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ICONOGRAPHIE DE LA PÉRIODE ROMANE

L'iconographie, c'est-à-dire la science des images, s'occupe des représen tàtions figurées dues à la sculpture et, en général, à tous les arts du dessin. Le moyen âge prodigua ces représentations, non seulement à l'intérieur et à

l'extérieur des édifices, mais aussi sur les moindres objets du culte. Elles formaient comme un vaste livre ouvert à tous les fidèles indistinctement, aux ignorants comme aux savants. « Ce livre, dit l'abbé Crosnier, présentait à tous des notions claires et précises sur les vérités qu'ils devaient croire, sur les devoirs qu'ils avaient à remplir et sur les récompenses qui leur étaient promises. Quoique le temps et les révolutions aient déchiré des pages bien précieuses de ce livre, il en reste encore assez pour que nous puissions, à notre tour, en faire l'objet de nos méditations. Nous y rencontrons tout ce qui peut nous intéresser le plus : notre origine, la nature de notre âme, notre fin, les moyens de parvenir à cette fin, les sacrifices que l' Homme-Dieu s'est imposés pour nous y conduire, l'établissement de son Église, les nombreux héros qu'elle a enfantés, la lutte du mal contre le bien, les champions des deux armées, les vertus et les vices, enfin le terme de cette lutte, quand le souverain Juge, qui déjà comme Rédempteur est venu porter les premiers coups au génie du mal, viendra de nouveau à la fin des siècles anéantir son empire: » Iconographie chrétienne, p. 5.

En parlant des peintures et des sculptures que le moyen âge aimait à prodiguer dans les églises, Didron s'exprime ainsi : « L'art figuré des cathédrales, qui faisait l'office d'une leçon pour instruire, d'un sermon pour moraliser et d'un exemple pour édifier, représenta par personnages toute la science et tout le dogme chrétien. Aidé par ces objets matériels, par ces statues et ces images, l'esprit débile pouvait monter jusqu'à la vérité, et l'âme, plongée dans les ténèbres, se relevait dans la lumière que l'art faisait éclater aux yeux :

Mens hebes ad verum per materialia surgit, Et demersa prius, hac visa luce, resurgit. » (i). L'enseignement du peuple par le moyen des représentations figurées était d'autant plus nécessaire à cette époque, que l'instruction appartenait, pour ainsi dire, exclusivement au clergé et aux classes élevées de la société.

L'étude de l'iconographie offre un des champs les plus vastes aux investigations de l'archéologue. Il nous serait impossible de le parcourir en entier. Aussi nous contenterons-nous d'en explorer les principales parties.

I . JTa glaire^ le nimbe et l'auréole. La gloire est un ornement symbo-

(i) Iconographie chrétienne, p. VII. Les deux vers latins, cités par Didron, sont de Suger, le célèbre abbé de Saint-Denis.

lisant un nuage lumineux, que les artistes du moyen âge mettent autour de la tête ou du corps d'un personnage, comme attribut de la sainteté ou de la puissance. Quand il n'environne que la tête, on lui donne le nom de nimbe; lorsqu'il entoure le coips entier, il s'appelle auréole.

A. Le nimbe (mot dérivé du latin nimbus, nuage) est un ornement circulaire, et quelquefois aussi carré, barlong ou triangulaire, dont on orne la tête des figures représentant les personnes divines, les saints et les hommes revêtus de l'autorité suprême, soit civile soit ecclésiastique. On le place derrière la tête dans une position verticale. Comme la couronne est le signe de la royauté, de même le nimbe est celui de la sainteté ou de l'autorité.

Le nimbe circulaire ou en forme de disque est l'attribut de Dieu, des anges et des saints. Cependant, lorsqu'il environne la tête d'une des personnes divines, le disque est régulièrement marqué d'une croix grecque, dont trois branches seulement sont visibles (i); il prend alors le nom de nimbe crucifère. Le nimbe crucifère est l'attribut caractéristique des personnes divines, même lorsqu'on les représente sous des figures symboliques. Ainsi, par exemple, la main, symbole du Père (fig. SyS), l'Agneau, symbole du Fils (fig. 576), et la colombe, symbole du saint Esprit, portent toujours le nimbe crucifère.

Fi-. Fig. 576.

Main divine sur une patène de Hildesheim.

Agneau divin sur un sarcophage à Rome.

Le Christ porte le nimbe crucifère dans les gravures que nous avons données ci-dessus : fig. 186, p. 184; fig. 249, p. 243; fig. 254, p. 254; fig. ?70, p. 366; fig. 476, p. 422; fig. 5o6, p. 461.

(1) La croix du nimbe crucifère doit être verticale, et non pas inclinée comme la croiî^ de Saint-André X. Beaucoup d'artistes modernes, lorsqu'ils se servent du nimbe, pèchent contre cette règle d'iconographie.

Pendant la période latine, on donna aussi le nimbe aux oiseaux symboliques. Dans plusieurs mosaïques anciennes, on trouve un phénix perché sur un palmier, la tête ceinte d'un nimbe rayonnant, qu'on pourrait nommer radié ou crénelé; voyez ci-dessus, fig. i8i, p. 179.

Les branches du nimbe crucifère sont généralement assez larges et souvent dilatées vers les extrémités. On les décore parfois de perles, de pierreries ou d'autres ornements variés. Chez les Grecs, chacun des trois croisillons visibles porte une lettre. Ces lettres réunies forment les mots 6 wv, c'est-à-dire rêtre par excellence. Les Latins leur ont parfois substitué le mot REX, rof (fig. 254, p. 254). D'autres fois ils ont inscrit, dans le nimbe, le monogramme constantinien accosté des lettres grecques A et (portes sculptées du IV^ siècle, à Saint-Sabine à Rome), ou bien ils ont tout simplement placé ces deux dernières lettres sur les branches horizontales de la croix (fig. 5o6, p. 461).

Le nimbe circulaire dépourvu de croix est l'attribut des anges et des saints du nouveau Testament. Les saints de l'ancien Testament sont décorés du nimbe en Orient, mais ne le reçoivent pas en Occident. Souvent les personnifications des vertus, des provinces et des villes portent également le nimbe.

On donne le nimbe aux papes, aux empereurs, aux rois et aux prêtres administrant le sacrement du baptême, parce qu'ils sont revêtus d'une autorité suprême. En Orient, le nimbe était accordé à toute personne exerçant un pouvoir; le démon lui-même le porte. Cet usage byzantin a été suivi par quelques artistes occidentaux, de même que celui de donner le nimbe à Judas.

Des cercles concentriques partagent quelquefois le nimbe circulaire en plusieurs zones. Dans ce cas le disque central constitue le nimbe proprement dit, et les zones n'en sont que le prolongement et, pour ainsi dire, le rayonnement. Dans ces zones, qui sont au nombre d'une, de deux et de trois, on place ou on figure des perles, des pierreries et des cabochons, ou bien on y inscrit le nom du personnage, comme cela s'est pratiqué principalement dans les vitraux peints du XII^ et du XIII^ siècle. Les Grecs se contentent souvent d'y placer un monogramme ou les initiales du nom.

On décorait du nimbe carré ou rectangulaire les personnages vivants dépositaires de l'autorité suprême, tels que les papes et les empereurs. Dans une mosaïque du triclinium de Saint-Jean-de-Latran à Rome, bâti au ixe siècle par le pape Léon III, on voit ce pontife ainsi que Charlemagne, son contemporain, portant tous deux le nimbe carré (fig. 577). Saint Pierre, assis la tête ceinte du nimbe circulaire, présente un paUium à Léon III, et un étendard à Charlemagne.

Fig- 577-

Mosaïque du ix^ siècle au triclinium de Saint-Jean-de-Latran à Rome.

Le nimbe carré se rencontre principalement en Italie; il est, pour ainsi dire, inconnu en Orient et dans l'Europe occidentale. Egbert, archevêque de Trêves (978-993), le porte dans un manuscrit enluminé, conservé à la bibliothèque de la ville de Trêves et exécuté pour lui vers l'année 980 par deux moines de l'abbaye de l'île de Reichenau dans le lac de Constance. La présence du nimbe carré dans une peinture ou une sculpture fournit toujours des données précises sur l'âge des monuments. C'est par le nimbe carré porté par certains personnages qu'on est parvenu à déterminer d'une manière exacte l'âge d'une des fresques découvertes, il y a quelques années, dans la basilique souterraine de Saint-Clément à Rome.

La couronne que l'on donne aux images sculptées du Sauveur en croix ou de la sainte Vierge portant l'Enfiuit remplace souvent le nimbe. Voyez fig. 534, p. 486, etfig. 598, p. 555.

Origine du nimbe. Les païens faisaient usage du nimbe ; ils en décoraient leurs dieux et leurs empereurs. Trajan le porte dans un bas-relief de l'arc de Constantin, et Antonin le Pieux sur une monnaie. Mais à quelle époque remonte l'introduction du nimbe dans l'iconographie chrétienne? Le nimbe ne paraît pas avoir été employé par les chrétiens avant la conversion de Constantin. On ne connaît jusqu'ici aucun monument authentique des trois premiers siècles nous montrant le Christ ou des saints ornés du nimbe. Les plus anciens monuments, de date certaine, où cet ornement se trouve employé comme signe iconographique, sont les mosaïques de Rome et de Ravenne. Or il résulte de la comparaison de ces monuments entre eux que les images du Sauveur furent nimbées les premières, en second lieu celles des anges, ensuite celles des évangélistes et de leurs symboles, et enfin celles des saints et des puissants de la terre. Les images de Notre-Seigneur reçoivent le nimbe dès le commencement du IV^ siècle; jusqu'au VI^ siècle ce nimbe était tantôt simple tantôt crucifère. La sainte Vierge et les anges commencent à être nimbés dès les premières années du siècle, les évangélistes et les apôtres vers le milieu du même siècle, les saints et les personnages revêtus de l'autorité souveraine au commencement du siècle suivant. Cependant cette règle ne doit pas être appliquée dans toute sa rigueur, puisqu'on rencontre encore, après les époques indiquées, ces mêmes images dépourvues du nimbe. Dans la mosaïque de Saint-Cosme-et-Damien, à Rome, qui est de l'année 527 et dont nous avons donné la gravure p. 170, le Christ seul porte le nimbe, qui est circulaire et dépourvu de croix.

B. U auréole (mot dérivé du latin aura, vent doux, souffle lumineux) est un encadrement qui enveloppe le corps entier depuis les pieds jusqu'au sommet de la tête; c'est en quelque sorte le nimbe de tout le corps. Comme elle prend ordinairement la forme d'une ellipse 0, quelques archéologues lui ont donné le nom de vessie de poisson, vesica piscis. « Une terminologie qui se respecte, dit justement Didron, doit repousser, pour sa grossièreté, une pareille expression ; elle a été inventée par les antiquaires anglais qui en abusent. Du reste, cette dénomination est fausse, car très souvent l'auréole n'a pas la forme d'une vessie. On l'a appelée ovale divin ou amande mystique; le mot de mystique préjuge, avant tout examen, une intention symbolique, dont on peut fort raisonnablement douter. D'ailleurs elle n'est souvent ni un ovale ni une amande. » Icotïographie chrétienne, p. 86. On trouve, en effet, des auréoles rondes, ondulées et en forme de quadrilobe.

Les artistes du moyen âge donnent l'auréole aux trois personnes divines

et à la sainte Vierge. On en orne aussi les âmes des saints, et surtout celle du pauvre Lazare, figurées par un petit corps humain entièrement nu. L'âme est ainsi déifiée au moment où elle retourne dans le sein du Créateur. Les saints, quelque vénérés qu'ils soient, ne sont jamais entourés de l'auréole.

L'auréole est ordinairement réservée à Dieu le Père et à Dieu le Fils. Avant le XIV^ siècle, on la donne rarement au saint Esprit, à moins qu'il ne soit accompagné des deux autres personnes divines.

Lorsque Dieu le Père ou Dieu le Fils sont représentés assis dans l'auréole, leurs pieds posent souvent sur un arc-en-ciel, tandis qu'un deuxième arc-enciel leur sert de siège. Voyez, sur la patène reproduite ci-dessus, fig. 5ii, p. 464, le Christ reposant sur deux arcs-en-ciel et entouré d'une auréole circulaire. Ces arcs-en-ciel sont parfois remplacés, le premier par un escabeau travaillé à jour (fig. 370, p. 366), le second par une espèce de fauteuil (fig. 579, p. 532). Dans ces représentations, par exemple dans celle du tympan de Maestricht (fig. 370), l'artiste s'est efforcé de traduire dans son oeuvre le texte d'Isaie : Le ciel est mon trône et la terre mon marche-pied.

L'auréole semble quelquefois supportée par des anges, et son champ est semé d'étoiles ou de rayons lumineux ; voyez fig. 186, p. 184, et fig. 586, p. 542.

Il serait difficile de déterminer d'une manière précise l'époque à laquelle l'auréole fut introduite dans l'iconographie chrétienne. Elle est plus récente que le nimbe, et tomba en désuétude avant lui.

2. Heprceetltatiintô tic la trb sainte €nuitc. Pendant la période romane, Fig 57^- la très sainte Trinité est représentée de

plusieurs manières. Voici les trois principales :

lo Pour inculquer aux fidèles le dogme de l'égalité des personnes, on les figura souvent sous la forme de trois personnages humains entièrement semblables. Quelquefois cependant on reconnaît le Fils aux pieds ou aux mains, et le saint Esprit est, comme dans l'exemple ci-contre (fig. 578), représenté sous la forme d'une colombe.

Les personnes divines, sous la forme humaine, ont toujours les pieds nus.

2° On se servit aussi, pour représenter

Sainte Trinité tirée du livre d'heures \^ sainte Trinité, du baptême de Notredu duc d'Anjou (xiii^ siècle).

Seigneur dans les eaux du Jourdain. Les trois personnes divines se sont manifestées d'une manière sensible à ce moment solennel de la vie terrestre du Sauveur. Ce sujet est constamment traité de la même manière, comme nous l'avons fait remarquer ci-dessus p. 460. Il n'y a rien à ajouter à ce que nous avons dit en cet endroit, si ce n'est que, dans cette scène, la voix du Père céleste entendue du haut des cieux est quelquefois, surtout avant le siècle, désignée par une main symbolique et que les anges qui se trouvent vis-à-vis de saint Jean portent les vêtements du Sauveur.

3° Depuis la fin de la période romane la sainte Trinité est souvent représentée de la manière suivante : Dieu le Père, assis sur un trône ou sur l'arcen-ciel, tient des deux mains une croix à laquelle est attaché le Sauveur ; l'Esprit saint, figuré par une colombe, se trouve entre la bouche du Père et du Fils, pour marquer que le saint Esprit procède à la fois du Père et du Fig. 579. Fils. Ce type fut conservé

pendant tout le moyen âge, et même jusqu'aux XVI^ et XVII^ siècles. Cependant, à partir du XV^ siècle, on négligea souvent de symboliser le dogme de la procession du saint Esprit, et on plaça la colombe soit sur un des bras de la croix, soit sur l'épaule du Père. Voici (fig.

579) la représentation de la sainte Trinité que l'on trouve sur la patène du calice du frère Hugo, conservée dans

, , V le trésor des Sœurs-de-Notre-

Nielle au centre de la patène du calice du frère Hugo,

ait trésor des Sœurs -de-Notre-Dame à Namur. Dame à Namur. Dieu le (Commencement du xiiie siècle.) Père, assis sur un siège ro-

man sans dossier ni accoudoirs, tient une croix en forme de tau, à laquelle est attachée l'image du Sauveur; la colombe, symbole du saint Esprit, touche d'une aile la bouche du Père et de l'autre celle du Fils.

3. Itteprcôentationô Ïjcô trois piTô0lutCô Ï>iuinc5. a. Dieu le Père. Avant le xie siècle, on ne donnait jamais la forme humaine à Dieu le Père. On se

contentait d'indiquer sa présence par une main sortant des nuages. Cettemain symbolique, d'abord sans nimbe (fig. 67, p. 71), puis avec le nimbe simple ou crucifère, se rencontre sur les sarcophages et les anciens ivoires.

A partir du siècle, on crut pouvoir donner au Père la forme humaine. 11 est facile de reconnaître une sorte d'indécision dans les premiers essais de cette représentation : d'abord c'est la tête seule ou un buste sortant des nuages (fig. 5o2, p. 449); plus tard le Père prend la forme et la figure du Fils, conformément au passage de l'Évangile où le Sauveur dit : Celui qui me voit voit aussi mon Père qui m'a envoyé. Au XIF et au XIII^ siècle, le Père est aussi jeune que le Fils ; on ne lui donne pas encore alors cette figure ridée, ces cheveux blancs et cette barbe grise qu'il reçut plus tard.

B, Dieu le Fils, Nous avons fait remarquer, en traitant de l'iconographie des catacombes, que, pendant les trois premiers siècles, on ne représentait le Sauveur que sous des formes symboliques ou dans des scènes historiques. A partir du IV^ siècle, on trouve des images isolées du Sauveur. Jusqu'au X^ siècle, le Christ est souvent représenté sous les traits d'un beau jeune homme, de quinze à vingt ans, sans barbe, à figure ronde et douce, tout resplendissant d'une jeunesse divine ; rarement il est barbu et âgé de plus de vingt-cinq ans; voyez fig. 19g, p. 199; fig. 264, p. 264; fig. 587, p. 544; et fig. 588, p. 545. Au XF et au XIF siècle, les artistes lui donnent une expression plus sévère; ordinairement il porte la barbe et trahit l'âge de trente à trente-cinq années (voyez fig. 370, p 366; et fig. 476, p. 422). « La figure du Christ, dit Didron, jeune d'abord, vieillit de siècle en siècle, à mesure que le christianisme gagne lui-même en âge. » Iconographie, p. 23 1.

Le Christ est souvent représenté bénissant de la main droite, et ayant une taille beaucoup plus élevée que les personnages qui se trouvent à ses côtés. Ces deux particularités ne s'observent pas seulement dans les représentations allégoriques, mais aussi dans les scènes historiques. On voulait de cette manière symboUser que le Sauveur est le souverain maître de l'univers.

C. Dieu le saint Esprit. Jusqu'au milieu du X^ siècle, il est toujours figuré sous la forme d'une colombe. Au XI^ et au XII^ siècle, on lui donne aussi quelquefois la forme humaine.

4. $a aoxï d le crncifiement. Ccxiôi^erations générales. L'histoire de la représentation du crucifiement peut se résumer de la manière suivante :

La scène du crucifiement ne se rencontre pas sur les monuments chrétiens ou les objets du culte antérieurs à la conversion de Constantin ; la croix même n'y paraît que sous une forme dissimulée; voyez ci-dessus, p. 94.

Au ive siècle, la croix fait son apparition dans l'iconographie chrétienne. Dès la conversion de Constantin, on la trouve sur un grand nombre de monuments; mais jusqu'au VI^ siècle elle ne porte jamais l'image du Christ. Elle est ornée de pierreries ou de feuillages, et souvent entourée d'une couronne ou d'une auréole. C'est bien plutôt l'instrument du triomphe et de la victoire qui est représenté que l'instrument du supplice.

Au VI^ siècle, les artistes chrétiens commencent à représenter timidement le Sauveur en croix. Ils se servent d'abord de l'Agneau symboHque, qu'ils associent de différentes manières au signe de la rédemption. D'autres fois ils appliquent au centre de la croix, ou aux extrémités des branches, des médaillons renfermant l'image du Sauveur triomphant ou de l'Agneau divin.

Du VI^ au ixe siècle, le Sauveur apparaît sur la croix, mais avec l'intention manifeste de rappeler uniquement son triomphe ; on écarte soigneusement de la scène tout ce qui pourrait avoir l'apparence d'opprobre ou de souffrance.

Du IX^ au XII^ siècle, la pensée de représenter le Christ glorieux et triomphant domine encore dans les représentations du crucifiement, de manière cependant à ne pas exclure entièrement l'idée de la souffrance.

Du Xllie auxve siècle, les artistes chrétiens, tout en conservant une minime partie du symbolisme des époques précédentes, s'attachent de plus en plus à rendre d'une manière réelle les souffrances du divin Crucifié.

Pendant la période de la renaissance, le culte de la forme et de la réalité constitue pour ainsi dire la seule préoccupation de l'artiste, qui, dominé par l'idée d'exprimer une douleur vulgaire ou de représenter un corps mort ou mourant, perd tout sentiment de noble symboHsme.

L'histoire des représentations de la croix et du crucifix comprend donc deux grandes époques : la première, qui s'étend du IV^ au XI F siècle inclusivement, a pour caractère distinctif la représentation glorifiée de l'instrument de la passion et de la Victime sans tache qui s'y est offerte volontairement; la seconde, qui commence au XIIF siècle et finit au XIX^, est caractérisée par l'expression des souffrances du divin Sauveur. Nous donnerions volontiers à la première le nom d'époque de la glorification ou du symbolisme, et à la seconde celui d'époque de la souffrance ou du réalisme.

IS époque de la souffrance correspond à la période ogivale et à celle de la renaissance ; nous en parlerons plus tard ; nous allons faire connaître maintenant les caractères de V époque de la glorification.

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