MOBILIER RELIGIEUX
I. CSDlfcurcvic et cmaillene. On trouvera ci-dessus, p. 222, un court aperçu des procédés techniques employés dans le travail et la décoration des
métaux. Nous y renvoyons le lecteur pour l'intelligence de ce que nous allons dire de l'histoire de l'orfèvrerie et de l'émaillerie pendant la période romane.
Au VIIF siècle, la décadence des sciences et des arts était complète en Occident, par suite des guerres continuelles qu'avait provoquées l'invasion des barbares. Les procédés techniques des arts industriels les plus faciles à pratiquer y étaient presque entièrement tombés dans l'oubli. Dans l'empire d'Orient, au contraire, la culture des arts ne cessa de prospérer depuis Constantin le Grand jusqu'au siècle inclusivement, grâce à la protection généreuse des empereurs byzantins. Aussi lorsque, aux premiers moments de calme qui suivirent les tempêtes politiques, on songea, en Italie et dans le reste de l'Occident, à doter d'un mobilier convenable les églises et les basiliques qu'on venait d'élever ou de restaurer, fut-on obligé de s'adresser à Gonstantinople, soit pour s'y procurer les objets qu'on désirait, soit pour obtenir des ouvriers exercés qui consentissent à venir travailler en Occident.
Vers le premier quart du VI 11^ siècle les édits iconoclastes, lancés par les empereurs d'Orient, et dont nous avons déjà parlé ci-dessus, p. 3o2, vinrent favoriser singulièrement le réveil de l'art en Italie. Ils provoquèrent l'émigration vers l'Occident d'un grand nombre d'artistes, sûrs de trouver là un appui et des moyens d'existence auprès des papes et des évêques qui résistaient énergiquement à l'empereur. Les papes les accueillirent avec faveur et, dès le pontificat de Grégoire III (731-741), malgré les guerres que celui-ci eut à soutenir contre Liutprand, roi des Longobards, on vit renaître à Rome le culte des arts. Cette renaissance fut plus forte encore après que Gharlemagne eut vaincu Didier (774) et livré aux papes les trésors des rois longobards. Les papes Adrien I et Léon III donnèrent à tous les arts, et particulièrement à l'orfèvrerie, la plus vive impulsion. Grâce à la prospérité qui en fut la conséquence, les plus habiles sculpteurs se mirent à travailler les métaux précieux, et l'orfèvrerie domina bientôt tous les autres arts.
Pendant longtemps les artistes vraiment dignes de ce nom, peintres, sculpteurs, orfèvres et autres, continuèrent à venir de Byzance, et lorsque, au commencement du IX^ siècle, Gharlemagne voulut décorer de mosaïques et enrichir de vases sacrés et d'autres objets d'art l'oratoire qu'il venait d'élever à Aix-la-Chapelle, il s'adressa à des artistes grecs ou aux élèves qu'ils avaient formés en Itahe, particulièrement à Ravenne.
Sous les faibles successeurs de ce prince, l'art cessa de se développer et
retomba, dans l'Europe centrale et occidentale, dans le même état de barbarie où il s'était trouvé avant les efforts faits par Charlemagne pour le relever.
Pendant le VIIF, le IX^ et le siècle, l'orfèvrerie produisit, en Occident, non seulement des vases, des bijoux, des bas-reliefs, mais aussi des statues et même des émaux, comme le prouve l'autel d'or de Saint-Ambroise terminé à Milan, en 835, par l'orfèvre Wolvinius. Cependant, à partir du milieu du IX^ siècle, les bas-reliefs, les émaux et tous les objets qui requièrent, dans leurs auteurs, une grande somme de talents artistiques devinrent de plus en plus rares, et l'on peut dire, sans exagération, que l'amoncellement des pierres précieuses et un travail délicat de filigranes constituent le caractère particulier de l'orfèvrerie carlovingienne.
Les pierres précieuses étaient fournies par l'Orient. Pour les transporter facilement, on les enfilait sur une corde. Cette circonstance explique pourquoi presque toutes les pierres précieuses qui décorent les objets du moyen âge sont perforées. On les employait à l'état brut, sans les tailler; et les bâtes qui les sertissent épousent leurs contours irréguliers. A défaut de pierres nouvelles livrées par le commerce, et probablement même sans cette raison, on ne se faisait aucun scrupule de se servir de camées et d'intailles antiques, portant le plus souvent des représentations empruntées à la mythologie grecque et romaine. Sur la croix du trésor de Saint-Servais de Maestricht, que nous donnons ci-dessous, fig. 5 17, p, 468, est enchâssé, sous les pieds de l'image du Christ, un beau camée antique en onyx avec la figure du dieu Mars,
Au commencement du X^ siècle, l'art était arrivé en Allemagne, en Belgique et dans les contrées voisines, à un tel état de décadence et d'oubli, qu'à peine y trouvait-on encore, dans de rares monastères, l'un ou l'autre ouvrier habile, intelligent et doué de quelque goût naturel, mais presque pas digne du nom d'artiste. Cependant, vers la fin de ce siècle, il se produisit, en Occident, un retour sérieux vers les études artistiques : les artistes grecs furent encore ici, comme précédemment en Italie, les éducateurs qui présidèrent à ce retour. Voici ce qui donna lieu à cette renaissance.
Othon II, qui partageait l'empire d'Occident avec son père Othon le Grand, épousa, en 971, Théophanie, parente de l'empereur d'Orient, Romain le Jeune, et petite-fille de Constantin Porphyrogénète, l'intelligent protecteur des arts à Byzance. La jeune princesse, qui avait appris à aimer les arts dans sa patrie, en continua la culture en Allemagne, à la cour de son époux.
Elle apportait avec elle une riche dot dont faisaient partie une grande quantité d'or et des bijoux magnifiques. De plus, elle amenait, à sa suite, une phalange d'artistes, parmi lesquels se trouvaient des orfèvres et des émailleurs, qui se fixèrent à Trêves, auprès de la cour de l'empereur. Aidés par des ouvriers d'origine germanique formés sous leur habile direction, ces artistes exécutèrent plusieurs belles pièces d'orfèvrerie et d'émaillerie qui font encore aujourd'hui l'admiration des connaisseurs. Ce fut là l'origine de l'école artistique qui florissait à Trêves pendant le dernier quart du siècle, école qui produisit un grand nombre d'objets d'orfèvrerie décorés de filigranes, de plaques d'or repoussé, de pierreries et d'émaux cloisonnés, ne le cédant en rien aux plus beaux émaux des meilleures époques. Ces émaux sont extrêmement remarquables, non seulement à cause de la beauté et de la parfaite harmonie des tons, mais aussi à cause de la limpidité de certaines couleurs complètement transparentes. Plusieurs des chefs-d'œuvre de cette école ont échappé à la destruction des temps et sont parvenus jusqu'à nous. Nous citerons : un autel portatif consacré en l'honneur de l'apôtre saint André ; 2° une gaine destinée à contenir un clou de la vraie Croix ; 3» un reliquaire renfermant le bâton pastoral de saint Pierre, et 4» une couverture d'évangéliaire composée d'émaux, de pierreries et de plaques d'or battu et repoussé, encadrant une tablette d'ivoire sculpté. Les deux premières pièces appartiennent à la cathédrale de Trêves, la troisième au trésor de la cathédrale de Limbourg-sur-la-Lahn, et la quatrième à la bibliothèque grandducale de Gotha.
Les documents historiques nous apprennent que les deux derniers objets, bien qu'éloignés maintenant de Trêves, ont cependant une origine commune avec les premiers et sortent des mêmes ateliers : le reliquaire du bâton de saint Pierre était, il n'y a pas si longtemps encore, la propriété de la cathédrale de Trêves, et l'évangéliaire de Gotha provient de l'abbaye d'Echternach, près de Trêves, qui l'a possédé jusqu'au moment de sa suppression à la fin du XVIIie siècle. Elle l'avait reçu en don de l'impératrice Théophanie ellemême ; aussi celle-ci est-elle figurée, avec son jeune fils Othon III, sur les plaques d'or battu et repoussé qui, conjointement avec les émaux, décorent la couverture liturgique.
A ces objets si intéressants pour l'histoire des origines de l'orfèvrerie en Occident nous ajouterons encore quatre croix émaillées conservées dans le trésor de l'éghse d'Essen, petite ville de Westphalie, où existait jadis une célèbre abbaye gouvernée successivement, à la fin du et au commen-
cernent du siècle, par trois abbesses du nom de Mathilde et proches parentes de l'impératrice Théophanie. Ces croix, sorties aussi des ateliers de Trêves, présentent d'autant plus d'intérêt que, fabriquées à quelques années de distance, elles permettent de suivre exactement le développement et les premières phases de l'orfèvrerie et de l'émaillerie en Allemagne.
Cette école d'orfèvrerie et d'émaillerie, trop peu remarquée jusqu'ici, mais qui ne tardera pas à acquérir, dans le monde des archéologues, la juste célébrité qu'elle mérite, fut pendant quelque temps le centre du mouvement artistique en Allemagne et donna naissance aux célèbres écoles d'émailleurs qui se développèrent, un peu plus tard, sur les bords du Rhin et de la Meuse.
En Belgique, nous ne possédons pas de spécimens des beaux émaux cloisonnés tréviriens du ni même du XF siècle, si ce n'est peut-être quatre petites rosaces qui décorent si gracieusement un des ais de la couverture d'évangéliaire du frère Hugo, conservé à Namur, dans le trésor des Sœursde-Notre-Dame, et dont nous parlerons en traitant du mobilier de la période ogivale.
La restauration artistique, commencée sous l'influence des ouvriers byzantins, fut extrêmement rapide en Allemagne. Dès la fin du X^ siècle, presque au moment même de sa formation, l'école de Trêves, que dirigeait l'évêque Egbert (977-993), donna naissance, sur le territoire germanique, à plusieurs autres centres artistiques créés par les évêques dans leurs palais épiscopaux ou par les abbés dans l'enceinte de leurs monastères. Willegis, archevêque de Mayence (976-101 1), saint Bernw^ard, évêque de Hildesheim (992-101 1), et le bienheureux Richard, abbé du riche monastère de Saint-Viton de Verdun (i 004-1 046), se distinguèrent tout particulièrement par l'intelligente protection qu'ils accordèrent à la renaissance de l'art en Occident. Le premier fit exécuter, pour son égUse de Mayence, un nombre considérable de pièces d'orfèvrerie du plus grand prix ; le second, qui avait séjourné à la cour impériale comme précepteur d'Othon III, établit, dans son palais, des ateliers où de nombreux orfèvres travaillaient les métaux précieux ; il les visitait journellement et les dirigeait lui-même ; en outre, il procura à de jeunes artistes les moyens de voyager afin qu'ils pussent se perfectionner dans leur art par l'étude de ce qui se pratiquait ailleurs. Le bienheureux Richard, ami intime et conseiller de l'empereur saint Henri, entreprit le pèlerinage de Terre-Sainte, et revint dans sa patrie en passant par Gonstantinople. Dans cette ville il fut reçu avec distinction par l'empereur et le patriarche grec, qui
le comblèrent de présents. Toutes ces circonstances excitèrent en lui le goût des arts. De retour à Verdun, il fit rebâtir l'église de son abbaye, la décora avec une grande magnificence et la dota d'un riche mobilier en harmonie avec le monument. Hugon, le biographe de Richard, énumère en détail les nombreuses pièces d'orfèvrerie exécutées par l'abbé pour sa nouvelle église.
Saint Henri, qui gouverna l'empire d'Occident pendant le premier quart du XF siècle (1002- 1024), fut aussi un des grands promoteurs de la restauration artistique en Allemagne. La piété de ce prince le porta à faire aux églises de son empire des dons considérables, consistant presque exclusivement en objets d'orfèvrerie, tels que calices, pyxides, croix d'autel, couvertures .d'évangéliaire et parements d'autel. Nous avons mentionné ci-dessus, p. 422, deux parements d'autel en or massif donnés par le saint empereur à la cathédrale de Baie et à l'église d'Aix-la-Chapelle.
L'impulsion si vive, imprimée en Allemagne à l'art de l'orfèvrerie pendant le XF siècle, fut loin de se ralentir au siècle suivant, et, au moins pendant la première moitié du XI F siècle, ce pays resta à la tête du mouvement artistique de l'Europe centrale et occidentale.
Le goût de l'orfèvrerie se répandit en Belgique dès les premières années du XF siècle. A cette époque, cet art était déjà en grand honneur à l'abbaye de Gembloux, où nous voyons l'abbé Olbert, élu en 987, doter l'égUse, qu'il avait reconstruite, de nombreuses pièces d'orfèvrerie, parmi lesquelles se trouvait un parement d'autel d'argent repoussé et ciselé. Tithmar, l'un des successeurs d'Olbert, devenu abbé en 1071, décora de bas-reliefs d'argent repoussé et ciselé l'ambon de l'Évangile et la châsse de saint Exupère. A Waulsort, l'abbé Erembert, mort en io33, était un orfèvre habile ; il exécuta pour son église deux bas-reliefs d'argent, dont l'un recouvrait l'autel principal, l'autre la châsse de saint Eloque. Les évêques de Liège et de Tournai, les abbayes bénédictines de Stavelot, de Saint-Laurent de Liège et bien d'autres encore, cultivèrent l'orfèvrerie avec la même ardeur et produisirent des œuvres remarquables, dont les caractères offrent la plus grande analogie avec ceux de l'orfèvrerie rhénane.
Grâce à l'emploi de l'émail les objets d'orfèvrerie changèrent complètement d'aspect au XF et au XIF siècle. Auparavant l'amoncellement des pierreries reliées par des rinceaux de fifigranes avait constitué tout le secret de l'ornementation des orfèvres occidentaux; dès la fin du X^ siècle, des plaques gemmées et repoussées alternent le plus souvent avec des plaques
émaillées. Celles-ci se rencontrent non seulement dans les grandes pièces d'orfèvrerie, telles que les châsses et les parements d'autel, mais même sur les moindres objets.
La fonte et la ciselure furent aussi employées très souvent par les orfèvres de la période romane. Au XII^ siècle, la ciselure est généralement bien soignée ; et, à la même époque, le dessin devient plus correct. Ce fut par le procédé de la fonte ciselée qu'on exécuta les objets en cuivre connus sous le nom de dinanderies, tels que les fonts de Saint-Barthélemi à Liège et de Saint-Germain à Tirlemont. On fabriqua encore, au moyen du même procédé, une quantité innombrable d'objets de moindre dimension, par exemple des statuettes, des chandeliers, des encensoirs et même des calices.
Les plaques travaillées au repoussé aussi se rencontrent fréquemment sur les objets d'orfèvrerie romane. Elles reproduisent soit des sujets bibliques ou légendaires, soit des symboles, soit de simples motifs de décoration. Quelquefois pour obtenir une fabrication à bon marché, on eut recours à l'estampage.
Les premiers émaux fabriqués en Allemagne furent des émaux cloisonnés sur or ou argent, semblables à ceux que les Byzantins fabriquaient pendant la dernière moitié du siècle ; plus tard on employa aussi le cuivre, dont on dorait les parties restées apparentes après l'incrustation de l'émail. Dès le commencement du XF siècle, on substitua en certains endroits, l'émail champlevé au cloisonné. Très probablement le bienheureux Richard, abbé de Saint- Viton à Verdun, pratiqua le premier cette substitution, qui devint générale, en Occident, pendant le XI F siècle.
Jusque vers le miUeu du XIF siècle, l'influence byzantine se fait sentir dans l'émaillerie rhénane. Bien longtemps, en effet, les émailleurs allemands s'inspirent du style oriental, et reproduisent plus ou moins fidèlement des types byzantins, les modifiant toutefois selon leur génie propre et particulier. Leurs procédés techniques aussi trahissent souvent l'origine byzantine de l'art allemand : c'est ainsi, par exemple, que, dans les émaux cloisonnés, et même dans les plus anciens émaux champlevés, les carnations sont rendues par la pâte vitreuse, à l'instar de ce qui se pratiquait à Constantinople.
Cependant les émailleurs des bords du Rhin ne tardèrent pas à graver, sur le métal épargné, les figures de petite dimension, tandis que, pour les grandes, ils continuèrent encore, pendant quelque temps, à émailler les vêtements ; et, dans ce cas, ils ne se servaient de la gravure que pour les
carnations. A la fin du XI siècle, sans doute pour procéder d'une manière plus expéditive, ils se mirent à graver les figures entières, même lorsqu'elles avaient une certaine étendue, et ne manquaient presque jamais alors de nieller les intailles, souvent assez larges et assez profondes, de la gravure. Pour le champ des parties ornementales, presque toujours composées de délicieux rinceaux, l'usage de l'émail persista jusqu'au moment de l'abandon du procédé du champlevé.
Les changements dans les procédés techniques que nous venons de constater et l'adoption, vers le milieu du XI F siècle, d'un style nouveau où l'interprétation de la végétation indigène obtenait de jour en jour une part plus large, finirent par transformer complètement, en un petit nombre d'années, l'aspect des produits de l'orfèvrerie et de l'émaillerie rhénane.
En France, les orfèvres du XF siècle et des premières années du XIF continuèrent à se servir exclusivement, pour la décoration de leurs œuvres, de plaques repoussées, ciselées ou même simplement estampées, et d'applications de pierreries reliées par des filigranes. Parmi ceux qui, dans ce pays, protégèrent l'art de l'orfèvrerie, le plus méritant est, sans contredit, Suger, abbé de Saint-Denis près Paris, ministre du roi Louis le Gros et régent du royaume de France sous Louis VII. Passionné pour toutes les branches de l'art, il reconstruisit son église et la décora magnifiquement. Il fit aussi restaurer les pièces du trésor endommagées par le temps, et exécuter, sous sa haute direction, une quantité de nouveaux objets. Suger a laissé un écrit intéressant, intitulé : De rébus in administratione sua gestis, où il rend compte de tous les actes de son gouvernement, et consigne des détails curieux et précis sur les ouvrages qu'il fit faire pour l'église de son monastère. Trois de ces objets ont échappé à l'injure du temps et nous x*enseignent complètement sur l'état de l'orfèvrerie française pendant la première moitié du XII^ siècle. Sur tous les trois, on doit admirer la richesse et l'abondance des perles fines, des saphirs, des rubis, des émeraudes et de toutes les autres espèces de pierreries éclatantes ; et cependant aucun n'est décoré de la moindre plaque émaillée. Ce fait nous fournit la preuve évidente que ces trois chefsd'œuvre sont antérieurs à l'année 1145. En effet, jusqu'à cette époque, les orfèvres français ignoraient la pratique de l'émaillerie; aussi, lorsque, au commencement de cette année, Suger voulut faire exécuter un pied de croix en forme de colonne, et le recouvrir de plaques d'émail champlevé sur cuivre, se vit-il obHgé, comme il le raconte lui-même, d'appeler à son secours « des
orfèvres de Lotharingie, au nombre tantôt de cinq, tantôt de sept, qui eurent de la peine à terminer ce travail en deux années. » Ce fut à partir de ce moment (1145), que l'art de Fémaillerie se développa en France. Les productions des premiers émailleurs français présentent de grandes analogies avec celles des Allemands du Rhin, qui vinrent enseigner l'art de Fémaillerie en France.
Une fois éveillé, le goût pour l'orfèvrerie émaillée alla bientôt croissant en France, et donna lieu, vers 1160, à la naissance d'une célèbre école d'émailleurs sur cuivre dont le siège fut à Limoges. Dans leurs premiers essais, les orfèvres limousins cherchèrent à donner à leurs émaux l'aspect des émaux allemands, et exprimèrent les figures entières, môme les carnations, avec des couleurs d'émail ; ils n'épargnèrent le métal que pour lui faire tracer les principaux linéaments du dessin. Bientôt cependant, pour produire plus vite et à meilleur marché, ils renoncèrent à ce procédé, et se mirent à graver, sur le métal, l'ensemble des figures, et à ne plus émailler que les fonds. Souvent même ils remplacèrent les parties gravées par des figures en haut-relief de bronze fondu et ciselé. Dans les émaux limousins, l'émailleur céda, en quelque sorte, la place au graveur, au sculpteur, au fondeur et au ciseleur; il borna son rôle à la simple décoration des fonds, opération qui ne présentait guère de difficulté. Aussi la fabrication d'émaux à la façon de Limoges s'étendit-elle immédiatement à une foule de petits objets, qui sont du domaine plutôt de l'industrie purement mercantile que de l'art proprement dit.
Parmi les produits de Fémaillerie limousine on remarque surtout des châsses émaillées, des croix d'autel avec Fimage du Christ, des pyxides, des crosses, des plaques pour couverture d'évangéliaire, des chandeliers et des navettes à encens.
Sous le rapport artistique, Fémaillerie rhénane est de beaucoup supérieure à celle de Limoges. Les émaux fabriqués, au et au XI F siècle, sur les bords de la Meuse : à Liège, à Maestricht, à Stavelot, à Waulsort et à Gembloux, offrent les mêmes caractères que ceux de Fécole rhénane, dont le centre principal de fabrication était à Cologne. Les émaux mosans ne constituent, en effet, qu'une variété des émaux rhénans. Les différences qu'on observe entre les émaux champlevés limousins et ceux du Rhin et de la Meuse sont celles-ci : dans les émaux de Limoges le bleu lapis et le vert tendre dominent, tandis que, dans les autres, le vert nuancé, le gris bleu et
le bleu pâle forment les couleurs principales. Les émailleurs rhénans et mosans se servent de quelques couleurs qui leur sont propres : le beau bleu turquoise, le blanc très pur, le rouge purpurin très vif et le noir. Les tons sont plus harmonieux en Allemagne et en Belgique ; ils sont plus vifs et plus criards en France. Les émaux rhénans et mosans reproduisent des scènes auxquelles prennent part un grand nombre de personnages, et portent des inscriptions, souvent en vers latins, assez longues, gravées en creux et incrustées d'émail ; sur les émaux limousins les inscriptions sont rares et ne se composent ordinairement que d'un nom. Chez les émailleurs du Rhin et de la Meuse, le dessin des fleurons d'ornement épargnés sur le cuivre ou remplis d'émail est remarquable par le bon goût et la grande variété des motifs, qualité qu'on ne rencontre guère chez les Limousins.
Les objets, grands ou petits, ornés d'émaux mosans ou rhénans, présentent régulièrement une particularité qu'on n'observe pas dans l'orfèvrerie hançaise contemporaine. Ils portent, en même temps que les plaques émaillées, filigranées et couvertes de pierreries, des plaques en cuivre rouge avec ornements et inscriptions dorés sur un champ bruni, ou vice-versa. Ce genre de travail, qui ne fut en usage que sur les bords de la Meuse et du Rhin, se rencontre sur toutes les grandes châsses d'Aix-la-Chapelle, de Maestricht, de Huy, etc., ainsi que sur les revers des phylactères et des croix processionnelles.
Nous terminons ces considérations sur l'histoire de l'orfèvrerie en faisant remarquer que, pendant la période romane, notamment au XI^ et au XII« siècle, la conception, — le plan, dirions-nous aujourd'hui, — d'une œuvre d'art religieux n'appartenait ordinairement pas à l'ouvrier qui était chargé de l'exécuter. Les objets artistiques étaient régulièrement le résultat de l'alliance du labeur technique de l'ouvrier religieux ou laïque avec le savoir historique et théologique du prêtre ou du moine. Ce dernier dirigeait l'ouvrier dans la composition du sujet et le choix du symbolisme, et fournissait aussi les inscriptions, souvent en hexamètres latins, qui devaient être tracées sur les objets.
2. ^alktô et patènes. On conserva, pendant la période romane, l'usage des calices ordinaires et ministériels. Voyez ci-dessus p. 233 et sv.
A. Les caHces ordinaires du VIIF et du IX^ siècle ont souvent, comme ceux de la période latine, la coupe profonde et étroite, le pied petit et rehé à la coupe par un simple nœud sans tige. Tel est le calice de Tassilo, duc de
Bavière, qui date de l'année 780 environ (fig. 5o6). Il est de cuivre doré et décoré d'ornements gravés; les médaillons de la coupe et du pied sont niellés sur argent ; le tout est d'un travail rude et barbare.
Fig. 506. Fig. 507.
Calice de Tassilo, duc de Bavière. Calice dit de saint Remi à Reims,
(viii^ siècle). Hauteur : o™20. (xii^ siècle).
Dès le IX^ siècle la coupe devient plus grande et prend souvent la forme hémisphérique; parfois aussi elle est munie d'anses, comme dans le calice de saint Gozlin, évêque de Toul de 922 à 962, que nous avons donné cidessus p. 284, fig. 239. Le pied reste petit et conserve les dimensions qu'il avait aux siècles précédents.
Les calices du et du XIF siècle ont généralement la coupe et le pied très larges, le nœud épais et la tige courte ; quelquefois même celle-ci manque totalement. Le cahce du XIF siècle, dit de saint Remi et conservé dans le trésor de la cathédrale de Reims (fig. 507), nous offre un des plus riches modèles de ce genre. Il est d'or pur, orné d'émaux, de fiHgranes et de pierres précieuses. Sur le pied on a gravé l'inscription suivante : f QVICVMQVE . HVNC . CALICEM . INVADIAVERIT . VEL . AB . HAC . ECCLESIA . REMENSI . ALIQVO . MODO . ALIENAVERIT . ANATHEMA . SIT . FIAT . AMEN . La coupe porte encore quelquefois des anses, comme on peut le voir dans la fresque du XF siècle que nous avons reproduite ci-dessus, p. 433, fig. 468.
On trouve, principalement en Allemagne, des calices du Xlie siècle qui
ont l'extérieur de la coupe entièrement couvert de médaillons, d'émaux, de pierreries et de filigranes ; ces ornements ne sont interrompus que sur un petit espace semi-circulaire, nécessaire au prêtre pour appliquer au calice la lèvre inférieure pendant la communion.
Les mystères de la vie et de la passion du Sauveur, et surtout le crucifiement, sont les sujets que les artistes du XI^ et du XIF sjècle aiment à reproduire sur les médaillons circulaires ou ovales dont ils décorent la coupe et le pied de leurs calices.
Les inscriptions que l'on rencontre sur quelques calices romans rappellent le nom du donateur, demandent une prière pour son âme, ou renferment un anathème contre celui qui détournerait le calice de sa destination.
Dans les tombes des évêques et des abbés on trouve souvent des calices funéraires de plomb ou de tout autre métal de vil prix ; ils ont la forme des calices ordinaires, mais ne portent régulièrement aucun ornement.
B. Les calices ministériels conservèrent, pendant la période romane, la forme qu'ils avaient précédemment. Leur décoration est la même que celle Fig. 508. des calices ordinaires.
Les anses dont ils sont munis ont la forme de feuillages, de dragons ou d'animaux fantastiques. Voici (fig. 5o8) un calice ministériel du XI 1^ siècle appartenant à l'abbaye de Wilten près d'Inspruck. Sur les médaillons de la coupe on a représenté des scènes de la vie du Sauveur, dans ceux du pied les quatre vertus
Calice ministériel du xiie siècle à l'abbaye de Wilten cardinales et des sujets • près d'Inspruck. tirés de l'histoire de
l'ancien Testament, sur le nœud les personnifications des quatre fleuves du paradis.
Anciennement les fidèles communiaient en buvant du calice même les uns après les autres ; plus tard on introduisit l'usage du chalumeau pour la dis-
Fig. 509. Fig. 510. tribution de la sainte Eucharistie sous l'es-
pèce du vin. « Vers le siècle, dit Texier, les fidèles qui vinrent recevoir la communion burent le vin, non plus du calice même, mais en humant, au moyen d'un chalumeau ou tuyau, le liquide consacré. Ces changements ne semblent avoir eu pour but que d'éviter les profanations, même involontaires, de la sainte Eucharistie. Ces tuyaux sont appelés différemment par les auteurs ecclésiastiques fistulae, tuelli et tuteili, cannae, canolae, arundines, pipae, calami, siphones, et même pugillares; ce dernier nom leur fut donné parce qu'on les tenait à la main. Jusqu'assez avant dans le XII^ siècle ils restèrent en usage. L'église de Saint-Denis les maintint par privilège, et le pape, à sa messe solennelle, s'en sert encore. Ces tuyaux étaient en or ou en argent, tout droits, et quelquefois accompagnés d'une poignée ou au moins d'un renflement ou bouton que le moine Théophile décrit. Les églises pauvres en avaient en cuivre et en verre. » Dictionnaire d'orfèvrerie, col.
Nous donnons deux exemples de chalumeaux eucharistiques : l'un (fig. Sog), fait partie du trésor de l'abbaye norbertine de Wilten près d'Inspruck, l'autre (fig. 5 10) de la riche collection de M. Basilew^sky à Paris. Ce dernier est en argent doré et muni d'une anse ou prise fiUgranée.
C. Les patènes, ordinairement très simples, avaient la forme d'un petit plateau présentant au milieu un enfoncement circulaire. Le fond intérieur était libre et couvert de nielles ; le bord, parfois travaillé en relief ou gravé au burin, avait peu de largeur. On trouve cependant des patènes de l'époque romane sur lesquelles les ornements et les ciselures abondent. Telle est celle d'un calice conservé dans le trésor de l'église de Saint-Godehard à Hildesheim, dont nous donnons (fig. 5i i) la face supérieure et le profil.
Chalumeaux eucharistiques à l'abbaye de de la collection Wilten. Basilewsky.
Fig. 511.
Patène à l'église de Saint-Godehard à Hildesheim (xi^ siècle).
3. Cu6to>eô encl)ari6tiquc0 : pi)nîre0 et cib0ire6. Dès le ix^ siècle les colombes eucharistiques (voyez ci-dessus, p. 238) furent remplacées presque partout par les pyxides, dont quelques auteurs font remonter l'origine au
siècle. On donne le nom de pyxides à de petites boîtes d'ivoire, d'onyx, d'or, d'argent ou de cuivre émaillé, dans lesquelles étaient conservées les hosties consacrées. On les suspendait, sous le ciborium de l'autel, dans une bourse en étoffe précieuse, ou bien on les plaçait dans une petite niche pratiquée dans l'épaisseur du mur aux environs de l'autel.
Pendant les premiers siècles de la période romane les pyxides d'ivoire furent employées concurremment avec les colombes eucharistiques de métal ;
Fig. 512. en quelques endroits, on conti-
nua même à s'en servir encore plus tard. Elles consistaient régulièrement dans de petites boîtes cylindriques, quelquefois décorées extérieurement de sujets sculptés en relief. Voici (fig.
5 1 2) une petite pyxide en ivoire, du XIF siècle, conservée dans le trésor de Saint-Servais de Maestricht. Elle mesure 0^,07 de hauteur, et son diamètre est de o™o85. Toute son ornementation consiste dans le petit clocheton, la monture en argent, et quelques bandes de lignes parallèles gravées sur son contour extérieur.
Les pyxides du XIF et du
^ . ^ . . ^, XI IF siècle sont ordinairement Pyxide en ivoire du trésor de Saint-Servais a Maestricht (xii^ siècle). (D'après le Trésor de Maestricht). en cuivre doré et émaillé ; elles
Pyxide émaillée à l'église de Léau (xiii« siècle), ne ÉD.
se composent d'une petite boîte cylindrique surmontée d'un couvercle conique, attaché au cylindre avec une charnière.
Beaucoup de ces pyxides sortent des ateliers des émailleurs de Limoges. Elles sont très communes en Belgique ; le musée archéologique de Namur en possède un grand nombre. En voici (fig. 5i3) une du XIIF siècle, qui se conserve à l'égHse de Léau, et dont la forme est la même que celle des pyxides du XI F siècle; elle ne diffère de celles-ci que par le style de l'ornementation. On en trouve de 3o
Pyxide en noix de coco au trésor de la cathédrale de Hildesheim,
Fig- 5'5'
^'g- 5»4. semblables à Notre-Dame de
Huy et dans l'église de Saint- Hubert.
Il existe, dans le trésor de Hildesheim, une pyxide en noix de coco, montée en argent. Nous la reproduisons en gravure (fig. 514).
Les pyxides romanes sont quelquefois pédiculées, c'està-dire munies d'un pied. De même que les pyxides sans pied, elles sont généralement de petite dimension, parce qu'elles ne servaient qu'à conserverie petit nombre d'hosties nécessaires pour donner le saint Viatique aux malades en danger de mort. On administrait la sainte Eucharistie aux fidèles après la communion du prêtre avec des espèces consacrées pendant la messe même, et distribuées sur la patène. Nous donnons (fig. 5 1 5) une pyxide pédiculée qui fait partie du musée royal d'antiquités de Bruxelles ; elle est de cuivre doré et n'a que 20 centimètres de hauteur. La coupe est ornée de huit, et le pied de six médaillons, obtenus par l'estampage. Les médaillons de la coupe sont tous les mêmes et représentent le crucifiement; ceux du pied, alternativement les mêmes, reproduisent des têtes humaines. Autour de la coupe on a tracé en nielle l'inscription : t DISCAT . QVI . NESCIT . HIC . HOSTIA . SANCTA . Q.VIESCIT.
On trouve aussi, surtout en France, des pyxides pédiculées dont la coupe et le couvercle se rapprochent de la forme hémisphérique. De Caumont, Abécédaire, 5^ éd.,
Pyxide pédiculée du xiii^ siècle au o o j 1 j -u • j' a
, • . „ p. 343, donne la gravure du cibou*e d Alpais,
musée royal d antiquités a Bruxelles.^ ^ ' • o r
actuellement au musée du Louvre à Paris, qui présente cette forme.
Toutes les pyxides antérieures au XVI^ siècle, sauf de rares exceptions, ont leur couvercle attaché à la coupe au moyen d'une charnière.
Le nom de ciboires^ donné aux pyxides, est moderne. On peut, à la rigueur, l'employer pour désigner toutes les pyxides, grandes et petites ; il s'applique cependant assez souvent, dans le langage ordinaire, aux seules coupes d'une certaine dimension dans lesquelles on conserve les espèces consacrées pour la communion des fidèles.
4. K^eliquairCy. Par reliques on entend aujourd'hui, d'abord la dépouille Fig. 516. mortelle des saints, et ensuite, dans un sens
plus large, les vêtements et d'autres objets qui ont été à l'usage des saints pendant leur vie mortelle. Depuis son origine l'Église a toujours professé un grand respect pour les reliques et les[a honorées d'un culte particulier. On ne s'étonnera donc ni du grand nombre ni de la variété des reliquaires qui, dès les premiers siècles, furent fabriqués pour conserver ces trésors précieux et les exposer à la vénération des fidèles.
Il serait impossible d'indiquer, même sommairement, toutes les formes des reliquaires de la période romane. Nous nous contenterons de signaler et de décrire celles qui se rencontrent le plus souvent.
A. Reliquaires de la vraie Croix. La plupart des reliquaires qui contiennent des parcelles de la vraie Croix ont été apportés de l'Orient à l'époque des croisades, ou bien fabriqués en Europe d'après des modèles byzantins. Ils sont richement ornés de pierreries et d'émaux, et présentent souvent la forme d'une croix à double traverse, appelée croix du saint Sépulchre, de Lorraine ou de Caravalla. Comme la traverse supérieure de cette croix est plus petite que la traverse inférieure, il n'est pas douteux que ce qui paraît une
Croix-reliquaire byzantine du xi^ siècle au trésor des Sœurs-de- Notre-Dame à Namur.
répétition des bras ne soit tout simplement le titre de la croix, pour lequel les Grecs et les Orientaux ont toujours eu une vénération spéciale.
Nous donnons (fig. 5i6) la face principale d'une croix-reliquaire byzantine, faisant partie du trésor des Sœurs-de-Notre-Dame à Namur. Elle date du Xl^ siècle, et mesure, sans le pied, 0^^,563 de hauteur; le pied et le nœud, hauts ensemble de 0^,192, ne remontent pas au delà du commencement du XIIF siècle, et sont probablement Tœuvre du frère Hugo d'Oignies. La croix est décorée de pierreries, de filigranes et de huit médaillons d'émail cloisonné
Croix-reliquaire en or massif au trésor de Saint-Servais de Maestricht (x'-xi* siècle). (D'après le Trésor de Maestricht).
sur or, représentant le trône du Christ (voyez ci-dessus, p. 283), des bustes d'apôtres et de saints. Les reliques se trouvent dans deux petites croix : celle du croisillon supérieur est une croix grecque, celle du croisillon inférieur une croix à double traverse.
On plaçait aussi quelquefois les reliques du bois sacré dans une croix à simple traverse. Nous donnons' (fig. 5 17) une petite croix-reliquaire de ce genre en or massif avec l'image du Christ en ivoire. Elle date de la fin du xe ou du commencement du siècle, et mesure o"^, i65 de hauteur sur o"^,ii5 de largeur. Sa décoration consiste en filigranes, petites plaques émaillées et pierres précieuses ; parmi ces dernières le grand camée ancien en onyx, serti sous les pieds du Sauveur et représentant Mars, est particulièrement remarquable. Peut-être cette croix provient-elle d'une couronne destinée à être suspendue au-dessus de l'autel, comme celles de Guarrazar et d'Agilulfe que nous avons décrites ci-dessus, p. 247 et sv. Au revers, on lit l'inscription : f SVB HAC CRVCE CONTINENTVR RELIQVIE DE LIGNO D[OMI]NI : DE SEPVLCHRO D[OMl]NI : etc.
Les reliques de la vraie Croix, renfermées dans une petite croix, souvent à double traverse, étaient aussi quelquefois enchâssées dans une plaque métallique richement ornée et fixée sur une âme de bois. Ces reliquaires, en forme d'un petit tableau rectangulaire ou d'un triptyque, étaient encadrés dans de riches bordures décorées d'émaux, de fifigranes et de pierres précieuses. Comme exemples de reliquaires en forme de tableau nous citerons : i*' un reliquaire du XIF siècle appartenant autrefois à feu M. Vergauv^en de Gand, et qui a figuré à l'exposition d'objets d'art religieux organisée à Malines en 1864; 2° le superbe reliquaire byzantin de l'année 1207 conservé à l'église de Saint-Mathias à Trêves.
Nous avons aussi, en Belgique, un beau reliquaire de la vraie Croix en forme de ^rri?^/^w^, appartenant à l'église de Sainte-Croix à Liège et datant probablement du commencement du XI F siècle. Il est de cuivre rouge doré et émaillé. Une petite case rectangulaire, au sommet du panneau central, renferme la relique, qui est enchâssée dans une croix grecque d'or filigrané, plus ancienne que le reste du reliquaire et pouvant bien remonter au commencement du xie siècle. La Vérité et la Justice, personnifiées par des anges portant une longue hampe, semblent soutenir la petite case. A leurs pieds, est figurée la résurrection des justes par un groupe de cinq bustes disposés dans un tympan plein cintre avec l'inscription : RESVRRECTIO: SANCTORVM.
Chaque volet porte les figures de six apôtres au repoussé, vus à mi-corps et placés deux à deux sur trois rangs. Un reliquaire de la vraie Croix, presque identique, existe au South Kensington Muséum de Londres, qui l'a acquis à la vente Soltykoff. Cet objet, provenant sans aucun doute de la Belgique orientale, peut-être de Maestricht, a été reproduit en chromolithographie dans V Histoire des arts industriels de Labarte, i^e éd., album, pl. CXLV. L'abbaye de Stavelot aussi possédait autrefois un triptyque de la même forme, qui est actuellement la propriété d'une famille aisée de Hanau près de Francfort.
Ce ne furent pas seulement les reliquaires du bois de la vraie Croix qui prenaient la forme à double traverse, mais les édifices eux-mêmes où reposaient ces reliquaires étaient quelquefois surmontés d'une croix à double traverse. A l'appui de cette assertion nous citerons la cathédrale de Saint- Au bain à Namur et l'église de Zande dans la Flandre occidentale. Ce qui plus est, dans les paroisses où le clocher portait la croix à double traverse, on plantait souvent des croix de bois ou de pierre de la même forme, ou bien sur toutes les tombes indistinctement, comme à Furnes, ou bien, comme à Zande, sur celle des confrères de la gilde de la Sainte-Croix seulement.
B. Châsses. Le mot châsse, dérivé du latin capsa, désigne un coffret transportable dans lequel on conserve les reliques d'un saint. L'usage des châsses devint commun dès le siècle. Il y a de grandes et de petites châsses.
Les grandes châsses affectent la forme d'un petit édifice rectangulaire, couvert d'un toit à deux versants; il en est même, comme celle des Rois Mages à Cologne, qui imitent une église munie de bas côtés. La plupart sont recouvertes de plaques de métal ornées de filigranes, d'émaux et de pierreries. Le Christ bénissant, assis ou debout, seul ou placé entre deux saints, occupe régulièrement une des extrémités, tandis qu'à l'autre se trouve, ordinairement aussi entre deux saints, la sainte Vierge ou le saint dont les reliques sont renfermées dans la châsse. Les faces latérales sont divisées par des arcatures à plein cintre ou surbaissées, sous lesquelles on voit les figures des apôtres ou d'autres saints ; enfin, les versants du toit sont décorés de bas-reliefs. Les émaux servent d'encadrements aux différents sujets et couvrent les archivoltes ainsi que les colonnes des arcatures. On trouve même des châsses qui, comme celle de Saint-Marc à Huy, se composent entièrement de plaques émaillées. Le faîte et les rampants de gable portent une crête de
feuillage richement travaillée et interrompue, de distance en distance, par des pommeaux émaillés.
La châsse de saint Hadelin, conservée dans Téglise de Visé, est une des plus remarquables de la période romane. Elle est d'argent en partie doré, et présente les mêmes formes que celle de Maestricht ; malheureusement les plaques repoussées qui décoraient les versants du toit ont disparu pendant la tourmente révolutionnaire de la fin du siècle dernier. Toutes les parties dont se compose cet intéressant monument ne datent pas de la même époque : les pignons sont du XI^ et les longs côtés du milieu du Xlie siècle.
Sur l'un des pignons le Sauveur, placé entre saint Remacle et saint Hadehn, pose une couronne sur la tête de chacun de ces saints ; sur l'autre on voit également le Sauveur; il tient une hampe dans la main droite, dans la gauche un hvre ouvert, et foule aux pieds l'aspic et le basilic. Le caractère archaïque des figures, ainsi que la forme et l'enchevêtrement des lettres dont on s'est servi pour les inscriptions, permettent, sans hésitation aucune, d'attribuer ces deux pignons au siècle.
Chaque long côté se compose de quatre bas-reliefs rectangulaires, semblables à ceux du retable de Stavelot que nous avons reproduit ci-dessus, p. 429. Au-dessus et au-dessous de cette rangée de reliefs, court une platebande portant des inscriptions en lettres brunies sur fond d'or, indiquant, en vers hexamètres latins, les faits de la légende de saint Hadelin qui y sont représentés. Les noms se trouvent régulièrement inscrits près des personnages, et quelquefois les lettres sont disposées verticalement de manière à devoir les hre en commençant par le haut pour descendre ensuite vers le bas. Les deux longs côtés de la châsse de Visé sont des chefs-d'œuvre de ciselure en ronde bosse. Gomme nous l'avons déjà dit, ils datent du milieu du XIF siècle, et sont donc contemporains du retable de Stavelot. Ce qui plus est, les basreliefs de la châsse de Visé ont, avec ceux du retable de Stavelot, une telle ressemblance de style qu'on est tenté d'attribuer au même maître la confection des deux objets. Dans les deux monuments on observe les mêmes caractères et la même manière de disposer les scènes ; les accessoires du sujet sont traités d'une manière identique.
L'église de Notre-Dame à Huy possède aussi trois châsses très anciennes. Deux, celles de saint Domitien et de saint Mengold, d'argent en partie doré, datent du milieu du XI F siècle, et sont des œuvres de Godefroid de Claire, dit le Noble, bourgeois de Huy, l'auteur probable du retable de
Stavelot; elles ont été mutilées et complètement remaniées par de prétendues restaurations tqu'on leur a fait subir à différentes époques, notamment au XVie siècle. La troisième châsse, dite de saint Marc, appartient à la période de transition ou aux premières années de la période ogivale. Elle se compose de douze plaques de cuivre rouge doré avec sujets gravés au trait et placés sur champ émaillé.
Parmi les belles châsses de la période romane on peut encore citer celle de saint Servais à Maestricht; elle est de cuivre doré et date de la première moitié du XIF siècle. Nous donnons un des pignons et un des longs côtés de ce chef-d'œuvre. Sur le pignon (fig. 5i8j le saint évéque est placé entre deux anges ; l'encadrement de ces trois figures se compose de plaques émaillées alternant avec des plaques couvertes de pierreries et de filigranes ; le tout est bordé d'un crétage estampé. On lit, sur un des chanfreins, l'inscription suivante, composée de deux vers hexamètres :
IVSSVS AB OCTAVIA TRANSIRE SEPVLTVS IN ISTA PRESVL BASHJCA MODO CAPSA CLAVDOR ET ARA.
Le long côté (fig. 5 19) porte les figures de six apôtres assis, disposées deux à deux. Les inscriptions qu'on lit sur les deux bandes parallèles montrent que l'artiste a voulu faire allusion au jugement dernier; aussi a-t-il représenté la résurrection des justes dans les trois médaillons du toit. Sur le côté opposé, on voit les six autres apôtres et la résurrection des réprouvés. La châsse de Maestricht peut rivaliser avec les belles châsses de Cologne, d'Aixla-Chapelle et de Stavelot.
Le musée de la Porte de H al à Bruxelles possède quatre pignons de châsses en cuivre doré et émaillé, qui jusqu'en 181 1, étaient exposés, avec la châsse de saint Servais, sur l'autel principal de l'église de ce saint à Maestricht, deux de chaque côté de la châsse. Ces pignons, un peu plus petits que ceux de la châsse de saint Servais, mais ne le leur cédant ni en beauté ni en richesse comme on peut le voir par notre fig. 5 20, qui reproduit celui de la châsse de saint Candide, ont sans aucun doute appartenu primitivement à des châsses complètes. Toutefois, il serait difficile de déterminer, croyons-nous, s'ils proviennent de quatre châsses différentes ou de deux seulement. En effet, les châsses n'avaient pas toujours leurs deux pignons richement décorés. Encadrées quelquefois dans un retable ou exposées de manière à ne pouvoir être vues que d'un seul côré, elles avaient un seul de leurs pignons richement décoré, tandis que l'autre ne l'était nullement; il
arrivait même que toute la châsse, à l'exception du pignon visible, était de bois et sans aucun ornement. C'était autrefois le cas, par exemple, pour la châsse de saint Libert, conservée à l'abbaye de Saint-Trond. « La châsse de ce saint, disent les pères Henschenius et Papebrochius, était de bois, mais avait un pignon d'argent (i). »
Les petites châsses, très communes au XIF et au Xllie siècle, ont la forme d'un coffret oblong, surmonté d'un toit à double versant. La plupart se composent de plaques de cuivre rouge émaillées d'après le procédé du champlevé. Les quatre faces du coffret, les rampants du toit et les pignons sont ornés de cabochons, de figures, et parfois même de scènes entières. On rend les figures par la gravure, par le repoussé ou par la fonte ciselée. Sur beaucoup de ces châsses les têtes et les mains, ou bien les têtes seules, sont en relief; dans les plus anciennes, les vêtements, au lieu d'être simplement gravés, sont incrustés d'émail. D'ordinaire le travail est rude, barbare, et Je dessin laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la correction. Le toit est généralement terminé par un crêtage découpé à jour dans] une plaque de
cuivre martelé. Presque toutes ces châsses sortent des ateliers des émailleurs limousins.
Voici (fig. 52 1) une châsse de ce genre, qui fait partie du musée royal d'antiquités à Bruxelles. Les têtes seules des personnages sont en haut-relief. La plupart des châsses en métal présentent un crêtage semblable à celui que montre notre figure 521.
Châsse au musée de la Porte de Hal à Bruxelles (xii® siècle).
(i) Voyage littéraire en i668, publié dans les Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de la Belgique, IV, p. 339. On trouve, dans ce Voyage, d'autres indications très intéressantes sur les châsses de Maestricht. Il résulte, entre autres choses, de cette relation que,vers le milieu du xvii« siècle, les quatre petites châsses dont nous nous occupons furent ouvertes ; et il est probable qu'on les remania à cette occasion. Les deux petites caisses en bois, fixées à deux des piinms de Bruxelks, ne dateraient-elles pas de cette époque?
On trouve aussi, quoique rarement, de petites châsses romanes de pierre, d'ivoire ou de bois. Deux des plus curieux monuments de ce genre sont deux châsses en forme d'édifice surmonté d'une coupole, composées de tablettes d'ivoire et de plaques de cuivre émaillé : l'une se trouve à Vienne, au Muséum fur Kunst und Industrie, l'autre au South Kensington Muséum de Londres, où elle est appelée châsse du prince Soltykoff, du nom de son dernier possesseur. Nous mentionnerons aussi une petite châsse d'ivoire que l'on voit au musée royal d'antiquités de Bruxelles : elle offre une curieuse imitation des églises romanes avec bas côtés, quatre tours et double transept, qu'on rencontre sur les bords du Rhin.
C. Statuettes, bustes, bras, pieds, etc. Dès le siècle, on plaça les reliques dans des statuettes, des bustes ou des reliquaires en métal, richement ornés et imitant la forme des membres auxquels elles avaient appartenu. S'agissait-il, par exemple, d'enchâsser les ossements d'un pied ou d'un bras, on donnait au reliquaire la forme de ces membres. Pendant les siècles sui-
Fig. 522.
Chef du pape saint Alexandre au musée de la porte de Hal à Bruxelles (xii» siècle)
vants ces reliquaires restèrent en usage et devinrent très communs.
Voici (fig. 522) un reliquaire du XIF siècle, en forme de buste, ayant servi à renfermer le crâne ou chef du pape saint Alexandre. Il provient de l'église de Xhendelesse (Liège) et se trouve actuellement au musée royal d'antiquités à Bruxelles.
La tête du saint, en argent ciselé, presque de grandeur naturelle, pose sur un socle, orné de cabochons et de douze plaques émaillées, représentant saint
Éventius, saint Alexandre, saint Théodule, l'Humilité, la Piété, la Science, la Force, la Sagesse (éternelle ou Verbe divin?), le Conseil, l'Intelligence, la Sagesse (vertu morale !) et la Perfection.
D. Coffrets d ivoire. On rencontre fréquemment, dans les trésors des églises et dans les collections d'objets anciens, des cassettes d'ivoire couvertes de sculptures décoratives et légendaires. Celles qui offrent des sujets religieux ou empreints de symbolisme chrétien, et qui, par conséquent, furent exécutées pour le service du culte, sont extrêmement rares. Ce qui prouve que, primitivement, elles étaient destinées à des usages profanes, par exemple à servir d'écrin pour serrer des bijoux et des objets de prix. Leur présence dans les trésors des églises n'a cependant rien qui doive nous étonner. Les unes furent données aux églises comme œuvres artistiques par de généreux bienfaiteurs ; les autres, de fabrication orientale, servirent aux croisés pour rapporter des reliques de Constantinople et de Terre-Sainte. Les reliques, arrivées en Occident, restèrent renfermées dans ces cassettes, acquises à grand prix en Egypte, en Syrie et en Asie Mineure. Ces cassettes, qui sortaient
Kig. 323.
Coffret oriental d'ivoire au trésor de Saint-Servais de Maestricht. Longueur : 0,^28; largeur : o,'^i9; hauteur : o,i"i8. (D'après le Trésor de Maestricht.)
d'ateliers musulmans ou indiens, sont régulièrement couvertes de figures géométriques, d'arabesques, d'animaux fantastiques, et quelquefois d'inscriptions orientales. Nous donnons ici deux de ces coffrets, conservés dans le trésor de Saint-Servais à Maestricht. Le premier (fig. 523) est remarquable par ses sculptures empruntées au règne animal, l'autre (fig. 524) par sâ
Fig. 524.
Coffret oriental d'ivoire au trésor de Saint-Servais de Maestricht. Longueur : o,"'365 ; largeur : o,'^2o; hauteur : o,'"i5. (D'après le Trésor de Maestricht.)
monture dorée ainsi que par l'inscription en lettres orientales qu'on lit sur chacun des médaillons circulaires de la face antérieure. Ces deux coffrets datent du XIF ou du commencement du XIIF siècle.
On rencontre aussi des coffrets en os offrant quelque ressemblance avec les coffrets d'ivoire. Ils sont toutefois facilement reconnaissables à leur aspect d'ordinaire plus blanchâtre, et aussi à la nature de leur décoration consistant presque toujours dans un travail, non de sculpture, mais de gravure, barbare et rudimentaire. On n'y trouve, comme motif d'ornementation, que de petits cercles, des torsades et des croix grecques. La figure humaine et les animaux ne s'y rencontrent presque jamais, et lorsqu'on s'en est servi, on les a traités avec une grande incorrection. La cathédrale de Liège possède un curieux coffret de ce genre avec plaques découpées à jour.
Il est difficile de déterminer l'âge et la provenance de ces objets. Quelques
archéologues y voient un travail Scandinave en os de baleine; d'autres, au contraire, les attribuent aux pays méridionaux, au royaume de Naples et à la Sicile. Nous croyons que plusieurs datent du XII^ et du Xllie siècle.
E. Fioles en cristal de roche. Parmi les objets dont les croisés se sont servis comme reliquaires pour rapporter des reliques en Occident, nous devons une mention spéciale aux petits flacons en cristal de roche. Ces flacons, dont la hauteur dépasse rarement dix centimètres, sont tantôt très simples, tantôt taillés en forme d'animaux réels ou fantastiques. Beaucoup ont été enchâssés, pendant la période ogivale, dans de riches montures d'or et d'argent. En voici trois : les deux premiers, conservés au trésor de l'église castrale de Quedlinbourg, ont été munis de bandelettes au XIV^ ou au XV^ siècle. L'un des deux (fig. 525) se compose d'une sorte de poire en cristal;
Fig. 525. Fig. 526.
ICTiCWCDYffe V TACffJIglL.
t'^'g- 527- l'autre (fig. 526) est formé de deux corps d'aigle
adossés entre lesquels s'élève le goulot. Le troisième (fig. 527), de forme ovale, a conservé sa monture primitive consistant en de fines plaqiies de métal enrichies de pierres précieuses. Ces trois flacons datent du ou du commencement du Xie siècle et étaient destinés à être suspendus au cou, en guise d'encolpium, comme le montre clairement l'anneau dont ils sont munis.
La Revue de fart chrétien (1884, p. 266) reproduit un flicon taillé en double aigle, richement monté en métal au XIV^ siècle, et terminé
Flacon en cristal de roche. 1 •
(D'après la Revue de l'art chrét.)?^^ ^roix avec 1 miage du Christ.
Fig. 528. F. Reliquaires di-
vers. Il en est qui affectent des formes architecturales et imitent, en métal ou en ivoire, les principales parties des églises romanes, très rarement celles des édifices civils . D'autres présentent des formes vasculaires ou sont faits en forme de monstrance, d 3 coffrets, etc. Il serait diflficile, pour ne pas dire impossible , de classer toutes ces formes; nous nous contenterons d'en reproduire quelques-unes.
Nous donnons d'abord un reliquaire byzantin du trésor de Notre-Dame à Maes- . u • ' -, , • N tricht, de forme rec-
Rcliquaire byzantin en email cloisonne (x«-xi^ siècle).
{D'âpres \q Trésir de Maestricht). tangulaire, qui date ne ÉD. 3l
probablement du ou du XI^ siècle, c'est-àdire de l'époque où l'art byzantin était à son apogée. La première face (fig. 528) consiste dans une plaque d'or massif, sur laquelle les figures du Christ et de la sainte Vierge, de même que les inscriptions, sont rendues en émail cloisonné. Le sujet représenté est le moment même de l'Incarnation du Verbe divin. Cette représentation, inconnue en Occident, se rencontre souvent chez les Grecs et les Byzantins. Les inscriptions grecques, fortement endommagées, n'ont pas encore été déchiffrées.
L'autre face (fig. 529) est d'argent repoussé. On y voit l'annonciation de la sainte Vierge : l'archange Gabriel (AP FABH), portant le bâton de messager, semble bénir la sainte Vierge. Entre les deux figures on a inscrit, en lettres grecques, la salutation angéhque : XEPEKE | XAPHTO | MENH O KY[c'.o:] I META | COY.
Voici un reliquaire du trésor de Saint- Servais à Maestricht, en cuivre rouge doré, d'une forme assez commune pendant la période romane. Au milieu de la face principale (fig. 53o) on voit une croix grecque en émail champlevé de fabrication rhénane, ou plutôt mosane. Une bordure obtenue par le repoussé fait fonction d'encadrement. Les faces latérales (fig. 53i) portent des rinceaux d'or sur champ bruni, dont le style accuse nettement la dernière moitié du XII^ siècle. Cet intéressant objet, qui mesure o^^iS de hauteur, 0^14 de largeur et o™o5 d'épaisseur, est muni de deux anneaux dans lesquels on peut passer un cordon de soie servant à le suspendre au cou pour le porter en procession.
Fig. 529.
Kevtrs d'un reliquaire byzantin, en argent repoussé (xe-xie siècle). — (D'après le Trésor de Maestricht).
Fig. 530-
Fig. 531.
Face principale Face latérale
d'un reliquaire en ciivie doré et émaillé de la fin du xii^ siècle. (D'après le Trésor de Maestricht).
Fig. 532-
Reliquaire du xn^ siècle au trésor de Notre-Dame à Tongres.
La ng. 532 reproduit un reliquaire d'une forme analogue, du XI F siècle, conservé dans le trésor de Tongres. Toute sonornementation consiste dans l'inscription encadrée dans une torsade : DE LIGNO D[0M1]NI DE SEPULCRO D[OMI]NI RELI- QVIE S[AN]C[T]E MARIE ET S[AN]C[T]I BAVONIS.