CHAPELLES FUNÉRAIRES, TOMBEAUX ET PIERRES TOMBALES
1. Chapelles funéraires. On construisit quelquefois, dans les cimetières et à proximité des églises, des chapelles funéraires, dont la forme annulaire ou polygone rappelait sans doute la rotonde élevée par l'empereur Constantin au-dessus du saint Sépulchre, ou peut-être aussi le mausolée de Théodoric à Ravenne. Peu de monuments romans de ce genre ont été conservés jusqu'à nos jours. Nous pouvons toutefois citer une rotonde bâtie à Fulda en 820 et incorporée, au XII^ siècle, à Téglise de Saint-Michel.
2. '3^ambeauv apparents. L'usage de renfermer dans des sarcophages les restes mortels des personnes riches et puissantes persista dans le nord de l'Europe jusqu'au XIF, et dans les pays méridionaux, c'est-à-dire dans le midi de la France, en Italie et en Espagne, au moins jusqu'au XIV^ siècle. Ces sarcophages consistaient, comme pendant la période précédente, dans des auges oblongues, de pierre ou de marbre, souvent moins larges vers les pieds, et fermées par un couvercle bombé ou en forme de toit à deux pentes. Ils étaient décorés de sculptures ornementales et symboliques : de rinceaux, de feuillages, de monogrammes, de croix pattées et même quelquefois de sujets allégoriques. On les plaçait habituellement sur de petits piliers trapus ou sur de courtes colonnettes afin de les isoler du sol.
A l'église de Sainte- Waudru à Mons, dans le bas côté méridional du chœur, on voit encore aujourd'hui un couvercle de sarcophage du XIF siècle, en granit rouge des Vosges, qui provient du sarcophage d'Alice, comtesse de Hainaut, morte en 1 169. Il a la forme d'une croix latine et imite un toit à double versant.
Pendant la période romane, on introduisit aussi l'usage des cénotaphes, qui consistent dans des socles de pierre, des massifs de maçonnerie ou des groupes de colonnettes, posés sur une sépulture souterraine et portant soit un simulacre de sarcophage soit l'effigie du défunt. Des colonnettes engagées
sont ordinairement disposées autour du socle ou du massif de maçonnerie. Parfois on les réunit au moyen d'arcatures, d'autres fois le rebord saillant de la grande dalle qui couronne le socle vient s'appuyer sur les colonnettes (fig. 490). Au XI le siècle, les cénotaphes commencèrent à être surmontés de l'effigie du défunt sculptée en relief ou bien, quoique rarement, gravée au trait ou dessinée en émail. Le personnage est ordinairement représenté étendu sur un lit de parade avec tous les insignes de sa dignité : les évéques portent la mitre et la crosse, les rois et les princes la couronne et le sceptre. Ces statues couchées ne présentent pas l'aspect d'un mort; car elles ont les yeux ouverts, les gestes et les attitudes de personnes vivantes. De petits anges balancent des encensoirs ou soutiennent le coussin sur lequel repose la tête du personnage. Quelquefois le tombeau était placé sous un baldaquin ou un dais. Ces monuments n'étaient élevés qu'à la mémoire des princes et des plus hauts dignitaires ecclésiastiques. Pour ne pas encombrer les égHses, on les plaça souvent, à l'intérieur, dans les chapelles absidales ou sous des arcades pratiquées dans l'épaisseur des murs, et, à l'extérieur, dans les cloîtres et les salles capitulaires. Seuls, les tombeaux des fondateurs et des bienfaiteurs insignes d'une église ou d'un monastère étaient érigés dans le chœur.
Il existait autrefois, en Belgique, un nombre très considérable de cénotaphes romans, surmontés de la statue couchée du défunt ; la plupart ont été détruits. Les plus remarquables qui nous restent sont, sans contredit, les deux tombeaux qu'on voit à l'église de Saint-Pierre à Louvain. Le plus ancien, que nous reproduisons (fig. 490), est celui du duc de Brabant Henri I, mort en i235, qui s'élevait primitivement au milieu du chœur. On le démolit le 28 janvier 1800. Ses débris, enfouis dans l'église même, furent retirés de terre le 28 avril i835, et utilisés pour la restauration du monument, qui se trouve actuellement dans une des chapelles absidales. Ce monument se compose d'un bloc de marbre presque noir, autour duquel sont disposées des colonnettes avec chapiteaux à crochets, formant des niches avec socles pour y placer des statuettes. La statue de Henri, en haut-relief, est couchée sur la tombe. Le duc porte un manteau et une tunique serrée autour du corps par une ceinture, à laquelle pend une aumônière ; de la main droite il tient un sceptre terminé en fleur de lis. Deux archanges, saint Michel et saint Gabriel, encensent la tête du duc, qui est ceinte d'une couronne de feuillage et repose sur un coussin.
Le second tombeau roman de Saint-Pierre à Louvain est celui de
Fig. 190.
Tombeau de Henri I, duc de Brabant, mort en 1235, à l'église de Saint-Pierre à Louvain.
Mathilde et de Marie, Tune épouse, et l'autre fille du duc Henri I. Ce monument se trouve dans le bas côté nord du chœur, sous une arcade en anse de panier; il a été placé en cet endroit vers 1430, lors de la reconstruction du chœur de l'église. Les statues des deux princesses sont couchées sous des dais trilobés, supportés par des colonnettes et terminés, à leur partie supérieure, par des créneaux; elles portent des manteaux et des tuniques longues et étroites, serrées autour des reins par des ceintures ornées, auxquelles pendent des aumônières. Leurs têtes reposent sur des coussins, et leurs pieds touchent des modillons soutenus par des têtes d'ange. Dans le lobe central de chaque dais on voit un ange balançant un encensoir. La duchesse Mathilde, morte en 121 1, tient de la main gauche un livre, et de la droite une boule pour marquer qu'elle appartient à la famille des comtes de Boulogne. L'impératrice Marie, morte en 1260, porte dans la main gauche une couronne. Ce magnifique monument est fortement endommagé : les orfèvres, croyant qu'il était en pierre de touche, ont souvent tenté d'en enlever des fragments.
Les deux tombeaux que nous venons de décrire datent du XIII^ siècle; aussi appartiennent-ils déjà, principalement le second, par quelques parties, telles que les arcatures trilobées, au style ogival ou du moins au style de transition.
3, €ombeûUr non appaxnxU. ils consistent, comme pendant la période précédente, dans des coffres de pierre ou de maçonnerie, plus larges vers la tête que vers les pieds et fermés par un couvercle plat ou prismatique. A l'intérieur du tombeau on trouve quelquefois, surtout depuis le XF jusqu'au X1V« siècle, un espace circulaire destiné à recevoir la tête du cadavre. Les Fig- 49»- tombeaux souterrains qu'on a découverts à Ave (Namur) et dans les ruines de l'abbaye de Saint-Bavon à Gand présentent cette disposition. La plupart des tombeaux de Gand (fig. 491) sont construits en briques et enduits, à l'intérieur, d'un ciment rougeâtre bien conservé. Quelques-uns sont munis, sur le fond, de deux rainures, à l'intersection desquelles on a ménagé une ouverture destinée à laisser les matières visqueuses se perdre dans le sol.
A l'église de Forest, près de Bruxelles, on conserve religieusement le tombeau dans lequel, selon la tradition, fut enseveli le corps de sainte Alêne. Il est de pierre bleue et présente la même forme que les tombeaux d'Ave et de Gand. Au XIII^ siècle, on l'a entouré de quatre tablettes de pierre posées verticalement et percées d'arcades cintrées à travers Tombeau aux ruines^^^^^^^^^^ P^^^ l'apercevoir. Les tablettes supportent une de Saint-Bavon à dalle en forme de trapèze, sur laquelle on a gravé au trait l'image de la sainte.
Gand.
4. "Pierree t0mbole0. L'usage des pierres tombales continua pendant la période romane. La plupart ont la forme d'un trapèze ; quelques-unes aussi, surtout les plus anciennes, sont rectangulaires. Leur décoration consiste ordinairement en figures géométriques, feuillages et figures symboliques. Rarement on y lit, comme dans les exemples suivants (fig. 492 et 493), empruntés à l'église de Bonn, le nom du défunt, sa qualité et la date de son décès. Ces dalles tumulaires remontent probablement au IX^ ou au X^ siècle. Elles sont toutes les deux ornées d'une croix; la seconde porte, en outre, les personnifications du soleil et de la lune. Sur la première se trouve l'inscription : OBIIT GODESCALC[VS] DI[ACONVS?] VI ID[VS] FEBR[VARII] ; et sur la seconde: OBIIT REMIGH VIDVA LAICA K[A]L[ENDIS] 0CT[0]BR[IS] ; et :
t DILIGAM .. V AA CARITA ... DEO ES . . VI DILIGIT ERAT EMS .. V ..
VII TVS EST * VIVIT IN EO. L'absence de l'année du décès est un indice
de la haute ancienneté de ces pierres tombales.
Fig. 492.
fig- 493.
DILICAM • -V
Pierres ton. baies à l'église de Bonn (Prusse rhénane). Il ne nous reste en Belgique qu'un très petit nombre de pierres tombales de l'époque romane. Nous en donnons une (fig. 494) que l'on voit dans la
crypte d'Anderlecht
et qui, d après la
tradition, a recouvert, pendant plusieurs siècles , les restes mortels de saint Guidon. Elle a la forme d'un trapèze et est placée à deux pieds environ au-dessus du pavement. Les pèlerins passaient autrefois, à genoux, au-dessous de cette pierre et professaient de cette manière leur vénération pour cette relique.
Pierre tombale de saint Guidon à Anderlecht.
Voici (fig, 495) encore une pierre du XII^ siècle, trouvée dans la crypte de l'abbaye de Saint-Michel à Anvers :
Pierre tombale du xii« siè:le à Anvers.
Il existe, dans l'église de Sainte-Marie-du-Capitole à Cologne, un grand nombre de pierres tombales du XI F siècle, ornées presque toutes de figures géométriques.
Les pierres tombales portant en relief l'effigie du défunt n'apparaissent que vers la fin de la période romane. Une très curieuse pierre de cette époque est celle qui fut sculptée, au XI siècle, pour être placée sur le tombeau de sainte Plectrude, femme de Pépin de Herstal, dans l'église de Susteren. Cette pierre, qui existe encore dans cette église, a été reproduite par la gravure dans le Messager des sciences histoiHques, 1862, p. 44.
Une pierre tombale, rectangulaire, composée de petits morceaux carrés et triangulaires de marbre blanc et bleu artistement disposés, se trouve dans le pavement du chœur de l'église de Saint-Barthélemi à Liège. Elle est encadrée dans une double inscription, l'une, la plus proche de la mosaïque, est du XIIF siècle et nous apprend que la tombe que recouvrait autrefois la mosaïque était celle de Godescalc de Morialmé, fondateur de l'église, mort en loio; l'autre, qui forme le cadre extérieur, dit que le monument a été transporté de la nef dans le chœur au mois de juin 1334. Cette pierre a été reproduite dans le Bulletin de l'Institut ar chéologique liégeois^ XI, 1872, p. 387. La dalle tumulaire de Wéric de Staepel, abbé de Saint- Trond, mort en 1 180, que l'on voit dans la petite église de Saint-Pierre près de Saint-Trond, présente également un travail de mosaïque, dans la composition de laquelle entrent les marbres les plus précieux, tels que le vert et le jaune antiques, le serpentin, le granit d'Egypte et le porphyre. Elle est, rectangulaire comme celle de Liège, et encadrée dans une inscription à la mémoire de l'abbé.