Caurauueô suepeuîniee au->cs
tre l'rtiîtcl. Ces couronnes, connues sous le nom de votives parce qu'on les offrait à Dieu et aux saints par dévotion ou en vertu d'un vœu, -étaient déjà connues pendant la période latine; voyez ci-dessus, p. 246. Comme alors, elles se composent, pendant la période romane, d'un cercle de métal précieux, souvent rehaussé par l'éclat de pierreries ou d'émaux. On fabriqua un
grand nombre de ces couronnes directement pour le service de l'autel; toutefois les chroniqueurs anciens nous signalent aussi plusieurs dons, faits par des rois et des princes, de couronnes d'or et d'argent qu'ils avaient portées précédemment comme insigne de la royauté. Voyez la Revue de l'art chrétien, nouvelle série, I, i883, p. 457-459.
6. Ctntrauuc$ î>e lumihfô. Les couronnes de lumières continuèrent à être en usage pendant la période romane. C'est même de cette époque que datent les plus belles que le moyen âge nous a léguées, c'est-à-dire celles de Hildesheim, d'Aix-la-Chapelle, de Halberstadt et de Comburg près de Halle en Souabe. Toutes ces couronnes, garnies de tours et de créneaux, semblent faire allusion à la vision rapportée par saint Jean au chapitre XXI de l'Apocalypse : « Il (Dieu) me montra, dit l'apôtre, la ville, la sainte Jérusalem qui descendait du ciel, venant de Dieu... Elle avait un mur grand et haut, percé de douze portes ; dans ces portes, douze anges avec les noms gravés des douze tribus d'Israël. Trois portes à l'orient, trois au nord, trois au sttd et trois à l'occident. Le mur avait douze fondements, où étaient gravés les noms des douze apôtres de l'Agneau.
On suspendait ces couronnes dans le chœur près de l'autel, et aussi, lorsqu'elles étaient très grandes, au point d'intersection de la nef et du transept.
La plus grande des deux couronne? que possède la cathédrale de Hildesheim a dix-huit mètres de circonférence. Elle se compose d'un cercle de métal, formé par plusieurs bandes superposées et travaillées à jour. « Il est crénelé, dit Didron en parlant de ce cercle, comme un mur véritable, et chaque dent de créneau porte un chandelier dont la pointe reçoit un cierge. Gomme dans l'Apocalypse, douze portes, trois à chaque point cardinal, marquée chacune du nom d'un apôtre. Entre chaque porte, une grande tour, dont chacune offre le nom d'une des douze tribus d'Israël. Entre les portes et les tours, la courtine crénelée de trois créneaux. Cette courtine porte au soubassement l'inscription en douze vers où Hézilon, évcque de Hildesheim au XF siècle, déclare qu'il fait ce don à la sainte Vierge, et supplie les trois personnes divines de lui accorder toutes les vertus. Au bandeau qui porte les créneaux, autre inscription, de douze vers également, où sont donnés la description et le symbolisme de cette grande œuvre. » Annales XIX, p. 70 et suiv.
La couronne de lumières d'Aix-la-Chapelle (fig. 533) a huit mètres de circonférence ; elle est composée de huit arcs de cercle, formant, en se joignant,
des angles rentrants. Ces angles sont garnis de lanternes en forme de tourelles rondes; des tourelles carrées plus grandes occupent le milieu des arcs de cercle. Entre chaque tourelle on peut placer trois cierges ; et, comme les tourelles sont au nombre de seize, huit rondes et huit carrées, la couronne peut recevoir quarante-huit lumières sur tout son pourtour. Une double Fig. 533. inscription latine court le
long du cercle métallique; elle nous apprend que la couronne date du milieu du XI 1^ siècle et qu'elle fut donnée à l'église d'Aix - la - Chapelle par l'empereur Frédéric Barberousse.
En Belgique, il n'éxiste plus aujourd'hui de ces
anciennes couronnes de
Couronne de lumières à l'église d'Aix-la-Chapelle (xii« siècle)., .v .
^ ^ ^ lumieres;maisil y enavait
autrefois de très remarquables. Saint Poppon, abbé de Stavelot au XF siècle, en fit faire, pour son église, une qui pouvait porter 78 cierges. Avant la l'évolution française de la fin du siècle dernier, la cathédrale de Saint- Lambert de Liège en possédait aussi une de très grandes dimensions datant du XVie siècle.
7. Crair Vautel et ï»e pracce^iini. Jusqu'à la fin du XV^ siècle, il n'y a pas eu de distinction entre les croix d'autel et les croix processionnelles ou stationnales. La même croix servait à deux usages : on la plaçait sur l'autel en la fixant dans un pied, et on la portait en procession au bout d'une longue hampe.
Les croix d'autel romanes, régulièrement en cuivre, en argent ou en or, n'ont presque toujours qu'une seule traverse. Les plus anciennes sont pattées et chargées de perles ou de cabochons. Plus tard, c'est-à-dire au XI^ et au Xlie siècle, elles portent ordinairement l'image du Christ, et leurs branches n'ont plus la forme pattée. En voici (fig. 534) une de cette époque, conservée au musée royal d'antiquités à Bruxelles.
Un grand nombre de croix d'autel romanes sont de cuivre rouge décoré d'émaux champlevés. Quelques-unes se composent de simples lames de
Fig. 534.
Croix d'autel au musée royal d'antiquités à Bruxelles (xii^ siècle), cuivre sur lesquelles l'image du divin Crucifié, et parfois des figures symboliques, sont reproduites en émail. Parmi ces croix les plus anciennes sortent des ateliers rhénans et mosans ; d'autres, plus récentes, sont des produits limousins. Plusieurs croix sont formées d'une âme de bois recouverte de plaques émaillées tantôt sur les deux faces, tantôt sur la face principale seulement. Dans ce dernier cas, le revers consiste en une plaque gravée, ciselée ou peinte en or et vernis brun. Sur ces croix l'image du Christ est en haut-relief et obtenue au moyen de la fonte ciselée ; le péri^onium qui couvre les reins et la couronne qui ceint la tête du Sauveur sont ordinairement émaillées, et les yeux rendus par des morceaux de verre bleu.
Il est possible qu'on ait aussi employé comme croix d'autel et de procession les croix-reliquaires à double traverse dont nous avons parlé cidessus, p. 467.
Vers la fin de la période romane, les pieds dans lesquels on fixait la croix pour la placer sur l'autel étaient souvent d'une richesse remarquable. Il y en avait de triangulaires, et c'était le plus grand nombre ; d'autres avaient quatre faces. Dans ces derniers, chacun des quatre angles est ordinairement occupé par un évangéliste écrivant des textes relatifs à la vie ou à la mort du Sauveur. On voulait symboliser de cette manière la diffusion, par la prédication de l'Évangile, de la foi en Jésus-Christ, rédempteur du genre humain. Il existe un pied de ce genre au musée de Saint-Omer; il est d'une beauté extraordinaire, et ressemble fort à celui que Suger, abbé de Saint- Denis, fit faire pour son église, en 1145, et que le zélé religieux décrit luimême dans les termes suivants : « Quant au pied de la croix, il est orné des figures des quatre évangélistes ; la colonne qui porte la sainte image est émaillée avec une grande délicatesse de travail, et offre l'histoire du Sauveur avec la représentation des témoignages allégoriques de l'ancienne loi; le chapiteau supérieur porte des figures contemplant la mort du Seigneur. »
Les pieds triangulaires étaient ornés des statuettes des saints archanges Michel, Gabriel et Raphaël, ou des personnifications des vertus théologales.
8. Cl)ttU>elier0. Il faut distinguer trois espèces de chandeliers romans : les chandeliers d'autel, ceux qui étaient destinés à porter le cierge pascal, et les grands chandeliers à sept branches.
A. Chandeliers d'autel. Ce ne fut que vers la fin de la période romane qu'on commença à placer sur l'autel la croix et un, rarement deux chandeliers. Avant cette époque le luminaire était porté par les lustres, et la croix manquait totalement ou se trouvait à côté de l'autel ; voyez la gravure de la page 417.
Les chandeliers d'autel de l'époque romane sont généralement petits et se terminent, au sommet, par une bobèche surmontée d'une pointe. Leur hauteur flotte ordinairement entre o™i5 et o™3o; ceux de ^deux décimètres environ sont les plus communs. « La forme de ces chandeliers [du XI F siècle] varie peu, dit Didron, un pied sur trois pattes de lion ou trois corps de dragon ; un nœud de feuillages ou de dragons enroulés ; une bobèche assez évasée ; arcboutée par trois ou quatre petites bêtes fantastiques qui ressemblent à des dragons ou à des lézards ailés ; du pied au nœud et du nœud à la bobèche,
tige absente ou très courte. Telle est la forme générale des chandeliers petits, moyens et grands de l'époque romane. )> Annales archéologiques, XVIII, p. i6i.
Voici (fig, 535) un chandelier d'autel du Xlie siècle, appartenant aux Sœurs- Noires de Bruges : il est en cuivre, partie argenté, partie doré, et ne mesure que 1 5 centimètres de hauteur depuis la partie inférieure du pied jusqu'au bassinet.
Les plus beaux chandeliers romans que nous connaissions sont les deux en argent fondu et ciselé, mesurant o"^365 de hauteur, conservés dans Téglise de La Madeleine à Hildesheim. Leur pied, triangulaire, est formé de trois pattes de lion sur lesquels sont assis trois personnages; autour de la tige grimpent en spirale des rinceaux gracieux où se jouent des hommes, des quadrupèdes et des oiseaux; la bobèche est arcboutée par trois figures de chien.
Nous avons vu, dans le trésor de la cathédrale de Hildesheim, deux petits chandeliers de cuivre doré, avec des pieds triangulaires très originaux. Le premier pied est formé de trois figures assises symbolisant, comme l'indiquent des inscriptions : l'Europe ou la guerre, EVROPA, BELLVM ; 2» l'Asie ou les richesses, ASIA, DIVITIE; 3» l'Afrique ou la science, AFRICA, SCIENTIA. Le pied du second, composé d'une manière analogue, symbolise : la médecine, MEDICINA; 2° la science théorique et pratique, THEORIGA ET PRAC- TICA; 3» le conflit, CONFLICTVS.
Le contraste qui existe entre les petits chandeliers d'autrefois et nos chandeliers modernes à hauteur démesurée ont inspiré à deux archéologues les réflexions suivantes que nous reproduisons à cause de leur justesse : « Depuis le commencement du siècle actuel, dit Bourassé, on donne aux chandeliers et aux cierges une élévation tellement contre nature, que l'on a été forcé de remplacer les cierges de cire par un simulacre de cierge qui porte une bougie ; et encore souvent est-on obligé de soutenir ce frêle et gigantesque échafau-
Chandelier du xii^ siècle aux Sœurs-Noires à Bruges.
dage. On ne devrait pas oublier que les cierges sont allumés par honneur pour le crucifix ou pour le Saint-Sacrement, et qu'il est inconvenant de les voir placés à une hauteur démesurée au-dessus du tabernacle. » Dictionnaire d'archéologie, I, col. 458. « Il faut protester, dit Didron, contre les chandeliers modernes, de taille colossale, emmanchés d'une souche qui monte à perte de vue dans la voûte des églises. On comprend très bien qu'un chandelier d'autel soit plus grand, plus monumental, qu'un chandelier de salon; mais on comprend moins qu'on en ait fait une perche mal assise. » Annales archéologiques, XIX, p. 52.
B. Chandeliers pour le cierge pascal. Ces chandeliers avaient une hauteur assez considérable.
Celui de l'abbaye de Postel (fig.
536), près de Turnhout, le seul que nous connaissions de l'époque romane, mesure i™45 de hauteur.
Sur le pied on voit le baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ par saint Jean, et la personnification de deux fleuves.
L'ornementation des chandeliers destinés à porter le cierge pascal était analogue à celle des chandeliers d'autel. On y retrouve, au pied et à la bobèche, les dragons rampants et les lézards ailés (car il y en avait ordinairement trois) les
feuillages et les rinceaux. Quelquefois, comme au chandelier de Postel, on représentait des personnages ou des sujets sur les faces du pied.
G. Chandeliers à sept branches. Ces chandeliers, toujours en bronze, furent en usage dès la période romane, et peut-être même antérieurement. Destinés sans doute à rappeler le souvenir du grand chandelier du temps juif, ils sont, comme celui-ci, très élevés ; leur hauteur varie entre 2™3o et 5™oo. Leur pied, leur nœud et leurs branches sont généralement très ornés. Les branches se trouvent ordinairement toutes dans le même plan, trois de chaque côté de la tige centrale ; et les godets ou bassinets s'élèvent à un seul et même niveau.
Ces chandeliers ne se rencontrent qu'en Allemagne. On en trouve de la période romane : à Essen près de Dusseldorf, 2» à l'abbaye de Klosterneubourg près de Vienne, 3° à Brunsv^ick, 40 à l'église de Saint-Gangolphe de Bamberg, 40 à la Bustorfkirche de Paderborn, et 6» à la cathédrale de Prague.
9. dmu^e'Uttireô. Pendant la période romane on s'attacha, comme précédemment, à reproduire le texte sacré le plus correctement possible. On continua aussi à transcrire les exemplaires de luxe en lettres d'or sur vélin blanc ou teint en pourpre.
Dans le cours du VIF siècle le goût pour la calligraphie se réveilla en Occident; aussitôt on s'efforça, à l'exemple des Byzantins, de décorer les manuscrits, tant sacrés que profanes, de miniatures, de lettres initiales et d'encadrements de pages. « Ge fut dans les monastères, dit Labarte, que ce goût prit un grand développement. Les moines qui avaient conservé en dépôt ce qui restait de science en Occident établirent parmi eux l'exercice de la transcription des textes et y consacrèrent une grande partie de leur temps. Ghaque abbaye avait une grande salle, qu'on nommait scriptorium, dans laquelle plusieurs écrivains, observant le silence le plus absolu, étaient exclusivement occupés à transcrire des livres pour la bibliothèque. » Histoire des aj^ts industriels, 2^ éd., II, p. 191.
L'Angleterre et l'Irlande, qui par leur position géographique étaient restées à l'abri des invasions des barbares, formèrent la première école chrétienne de calligraphie, portant, pour cette raison, le nom d'anglo-saxonne. Dans les plus anciennes productions de cette école, les miniatures, c'est-àdire les représentations de scènes et de figures complètes en couleurs variées, font presque complètement défaut. L'ornementation consiste, pour ainsi dire exclusivement, en lettres initiales, plus rarement en bordures marginales et
en encadrements de pages; ce sont des bandes nattées, des entrelacs, des rubans longs et étroits, des feuillages, des animaux réels et fantastiques, principalement des poissons, des serpents et des oiseaux. Les cous, les têtes et les becs de ces derniers jouent souvent un rôle important dans cette décoration ; la figure humaine n'y paraît que fort rarement. Le dessin, incorrect, barbare même, ne manque cependant pas d'une certaine grâce naïve dans ses contours. Le rouge, le jaune, le vert et le violet, tous d'un ton terne, composent en quelque sorte toute la palette du miniaturiste.
L'école anglo-saxonne excerça une puissante influence dans l'Europe occidentale et centrale avant le IX^ siècle. Cette influence si considérable s'explique par le fait que tous, ou presque tous les missionnaires, qui, au VIF siècle, évangélisèrent ces contrées, sortirent de l'Angleterre, et principalement de l'Irlande, Yîle des saints, connue à cette époque sous le nom latin de Scotia.
L'évangéliaire de Maeseyck, écrit au commencement du VI IF siècle, par les deux saintes sœurs Herlinde et Relinde, au monastère d'Aldeneyck, appartient à l'école anglo-saxonne.
Les efforts que fit Charlemagne, vers la fin du VIIF siècle, pour régénérer en Occident les lettres et les arts donnèrent naissance à une nouvelle école de calligraphie, qui reçut le nom de carolingienne. Elle se forma de l'art anglo-saxon combiné avec l'art byzantin, dont les principes avaient été apportés en Occident par les artistes grecs et italiens appelés sur les bords du Rhin par le grand empereur. L'école carolingienne arriva à son apogée sous le règne de Charles le Chauve (840-877).
Sous l'action byzantine la coloration se modifia profondément : les couleurs ternes firent place à des tons vigoureux, éclatants et fondus. Le style décoratif aussi subit des changements notables. « Les peintres de l'école carolingienne, dit Labarte, abandonnant les lettres onciales de forme bizarre appartenant à l'écriture anglo-saxonne, en revinrent pour les têtes de chapitres aux belles capitales romaines, ou tout au moins aux majuscules régulières. Ils les décorèrent, à la base et au sommet, d'entrelacs compliqués ; dans les vides, de sujets ; et dans les pleins, de cordelières, de figures et d'ornements très divers et toujours élégants. L'or et les couleurs les plus brillantes entrent dans la composition de ces ornements. Les lettres sont souvent d'une très grande dimension. Ils ne craignirent pas de composer des rébus monogrammatiques par l'assemblage de plusieurs lettres conjointes et entrelacées de manière à ne former qu'un seul caractère, dont les éléments
représentent soit une portion, soit la totalité des lettres d'un ou de plusieurs mots ; mais ils surent apporter le meilleur goût dans ces enchevêtrements singuliers. » Histoire des arts industriels, 2^ éd., II, p. 206.
Au commencement du XI^ siècle, Fart du miniaturiste se releva, de nouveau sous l'influence byzantine, de la décadence où il était tombé par suite des guerres continuelles qui avaient désolé l'Europe pendant le siècle précédent. Cependant, comme l'action de cette influence ne fut pas égale et uniforme dans tous les pays, ni même dans toutes les parties d'un même pays, il résulta de là que l'état de la peinture des manuscrits, de même que celui de la peinture monumentale, varia de pays à pays, de localité à localité. Souvent assez prospère dans une abbaye, elle sortait à peine des langes de la barbarie dans le monastère voisin.
L'école romane, — car c'est ainsi qu'on peut appeler l'école du XF et du Xlie siècle — se caractérise par une grande inégalité de style et de mérite. A côté de productions presque insignifiantes, on rencontre des œuvres de grande valeur, de grand talent. Toutefois, chose naturelle d'ailleurs et en harmonie avec l'histoire de l'art roman, les miniaturistes du XIF siècle l'emportent généralement sur ceux du siècle précédent.
En Italie, en France et en Angleterre, les enluminures portent, à quelques rares exceptions près, le cachet de la décadence. L'Allemagne, au contraire, nous offre deux classes bien distinctes de miniatures : les unes, assez médiocres, passent pour des œuvres d'artistes allemands formés sous l'influence de leur génie propre et national ; les autres, d'un meilleur style, naquirent sous l'action de l'art byzantin contemporain, dont elles ont les qualités et aussi les défauts. Les relations poHtiques et commerciales, très suivies, que l'Allemagne et l'empire d'Orient entretenaient à cette époque favorisèrent singulièrement la diffusion des traditions byzantines dans l'Europe centrale.
En Belgique, il existait des salles de transcription dans toutes les grandes abbayes. Gembloux, Waulsort, Saint-Hubert, Lobbes, Saint-Martin de Tournai, Saint-Trond, Saint-Jacques et Saint-Laurent de Liège, ainsi que toutes les abbayes norbertines fondées au XI F siècle, produisirent des manuscrits enluminés très remarquables, dont quelques-uns, existant encore aujourd'hui, nous permettent de juger de l'état de l'art des miniatures dans notre pays. Ce fut l'abbaye bénédictine de Stavelot qui, dans la peinture des manuscrits comme dans l'orfèvrerie et l'émaillerie, tenait le premier rang. Ses productions, dont un nombre assez considérable ont échappé à la destruction, attestent une influence byzantine très prononcée : ce ne sont pas seu-
lement les procédés techniques, le style du dessin et la coloration puissante que les moines de Stavelot ont reçus des Grecs, souvent aussi ils leur ont emprunté certains détails tout à fait propres à l'iconographie byzantine.
Les Bibles complètes et les évangéliaires , c'est-à-dire les manuscrits renfermant le texte des quatre Évangiles, sont assez souvent ornés d'un grand nombre de miniatures représentant des personnages et des scènes de l'ancien et du nouveau Testament, quelquefois même des faits légendaires. Toutefois, dans les plus anciens manuscrits le nombre des illustrations est généralement beaucoup moindre que dans ceux des XF et XI F siècles. Nous n'avons pas à nous occuper ici des différents sujets figurés dans les miniatures ; il nous suffira de faire observer qu'on voit fréquemment , en tête de chaque Évangile, la figure de l'évangeliste , assis et écrivant son livre; nous reproduirons ci-dessous une de ces figures, lorsque nous parlerons des attributs iconographiques des saints.
Parmi les évangéliaires de la période romane remarquables par leurs miniatures nous signalerons : celui d'Egbert, archevêque de Trêves (978- 993), avec 57 miniatures à pleine page, conservé à la bibliothèque de la ville de Trêves; 2° celui qui fut donné, vers la même époque, à l'abbaye d'Echternach par l'impératrice Théophanie, orné d'environ 5o grandes miniatures, et possédé par la bibliothèque du grand-duc de Gotha ; enfin 3° un évangéliaire copié à Echternach par ordre de l'empereur Henri III, et qui se trouve aujourd'hui à la bibliothèque de la ville de Brème; il compte environ 5o miniatures à pleine page.
L'âge des évangéliaires richement ornés se détermine souvent d'une manière facile parce que les donateurs s'y sont souvent fait représenter soit isolément soit offrant leur volume à Dieu et aux saints.
On trouve aussi, en tête de presque tous les évangéliaires, des miniatures occupant plusieurs feuillets et consistant dans des arcades sur colonnes, réunies, à trois ou à quatre, sous un arc commun embrassant toute la largeur de la page; dans chaque arcature on lit des séries de chiffres, placés les uns au-dessous des autres. Ces colonnades forment ce qu'on appelle les canons d'Eusèbe ou de concordance évangélique. Ils ont été composés par Eusèbe de Césarée pour faciliter l'étude comparative des Évangiles, et consistent dans des tableaux indiquant, au moyen de chiffres rangés sur la même ligne horizontale dans deux ou plusieurs arcades, les passages des Évangiles qui ont rapport au même objet.
Ils sont au nombre de dix : le premier indique tous les endroits communs aux quatre Évangiles; le second, ceux qui ne se lisent que dans saint Mathieu, saint Marc et saint Luc ; le troisième, ce qui est rapporté par saint Mathieu, saint Luc et saint Jean ; le quatrième, les endroits parallèles de saint Mathieu, saint Marc et saint Jean; le cinquième, concorde saint Matthieu avec saint Luc ; le sixième, saint Mathieu avec saint Marc; le septième, saint Mathieu avec saint Jean; le huitième, saint Luc avec saint Marc;
Fig. 537-
Feuillet des canons d'Eusèbe, de l'évangéliaire de l'abbaye d'Egmond
le neuvième, saint Luc avec saint Jean ; enfin dans le dixième figure, sous des séries différentes, ce que chaque évangéliste a écrit de particulier. •
Voici leur mécanisme. Chaque Évangile porte en marge, à l'encre noire, dans un seul ordre numérique, l'indication de tous les versets qui le composent; et sous chaque verset est noté, en rouge, le numéro du canon auquel il faut recourir pour trouver la concordance. Nous donnons (fig. 537) une page d'un ancien évangéhaire de l'abbaye d'Egmond en Hollande, contenant les canons VI (les deux premières colonnes), VII (la partie supérieure) et VIII (la partie inférieure des deux dernières colonnes). Comme on le voit, ces trois canons sont extrêmement courts. La concordance est indiquée par les mots IN Q. II, c'est-à-dire in quo duo [convemuni]; les noms des évangélistes sont inscrits au-dessus et au-dessous de la colonne.
Les Occidentaux empruntèrent aux Grecs l'usage de placer les canons d'Eusèbe en tête des évangéliaires, et de faire précéder chaque Évangile d'une miniature représentant l'évangéliste, auteur du livre. Quelquefois aussi, comme dans l'évangéliaire de Xanten (manuscrit n» 18723 de la bibliothèque royale de Bruxelles), ils réunirent, en une seule miniature, au commencement du volume, le Christ et les quatre évangélistes.
10, Cauoertutreô ïr'eimngeliaire. Pendant la période romane les couvertures des livres liturgiques avaient régulièrement en longueur le double ou le triple de leur largeur. Il y avait cependant, déjà à cette époque, des reliures se rapprochant sensiblement du carré, forme qui prévalut dans la suite.
Les couvertures romanes sont de métal ou d'ivoire ; le plus souvent même on réunit ces deux matières sur une seule reliure; en encadrant une^plaque d'ivoire carrée ou rectangulaire dans une bordure métallique. Il existe encore un très grand nombre de couvertures de cette dernière espèce. Nous citerons en premier lieu celle de l'évangéliaire d'Echternach, qui se trouve actuellement à la bibhothèque du grand-duc de Gotha ; elle date du dernier quart du
siècle, et consiste dans une tablette d'ivoire portant en relief la scène du crucifiement, entourée d'une bordure composée de grandes plaques d'or massif repoussé, bordées de petites plaques émaillées ou couvertes de filigranes et de pierreries. La bibliothèque royale de Munich possède également des couvertures très riches ; on en voit aussi dans les bibliothèques de Bamberg, de Dresde, à la bibliothèque nationale de Paris, et en plusieurs autres endroits. Nous en donnons une (fig. 538) du trésor d'Aix-la-Chapelle, formée d'une tablette d'ivoire entourée de plaques métalliques travaillées au repoussé. Au milieu se trouve la sainte Vierge avec l'Enfant Jésus entre les symboles des
evangélistes ; les reliefs supérieurs et inférieurs représentent la naissance du Sauveur, son ascension, le crucifiement et l'arrivée d'une sainte femme au tombeau. Une riche bordure, formée de pierres précieuses et de filigranes, encadre le tout. La plupart des couvertures métalliques de la période romane ont de semblables bordures.
Les sujets qu'on rencontre le plus souvent sur les cou- Couverture d'évangéliaire au trésor d'Aix-la-Chapelle (xii^ siècle), yertures d'évangé-
liaire sont : le Sauveur, assis ou debout, bénissant et placé dans une auréole ovale; 2° le crucifiement; 3^ la sainte Vierge avec l'Enfant Jésus ; 4^ des scènes empruntées à l'histoire du nouveau Testament. Les symboles des évangéiistes occupent fréquemment les quatre angles de la bordure.
Vers la fin de la période romane, on employa aussi fréquemment, comme couvertures de livres liturgiques, des plaques émaillées, oblongues, rectangulaires, fabriquées à Limoges, et représentant la scène du crucifiement avec les figures accessoires. Ces plaques, détachées de leur couverture, ne sont pas rares dans les musées et dans les collections particuhères.
Au moyen âge les couvertures des livres liturgiques sont souvent désignées dans les inventaires sous le nom de textes; elles portent même ce nom lorsque le manuscrit qu'elles recouvraient a disparu. Plusieurs anciens inventaires signalent des textes sans escriptures.
1 1 . (iEncfneoirô. L'usage de l'encens dans les cérémonies sacrées date du
commencement même du christianisme. Les plus anciennes liturgies et les écrits des saints Pères font souvent mention de parfums et d'encens qu'on brûlait à l'autel pendant la célébration des divins mystères.
Il paraît assez probable qu'aux premiers siècles les encensoirs étaient de simples vases présentant un large diamètre et ayant quelquefois un poids considérable. Anastase le Bibliothécaire rapporte que l'empereur Constantin fit don, à l'église de Saint-Jean-de-Latran, de deux encensoirs d'or pur, du poids de trente livres, et d'un autre pesant quinze livres et enrichi de pierres précieuses. Plus tard on ajouta à l'encensoir des chaînes pour le balancer et un couvercle percé de trous destinés à laisser passer la fumée de l'encens.
Les encensoirs antérieurs au XI^ siècle ne nous sont connus que par les peintures murales et les miniatures des manuscrits. Ils sont d'une grande simplicité, et offrent, comme ceux des siècles suivants, la forme sphéroïdale.
Au et au XII^ siècle, les encensoirs deviennent plus riches. Dans son JEssai sur divers arts (liv. III, ch. 60-62), le moine Théophile expHque longuement les différentes manières de fabriquer les encensoirs, et il en décrit deux : l'un, petit, qu'il appelle l'encensoir en métal battu, thuribulum ductile, et l'autre, plus grand, auquel il donne le nom d'encensoir en métal coulé, thuribulum fusile. Le premier est le plus simple. Au sommet du couvercle se trouve une tour octogone percée de fenêtres; plus bas quatre tours rondes alternent avec quatre tours carrées ; elles sont également percées de fenêtres ou décorées de fleurs, d'oiseaux, d'animaux, de figures d'anges, etc. Sur la partie inférieure du couvercle, on trace quatre arcs un peu allongés, et l'on y place les évangélistes, soit sous la figure d'anges, soit sous le symbole d'animaux. L'espace entre les arcs est occupé par des têtes d'hommes ou d'animaux, à travers lesquelles passent les chaînes. Sur la cassolette de l'encensoir, on trace aussi quatre arcs qui répondent à ceux du couvercle, et dans lesquels sont assis les quatre fleuves du paradis, sous la forme humaine, tenant chacun une urne d'où s'échappent les flots. Entre ces arcs se trouve la partie inférieure des têtes à travers lesquelles passent les chaînes. Le second encensoir, de dimensions plus considérables, représente la Jérusalem céleste d'après la vision de l'apôtre saint Jean. Il reproduit les portes, les tours et les pierreries symboliques de la ville sainte. Les apôtres et les prophètes en gardent l'enceinte, avec des témoignages concordants écrits sur des phylactères.
Sur la fresque du XI^ siècle que nous avons reproduite ci-dessus, p. 417, on voit le diacre portant un encensoir et une cassolette à encens.
ne ÉD. 32
Fig. 539-
Voici (fig. 539) un encensoir en bronze, de la fin du XII^ siècle, conservé à la cathédrale de Trêves. Il a la forme d'une croix grecque dont chaque branche se termine par une abside. Salomon, entouré de quatorze lions, occupe le sommet du couvercle ; plus bas, à la hauteur des tourelles, on voit Abel avec un agneau, Melchisedech avec le pain et le calice, Abraham sur le point d'immoler son fils Isaac, et Isaac bénissant Jacob, le père du peuple d'Israël. Sur la partie inférieure sont représentés Aaron avec l'encensoir, Moïse avec le bâton, Isaïe et Jérémie portant chacun un livre.
Encensoir à la cathédrale de Trêves (xii® siècle).
Le musée royal d'antiquités de Bruxelles possède aussi un bel encensoir roman.
12. ^enitierô portatife. Ces bénitiers servaient à présenter de l'eau bénite aux empereurs, aux rois et autres grands personnages, au moment où ils entraient à l'église. Ils ont la forme d'un cône tronqué et renversé. Généralement très petits ils ne dépassent guère 20 centimètres en hauteur.
Les uns sont d'ivoire, les autres de métal. Parmi les premiers nous en signalerons trois qui datent de la fin du ou du commencement du siècle; ce sont ceux de la cathédrale de Milan, de l'église de Kranenburg près de Clèves, et un troisième qui a été acheté pour l'Angleterre chez un marchand d'Aix-la-Chapelle. Le trésor de l'église de cette dernière ville en possède un, également d'ivoire, qui ne remonte pas au delà du XI siècle.
Il existe aussi plusieurs de ces bénitiers qui sont de bronze ou de cuivre doré ; un des plus beaux de cette classe, à cause de son iconographie, est celui de. la cathédrale de Spire. On en rencontre aussi, mais beaucoup moins ornés que celui de Spire, à la cathédrale et à Saint-Étienne de Mayence, à Saint-Étienne de Wurzbourg, à Berchtesgaden près de Salzbourg, au National Muséum de Munich et dans des collections particulières.
La plupart de ces bénitiers portent, à l'extérieur, deux rangées superposées de figures en relief représentant des sujets religieux, des figures de saints ou des symboles.
13. "Plate liturgiquee. On rencontre quelquefois des plats du xie et du XII® siècle, en cuivre doré, décorés de scènes, de figures et de symboles gravés. Ils ont généralement 3o centimètres environ de diamètre, et de 5 à 8 centimètres de profondeur. Les sujets se trouvent placés sous des arcatures, entre des colonnes ou dans des médaillons, non sur le bord ou marli, mais à l'intérieur, sur la partie verticale du plat ; de plus, un médaillon occupe d'ordinaire le centre du fond.
Trois de ces plats ont été décrits et publiés en gravure par notre ami M. J. Aldenkirchen dans les Jahrbûcher des Vereins von Alterthumsfreunden im Rheinlande, Heft LXXV. Sur le premier on a représenté la légende de sainte Ursule; sur le deuxième les dons du Saint-Esprit; enfin sur le dernier l'histoire du bon Samaritain.
On ignore jusqu'ici quelle était la destination de ces plats. Etaient-ce des patènes ministérielles, ou faut-il y voir, avec M. Aldenkirchen, des plateaux pour présenter les huiles bénites à l'évêque ou au prêtre qui allait faire les onctions sacrées? Nous n'oserions pas nous prononcer sur cette grave question, qui mérite un examen sérieux de la part des archéologues.
14. "|Jn0UC0 litUC^iquee. Les prêtres devaient se peigner les cheveux et la barbe avant de célébrer l'office divin. L'usage des peignes liturgiques a subsisté jusqu'au XVI^ siècle, et, de nos jours encore, le peigne est employé dans le sacre des évêques. On ne doit donc pas s'étonner de rencontrer presque toujours des peignes dans les inventaires des trésors d'église dressés au moyen âge.
Peigne liturgique provenant de Stavelot.
Les peignes liturgiques sont de bois ou, plus souvent encore, d'os ou d'ivoire. Il y en a de grands et de petits. Les grands (fig. 541) ont deux rangées opposées de dents, l'une plus finement travaillée que l'autre. Le champ entre ces deux rangées est découpé à jour ou décoré de sculptures. Les petits peignes (fig. 540) n'ont qu'une seule rangée de dents. Ils sont, de même que les grands, plus ou moins richement ornés.
Les fig. 540 et 541 reproduisent deux peignes trouvés à Stavelot et conservés au musée d'antiquités de Bruxelles. Sur le plus petit des deux (fig. 540) on lit : Q.VISQ.VIS EX ME SVVM PLA-
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NAVERIT QVOQ.. GAPVT, qui se continue sur l'autre côté : VIVAT FELIX FELICITER SEMPER ANNis. Ces intéressants objets datent du xie ou du Xlie siècle.
^'S- 54» • Fig. 542.
Peigne liturgique Fragment de peigne liturgique
provenant de Stavelot. à l'église de Sainte-Gerlrude à Nivelles.
Nous donnons aussi (fig. 542) le fragment d'un grand peigne conservé dans le trésor de Sainte-Gertrude à Nivelles. La rangée des dents fines a complètement disparu.
Il existe aussi un peigne liturgique dans le trésor de l'ancienne abbatiale de Saint-Hubert, en Ardenne, qui, si l'on peut ajouter foi à la tradition, aurait appartenu autrefois au saint évêque de Liège.
i5. ^iè^Cô. Pendant longtemps l'usage du siège ou fauteuil, cathedra, fut considéré comme une prérogative des papes, des évêques et des souverains temporels. « Le fauteuil de l'évéque, dit Guillaume Durand, désigne la juridiction spirituelle annexée à la dignité pontificale. » Rational, liv. II, ch. 11,
— 5oi —
A la fin de la période latine et pendant la première partie de la période romane, les sièges étaient parfois faits à l'imitation de la chaise curule des Romains. Celle-ci (fig. 543) se composait, comme on sait, de deux pliants en forme d'X, entre lesquels se plaçait un coussin. De même que dans les chaises curules richement sculptées, les branches des pliants de cette espèce de sièges romans sont ordinairement terminées, à leur partie supérieure, par des têtes d'animaux, et à leur partie inférieure, par des pattes ou des griffes (fig. 545). Les miniatures des IX^ et siècles offrent beaucoup d'exemples Fig. 543- Fig. 544. Fig. 545.
Chaise curule. Fauteuil de Dagobert. Siège roman,
de ces sièges, et l'on conserve au musée du Louvre à Paris un trône du vue siècle, en bronze doré, dont les pliants ont la même forme (fig. 544); il est appelé fauteuil du roi Dagobert, et on attribue son exécution à saint Eloi.
Fig. 546. La plupart des sièges romans présen-
taientla forme d'un coffre rectangulaire; ils n'avaient ni dossier ni appuis pour les bras. On les incrustait d'ivoire, d'or, d'argent ou d'autres métaux, et on les recouvrait d'un tapis en- étoffe précieuse et brillante; au Xl^ et au Xlie siècle on les décorait quelquefois d'arcatures. Les chaires avec haut dossier sont peu communs. En voici (fig. 546) un exemple composé d'après une miniature du livre d'heures , exécuté pour Charles le Chauve et conservé au musée du Louvre à Paris.
Les fauteuils romans sont presque toujours recouverts d'un coussin cyUndrique, souvent terminé, aux deux extrémités, par un ornement en forme de fleuron, de boule ou de croix. La plupart sont accompagnés d'un escabeau ou marche-pied, scabellum. « L'es-
Siège roman avec dossier,composé d'après une miniature du milieu du ix» siècle.
cabeau ou marche-pied, dit Durand, désigne la puissance temporelle, qui doit être soumise à la puissance spirituelle. » Rational, liv. II, ch. ii.
i6. Croôôeô. Dès les premiers siècles les évêques ont porté le bâton pastoral comme insigne de leur dignité. Plus tard les abbés des grands monastères jouirent du même privilège. Les textes des anciens livres liturgiques prouvent que, déjà au VI siècle, on remettait le bâton pastoral entre les mains des abbés dans la cérémonie de leur bénédiction.
Les bâtons pastoraux anciens sont de deux formes : le hàtonpotencé et le bâton à volute. Le premier, à cause de sa ressemblance avec la lettre T (dont
Fig- 547-
Tau de saint Héribert à l'église de Deutz près de Cologne (xi^ siècle).
Fig. 549, j;iQm grec est tau), est appelé bâton ou crosse en forme CftI w^AvV aussi tout simplement tau. La traverse, ordi-
Ia nairement en ivoire, est souvent décorée de sculptures. Notre fig. 55o reproduit le tau en ivoire, ajouté, probablement au xe ou au XI^ siècle, au bâton pastoral de saint Servais. La pointe, en fer, que donne aussi notre gravure, ne remonte pas au delà du XIV^ siècle.
Voici également (fig. 547) la partie potencée du tau Crosses tirées des de saint Héribert, archevêque de Cologne au commen-
fresques de S. -Clément à Rome (xi* siècle).
cément du XI^ siècle.
Les crosses à volute conservées jusqu'à nos jours ne remontent pas au delà du XIF siècle. La forme qu'elles avaient avant cette époque nous est connue par les sculptures , les peintures et les miniatures. Nous ne pensons pas qu'on rencontre des évêques portant la crosse à volute sur des monuments d'une date certaine, beaucoup antérieurs au dernier quart du xe siècle. Les fig. 548 et 549 reproduisent deux crosses tirées de quelques fresques du XF siècle.
Voyez des crosses
Tau en ivoire du bâton
semblables, du XF et du Xliesiècle, sur les gravures ci-dessus : p. 417, fig.
468; 20 p. 422, fig. 475; 30 p. 476, fig. 423 ; 40 la phototypie du retable de Stavelot, vis-à-vis de la page 429; et 5° p. 472, fig. 5 18.
On conserve, à la cathédrale de Bruges, le bâton pastoral de saint Malo, évêque d'Aleth au VF siècle ; il est composé de morceaux d'ivoire, réunis par douze bandes de cuivre doré. La volute de bois qui le termine est moderne.
Au XI le siècle, — peutêtre même déjà pendant la dernière moitié du XI*, — la volute des crosses . s'enroule davantage. Vers
pastorol de saint Servais.
la même époque, les crosses en métal ornées de pierreries, d'émaux et de filigranes, commencent à être en usage.
Fig. 551. La volute de la plupart des crosses
du Xlie siècle se termine par une tête de serpent ou de dragon, empalée par une croix ou en lutte avec TAgneau divin armé du signe de la rédemption. Les volutes finissant en fleuron sont encore rares à cette époque, de même que celles où sont figurées des scènes historiques. On voit, chez les Sœurs-de-Notre-Dame à Namur, une crosse du XIF siècle, en ivoire. Nous la reproduisons (fig. 55 1); la volute représente un dragon attaquant l'Agneau divin. A l'église de Saint-Hubert, on conserve une crosse en ivoire du XI le siècle, dont la volute se termine aussi par une tête de bélier empalée d'une croix.
On a toujours attribué une signification symbolique à la crosse et à ses différentes parties. La crosse est la houlette du pasteur spirituel : de l'évêque dans son diocèse et de l'abbé dans son monastère. La hampe est droite pour rappeler au prélat la rectitude dans le gouvernement ; la pointe en métal est l'emblème de la juste sévérité avec laquelle il doit réprimander les rebelles ; et la volute recourbée symbolise la bonté qui attire les âmes vers le bien par les consolations. Voilà le symbolisme de la crosse tel que nous l'expose Hugues de Saint-Victor, Crosse de Jacques de écrivain du commencement du XIF siècle. Guillaume
Vitry chez les Sœurs- Durand a exprimé la même idée par les vers suivants, de-N.-Dame à Namur.
qu'il adresse au prélat portant la crosse : CoUige, sustenta, stimula : vaga, morbida, lenta; Attrahe per primum, média rege, punge per imum; c'est-à-dire : Rassemble ceux qui errent, soutiens les infirmes et stimule les indolents ; attire par le sommet, gouverne par la hampe, et aiguillonne avec la pointe inférieure. Cette signification symbolique se trouve parfois inscrite sur la crosse même. On lit sur celle de saint Saturnin conservée à Toulouse :
Curva trahit mites, pars pungit acuta rebelles ; Curva trahit quos recta régit, pars ultima pungit.
17. /Irtbella et Ï>i0(iue0 crucifères. Les monuments de l'antiquité nous montrent fréquemment, derrière les rois et les grands de la terre, des serviteurs portant un flabellum ou éventail, le plus souvent composé de plumes. Cet ustensile avait un double but sous les climats brûlants : chasser les insectes importuns et tempérer la chaleur.
Dès les premiers siècles l'Église adopta le chasse-mouche dans les cérémonies sacrées. Les Constitutions apostoliques prescrivent que deux diacres, un de chaque côté de l'autel, agitent pendant l'office un éventail en vélin, en plumes de paon ou en étoffe.
Hildebert, évêque du Mans vers l'an 1 100, et plus tard métropoHtain de Tours (t II 34), constate que l'usage du flabellum existait encore à son époque et nous apprend, en même temps, le symbolisme qu'on avait attaché à cet instrument liturgique : « L'éventail doit, dit-il, écarter les mouches de l'autel, et rappeler à l'officiant qu'il est obligé d'éloigner de son esprit les tentations et les vaines pensées. » Durand, évêque de Mende, qui écrivait au Xllie siècle, confirme, dans son Ration al , Uv. IV, ch. 25, le symboHsme indiqué par Hildebert.
Les inventaires des trésors d'église fournissent la preuve que, dès le IX^ siècle, on commença à substituer des disques métalliques aux plumes, au vélin et aux étoffes, dont le flabellum était formé auparavant. Cette substitution, devenue commune au XIF siècle, se maintint jusqu'au moment où l'usage du flabellum fut abandonné presque partout en Occident, c'est-à-dire jusqu'au commencement du XV^ siècle.
Les disques métalliques, dont le diamètre varie entre 28 et 41 centimètres, se composent généralement d'une croix grecque, quelquefois pattée, inscrite dans un cercle formant le contour extérieur de l'objet. La croix inscrite et l'encadrement circulaire sont massifs et couverts régulièrement, sur le côté principal, de filigranes et de pierreries. Des ornements découpés à jour et représentant des sujets, des symboles ou des rinceaux , remplissent les secteurs entre les branches de la croix. Parfois on enchâssait des reliques sous les pierreries et les cabochons. Les disques métalliques sont toujours munis d'une soie ou queue aiguë servant à les fixer dans un pied ou sur une hampe. Ils ont conservé la même forme générale pendant les périodes romane et ogivale; il n'y a que le style de leur ornementation qui ait varié aux diffé-
rentes époques. Aussi ne reviendrons-nous plus sur ces objets en traitant de la période ogivale.
Fig. 552. Les principaux disques cru-
cifères métalliques, qu'on connait jusqu'ici, sont : trois, du XIF siècle, dont deux appariés, dans le trésor de la cathédrale de Hildesheim; 2» deux,, également appariés et du XI F siècle, dans la collection Basilewsky à Paris ; S^un avec pied, du Xlie siècle, à l'abbaye de Kremsmunster en Styrie; 4»
deux du Xllie siècle, appariés, dans la collection du baron Seillière à Paris; nous en reproduisons un (fig. 552); 50 un du XI IF siècle, dans la collection Basilewsky que nous avons déjà citée ; 6° un du XIII^ siècle conservé à Villingen dans le grand
Flabellum de la collection Seillière (.,.,. siècle). ''"'^^^ ^^^^ ' 7° deux
(D'après la Revue de l'art chrétien.) du XIV^ siècle, appariés, au
musée de Copenhague; notre fig. 553 donne un de ces derniers, dans lequel les quatre secteurs sont occupés par les emblèmes des évangélistes. La Revue de Vart chrétien a reproduit la plupart de ces objets dans un savant article de M. Ch. de Linas, auquel nous empruntons nos observations sur les disques crucifères.
Un fait digne de remarque ressort de l'énumération précédente : la plupart des disques crucifères sont appariés, c'est-à-dire présentés par paire; d'où nous croyons pouvoir conclure que la plupart de ceux qui nous apparaissent maintenant isolés, ont eu primitivement leur pendant. Il n'y a là rien qui doive nous étonner puisque, dès l'origine, la liturgie chrétienne exigeait le flabellum en double exemplaire.
Nous savons, par les miniatures des manuscrits, que l'usage du flabellum en vélin ou en plumes existait encore, en Occident, au XIIF siècle. De nos jours même, aux grandes solennités religieuses, lorsque le souverain pontife