‹ Éléments d'archéologie chrétienneChapitre 59 sur 69 · est porté sur la sedia gestatoria, on · texte numérisé non relu

est porté sur la sedia gestatoria, on

raccompagne avec detix éventails en plumes, fixés au bout d'une longue hampe. Ce qui plus est, si l'on peut en croire le père Martin, auteur des Mélanges d' archéologie^ l'usage du flabellum liturgique persisterait en Andalousie pendant la saison chaude, et cet ustensile y figurerait encore aux processions solennelles.

Quelques églises orientales, notamment les églises syrienne, arménienne et russe, ont conservé jusqu'à nos jours l'usage du flabellum, consistant en un disque métallique inscrivant l'image d'un séraphin à six ailes, et souvent muni de grelots sur la tranche. Nous avons vu nous-même, à l'exposition d'orfèvrerie ancienne de Buda-Pesth, en 1 884, deux^^z^e/Z^ï envoyés par le patriarche de Garlovitz. Ces objets, dont les métropoli-

F/^^»^//«m du musée de Copenhague. ^^^^^ de l'éghse serbe font encore (D'après la Revue de Vart chrétien.) usage aujourd'hui, sont en or et en argent. L'un est travaillé au repoussé; l'autre porte des figures en ronde bosse, et est muni, sur sa tranche, de petites plaques ovales découpées à jour.

Les disques crucifères ou flabella, que nous venons de faire connaître, ont reçu divers noms, dont voici les principaux : l'otula ou rouelle, parce qu'ils ont la forme d'une petite roue ; ventilabrum ou éventail (un inventaire de 121 8, du trésor de Saint-Aubain à Namur mentionne : duo ventilabra argentea), muscatorium ou esmouchouer, c'est-à-dire chasse-mouche, enfin cherubinus, sans doute à cause de l'ange, chérubin ou séraphin, qu'on y représentait parfois.

18. Cl)ttU0ôUre0 Uturgiqucô. Ces chaussures, depuis les premiers siècles un des principaux insignes des évéques et des abbés, portaient le nom de sandales, sandalia^ et avaient des formes presque toujours identiques. Elles se composaient d'une semelle en cuir ordinaire, d'une empeigne A et de deux

Fig- 554.

Empeigne et quartiers.

quartiers B (fig. 554). L'empeigne était en cuir découpé très profondément de manière à former une languette a, lingua, et quatre appendices b, ligulae, en forme d'oreilles, à travers lesquels passaient les cordons. Les six échancrures c, formées par ces oreilles, ont fait donner à l'empeigne le nom de cuir fenestré^ corium fenestratum, parce qu'elles affectent la forme de baies de fenêtre. L'empeigne et les quartiers étaient percés d'un grand nombre de petits trous. Ces trous ainsi que les échancrures de l'empeigne avaient une signification symbolique, comme

f'ig- 555.

Empeigne et quartiers d'une chaussure liturgique du xii® siècle, trouvée à Stavelot.

nous l'apprennent le pape Innocent III (ii 98-1 21 6) et Guillaume Durand, (( Les sandales, disent-ils, sont garnies, par dessous, d'une semelle entière, et, par dessus, recouvertes d'un morceau de cuir échancré ou fenestré, parce que les pieds des prédicateurs doivent être garantis par dessous, afin de nç pas être souillés par les choses terrestres, selon cette parole du Seigneur : Secoue:^ la poussière de vos pieds; et ils sont découverts par dessus afin que la connaissance des mystères du ciel leur soit révélée, selon cette parole du prophète : Enlève le voile qui est sur mes yeux, et je considérerai les merveilles de ta loi. Ensuite, comme en certaines parties les sandales ont des ouvertures, et en d'autres en sont privées, cela marque que la prédication de l'Évangile ne doit être ni faite ni cachée à tous. »

L'empeigne et les quartiers étaient ordinairement couverts de broderies en soie et en or, souvent même de cabochons et de pierres précieuses.

Les chaussures liturgiques découvertes à Stavelot, dont nous en reproduisons une (fig. 554), répondent complètement aux données que nous venons d'exposer. Elles datent du XIF siècle, et se distinguent par une ornementation riche et du meilleur goût.

19. JBitccô. Les mitres à deux pointes étaient inconnues jusque vers ta fin du siècle. Auparavant les évêques portaient quelquefois une couronne ou bandeau de lames de métal enrichies de pierreries (fig. 556), sous

Fig. 556. Fig. 557- Fig. 558.

Évêque portant une couronne. Évêque coiffé d'une mitre. Évêque coiffé d'une mitre.

D'après un manuscrit de Tiré d'une miniature du xii^ D'après une miniature du

Valenciennes publié par siècle, publiée par Rock, xn« siècle.

Ch. de Linas (xi^ siècle). The church of our fathers.

lequel ils posaient un bonnet peu élevé ou un morceau rectangulaire de soie

ou de toile, dont les extrémités, ordinairement assez longues, flottaient

librement sur le dos.

A la fin du XJe siècle, la coiffure placée sous la couronne se releva de

— 5io —

manière à former soit une espèce de bonnet pointu, soit deux lobes obtus ou arrondis (fig. SSy), et bientôt après deux pointes aiguës (fig. 558); on remplaça aussi, à la même époque, le cercle de métal par des orfrois ou des bandes de parchemin couvertes de peintures, — et les extrémités flottantes du morceau d'étoffe par les deux bandes longues et étroites, qu'on nomme fanons.

Au premier coup d'œil il semble résulter des miniatures du commencement du XI F siècle qu'à cette époque les deux cornes de la mitre étaient posées non, comme cela eut lieu dans la suite, l'une en avant, l'autre en arrière, mais bien sur les côtés, au-dessus de chacune des oreilles. Toutefois lorsqu'on se livre à un examen attentif, le doute ne tarde pas à surgir dans l'esprit, et l'on se demande si la pose des pointes sur les deux côtés de la tête n*est peut-être pas simplement un signe graphique, employé par le peintre peu au courant des lois de la perspective, pour indiquer l'existence des deux cornes, antérieure et postérieure, dans la mitre. Cette opinion reçoit du fondement de ce que la forme que nous appellerons conventionnelle, et la forme réelle et ordinaire se rencontrent parfois dans un seul et même manuscrit : en certains endroits l'artiste a dessiné conventionnellement, sans la moindre prétention à l'illusion; dans d'autres, au contraire, surtout lorsque les figures se présentent de profil, il a essayé de faire de la perspective linéaire. Voici (fig. 559 à 563) une série de cinq mitres, copiées toutes du manuscrit n^ 9916

Fig. 559. Fig. 560. Fig. 561. Fig. 562. Fig. 563.

de la bibliothèque royale de Bruxelles, qui date du XI F siècle et provient de labbaye de Saint-Laurent à Liège. Nous les avons disposées de manière à commencer par le dessin que nous croyons conventionnel, pour passer ensuite, par des transitions successives, à la forme réelle que la mitre prit au Xlie siècle et qu'elle conserva pendant tout le moyen âge. Nous ferons connaître cette forme en traitant du mobiUer de la période ogivale.

La fig. 476, p. 423, montre deux évêques coiffés de la mitre avec pointes se relevant par devant et par derrière.

20. Ctoffe^ precieU0e0. Nous nous occuperons successivement des tissus et des broderies.

— 5ii —

A. Tissus. Comme nous l'avons dit ci-dessus, p. 262, les tissus de soie ne se fabriquaient qu'en Orient durant les premiers siècles de l'ère chrétienne. Pendant la période romane, l'Europe continua à tirer ses étoffes précieuses de Constantinople, de la Grèce, de l'Asie Mineure et de la Perse. Toutefois, au IX^ siècle, les Maures introduisirent la culture du ver à soie dans le midi de l'Espagne, et dès le siècle suivant, la petite ville d'Almerîa, située à peu de distance de Malaga sur les côtes de la Méditerranée, était un centre important de fabrication dont on recherchait les produits en Europe. D'Almerîa la culture du ver à soie et les ateliers de tissage se répandirent, un peu plus tard, dans toute l'Andalousie.

Les mahométans implantèrent aussi l'industrie de la soie en Sicile, et nous savons qu'au siècle la ville de Palerme possédait quelques fabriques de soie très importantes. Après l'expulsion des musulmans en l'année 1146 ou 1 147, les ateliers de tissage se multiplièrent dans l'île, et le commerce des étoffes de soie y devint extrêmement florissant et prospère, grâce aux efforts intelligents du roi normand Roger, secondé dans son entreprise par des ouvriers amenés de Grèce au retour d'une expédition militaire. Les tissus d'or et de soie fabriqués dans la célèbre manufacture officielle de Palerme, connue sous le nom d'hôtel de Tira:^, furent des plus estimés durant tout le moyen âge.

Fig. 564.

Étoffe de soie à Saint-Servais de Maestricht. (D'aprcs le Trésor de Maestricht).

Les tissus de la période romane, généralement épais et solides, sont tantôt unis, tantôt, ornés de dessins représentant des animaux, des plantes, des fleurs et des fruits, employés dans un but purement décoratif, sans la moindre intention de symbolisme; voyez ci-dessus, p. 267. Les étoffes sortant des ateliers musulmans portaient parfois des inscriptions arabes. Les étoffes décorées, pendant le tissage, de scènes bibliques et de symboles chrétiens, se fabriquaient à Constantinople, en Grèce, et plus tard aussi en Sicile.

Notre fig. 564 donne une étoffe de soie offrant tous les caractères des tissus siciliens; elle est fixée sur le revers de l'autel portatif de Saint-Servais, que nous avons reproduit ci-dessus, p. 433, fig. 479.

B. Broderies. Les broderies continuèrent d'être en usage pour reproduire des sujets religieux, soit dans des médaillons soit sur des bandes étroites,

qu'on appliquait ensuite sur les voiles d'autel et les vêtements sacrés. L'art de la broderie fit des progrès considérables pendant la période romane. On trouve même un grand nombre de tapisseries entièrement exécutées à l'aiguille, acu pictae, au XI^ et au XI F siècle.

La plus célèbre est celle de la reine Mathilde, dite aussi de Bayeux.

« Gomme spécimen de l'art de la broderie en France au XI^ siècle, dit Labarte, on possède cette longue pièce d'étoffe historiée conservée à Bayeux, à laquelle on a donné le nom de tapisserie de la reine Mathilde. G'est une bande de toile de 5o centimètres environ de hauteur sur 71 mètres de longueur. Une broderie à l'aiguille, en laine de diverses couleurs, y représente une espèce de drame historique de la vie de Guillaume, Broderie dà xr-xii" siècle au trésor d Tongres. duc de Normandie, et de la con-

Fig. 565.

quête d'Angleterre. Il règne, dans le haut et dans le bas de cette tapisserie, une bordure de 1 1 centimètres environ, où sont représentées des figures d'hommes et d'animaux sans rapport avec le sujet... Le dessin est médiocre; mais ce vieux monument de la fin du XI^ siècle ou du XI le offre un grand intérêt, en reproduisant, en paix comme en guerre, dans leurs demeures comme sur le champ de bataille, avec leurs armes, leurs costumes et leurs meubles, les Normands et les Anglais du XP siècle. )> Histoire des arts industriels^ 2^ éd., II, p. 427. En Allemagne, le trésor de l'ancienne église de Quedlinbourg possède de très belles broderies exécutées, vers 1200, pour décorer les murs de cette église.

La Belgique aussi se maintint à la hauteur où l'avaient placée dès le VI IF siècle les deux saintes sœurs Herfinde et Relinde; voyez ci-dessus, p. 269. Nous donnons (fig. 565) un morceau d'une broderie romane, faite sur fond de toile, et trouvée, il y a quelques années, dans une châsse à Tongres. Elle est fortement endommagée, de sorte qu'il est difficile de déterminer les sujets qu'on y a représentés. Une broderie semblable a été découverte dans la châsse de saint Landric à Soignies ; elle a, sans doute, servi primitivement à recouvrir la châsse aux fêtes solennelles et dans les processions publiques.

Pendant la période romane les broderies étaient généralement exécutées en soie ou en laine fine sur un canevas de toile fine.

21. "liètemeutô sacerlratrtur. Au commencement de la période romane les couleurs liturgiques étaient encore inconnues. Leur usage commença à s'introduire au IX^ siècle, et se développa pendant les siècles suivants, en même temps que se fixa leur symbolisme. Le blanc et le rouge furent adoptés avant les autres : le premier, emblème de l'innocence et de la pureté, servit aux fêtes du Sauveur, de la sainte Vierge, des anges, des saints qui ne sont pas morts martyrs, et aussi pendant le temps pascal ; le rouge, symbole de la charité et du courage héroïque, fut assigné aux martyrs ainsi qu'à la Pentecôte , fête par excellence de l'amour. Au XIF siècle deux nouvelles couleurs vinrent s'ajouter à celles qui étaient déjà en usage : le vert, symbole de l'espérance, fut employé les dimanches et les jours de semaine où l'on ne célèbre aucune fête de saint entre l'Épiphanie et la septuagésime, entre la Pentecôte et l'avent ; le noir, signe de deuil, fut réservé pour le vendredi-saint et les offices des morts.

A l'origine l'usage de ces différentes couleurs était facultatif ; mais, dès la fin du XIF ou, au plus tard, pendant les premières années du IF ÉD. 33

XIII^ siècle, il devint obligatoire. Le souverain pontife Innocent III (1198- 12 16) mentionne, le premier, dans ses écrits, la distribution réglée et presque de précepte des couleurs liturgiques pour l'Église latine ; et quelques années après, Durand de Mende, dans son Rational, liv. III, ch. 18, les dit admises par tout l'Occident.

Plus tard on introduisit aussi le violet , couleur symbolique de la pénitence, pour Tavent, le carême, les quatre-temps et les vigiles. Enfin, à une époque relativement récente, on a employé, en quelques contrées, le bleu d'azur aux fêtes de la sainte Vierge, et le jaune à celles des anges. Les décrets de la Congrégation des rites ont proscrit ces deux dernières couleurs.

Selon le témoignage de Durand, l'écarlate pouvait anciennement être substitué au rouge, la couleur du byssus (crème?) au blanc, et le jaune au vert.

Pour mieux faire comprendre la description des différents vêtements sacerdotaux, nous donnons à la page suivante (fig. 566), d'après M. de Dartein, un très ancien bas-relief de marbre blanc, qu'on voit à l'église de Saint- Michel de Pavie. Cette curieuse sculpture, qui date probablement de la fin du siècle, représente un évêque revêtu des habits pontificaux : il porte, en commençant par les vêtements de dessous, l'aube, l'étole, la dalmatique, la chasuble et le pallium.

A. La chasuble conserva, pendant la péi'iode romane, la forme qu'elle avait précédemment, c'est-à-dire celle d'un vêtement ample, sans manches, retombant de tous les côtés autour du corps; voyez ci-dessus, p. 272.

Les plus riches chasubles étaient en soie orientale ou sicifienne, pallia ho^ loserica transmarina, de couleur pourpre foncée, connue sous le nom de pourpre de Tarente^ purpura tare?îtina, rarement en soie jaune ou multicolore. Pour rehausser l'éclat de l'étoffe, on y appliquait des pierreries, des perles et des broderies en or, argent, soie ou laine, reproduisant des figures géométriques, des fleurs, des animaux, des symboles et des sujets religieux. Ces ornements étaient quelquefois semés sur toute la chasuble ; d'ordinaire, cependant, ils n'occupaient que les bandes verticales, longues et étroites, appelées praetextae, listae ou angusti clavi, régulièrement au nombre de deux : une par devant, et une par derrière. Outre le but décoratif qu'elles avaient, ces bandes remplissaient encore une fonction utile : celle de masquer les deux coutures nécessitées par la façon même du vêtement. Deux autres bandes, également étroites, passaient sur les épaules et allaient aboutir aux bandes verticales sur la poitrine et vers le miheu du dos, en produisant, par

Fig- 5<56. devant et par der-

rière, une croix potencée ou en forme d'Y. C'est cette croix que l'auteur de V Imitation avait en vue lorsque, dans le liv. IV, ch. V, il ^ écrivait : « Le prêtre porte le signe de la croix sur la poitrine et sur le dos. »

Le trésor de la cathédrale de Tournai possède une chasuble du XIF siècle, o.i qu'on dit avoir servi â saint Thomas de Cantorbéry. Elle est en soie croisée [holosericum), d'un beau pourpre foncé, rappelant la célèbre pourpre deTarente, et porte des bandes d'orfroi ornées de feuillages , d'ani maux fantastiques et de dessins gammadiés ou à méandres.

Elle a i™5o de hauteur, et son bord

Evêque revêtu des ornements pontiticaux (x«-xi^ siècle). . r- •

^ ,r.. ^ j rT • N mrerieur mesure en-

(I) après de Dartein).

viron 5 mètres de

circonférence. Nous la donnons fig. 567, ainsi que quelques détails de l'ornementation des orfrois. Il y a des chasubles anciennes auxquelles manquent les deux bandes de

Fig. 568.

^'S- 567- jonction passant sur les

épaules et dont toute la décoration consiste dans les deux bandes verticales.

Parfois aussi, ces bandes sont remplacées par des arbres ou des plantes avec ramifications multi-

Les chasubles à l'usage journalier et celles des

Chasuble de saint Thomas de Cantorbéry, à la cathédrale ^S^^^^^ secondantes n'éde Tournai. talent pas de soie, matière

d'un prix excessif à cette époque, mais bien de laine, de toile ou d'autres étoffes moins coûteuses.

Voyez ci-dessus des gravures représentant des personnages revêtus de la

chasuble : i» p. 417, fig. 468, 2° p. 422, fig. 475, 30 p. 429, la phototypie du retable de Stavelot, 40 p. 423, fig. 476, p. 472, fig. 5i8, et 60 p. 5i5, fig. 566.

B. Vétole consiste dans une bande, longue et étroite, de soie, de laine ou de toile, mesurant ordinairement 2^70 de longueur sur 6 à 7 centimètres de largeur. C'est à partir du ixe siècle qu'elle a pris cette forme et ces dimensions, qui se rapprochent sensiblement de celles qu'elle a encore de nos jours.

Les étoles riches étaient décorées de broderies, de pierreries, et même de plaques de métal ciselées ou émaillées. Elles se terminaient généralement, aux deux extrémités, par de longues franges, auxquelles on entremêlait parfois des clochettes. Nous donnons (fig. 568) l'étole trouvée dans le tombeau de saint Bernulphè, évêque d'Utrecht mort en io56. Cette pièce curieuse, qui date de la première moitié du XF siècle, est en soie

Étole de saint Bernulphè.

(Milieu du xi« siècle).

Fig. 569.

m imm m\w

"étole de saint Bernulphe. liaire de

brochée ; les sujets se détachent en or sur un fond de pourpre de Tarente. Elle a environ 7 centimètres de largeur sur 2^74 de longueur, sans les franges ; celles-ci mesurent 1 1 centimètres. Notre fig. 569 rend, sur une plus grande échelle, une des extrémités de l'objet, où l'on voit trois scènes : l'annonciation, la nativité de Notre-Seigneur et l'adoration des mages. Les inscriptions renversées par le tissage, comme cela arrive fréquemment dans toutes espèces d'étoffes brochées, notamment dans le linge de table, doivent se lire : AN- NVNCIACIO D[0MI]NI, AVE MARIAet PRESEPE D[0MI]NI.

Voyez des gravures où se trouvent des personnages revêtus de l'étole : p. 423, fig. 476, et 20 p. 5i5, fig. 566.

C. Le manipule, qui consistait auparavant dans un morceau de linge au moyen duquel le prêtre et les clercs se nettoyaient les mains et le visage ou purifiaient les vases sacrés, ne perdit sa forme et sa destination primitives que dans le cours du IX^ siècle, lorsqu'il devint un véritable ornement analogue à l'étole pour la forme, la couleur et la décoration. « Les écrivains de la première moitié du IX^ siècle, tels qu'Alcuin et Amalaire Fortunat, dit Victor Gay, en parlent encore comme d'un linge purificatoire. Mais outre le sujet de la grande Bible offerte à Charles le Chauve en 866, où la main du miniaturiste a reproduit des manipules de diverses couleurs, ornés et frangés (fig. 570), nous donnons ici (fig. 571) l'exemple d'un vêtement plus riche encore porté par un diacre dans un évangéla même époque, appartenant

Manipules d'après des miniatures de manuscrits du ix® siècle

Fig. 570. Fig. 571. Fig. 572. à la bibliothèque grand-ducale de Darm-

stadt. Entre les deux lignes parallèles d'un rouge éclatant qui bordent le fond violet, s'étend un rinceau d'or cerné d'un double rang de perles. A chacune des extrémités, un peu élargies, sont suspendues par des fils six petites pommes ou grenades d'or en forme de frange. La forme, la couleur, les ornements et son analogie avec l'étole, tout jusqu'à sa position sur le bras, indique qu'il a perdu son premier usage pour prendre, dans le costume ecclésias- Manipule tique, la place qu'il a conservée depuis. »

de saint Ber-^^^^/^^ archéologiques deDiDRON, VU, naljihe.

A l'époque carlovingienne le manipule prit la forme d'une petite étole, forme qu'il a encore aujourd'hui. Notre fig. 5j2 reproduit le manipule trouvé dans le tombeau de saint Bernulphe avec l'étole dont nous avons parlé ci-dessus (fig. 568 et 569). Il est de la même étoffe de soie que l'étole et mesure i™o5 de longueur.

Voyez ci-dessus, p. 417, fig. 468, dans la fresque de Saint-Clément le pontife officiant tenant un manipule dans la main gauche.

D. La chape conserva, pendant la période romane, la forme qu'elle avait précédemment. Comme elle était spécialement réservée aux chantres et au clergé inférieur, on la fit de tissus très communs. Les évêques et les prêtres ne la revêtaient que rarement, et, par suite, les chapes richement décorées ne furent jamais nombreuses, et de ce petit nombre très peu ont échappé à la destruction. Celles que l'on voit dans les trésors princiers de Buda-Pesth et de Vienne, et qui ont servi au couronnement des rois de Hongrie et des empereurs d'Allemagne, sont les seules qui puissent nous donner une idée de ce qu'était la chape riche à l'époque qui nous occupe.

E. Vaube était de toile de lin plus ou moins fine, rarement de soie blanche. Il y avait deux espèces d'aubes : les aubes sans ornements, nommées albae

purae ou simplices, et les aubes garnies, albae paratae ou frisiatae. Les premières servaient aux jours ordinaires et dans les égUses de second rang ; les autres étaient portées par les évêques et le clergé supérieur, principalement aux grands jours de fête.

La décoration des aubes parées consistait dans des applications d'orfroi autour du col, aux extrémités des manches et sur le bord inférieur du vêtement. De plus, deux bandes, également d'orfroi, parallèles, verticales et Fig. 573. rappelant les angusti cla-

vi des Romains, descendaient du cou vers les pieds, non seulement sur le devant mais aussi sur le dos. Notre fig. SyS, qui reproduit l'aube trouvée dans le tombeau de saint Bernulphe, évêque d'Utrecht mort en io56, fera comprendre , beaucoup mieux qu'une description, la forme et l'ornementation des aubes parées.

Cette aube , monument unique dans son genre, est en toile de lin grossière, et mesure i^^So environ de hauteur et 3™o6 de circonférence aux pieds. La bordure inférieure, large de o"^39, ainsi que les autres applications sont en orfroi ou drap d'or, et sortent probablement des ateliers de la Sicile. Les fleurons et les animaux qui décorent ces orfrois sont absolument dépourvus de symbolisme chrétien.

Voyez aussi ci-dessus, p. 417, fig. 468, le pontife officiant revêtu d'une aube garnie d'un riche bord inférieur.

La ceinture était parfois décorée avec grand luxe. On en fit en étoffes précieuses et en fils d'or. Comme elles avaient la forme d'un long ruban dont la largeur variait entre trois et six centimètres, il était facile de poser, sur toute leur longueur, des perles, des pierreries, des plaques de métal ciselées et émaillées. On y suspendait même parfois, au moyen de chaînettes, des pierres précieuses, de petites boules ou d'autres ornements en métal précieux ou en ivoire. Au XI® et au XIF siècle apparaissent aussi

les ceintures portant des inscriptions tracées au moyen de lettres en métal découpé, et connues dans les inventaires sous le nom de :^onae literatae.

Les ceintures moins riches étaient en soie non décorée, en laine ou en toile.

F. Vamict est un morceau carré ou rectangulaire d'étoffe, que le prêtre pose sur la tête, lorsqu'il commence à revêtir les habits sacerdotaux, et qu'il rabat ensuite sur le cou.

La plupart des amicts sont en toile de lin. Pendant la période romane on en avait aussi en soie et en orfroi ou drap d'or. Nous connaissons l'existence de ces derniers par le témoignage des chroniqueurs et par les anciens inventaires de trésors d'église.

Dès* le Xie siècle, on introduisit, pour les amicts, un ornement, resté en usage pendant tout le moyen âge, qui reçut le nom de parure^ parura^ plaga, et quelquefois aussi celui de praetexta. Cette parure consistait, dès l'origine, en une petite bande rectangulaire d'orfroi, de broderie ou d'un tissu de couleur éclatante, qu'on attachait au bord supérieur de Tamict, et qui formait, autour du cou, une espèce de riche collet, visible même après que le prêtre et les ministres sacrés avaient revêtu la chasuble ou la dalmatique. Quelquefois on appliquait, sur la parure, des perles et des pierres précieuses.

Nous donnerons la gravure d'un amict paré en parlant des vêtements sacrés de la période ogivale.

G. La dalmatique est le vêtement de dessus du diacre et sous-diacre. Pendant la période romane elle consistait régulièrement dans une longue

robe fermée, munie de manches et d'une ouverture pour passer la tête. Deux bandes verticales d'orfroi ou d'étoffe éclatante étaient parfois appliquées sur la robe et se prolongeaient jusqu'au bord inférieur, r Dès le xie siècle on trouve des dalmatiques dont la robe, comme dans l'exemple de notre fig. 566, p. 5i5, était fendue sur les deux côtés jusqu'à une certaine hauteur.

On garnissait souvent la dalmatique de bandes d'orfroi autour du cou et aux extrémités des manches.

H. Le pallium formait le principal vêtement de dessus chez les anciens. « C'était, dit Rich, une grande draperie ou couverture, faite de laine, en forme de carré ou de carré long, attachée autour du cou ou sur l'épaule par une broche. » Dictionnaire des antiquités romaines, p. 1 52. La cour d'Orient

adopta le pallium comme vêtement de distinction et l'enrichit de bandes d'or et de pourpre. Peu à peu il prit la forme d'un riche manteau de byssus ou de laine.

Au Vie et au VI siècle, les empereurs byzantins accordèrent l'usage du pallium à quelques évêques de leur empire ; et, un peu plus tard, tous les évêques d'Orient se l'approprièrent indistinctement.

En Occident, le souverain pontife jouissait seul du privilège de porter le pallium. Toutefois, dès le IV^ siècle, et principalement pendant les siècles suivants, les papes, en vertu d'une autorisation explicite ou implicite de la cour de Constantinople, étendirent ce privilège à quelques archevêques et évêques d'Italie. Dans la suite le paUium devint, en Occident, l'insigne de tous les archevêques ; et il n'y est porté par quelques évêques qu'en vertu d une faveur spéciale attachée, non à la personne, mais au siège épiscopal lui-même.

Il arriva pour le paUium ce qui était arrivé pour l'étole : la partie principale, et primitivement l'essentielle, c'est-à-dire le manteau d'étoffe, fut supprimée, et l'on ne conserva que l'ornement accessoire, les bandes qui y étaient appliquées. Celles-ci furent réunies, sur la poitrine et sur le dos, en forme d'Y, de la même manière que les listae ou orfrois sur certaines chasubles. Cette ressemblance même est telle que quelques archéologues ont cru trouver, dans le pallium, l'origine de la croix potencée des chasubles. Remarquons encore qu'il existe une grande similitude, une forte analogie, entre le pallium et les bandes appelées clavi de la toge brodée, toga acu picta, des consuls romains, tels qu'ils sont représentés sur les diptyques dits consulaires, ^

Pendant la période latine on décorait déjà les bandes du pallium de petites croix grecques de couleur foncée, dont la forme rappelle celles que l'on voit sur les tissus byzantins, connus sous le nom de vesies stauracinae ou pallia de stauracin (nom dérivé du grec cTTaupôç, croix). Ces croix, peu nombreuses dans le principe, se multiplièrent insensiblement, et dès le XI^ siècle, on en comptait quelquefois plusieurs sur toute la longueur des bandes. Les extrémités des bandes verticales recevaient souvent des franges; et il n'était pas rare qu'on y ajoutait encore des clochettes. Notre fig. 566, p. 5i5, montre un évêque de Pavie revêtu d'un pallium frangé et décoré de croix nombreuses. Le bas-relief que reproduit cette gravure date de la fin du ou du commencement du XF siècle.

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