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ABBAYES, MONASTÈRES ET CLOITRES DES CHAPITRES

Les ordres religieux se développèrent d'une manière prodigieuse pendant la période romane. Depuis son origine, au VI^ siècle, jusqu'à l'an mille, l'ordre de Saint-Benoît avait, à lui seul, fondé plus de quinze mille abbayes et monastères, presque tous situés dans l'Europe occidentale. Ces progrès rapides contribuèrent puissamment à la formation de l'architecture monastique.

Dès le VIIF siècle, on vit s'élever des établissements religieux, composés de nombreuses constructions bâties et disposées avec art; on y trouvait des églises, des édifices pour le logement et les exercices des moines, des infirmeries, des écoles, des bibliothèques, des quartiers pour les étrangers, des granges, des jardins, des bâtiments destinés aux approvisionnements, enfin des habitations et des ateliers pour les corporations d'ouvriers que les abbayes avaient toujours à leur service (voyez ci-dessus p. 33g). Tous ces anciens monastères ont été détruits ou complètement modifiés dans la suite des siècles. Mais nous connaissons leur disposition par le plan de l'abbaye de Saint-Gall, en Suisse, dressé vers l'année 820. C'est un projet à l'état d'esquisse envoyé à l'abbé Gozbert, probablement par Eginhard, qui, après avoir dirigé les constructions de la cour sous Charlemagne, embrassa lui-même la vie religieuse. Quel que soit son auteur, ce plan présente le plus grand intérêt parce qu'il nous fournit des détails complets sur les grandes abbayes du IX^ siècle. Nous donnons (fig. 574) une réduction du dessin conservé jusqu'aujourd'hui à la bibliothèque de la ville de Saint-Gall.

L'église, qui occupe la plus grande place dans le plan, a deux absides opposées , une A à l'orient , et l'autre B à l'occident ; on y voit le maître-autel dédié à la sainte Vierge et à saint Gall en d, l'ambon pour la lecture de l'Évangile en /, l'autel du Saint-Sauveur et de la Sainte-Croix en g, les fonts baptismaux et l'autel de Saint-Jean-Baptiste en /z, enfin divers autels en i. C indique le cloître, à l'est duquel on voit, en F, au rez-dechaussée le chauffoir, et à l'étage le dortoir, au sud le réfectoire D et la cuisine E, à l'ouest le cellier N avec salle au-dessus pour la conservation des provisions de bouche. G est l'infirmerie; H, le quartier des novices; k, une salle pour les copistes avec bibliothèque au-dessus; /, la sacristie; I, le quartier de l'abbé: K, l'école avec ses dépendances; L, le logement des hôtes de distinction avec écurie; M, le quartier des étrangers ordinaires et

Fig. 574.

Est.

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Ouest.

Plan de l'abbaye de Saint-Gall, en Suisse, dressé et dessiné vers 820.

des pauvres; O, le verger avec l'indication de la place de tous les arbres fruitiers ; P, le Jardin légumier où chaque plate-bande porte le nom du légume auquel elle est destinée; m, la maison du jardinier; Q, les poulaillers et le logement du chef de la basse-cour, avec un parc a pour les canards et un parc b pour les poules ; Y, la pharmacie et l'établissement pour l'opération de la phlébotomie ; Z, le logement du médecin et un jardin pour les plantes

médicinales; R, une grange et le fruitier; S, les logements des corporations d'ouvriers; T, la brasserie, la boulangerie et un moulin à bras; U, des écuries, des magasins pour les grains et les fours à torréfier les fruits ; V, des étables et des logements pour les palefreniers, les bergers et les porchers; X, l'entrée de l'église ouverte au public ; W, probablement la grange. Le plan est accompagné de légendes minutieuses ; il ne donne pas seulement la destination, mais aussi la distribution intérieure de chaque édifice ; il en indique les différentes places avec l'usage auquel elles doivent servir, l'emplacement des foyers, les dépendances et mille autres petits détails intéressants. Dans le dortoir et le réfectoire, par exemple, il marque l'endroit où doivent se trouver les lits et les tables, et dans le cellier il détermine la place des petits et des grands tonneaux, minores et majores tunnae.

Les dispositions principales du plan de Saint-Gall se rencontrent dans presque toutes les abbayes élevées depuis le IX^ jusqu'au XVF siècle. Nous traiterons plus longuement de ces dispositions dans la partie consacrée au style ogival.

Les églises et les autres édifices qui composaient les abbayes romanes étaient construits dans le style du siècle et du pays où on les élevait. Peu de ces anciens monastères ont conservé leur aspect primitif; la plupart ont été rebâtis ou modifiés dans la suite des siècles.

Primitivement les chanoines des cathédrales et des collégiales vivaient en communauté comme les refigieux. Les cloîtres des simples collégiales étaient ordinairement, comme ceux des abbayes, adossés au bas côté méridional de l'église, parce que, dans nos contrées, l'exposition au soleil de midi est de loin la plus agréable et la plus avantageuse pour la santé. Mais, auprès des cathédrales, le côté sud était, pour la même raison, occupé par les palais épiscopaux, et les chanoines se voyaient obligés de choisir le côté nord de l'église pour y bâtir leur cloître. La cathédrale de Tournai avait autrefois un cloître adossé au bas côté septentrional de l'église. Toutefois, la règle que nous venons de poser n'est pas absolue; il y a plusieurs exemples de cloîtres, tant d'abbayes que de chapitres, occupant d'autres emplacements. Ces exceptions à la règle générale tiennent à différentes causes, telles que la présence de rues ou de constructions qu'il était impossible de supprimer, et, dans les pays montagneux, les accidents du terrain environnant l'église. A Sainte- Gertrude de Nivelles, le cloître est adossé au bas côté nord, tandis qu'à Tongres et à la cathédrale de Hildesheim il se trouve au chevet du chœur.

Les cloîtres des égUses monastiques, cathédrales et collégiales, se compo-

saient habituellement d'une cour carrée ou rectangulaire, appelée préau, et entourée de galeries couvertes, qui servaient de promenoir aux religieux et aux chanoines. Ces galeries, ouvertes du côté du préau, en étaient néanmoins séparées par un bahut ou appui presque continu, sur lequel venaient poser les colonnettes portant les archivoltes des arcades ajourées. Les cloîtres les plus anciens n'avaient souvent aucune espèce d'ornementation : leurs galeries étaient couvertes d'un simple appentis en bois dont la charpente restait visible à l'intérieur. Dès la fin du siècle, ces appentis furent remplacés par des voûtes en berceau ou en arête, au-dessus desquelles on construisit même parfois un étage.

Dans la plupart des cloîtres romans du XIF siècle, les retombées des archivoltes sont portées par des colonnettes doublées, couronnées d'un seul tailloir. Quelquefois aussi, comme aux cloîtres de Tongres et de Nivelles (les seuls de l'époque romane qui existent encore en Belgique), des colonnettes isolées alternent avec des colonnettes doublées (voyez p. 38 1, fig. 392). Les galeries de ces cloîtres étaient souvent décorées de peintures et de sculptures. Un des plus beaux et des plus riches cloîtres du XIF siècle est, sans contredit, celui de Saint-Trophime, à Arles. En Italie et en Espagne, on trouve aussi des cloîtres romans du XIF siècle ornés avec une grande recherche. Dans les contrées méridionales, les colonnettes qui séparent le préau des galeries sont plus hautes que dans les pays du nord ; elles sont en marbres rares et précieux, et ont leurs fûts contournés en spirale ou décorés des sculptures les plus variées. Les cloîtres de. Saint-Jean-de-Latran et de Saint-Paul-hors-les^ murs à Rome, sont des modèles du genre.

Le cloître des cathédrales et des collégiales était, comme celui des abbayes, entouré des bâtiments indispensables pour la vie commune des chanoines. Sous ses galeries s'ouvraient les portes du réfectoire, du dortoir, de l'école, de la salle capitulaire et des autres locaux affectés au service de la communauté. Plus tard, lorsque la vie commune fut abandonnée par les chapitres, les habitations privées des chanoines prirent, autour des galeries, la place de ces différents édifices.

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