiaiir de l'aobaye de btavelot (xii^ siècle).
en forme de coffret, provenant de l'abbaye de Stavelot (fig. 481). Un morceau de cristal de roche encadré dans un quadrilobe forme le centre de la tablette supérieure, qui est entièrement émaillée, et représente l'Église, la Synagogue, Samson, Jonas, les sacrifices d'Abel, de Melchisedech et d'Abranam, le serpent d'airain, la dernière cène, le Christ devant Pilate, la flagellation, le Christ portant sa croix, le crucifiement et les saintes femmes au tombeau. Le pourtour du coffret est décoré de douze plaques émaillées représentant chacune le martyre d'un apôtre. Les pieds du coffret sont
formés par les évangélistes assis et écrivant leur Évangile. Sur le bord supérieur on lit : Qyam colit ecclesia crvx mors Victoria Christi per sanctos patres patriarchas atqve prophetas ante figvrata fvit et praesignificata et tamen hec ceca nvndvm crédit synagaga ; et sur le bord inférieur : Hi qve seripsere doctore domino didicere; horpm firmata plagiset morte probataet celebrata simvl horvm divinitvs ore istorvmqve pio pariter sanccita crvore.
Le trésor de la cathédrale de Namur possède aussi un autel portatif du XII^ siècle, consistant en un morceau de jaspe monté en cuivre doré, et portant, sur son pourtour, une série de petites tablettes d'ivoire sculptées en relief, très anciennes, représentant des scènes du nouveau Testament.
Si l'on peut en juger par le nombre considérable d'autels portatifs du XI^ et du XIF siècle qu'on trouve encore aujourd'hui dans les provinces rhénanes, notamment à Cologne et dans les environs, ces autels doivent avoir été extraordinairement répandus dans ces contrées pendant la période romane.
2. "Piscities. De tout temps l'ablution des mains avant et après le sacrifice de la messe a été de précepte pour les prêtres. Autrefois aussi les laïques étaient tenus de se laver les mains avant la communion, qu'ils recevaient sous l'espèce du pain, non pas sur la langue comme aujourd'hui, mais dans la main droite. L'Église, en prescrivant ces ablutions, n'avait pas seulement en vue la propreté des mains, mais elle voulait surtout rappeler la grande pureté de cœur qu'on doit apporter à la table sainte. Les fidèles se lavaient les mains à la fontàine de l'atrium ou dans un réservoir placé près de l'entrée de l'église. Les prêtres et les diacres se faisaient verser de l'eau sur les mains à l'autel même avant l'office, puis pendant la messe après qu'ils avaient reçu les oblations des fidèles, et une dernière fois à la fin du sacrifice. C'est dans cette pratique qu'on trouve la raison de l'origine des piscines ou cuvettes pratiquées dans les murs, près des autels, pour recevoir l'eau des ablutions.
Dès le ixe siècle, il y avait des piscines établies à proximité des autels. Le pape Léon IV, dans une instruction qui obtint force de loi dans toute l'Église, dit en parlant des piscines : « On doit préparer dans le secretarium (c'est-à-dire un des pastophoria, voyez ci-dessus p. 142), ou tout à côté, un endroit pour y verser l'eau ayant servi à purifier les vases sacrés. On y placera aussi une fontaine et un linge propre ; et c'est là que le prêtre se lavera les mains après avoir communié. »
On jetait dans les piscines non seulement l'eau dont le prêtre s'était servi pour l'ablution des mains, mais aussi celle que les ministres avaient versée, dans les calices ordinaires et ministériels pour les purifier, après la commu-
nion du prêtre et des fidèles. A cette époque, les ablutions n'étaient pas
Quelques piscines, et ce sont les plus anciennes, n'ont qu'une seule ouverture ou cuvette pour livrer passage à l'eau ; d'autres en ont deux : une pour l'écoulement des eaux ordinaires, l'autre pour recevoir les ablutions des mains des ministres sacrés. Les premières s'appellent piscines simples; les dernières piscines géminées. Celles-ci sont communes dans les églises cathédrales, collégiales et conventuelles, plus rares dans les églises paroissiales.
Les piscines se trouvaient toujours du côté de l'épître, et, dans le principe, perdaient leurs eaux sous le sol même des églises ; plus tard elles furent munies de gargouilles rejetant les eaux à l'extérieur sur le cimetière sacré qui environnait toujours l'église.
Il nous reste plusieurs piscines du et du XIF siècle; mais celles des époques antérieures nous sont inconnues. Les plus anciennes sont d'une grande simplicité ; souvent elles ne se composent que d'une cuvette, tantôt creusée dans le banc même en pierre qui se trouvait adossé à la partie inférieure des murs (fig. 482), tantôt portée sur une colonnette isolée (fig. 483),
prises par le prêtre comme elles le sont aujourd'hui.
Fij. 482.
Fig. 484.
Piscine à l'église de Montréale (France).
Fig. 485.
Piscine pédiculée Piscine pédiculée à St-Gabriel ^France), à l'abbaye de Vézelay. Fig. 486. Fig. 487.
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Piscine à La Cha- Piscine à Saint-Jean- Piscine à Villeneuve pelle à Bruxelles. les-Bons-Hommes (France). le-Comte (France).
ou sur plusieurs colonnettes réunies en faisceau (fig. 484). Les piscines portées sur des colonnettes se nomment pédiculées. Au XI F siècle, on commença à placer les piscines dans des niches pratiquées dans l'épaisseur du mur extérieur de l'église (fig. 485, église de La Chapelle, à Bruxelles). Les piscines géminées ou à cuvettes jumelles ne datent que de la fin du XI I"^ siècle (fig. 486 et 487).
Nous ne connaissons, en Belgique, que deux piscines de la période romane : l'une se trouve à l'étage de la tour de Walcourt. et l'autre (fig. 486) au chœur de l'église de La Chapelle à Bruxelles.
3. (^îubouô. L'usage des ambons fut conservé pendant la période romane. La plupart consistent dans une cuve carrée ou polygone, de marbre, de stuc ou de pierre, portée sur des colonnettes. Souvent un lion accroupi est interposé entre la base et le fût des colonnettes. La face antérieure de la cuve est presque toujours munie d'un pupitre, sur lequel le diacre ou le lecteur déposait le livre sacré. Ce pupitre repose ordinairement sur la tête d'un aigle, symbole de l'évangéliste saint Jean, quelquefois, mais rarement, sur celle d'un homme ailé, emblème de saint Mathieu. Lorsque le pupitre s'appuie sur la tète de l'aigle ou de l'homme ailé, les symboles des autres évangélistes se trouvent parfois aux angles de la cuve. Nous donnons (fig. 488) un ambon du XF ou du XI F siècle, qu'on voit à la rotonde du Saint-Sépulchre à Bologne. La cuve porte les animaux symboliques des évangélistes. De Dartein, auquel nous empruntons cette gravure, l'accompagne des réflexions suivantes : « Ces bas-reliefs, dit-il, sont en stuc d'une pâte dure, fine et rose, ainsi que le fond contre lequel ils s'appliquent et les bandeaux, ornés de moulures, qui limitent le parapet. Les figures ont des saillies très prononcées : rudement dessinées, elles sont remarquables par la vigueur du modelé et le mouvement des attitudes. Les ornements des bandeaux reproduisent l'une des bordures favorites de la sculpture lombarde. » Etude sur V architecture lombarde, 11^ part., p. 443.
Il y avait aussi, dans les églises les plus riches, des ambons dont la cuve était revêtue d'or, d'argent et de plaques émaillées, ou décorée de sculptures sur ivoire. On voit encore aujourd'hui, à l'église d'Aix-la-Chapelle, la cuve d'un magnifique ambon du XF siècle, ornée d'émaux, de sculptures sur ivoire et de plaques d'argent doré, représentant le Sauveur, les évangélistes et des sujets allégoriques. BoCK a donné une gravure de cet intéressant objet dans l'ouvrage intitulé : KarFs des grossen Pfal^kapelle, I, p. y3.
Fig 488.
Ambon de la rotonde du Saint- Sépulcre à Bologne (xie-xii^ siècle). (D'après de Dartein.)
4. ^iège >J Vémqnt d ôtaUce >u cierge. Le siège de l'évêque dans les cathédrales, ou du célébrant dans les églises inférieures, se trouvait régulièrement, comme pendant la période latine, au fond de l'abside du chœur ; il était adossé à la muraille, et, à ses deux côtés, se développaient les bancs ou stalles destinés au clergé. Cette disposition qui a été conservée jusqu'à nos jours dans quelques églises romanes, par exemple dans les cathédrales de Mayence et de Spire, était celle de toutes les églises séculières, tant cathédrales que collégiales et paroissiales. Il n'y avait, comme nous l'avons dit, d'exceptions à cette règle que pour certaines collégiales possédant un autel
Fig. 489. des reliques au fond du chœur, et
pour les églises monastiques. Dans ces dernières on transporta, de bonne heure, les stalles dans le transept et et même au delà de la nef, sans doute à cause du grand nombre de religieux prêtres qu'il était impossible de placer convenablement dans la courbure du chevet du chœur.
Pendant la majeure partie de la période romane les bancs du clergé lurent, comme précédemment, de Stalles de l'église de Ratzebourg (xii^ siècle), marbre OU de pierre. Les stalles ou
formes, formulae, de bois furent rares jusqu'à la fin du XIF siècle, et l'on n'en rencontre guère qui aient échappé à la destruction. Nous donnons (fig. 489) celles de Ratzebourg dans l'Allemagne septentrionale, dont quelques fragments, hors de service, sont parvenues jusqu'à nous. On s'aperçoit aisément que ces stalles, bien que travaillées en bois, imitent néanmoins presque servilement les anciens sièges en pierre.
5. Clàtucee ïm cl)œur. Quelques éghses de l'Allemagne centrale possèdent de curieuses clôtures du chœur datant du .XF siècle. Elles furent établies, à l'origine même des églises, pour prolonger les stalles ou sièges du clergé jusque près de la nef principale, et les isoler des bras du transept. Elles se composent presque toujours d'un mur s'élevant jusqu'à deux ou trois mètres au-dessus du pavement du chœur. Du côté extérieur, c'est-à-dire du côté des bras du transept, ce mur est décoré d'arcatures aveugles, dans lesquelles se trouvent des figures en haut-relief, souvent en stuc. Les églises
de Notre-Dame à Halberstadt et de Saint-Michel à Hildesheim ont conservé ces clôtures intactes jusqu'à nos jours. Le Christ ou la sainte Vierge occupent régulièrement l'arcade du milieu, et les apôtres ou d'autres saints les arcatures latérales. Dans les deux églises dont nous venons de parler, ces sculptures se distinguent par une correction et des caractères artistiques que présentent rarement les sculptures romanes.