‹ Éléments d'archéologie chrétienneChapitre 55 sur 69 · FONTS BAPTISMAUX · texte numérisé non relu

FONTS BAPTISMAUX

Les cuves baptismales, appelées communément fonts baptismaux, avaient de grandes dimensions pendant toute la période romane, parce qu'on continua d'administrer le baptême par immersion jusqu'au XI F siècle.

Fonts en cuivre provenant de Saint-Germain de Tirlemont (1149).

Fig. 497.

Fonts du xii® siècle à Thynes (Namur).

La plupart des fonts étaient de pierre. On en trouve cependant, en Belgique en Allemagne, qui sont de bronze ou de cuivre.

En France, et surtout en Angleterre, on en voit aussi de plomb.

Les fonts romans présentent des formes très variées. Il en est quelques-uns qui, ressemblant à une cuve, sont ronds (fonts de S*-Barthélemi à Liège, que nous donnons cidessous fig. 5o2, et de Saint-Germain de Tirlemont , actuellement au musée royal d'antiquités à Bruxelles), ou polygones (fonts de Gro55- Saint-Martin à Cologne), et reposent sur le dos de lions ou d'autres animaux réels, symboliques ou fantastiques.

Voici (fig. 496) les fonts de l'église Saint- Germain de Tirlemont.

Dans les arcatures on voit le baptême de Notre - Seigneur dans le Jourdain, le Christ en croix entre Longin et le porte-éponge, le

Sauveur foulant aux pieds l'aspic et le basilic, ou assis sur l'arc-en-ciel,

plusieurs apôtres et saint Germain d'Auxerre, patron de l'église. On y lit : t CRISTVS FONS VITE FONTEM SIC CONDIDIT ISTVM t VT NISI PER MEDIVM MISERI REDEAMVS AD IPSVM ;

et plus bas : VERBO ACCEDENTE AD ELEMENTVM FIT SACRAMENTVM. Une inscription sur les bandes verticales, nous apprend que ces fonts, dont

l'exécution est tout à fait barbare, datent de l'année 1 149 : f ANNO D[OMI]-

Fig. 498.

Fig. 499.

Fonts du xi^-xu" siecie .à Gallaix (Hainaut).

Fonts du xii^ siccic a tvUbt>on (Limbourc).

Fonts du xii« siècle à (;Osnes (Namur),

NICE INCARNATIONIS MO Co QVADRAGESI- MO NONO REGNANTE CVNRADO EPISCOPO HENRICO II» DE DIO- NANTE MARCHIONE SEPTENNI GODEFRI- DO.

La plupart des fonts romans se composent d'un réservoir porté sur un gros fût cylindrique (ou quelquefois aussi, quoique rarement , sur un pilier carré), tantôt unique (fonts de Thynes, tig. 497; de Gallaix, fig.

498, et de Lixhe), tantôt • cantonné de quatre colonnettes qui soutiennent les angles du réservoir.

Cette dernière forme a été la plus répandue en Belgique, et un grand nombre de fonts de ce genre ont été conservés jusqu'aujourd'hui, par exemple à Russon (fig. 499), à Gosnes (fig. 5oo), à Hour (fig.

5oi) et dans plusieurs

églises de l'Allemagne, notamment à Gladbach et à Andernach. En Belgique on en trouve aussi à Steenockerzeel, Tessenderloo, Limmel, Eysden, Termonde , Zedelghem, Lichtervelde, Deux- Acren , Pondrome, Flostoy, Achenne, Bastogne, 3tc. La cuve baptismale, généralement carrée à l'extérieur, plus rarement de forme barlongue ou cylindrique, est munie d'un réservoir circulaire ou ovale.

L'extérieur de la cuve porte presque toujours des sculptures plus ou moins riches, telles que rinceaux, feuillages, arcatures, animaux fantastiques, mascarons ; on y voit même quelquefois des sujets légendaires ou historiques. C'est ainsi que la dernière cène est représentée sur une des faces des fonts de Termonde.

Les fonts les plus remarquables qu'on possède en Belgique sont, sans contredit, ceux de Saint-Barthélemi de Liège. Ils sont de bronze et datent du XI F siècle : le chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse nous apprend que Lambert Pair as, le battew^ de Dînant, les fist en tan 1 1 12, à la demande d'Hélin, chanoine de Saint-Laurent et abbé de Notre-Dame. La cuve baptismale, construite sans doute pour rappeler la mer d'airain du temple de Salomon, reposait autrefois sur douze bœufs; il n'en reste plus que dix aujourd'hui. Elle mesure i™,o3 de diamètre sur o™,625 de hauteur, de manière que le baptême par immersion pouvait s'y administrer facilement. Les scènes représentées en relief autour de la cuve sont au nombre de cinq : 1° la prédication de saint Jean Baptiste; 2^ le baptême qu'on appelle baptême

Fonls du xii^ siècle à Hour (iNamur).

Fig. 50:

Fonts de l'église de Saint-Barthélemi à Liège (1112).

de pénitence, administré par le précurseur ; 3° le baptême de Notre-Seigneur; 40 le baptême du centurion Corneille par saint Pierre ; 5» le baptême du philosophe Craton par l'apôtre saint Jean. Le couvercle, qui n'existe plus, représentait les apôtres et les prophètes. Voici comment l'évêque Otbert décrit les fonts qui nous occupent :

Fontes fecit opère fusili Fusos arte vix comparabili Duodecim qui fontes sustinent Boves typum gratiae continent Materia est de mysterio Quae tractatur in baptisterio.

Hic baptizat Joannes Dominum Hic gentilem Petrus Cornelium Baptizatur Craton philosophus Ad Johannem confiait populus Hoc quod fontes desuper operit Apostolos prophetas exerit.

La face reproduite dans notre gravure représente le baptême de Jésus- Christ. Au milieu se trouve le Sauveur, couronné du nimbe crucifère; les eaux lui montent jusqu'à mi-corps. Le Saint-Esprit, figuré par une colombe à nimbe simple, plane sur la tête du Sauveur ; le Père éternel, sous la figure humaine, portant également le nimbe simple, fait entendre du haut du ciel les paroles : HIC EST FILIVS MEVS DILECTVS IN QVO MICHI COMPLACVI. Le ciel est représenté par un demi-cercle èntourant la tête du Père éternel, ne ÉD. 28

A la droite du Christ se trouve saint Jean Baptiste, à sa gauche on voit deux anges pour le servir : ANGELI MINISTRANTES.

Pendant toute la période romane, on a figuré de cette manière le baptême de Notre-Seigneur. Sur les fonts de Tirlemont (fig. 496), de Pont-à- Mousson, et même sur ceux de Hildesheim , qui datent de la dernière moitié du XI IF siècle, le nombre et la position des personnages sont identiquement les mêmes. Sur les fonts de Fenal (Namur) on voit également le Christ plongé dans l'eau, la colombe, les anges et saint Jean Baptiste; mais la figure du Père éternel fait défaut. A Bruges, dans la chapelle basse du Saint-Sang, le même sujet a été représenté sur le tympan d'une porte : le Sauveur, ayant à sa gauche le précurseur, se trouve au milieu des eaux qui lui montent jusque près des épaules; le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, plane au-dessus de l'épaule droite du Christ.

Page 1