JTa cxm pe«ï>ttnt U IV® et U mdt. Plusieurs circonstances
contribuèrent singulièrement à mettre la croix en honneur dès le commencement du IV^ siècle : la vision miraculeuse et la conversion de Constantin, l'édit qui substitua la croix monogrammatique à l'aigle des armées impériales, la découverte de la vraie Croix faite par sainte Hélène, et les honneurs extraordinaires rendus au bois sacré.
Au IV^ siècle, la croix est fréquemment surmontée d'un monogramme inscrit dans une couronne. Lorsqu'elle n'est pas accompagnée du monogramme (ce qui arrive surtout à partir du siècle), elle est ou pattée (à branches dilatées vers les extrémités), ou gemmée (ornée de perles), ou fleurie et feuillée (ornée de fleurs et de feuillages), ou entourée d'une auréole. On a soin d'écarter de la croix toute idée d'opprobre et d'ignominie; ce n'est pas la croix instrument de supplice, mais la croix glorifiée, instrument de la rédemption du genre humain. Ces diverses formes de croix restèrent en usage jusque bien avant dans la période romane. Voyez ci-dessus les gravures suivantes : fig. 207, p. 2o5 ; fig. 242, p. 257; fig. 262, p. 273.
Outre les formes ornementales de la croix que nous venons de faire connaître, on distingue encore : la croix potencée ou en forme de tau, "f, appelée en latin crux commissa ou patihulata ; cette forme paraît avoir été celle de la croix à laquelle le Sauveur fut attaché; 2° la croix à quatre branches, en latin crux immissa, nommée grecque lorsqu'elle a les quatre branches égales, -|-, et latine lorsque la branche inférieure est plus longue que les trois autres, f ; enfin 3° la croix de Saint-André en forme d'x , en latin crux decussata, dénomination dérivée du mot decem, qui s'écrivait X chez les Romains.
6. <fftt aoiï petlïrant le VF mcU. Ce n'est que du dernier quart du Vie siècle que datent les premières images connues du Sauveur en croix. Mais entre la croix simple et le crucifix on trouve une série de monuments intermédiaires, offrant la croix associée à l'Agneau symbolique. Quelquefois l'Agneau, portant sur la tête une croix simple ou monogrammatique, est posé sur un tertre d'où découlent quatre fleuves, symboles des quatre Évangiles (fig. 601, p. 558); d'autres fois il soutient une croix à longue hampe (fig. 576, p. 527); enfin il est parfois couché devant la croix, rappelant ainsi le sacrifice par lequel la Victime sans tache s'est offerte sur la croix pour le salut du genre humain. La représentation de la croix accompagnée de l'Agneau se rencontre principalement dans les anciennes mosaïques de Rome et de ritahe.
Fig. 580. D'autres croix du Vie siècle portent,
à leur centre ou aux extrémités de leurs branches, des médaillons ornés de l'Agneau ou du buste du Sauveur glorieux. Telle est la croix offerte, vers 565, par l'empereur Justin II à la basilique de Saint- Pierre à Rome, que nous reproduisons ci contre (fig.
Ces croix intermédiaires, menant de la croix sans figures animées au crucifiement proprement dit, se rencontrent encore sur quelques monuments du vue siècle, alors que déjà on représentait souvent le Christ sur la croix.
Nous devons encore faire mention d'une autre catégorie de représenta- Face principale de la croix de l'empereur ^'^^^ intermédiaires. Sur les portes Justin II (vers 5651. en bois de Sainte-Sabine à Rome,
qui datent de la première moitié du VF siècle, on a sculpté le Christ entre les deux larrons. Les trois figures, debout et vues de face, se détachent sur un mur couronné par trois frontons triangulaires indiquant d'une manière conventionnelle la ville de Jérusalem. Les deux larrons, plus petits que le Christ, ont les bras étendus et fixés sur des croix ; le Christ étend aussi les bras, mais l'instrument de suppHce est absent.
7. $e CXVLCifxmmi îm vr au VIIF gikk. Les plus anciens monuments connus qui représentent le Christ attaché à la croix appartiennent au dernier quart du VF siècle. Ce sont la miniature du célèbre manuscrit syriaque de Florence, datant de l'année 586, et plusieurs objets envoyés par saint Grégoire le Grand (590-604) à Théodelinde, reine des Longobards, et conservés aujourd'hui dans le trésor de Monza. Quelques-uns de ces derniers nous montrent franchement le Christ en croix, tandis que d'autres, tels que les fioles en plomb, qui contenaient des huiles recueillies devant les tombes des martyrs, ne font encore qu'associer la figure du Christ à la croix, d'une manière bien plus saisissante cependant que la croix de l'empereur Justin et
Fig- 581. autres objets semblables. Trois de
ces curieuses fioles, dont nous en reproduisons une, portent, au centre de leur face principale (fig.
58 1), une simple croix feuillée, audessus de laquelle plane le buste du Sauveur entre les personnifications du soleil et de la lune; aux deux côtés de la croix on voit deux adorateurs, les larrons, la sainte Vierge et saint Jean; au-dessous on a figuré l'ange et les saintes
^^^HB^B^^^^^^^^R/^^^ femmes auprès du tombeau vide //r V X Christ. Sur le revers (fig. 582)
se trouve l'ascension du Sauveur, enfin sur les deux côtés du goulot une croix grecque pattée sous un arc de triomphe inscrit dans une couronne feuillée. Sur la quatrième des fioles on a figuré des scènes symboliques analogues : Notre Seigneur en pied y est représenté entre les deux larrons, étendant les bras en croix. L'instrument du supplice, qui est absent sur la face principale, a été rejeté, au revers de la fiole, sous un arc de triomphe, et entouré des têtes des apôtres inscrites dans des médaillons circulaires et placées autour de la croix en guise de couronne. L'artiste chrétien, on le voit, s'est efforcé d'abord d'écarter de la représentation toute idée d'opprobre et Revers d'une fiole en plomb du trésor de Monza de souffrance ; à cet effet il a trans- (vi«-viie siècle). formé, idéalisé en quelque sorte
la croix en la rendant pattée, l'ornant de feuilles et la métamorphosant en
Face principale d'une fiole en plomb du trésor de Monza {yi^ vii^ siècle;.
Fig. 582.
arbre de vie. Il a voulu affirmer ensuite le triomphe remporté sur la mort par Celui qui mourut sur la croix, en rappelant la résurrection et l'ascension du Sauveur.
Les crucifix primitifs n'offrent presque jamais le Christ sculpté en ronde bosse. On ne connaît jusqu'ici que deux exemples où l'image du Christ soit traitée de cette manière ; ce sont le crucifix de Sirolo et le Santo Vollo de Lucques. Dans toutes les autres représentations du crucifiement depuis le VF jusqu'au VIIF siècle, la figure du Sauveur est peinte, gravée ou ciselée sur la croix. De plus, ces représentations ont des caractères particuliers et sont régulièrement accompagnées d'accessoires qui les font reconnaître facilement :
Le Christ est vêtu d'un colobium ou tunique, ordinairement sans manches, et descendant jusqu'aux pieds. L'usage de la robe longue règne exclusivement pendant le VIF siècle, et reste presque général jusqu'au IX^. A cette époque, elle fut remplacée par un voile très large, couvrant les reins du Sauveur. « Personne ne verra dans l'antiquité chrétienne, dit Grimouard de Saint- Laurent, lorsqu'elle représentait Notre-Seigneur entièrement vêtu sur la croix, autre chose qu'un sentiment respectueux et un signe iconographique destiné à le rendre : il est certain, au contraire, que le Sauveur fut dépouillé de ses vêtements avant de subir le dernier supplice, et la seule chose qui pourrait demeurer en question serait de savoir s'il s'assujetit aux ignominies de la nudité complète. Ce n'est pas probable, il n'est pas prouvé même, fait observer le père Cahier, que les suppliciés chez les Romains fussent entièrement nus. » Annales archéologiques, XXVI, p. 142.
Le Christ a toujours la tête haute ou faiblement inclinée vers la droite et les bras étendus dans une position strictement horizontale. Les pieds sont attachés séparément à la croix par deux clous et souvent appuyés sur un escabeau ou suppedaneum. Quelquefois les clous semblent supprimés avec l'intention manifeste de signifier que le Christ s'est offert volontairement et spontanément sur la croix pour la rédemption des hommes.
La croix à laquelle, est attachée l'image du Sauveur a souvent la forme d'un tau, T, qui, par l'adjonction du support vertical destiné à recevoir le titre, ressemble parfois à la croix à quatre branches, bien qu'elle s'en dis-
Fig. 583.
Croix-reliquaire de Leuze (vii^ siècle).
lingue parce que ce support terminal a moins de largeur que les trois branches de la croix proprement dite. Cette croix en forme de tau et portant l'image du Sauveur est fréquemment 'placée sur une croix plus grande à quatre branches, gemmée ou pattée, et lui servant en quelque sorte d'encadrement. Tel est le cas dans la croix-reliquaire trouvée dans la châsse de saint Badilon (fig. 583) et dans une autre du trésor du Vatican (fig. 584).
La plupart des crucifix primitifs portent un litre, qui a régulièrement la forme d'une tablette terminée par des queues d'aronde ^IBi^- L'inscription manque rarement, Lt lorsqu'elle manque, sa place est occupée
Croix-reliquaire du trésor du Vatican ^^i^ P^^' ornements, soit par des perles ou
à Rome (vii^ siècle). des cabochons. L'inscription consiste presque
toujours dans un sigle désignant le Sauveur. Sur le titre de la croix du Vatican et de saint Badilon on trouve un simple X, c'est-à-dire XPICTOC; sur d'autres on voit le sigle ICX, qu'il faut interpréter IHCOYC XPICTOC. Il en est qui porte'nt lESVS REX IVDEORVM, ou HIC EST IHS NAZARENVS OU autres formules semblables. IHS et IHC sont les premières lettres du nom grec IHSOYS et IHCOYC. Lorsque la tablette ne suffit pas pour contenir toute l'inscription, on place régulièrement celle-ci au-dessus ou au-dessous du titre, comme dans la miniature du manuscrit de Florence, que reproduit notre fig. 585.
Du vie au Vllie siècle, la scène du crucifiement est souvent accompagnée de personnages et d'accessoires dont la présence est fondée sur la vérité historique, mais qui sont traités, comme l'image du Christ elle-même, d'une manière symbolique. Ce sont la sainte Vierge et saint Jean, le porte-lance et le porte-éponge, le soleil et la lune, la résurrection du Sauveur, le bon et le mauvais larron, et enfin la robe tirée au sort. Tous ces accessoires, à l'exception des deux derniers, se rencontrent encore souvent dans les crucifiements postérieurs au VIIF siècle; aussi nous contenterons-nous d'expliquer maintenant en peu de mots, la présence des larrons et de la robe tirée au çort sur quelques-unes des plus anciennes représentations du Christ en croix, telles que la miniature du manuscrit syriaque de Florence, exécutée en 586,
Fig. 585.
Miniature d'un manuscrit syriaque, de l'année 586, conservé à la bibliothèque laurentienne de Florence.
(fig. 585) et plusieurs fioles du trésor de Monza (VF-vil^ siècle), nous réservant de parler des autres accessoires en traitant ci-dessous de la manière de représenter le crucifiement du IX^ au XII^ siècle.
Au moment de sa mort sur la croix, le Sauveur se trouvait entre les deux larrons. Les saints Pères ont toujours considéré le bon larron, qui porte le nom de Dismas, comme le symbole des hommes profitant des grâces que nous a procurées la mort de Jésus-Christ, et le mauvais comme le type des pécheurs endurcis, refusant de correspondre au bienfait de la rédemption. C'est pour cette raison qu'on les a figurés, le premier dirigeant les regards vers le Sauveur, et le second détournant la tête afin de ne pas voir le divin
Crucifié. A partir du IX^ siècle, les larrons ne paraissent plus que rarement aux côtés du Sauveur en croix.
La robe sans couture, tirée au sort, semble avoir été l'emblème de l'unité de l'Église.
Dans les crucifix primitifs on rencontre fréquemment l'image de la sainte Vierge sur le revers de la croix; ou bien aussi, lorsque le crucifiement est reproduit sur la face principale d'un diptyque, on trouve la sainte Vierge sur le second feuillet. Le plus souvent la sainte Vierge est représentée en orante (croix de saint Badilon ; ci-dessous, fig. 694) ; plus rarement elle porte l'Enfant Jésus sur les bras (croix du Vatican; ci-dessous, fig. 5g6).
8. §e crucifiemetit et le cnicifir ^u ix^ an XIP eiècle. Pendant cette époque l'attitude du Christ sur la croix est à peu près la même qu'aux siècles précédents. Il tient la tête haute ou faiblement penchée sur l'épaule droite. En général le corps ne s'affaisse pas, ou ne s'affaisse que très légèrement ; jamais il ne se tord. Les bras conservent une position horizontale ou à peu près horizontale. Les pieds continuent d'être fixés séparément, et presque toujours ils reposent sur un suppedaneum. Ce n'est qu'à partir du XI F siècle qu'on trouve des exemples de la superposition des pieds.
Le Christ n'est plus vêtu du colobium que très rarement ; il porte régulièrement autour des reins une draperie ample et large, qui couvre le corps depuis les hanches jusqu'aux genoux. Au XF et au XIl^ siècle, cette draperie prend souvent la forme d'un jupon. On la nomme periionium.
Au ixe et au X^ siècle,- et même déjà au VIII«, une couronne est quelquefois suspendue au-dessus de la tcte du Christ (ivoire de Tongres, fig. 587 p. 544,). Dans les croix d'autel du XF et du XIF siècle la couronne est ordinairement placée sur la tête du Christ (fig. 534, p. 486). La couronne, posée sur la tête du Christ ou suspendue au-dessus, fait fonction de nimbe. Elle devait rappeler aux fidèles non pas la couronne d'épines, mais la grandeur et la royauté de la victime qui s'est offerte pour nous sur la croix.
La croix a ordinairement quatre branches. Quelquefois le titre ne porte pas d'inscription; d'autres fois, comme sur l'ivoire de Tongres (fig. 587, p. 544), il manque totalement. Il prend régulièrement la forme d'une tablette rectangulaire, sans appendices en queue d'aronde. L'inscription est très variée. Lorsque la tablette du titre manque, l'inscription se place parfois, comme sur l'ivoire de la cathédrale de Tournai (fig. 586), dans le champ qui entoure le sommet de la croix.
Couverture d'evangcliaire, en ivoire, a de Tournai (ix^ siècle).
la cathédrale
Avant le IX^ siècle, les personnages et les accessoires qui accompagnent la croix sont his^ toriques, c'est-à-dire que leur présence est légitimée par le récit même des évangélistes. A partir du IX^ siècle, on introduit dans la scène du crucifiement des figures allégoriques, telles que l'Église, la Synagogue et les personnifications de la Terre et de l'Océan. Nous parcourrons successivement les principaux types du cycle de ces représentations, en commençant par les accessoires historiques, parce qu'ils furent en usage dès le VF siècle. Trois gravures d'ivoires conservés en Belgique (fig. 586, 587 et 588) contribueront à faciliter l'intelligence de nos explications. Un feuillet d'un diptyque de la cathédrale de Tournai, datant du IX^ siècle, est surtout remarquable par le cachet d'archaïsme que lui donne la présence du Christ glorifié, doublement figuré audessus de la croix : d'abord sous la figure humaine, et ensuite sous le symbole de l'Agneau divin (fig. 586). L'artiste chrétien du IX^ siècle a, comme ses devanciers du VI^ et du VII®,
associé l'idée du triomphe et de la glorification à celle de la passion et de la mort du Sauveur.
A. Personnages et accessoires historiques,
a) La sainte Vierge et saint Jean. « Auprès de la croix, dit saint Jean (XIX, 25-27) parlant des derniers moments du Sauveur, se tenaient debout la mère de Jésus, et la sœur de sa mère Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère et, près d'elle, le disciple bien-aimé, dit à sa mère : Femme, voilà votre fils. Puis il dit au disciple : Voilà votre mère. Et depuis ce moment, le disciple la prit chez lui. » C'est là ce qu'à partir du VI^ siècle les artistes chrétiens ont voulu représenter en plaçant la sainte Vierge et saint Jean auprès de la croix. Marie se tient, sous la croix, à la droite, et l'apôtre à la gauche du Sauveur ; ce n'est qu'exceptionnellement qu'on les trouve, comme sur la miniature de Florence, tous les deux du côté droit (fig. 585). Souvent des inscriptions placées à leurs côtés rappellent les paroles du Sauveur : Femme voilà votre fils, et voilà votre mère (fig. 584). Dans les plus anciens crucifix non encadrés, comme la croixreliquaire du trésor du Vatican (fig. 584), la sainte Vierge et l'apôtre saint Jean occupent les extrémités de la traverse horizontale de la croix. Ordinairement ils lèvent les bras vers le Sauveur, ou se voilent la face en signe de douleur avec la main nue ou cachée par l'extrémité de leur vêtement. La sainte Vierge a la tête couverte d'un voile et les pieds chaussés, tandis que saint Jean 'a la tête et les pieds nus, et porte régulièrement un livre.
Les saintes femmes dont il est question dans le récit de saint Jean sont rarement représentées.
b) Le porte-lance et le porte-éponge. Une pieuse tradition, fortement accréditée pendant le moyen âge, affirme que le soldat qui perça le côté du Sauveur était un païen nommé Longin, qu'il' se convertit plus tard et fut honoré comme saint par l'Église. Les écrivains ecclésiastiques considèrent presque tous Longin, représenté à côté de la croix, comme la figure des gentils, tandis que le soldat qui présenta à Jésus-Christ l'éponge imbibée de vinaigre appartenait, selon eux, à la nation juive. « L'art, si l'on doit en croire le Père Cahier, dit la même chose par sa fidélité à faire contraster ces deux personnages, en plaçant à droite du crucifix le soldat armé de la pique et à gauche l'homme qui élève l'éponge. De sorte que là, où l'Eglise et la Synagogue ne se voient pas, on peut les tenir pour remplacés exactement par ces deux hommes. » Mélanges d archéologie, II, p. 69.
c) Le soleil et la lune. Dès le VF siècle, ces astres sont représentés dans la scène du crucifiement ; le soleil se trouve presque constamment à la droite du Christ, et la lune à sa gauche. On les voit sur la miniature de Florence
Fig. 588.
(fig. 585) et sur les croix du Vatican (fig. 584) et de Monza, ainsi que sur trois des fioles de cette dernière ville (fig. 58 1). « Généralement, dit Grimouard de Saint-Laurent, sur tous ces monuments qui portent le caractère primitif du long colobium sans manches, ou plus primitif encore de la figure du Sauveur rapprochée de la croix sans y être attachée, les deux astres sont représentés de la manière la plus simple, au moyen d'une étoile rayonnée pour le soleil, d'un croissant ou d'un disque plein pour la lune. Ils n'offrent qu'une exception. Sur l'une des fioles de Monza, le soleil est représenté par la tête d'un jeune homme couronné, et la lune par celle d'une jeune fille, surmontée d'un croissant (fig. 58 1), souvenir évident des figures mythologiques d'Apollon et de Diane. » Annales archéologiques, XXVI, p. 21 5. Dans ces monuments primitifs la présence du soleil et de la lune ne paraît pas avoir d'autre signification que celle de rappeler l'obscurcissement du soleil et les ténèbres qui se produisirent subitement à la mort du Sauveur. Au IX^ siècle, on ajoute à cette signification étroite et purement historique des significations plus larges et allégoriques : dès cette époque, le soleil et la lune ne font pas seulement allusion à l'obscurité qui régna sur la terre au moment de la mort du Christ, mais ils représentent le firmament assistant et prenant part à la mort et au triomphe de son Créateur. Cela résulte clairement, nous semble-t-il, d'abord du geste que les artistes prêtent souvent aux deux astres, lorsqu'ils leur donnent la forme humaine ou mythologique : ils se couvrent alors la face avec la main en signe de tristesse, ou sèchent leurs larmes avec la draperie ou orariiim qu'ils portent sur le bras (fig. 586 et 587) ; ensuite de la présence, sur la plupart des ivoires, des anges et des personnifications de la Terre et de l'Océan ; de sorte que toute la nature, céleste et terrestre, est figurée autour de la croix, manifestant la douleur qu'elle éprouve au moment solennel de la mort de son Créateur.
A partir du IX^ siècle, les deux astres sont presque toujours personnifiés et représentés par un homme et une femme. La personnification du soleil a régulièrement la tête ceinte de rayons, celle de la lune est surmontée d'un croissant (fig. 493, 586 et 587). L'une et l'autre portent parfois une torche. Un ivoire publié par les Mélanges archéologie (II, pl. IV) offre la particularité que le soleil est représenté par le char mythologique d'Apollon traîné par quatre chevaux, et la lune par le char de Diane attelé de quatre bœufs.
Sur l'ivoire du musée de Tournai (fig. 588), le soleil et la lune sont superposés au titre de la croix; le soleil se trouve au-dessus de la lune.
d) Les saintes femmes arrivant au tombeau du Sauveur. « Lorsque le
jour du sabbat fut écoulé, dit l'évangéliste saint Marc (XVI, i), Marie Madeleine, Marie la mère de Jacques le Mineur, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus. Et, le premier jour de la semaine, elles arrivèrent de grand matin au sépulcre, lorsque le soleil était déjà levé.... Et étant entrées à l'intérieur du monument (funéraire), elles virent un jeune homme assis du côté droit, vêtu d'une robe blanche ; et elles en furent fort effrayées. » Depuis le VI^ jusqu'au XIF siècle, on voit souvent, au-dessous du crucifiement, l'arrivée des saintes femmes au tombeau. La miniature de Florence (hg. 585) et deux des fioles de Monza (fig. 58 1) offrent les premiers exemples connus de cet accessoire. Les artistes chrétiens ont interprété à leur manière le passage de saint Marc que nous avons transcrit plus haut. Les trois femmes portent tantôt des bocaux, tantôt des encensoirs ou des vases d'une autre forme ; elles arrivent devant l'ange, assis, non pas à l'intérieur du monument, comme l'indique le récit de l'Évangile, mais bien devant le sépulcre, qui présente la forme d'une église. Souvent on figure près du tombeau les soldats terrassés ou endormis (fig. 585). En reproduisant cette scène au bas de la- croix, les artistes voulaient mettre en parallèle les humiliations et la glorification du Sauveur, sa mort sur la croix et sa résurrection glorieuse. « Ce tombeau vide, dit le P. Cahier, où un ange vient terrasser les gardes et rassurer les femmes fidèles, c'est la mort vaincue par Celui qui avait vaincu l'auteur du péché sur le Calvaire, c'est le triomphe après la victoire remportée sur la croix ; c'est le dernier sceau mis à l'acte de notre réconciliation, et, comme la femme avait été l'origine de notre disgrâce, c'est à elle qu'est annoncée la première parole de paix entre la terre et le ciel. C'est donc le complément du grand œuvre de notre rédemption, et la résolution des ignominies de la croix; puisqu'ici commence cette gloire du Crucifié qui doit désormais faire courber tout genou dans les cieux, sur la terre et aux enfers : les anges descendent pour attester et divulguer sa sortie du tombeau, et la terre s'ébranle, comme pour applaudir à son libérateur. )) Mélanges d archéologie, II. p. yS.
e) Les morts ressuscitant et sortant du tombeau. A partir du IX^ siècle, on a souvent figuré, au pied de la croix, la résurrection des morts qui eut lieu à la mort de Jésus-Christ selon le récit de l'Évangile. Les tombeaux dont sortent les ressuscités affectent la forme de petits édifices, ordinairement couronnés d'une coupole (fig. 587 et 588), plus rarement d'un fronton triangulaire ou d'un toit à double versant. Rien n'était plus apte que la résurrection des morts pour proclamer la victoire remportée sur la mort par le Sauveur expirant sur la croix.
f) Judas pendu à un arbre. Cette scène est très rare. On la voit, à côté du crucifiement, sur un petit ivoire du VIIF ou IX^ siècle, exposé au British Muséum de Londres. Elle se trouve également, sans le crucifiement, mais avec sept autres épisodes de la vie du Sauveur, sur un diptyque en ivoire du ixe siècle, conservé à la cathédrale de Milan.
B, PersoniVages et accessoires allégoriques.
a) L'Eglise et la Synagogue. Du IX^ au XIF siècle les personnifications de l'Église et de la Synagogue se trouvent sur la plupart des représentations
• du crucifiement. Elles étaient destinées à rappeler aux chrétiens la réprobation du peuple d'Israël et la vocation des gentils à la foi dans l'Église chrétienne. L'Église, presque toujours placée à la droite de la croix, est représentée par une femme portant une bannière et recueillant dans un calice le sang qui s'échappe du côté droit du Sauveur. Quelquefois l'un ou l'autre de ces attributs fait défaut : ainsi sur l'ivoire de Tongres (fig. 587) l'ÉgHse tient dans la gauche une bannière à longue hampe, et dans la droite une espèce de trèfle, emblème de la sainte Trinité, tandis que sur les deux ivoires de Tournai (fig. 586 et 588) elle ne porte pas de bannière, mais recueille dans un vase le sang de Jésus-Christ. La Synagogue est également personnifiée sous la figure d'une femme, portant une bannière ou bien aussi, quoique rarement, une palme (fig. 587). Elle se trouve à la gauche du Sauveur, lui tourne le dos, et semble quelquefois, en s'éloignant, lui lancer un regard d'insulte et de colère (fig. 587 et 588).
Sur l'ivoire de la cathédrale de Tournai (fig. 586) on voit, du côté droit du Christ, l'Église, SCA ECLESIA, recueillant dans un calice le sang précieux qui s'échappe du côté percé par la lance, et à la gauche, place occupée ordinairement la Synagogue, une femme personnifiant la ville de Jérusalem, HIERUSALEM, étendant dédaigneusement les bras vers la croix.
Il existe des croix d'autel de la fin de la période romane, portant, en émail, aux extrémités de la traverse horizontale, les personnifications de l'Église et de la Synagogue (croix de l'église de Scheldewindeke).
b) L'Océan et la Terre. Sur les ivoires et les miniatures des manuscrits les artistes romans placent presque constamment, au pied de la croix ou au bas de toute la composition, les personnifications de l'Océan et de la Terre empruntées à la mythologie. Contrairement à ce que nous observons dans l'ivoire de Tongres (fig. 587), l'Océan est presque toujours placé à la droite du Sauveur, et la Terre à sa gauche (ivoire du musée de Tournai, fig. 588).
L'Océan est représenté par un homme barbu, assis sur un monstre marin ou épanchant une urne ; il tient en main une rame, un poisson (fig. SSy), une corne d'abondance ou le trident de Neptune, et porte des cornes en forme de serpent, ou quelquefois aussi des ailerons. En face de l'Océan se trouve la Terre sous la figure d'une femme, à demi nue, tenant et, quelquefois même, allaitant des enfants ou des serpents ; près d'elle, ou dans une de ses mains, on voit une corne d'abondance. Sur l'ivoire de Tongres (fig. 587) cette corne est remplacée par une branche d'arbre.
On plaçait près de la croix les personnifications de l'Océan et de la Terre, d'abord, comme nous l'avons déjà dit ci-dessus p. 646, pour exprimer la douleur qu'éprouva la nature à la mort de son Créateur, et ensuite pour indiquer que l'univers entier a participé à la rédemption opérée par la mort du Sauveur. L'Église chante en effet : Unda manal et cruor : terra, pontus, astra, mundus, quo lavantur Jlumine.
c) La main divine et la colombe. On trouve souvent au sommet de la croix une main, avec ou sans nimbe crucifère, paraissant sortir des nuages et soutenant parfois une couronne. Cette main est le symbole de Dieu le Père, de même que la colombe, qu'on voit sur quelques croix, est celui du saint Esprit. La main et la colombe ne se rencontrent pas, dans la scène du crucifiement, avant le commencement du IX^ siècle.
d) Les anges. Au-dessus de la traverse horizontale de la croix, près du soleil et de la lune, on voit souvent deux, trois ou quatre anges, dans l'attitude de l'adoration. Quelquefois (fig. 587), ils tiennent une couronne suspendue au-dessus de la tête du Sauveur. Dans les plus anciens monuments où on les rencontre (monuments datant du IX^ siècle), ils sont souvent au nombre de deux, et désignés par leurs noms Michel et Gabriel. Ces anges symbolisent la nature angéUque assistant à la mort du Sauveur.
e) Les évangélistes. Avant le IX^ siècle, on n'a jamais figuré les évangélistes sur la face principale des crucifix, mais bien, en personne ou en symbole, aux quatre extrémités du revers, lorsque celui-ci porte au centre l'image de la sainte Vierge (fig. Sgô). La raison pour laquelle on ne les voit pas à cette époque dans la scène du crucifiement, c'est que celle-ci n'admettait encore alors que des accessoires purement historiques. Après le VIIF siècle, lorsque les allégories et les symboles furent introduits dans l'iconographie de la croix, on voit aussitôt apparaître les évangélistes. Ils se trouvent soit au-dessus de la traverse horizontale de la croix, avec les anges et les astres,
soit aux quatre angles de la bordure qui forme l'encadrement de la scène principale. On les rencontre aussi, du IX^ au XII^ siècle, sur la face principale des crucifix, aux extrémités des branches.
/) Le serpent. A partir du IX^ siècle, on voit souvent un serpent s'enroulant autour du pied de la croix (fig. 588). Ce symbole fait évidemment allusion au texte de la Genèse, ch. III, v. 14 et i5, où il est raconté que le Seigneur, maudissant le serpent après la chute du premier homme, lui adressa la menace suivante : « J'établirai une inimitié entre toi et la femme, et entre ta progéniture et la sienne ; elle te brisera la tête, et tu menaceras son talon. »
g) Le calice. On trouve des crucifix où le suppedaneum est remplacé par un calice. « Il est probable, dit Didron, que ce calice est le graal si célèbre dans nos romans du moyen âge. Le graal, dit-on, avait servi à la Cène; c'est dans ce vase que Jésus aurait changé le vin en son sang. Ensuite Nicodème, le juif converti, ou plutôt Joseph d'Arimathie recueillit dans ce divin calice le sang qui coula des plaies du Sauveur. Puis, par la suite des événements, le mystérieux graal passa en France, où il devint le sujet de nombreuses et de très longues épopées. » Iconographie^ p. 253.
h) La personnification de Rome est parfois placée au pied de la croix entre l'Océan et la Terre, sans doute pour symboliser la vocation à la foi des peuples de l'Occident, dont Rome était la maîtresse souveraine. La ville éternelle est représentée sous la forme d'une femme assise, portant, pour signifier sa puissance, une bannière et une boule; quelquefois aussi, elle est privée de tout attribut.
i) Adam sortant du tombeau. Cette scène figure souvent au pied de la croix, pour signifier que la résurrection de la chair est un effet de la mort du Sauveur.
Le crucifiement, tel qu'il est représenté, depuis le IX^ jusqu'au XIF siècle, avec ses accessoires historiques et allégoriques, doit s'interpréter : la nature angélique, céleste et terrestre assistant au sacrifice sublime de l' Homme-Dieu sur la croix et en recueillant les effets salutaires ; la Synagogue réprouvée, l'ÉgJise formée, la tête du serpent infernal écrasée, le genre humain réparé et recevant le gage de la résurrection de la chair.
9. crucifir ^ee XF et XIF eikUe. il reste un grand nombre de crucifix ayant servi de croix d'autel pendant les deux derniers siècles de l'époque romane. La plupart présentent les caractères suivants :
L'image du Christ, presque toujours de cuivre rouge, a souvent des yeux de verre bleu.
2» Le peri^onium, ou draperie qui couvre le corps du Christ depuis les hanches jusqu'aux genoux, prend ordinairement la forme d'un jupon, dont les bords sont ornés de perles ou de cabochons (i). On appliquait aussi, plus rarement cependant, des ornements et des cabochons sur la draperie elle- Fig. 589. même. Les christs
desxieetxiiesiècles, vêtus d'une longue tunique à manches ou d'un peri^onium en forme de jupon et descendant jusqu'aux pieds, sont extrêmement rares.
Voici (fig. 589) un christ du Xie-XlP siècle, trouvé à Eprave, et conservé actuellement au musée archéologique de Namur. Il est en cuivre rouge, et a le nombril recouvert d'un gros cabochon Christ du xi^-xii^ siècle, trouvé à Éprave (Namur). de verre.
3° Dans les crucifix du XF siècle, le Christ est souvent couronné d'une espèce de toque ou d'une couronne royale. Au XIF siècle, la toque et la couronne deviennent rares ; et vers la fin de ce siècle on n'en trouve presque plus d'exemple.
40 Les traverses des croix qui portent les images du Christ sont souvent ornées d'émaux et de symboles, tant au revers qu'à la face principale. Voyez ci-dessus, fig. 534, p. 486.
La couronne, destinée à symboliser la royauté divine de Jésus-Christ, avait des formes variées. Nous en donnons quelques-unes à la page suivante.
(i) On appelle cabochons de grosses perles brutes, de verre ou de cristal. On s'en servait au moyen âge comme ornement ou pour recouvrir des reliques.
Fig. 590. Fig. 591. Fig. 592. Fig. 593.
i£y £^ tiM
Couronnes de christs romans.
Quelquefois les dents se terminent par un fleuron trilobé ou à un plus grand nombre de lobes.
Par leur forme crénelée ces couronnes rappellent la couronne murale que les Romains avaient coutume de décerner comme récompense au soldat qui escaladait le premier les murs d'une ville assiégée. Il est probable qu'elles avaient une signification symbolique spéciale, distincte de celle de la couronne royale; et qu'elles servaient à rappeler que Jésus-Christ, vainqueur de la mort par sa résurrection, est entré le premier avec son humanité dans la Jérusalem céleste.
Le Christ bénissant porte aussi quelquefois la couronne crénelée, dans les monuments du XI F siècle ; nous l'avons vue sur la tête d'une figure de Christ de cette époque ornant une couverture d'évangéliaire en cuivre doré et repoussé, qui faisait partie autrefois de la collection de M. A. Firmin Didot.
10. Cruir ï>e passion et aoxï ïre rcsumctimi. On appelle croix de passion celle qui, composée d'une tige et d'une ou de deux traverses, représente ou imite les proportions des différentes parties de la croix, instrument de supplice, comme on se figure qu'elles étaient en réalité. La croix de résurrection n'est qu'un symbole de la croix réelle ou de passion ; c'est une petite croix au bout d'une hampe ou bâton, comme celle que tiennent le Christ (fig. 264) et l'Agneau divin (fig. 576). « Elle n'est autre, dit Didron, qu'un étendard dont la hampe se termine en croix au lieu de s'aiguiser en pique... La croix de passion, la vraie croix est souffrante; la croix de résurrection est triomphante. La seconde a la même forme générale que la première, mais elle est spirituahsée ; c'est le gibet transfiguré. » Iconographie, p. 369 et suiv. Une bannière ou une flamme flotte quelquefois au haut de la hampe, sous la croix. On place la croix de résurrection entre les mains du Sauveur lorsqu'on le représente sortant du tombeau et montant au ciel, ou terrassant ses ennemis après sa résurrection glorieuse.
11. fa sainte Hlierge. Pendant les douze premiers siècles la sainte Vierge est représentée seule ou accompagnée de son divin Fils.
A. La Vierge sans l'Enfant tient ordinairement les bras étendus et levés comme les orantes (voyez ci-dessus, p. g5), et près de sa tête est inscrit le sigle MP ©T, c'est-à-dire Mc-np ©coO, Mère de Dieu. Quelquefois elle est
Fig- 594. placée entre deux saints (fig. 119) ou entre deux arbres symbolisant le paradis (fig. 118 et 594).
Ce mode de représentation, très usité du IV^ au VIF siècle, tomba insensiblement en désuétude pendant les siècles suivants.
B. La Vierge avec ï Enfant. Il y a deux manières de représenter la Vierge avec l'Enfant. « Nous distinguerons, dit Didron, en historiques et poétiques les scènes où l'on voit le groupe de la Vierge tenant Jésus. Quand la scène est imaginée pour rendre hommage à Marie, nous disons qu'elle est poétique. Quand les rois mages, par exemple, viennent apporter leurs présents à Jésus tenu par sa Mère, Revers d'une croix scène est purement historique. » Ann. arch.^ I, p. 216. reliquaire du vu" siècle Pendant la période latine et la première partie de la période romane, le groupe historique se rencontre le plus souvent. On le trouve dans différentes scènes de la vie de Notre-Seigneur, surtout dans l'adoration des mages. Ce dernier sujet est très commun sur les sarcophages; voyez ci-dessus, p. m, fig. 124.
Le group'e poétique peut se réduire à deux types distincts. Le premier, que nous appellerons grec ou by^antin^ consiste à figurer la Vierge tenant les bras étendus en forme d'orante, tandis que l'Enfant, placé devant elle, bénit à la manière grecque, soit des deux mains, soit de la droite seulement.
trouvée à Leuze (Hainaut).
Ce type se rencontre déjà dans les catacombes; nous en avons donné un exemple, p. 82, fig. 78. Les Byzantins s'en servirent pendant tout le moyen âge, et les Grecs l'emploient encore aujourd'hui. Le Guide de la peinture {1) veut qu'on représente Marie les mains élevées en l'air, et devant elle le Christ bénissant de deux côtés, et l'Évangile sur la poitrine. Voici (fig. 595) la gravure du sceau quadripartite des épistates (2) qui dirigeaient les couvents du
Sceau des épistates du mont Athos. mont Athos en 1829. On y voit la Vierge,
(1) Voyez, au sujet du Guide de la peinture, ci-dessus, p. 297-298.
(2) Ces épistates sont au nombre de quatre ; chacun est dépositaire d'une partie du sceau. Quand il y a un acte à sceller, chacun apporte son quart de sceau. Le secrétaire réunit les différents quarts, au moyen d'une vis ou d'une clef, et scelle la pièce approuvée de commun accord.
avec l'Enfant bénissant de la droite et tenant un livre de la gauche, représentée d'après le type grec ou byzantin.
Dans l'autre type du groupe poétique la sainte Vierge est représentée soit debout avec l'Enfant sur le bras, soit assise et tenant l'Enfant sur les genoux. Nous donnerons à ce type le nom occidental, non pas parce qu'il était inconnu chez les Grecs, car ils s'en sont servis conjointement avec le type byzantin, mais parce qu'il a été le seul usité en Occident pendant tout le moyen âge. Il fut introduit ou du moins il s'est généralisé insensiblement dans l'iconographie chrétienne après la condamnation de Nestorius par le concile d'Ephèse, célébré en 431. Cet hérésiarque niait que Marie fût la Mère de Dieu. Pour affirmer le dogme de la maternité divine de Marie, on la représenta portant l'Enfant, et souvent accompagnée de l'inscription H AFIA 0EOTO- KOG c'est-à-dire, sancta Deipara ou la sainte Mère de Dieu (i). Voici (fig. 596) le revers d'une croix-reliquaire du musée du Vatican, datant du VII^ siècle ; on y voit la Vierge debout portant l'Enfant sur les bras.
Le plus souvent Marie est assise sur un siège et tient sur ses genoux l'Enfant qui bénit au moins d'une main. Telle on la voit dans plusieurs mosaïques de Rome et de l'Italie qui datent de la première moitié du IX^ siècle; voyez p. 555, fig. 597, et p. 423, fig. 476.
Pendant toute la période romane ces représentations de la Mère avec l'Enfant se distinguent par une grandeur et une noblesse de sentiment que l'on ne rencontre plus que rarement dans les siècles suivants. La sainte Vierge a ordinairement devant elle l'Enfant complètement habillé. Celui-ci ne joue pas avec sa Mère, mais bénit ceux qui viennent lui rendre hommage. Il tient dans la main une boule, et plus souvent encore un livre, ou un rou-
Revers d'une croix-reliquaire du vii« siècle.
(1) Les artistes chrétiens ayant, dès le v« siècle, adopté l'action de porter l'Enfant comme le symbole de la maternité divine de la sainte Vierge, nous ne pouvons approuver les peintres et les sculpteurs modernes qui représentent saint Joseph avec l'Enfant sur les bras. Saint Joseph n'est pas le véritable père du Sauveur, mais seulement le père nourricier ou putatif; c'est l'idée que l'art du moyen âge a voulu exprimer en figurant l'Enfant conduit à la main.
Fig. 598.
leau, volumen, symbole de la doctrine de la Lo^ nouvelle qu'il est venu apporter au monde. « Marie, dit Didron, touche à peine Jésus. Créature pleine de respect pour le Créateur sorti de son sein, elle l'a devant elle et n'ose le tenir en quelque sorte, encore moins le porter. Elle l'offre à l'adoration des fidèles comme un héraut qui commande la vénération pour un roi, bien plutôt que comme une mère fi ère de son fils ; il y a entre Jésus et Marie la distance commandée entre la femme mortelle et le Dieu éternel. » Annales archéoL, I, p. 21g.
En Grèce et en Orient, les peintres et les sculpteurs couvrent ordinairement la tête de la sainte Vierge d'un voile ; les artistes occidentaux aussi ont conservé cette tradition pendant quelque temps
La Vierge avec l'Enfant à (fig. 5gy) ; mais, à partir du IX^ siècle, ils donnent S -Marie-iu-Domnica à Rome. , xk • y ,r r ' 1-
(Premier quart du ixe siècle.) ^ ^^^'^ Couronne royale (fig. 598) ou crénelée,
et quelquefois une espèce de toque.
Il ne reste en Belgique qu'un petit nombre de statues de la Vierge avec l'Enfant, datant de la période romane. Nous citerons :
lo Une statuette de la Mère avec l'Enfant, en cuivre doré et émaillé, conservée au musée de la porte de Hal à Bruxelles (fig. 598).
2° La statue de Notre-Dame des Deux- Acren (Hainaut). La sainte Vierge assise porte une couronne murale; l'Enfant Jésus bénit de la main droite et tient une boule dans la gauche.
La Vierge que l'on vénère à l'église de Saint-Pierre, à Louvain,sousle titre de Sedes Sapientiae, bien qu'elle ne date que de l'année 1442, présente, si l'on excepte les vêtements, tous les caractères des vierges romanes. Il est probable qu'elle fut copiée, au XV^ siècle, sur une statue de l'époque romane.
Vierge avec l'Entant (xii« siècle). Nous ne pouvons pas passer sous silence
Fig. 599.
la Vierge dite de dom Rupert, conservée au musée de l'Institut archéologique liégeois. C'est un bas-relief en pierre de la fin du XI^ ou du commencement du Xlie siècle.
Rarement la sainte Vierge est représentée en buste, comme sur la couverture d'évangéliaire reproduite ci-dessus, fig. 538.
12. <fffô rtUgeô. Les anges ont été figurés sur les monuments chrétiens depuis le IV^ siècle. Ils n'avaient d'abord pas d'ailes. Ce n'est qu'à partir du siècle qu'ils sont habituellement ailés et nimbés. Ils portent une longue tunique, bordée de deux bandes en forme de clavi, et tiennent quelquefois en main un long sceptre ou bâton de messager, terminé par un fleuron ou une croix. Les archanges Michel, Gabriel et Raphaël se rencontrent le plus souvent.
On trouvera ci-dessus, fig.
529, p. 482, un ange portant le bâton de messager. Voici (fig.
599) un ange thuriféraire, en cuivre doré et repoussé, du XI siècle ; il appartenait autrefois à l'éghse de Notre-Dame de Maestricht, et fait partie aujourd'hui du trésor de Saint- Servais de la même ville.
Les anges ont toujours les
Ange thuriféraire en cuivre doré (xii® siècle).
pieds nus. On symbolisait de cette manière leur qualité de messagers célestes.
i3. JTee euatlgelieteg et leure ôîjmboUô. L'usage de représenter les évangélistes sous la forme humaine ou par des symboles date pour le moins du ive siècle.
Sous la forme humaine on les trouve d'abord dans quelques mosaïques très anciennes, et un peu plus tard aussi dans les miniatures des évangéliaires. Ils sont régulièrement assis sous un portique, ayant devant eux un pupitre appelé scriptionale, sur lequel est déployée une feuille de parchemin, avec le titre ou les premiers mots de leur Évangile. Ils ont toujours Fig. 600. pieds nus et sont
souvent accompagnés de leur animal symbolique.
Notre fig. 600 reproduit saint Jean, tel qu'on le trouve dans une Bible manuscrite duXI^ siècle, conservée à la bibliothèque royale de Bruxelles (manuscrit n» 9428).
Les symboles ordinaires des évangélistes sont les suivants :
A. Les quatre fleuves du Paradis. La manière de figurer symboliquement les évangélistes par les quatre fleuves du Paradis : le Phison, le Géhon, le Tigre, VEuphra- L'évangéliste saint Jean. remonte très haut.
Les plus anciennes mosaïques et les catacombes elles-mêmes nous offrent des exemples de cette représentation. Le Sauveur, sous la forme humaine ou sous celle de l'Agneau divin, se trouve sur un tertre dont s'échappent quatre fleuves, emblèmes des Évangiles, lesquels, émanés de la source de la vie éternelle, ont porté dans le monde entier la doctrine fertile du Christ (fig.
Fig- 60 1). Chaque fois que l'Agneau symbolique
occupe la place du Christ, les apôtres sont représentés par douze brebis placées aux deux côtés du tertre, se dirigeant six par six vers l'Agneau, et semblant sortir des villes de Bethléem et de Jérusalem, figurées aux extrémités du tableau sous la forme de deux portes fortifiées (fig. 181, p. 179). Cette manière de symboliser les évangélistes se retrouve, avec quelques changements, jusqu'à la fin de la période romane. D'autres fois les fleuves sont figurés par quatre urnes répandant des eaux, ailleurs par quatre Sculpture d'un sarcophage personnages OU vieillards appuyés sur des urnes du Vatican. d'où l'eau s'épanche ; voyez la phototypie du
retable de Stavelot, p. 429; le nœud du calice de Wilten, fig. 5o8, p. 462; et le pied du chandelier de Postel, fig. 536, p. 489.
B. Les animaux symboliques. Les évangélistes sont le plus souvent symbolisés par quatre figures ailées : un homme, un aigle, un lion et un veau. Ces symboles doivent leur origine aux visions du prophète Ezéchiel (ch. I) et de l'apôtre saint Jean (APOC. IV, 6 et 7). « Je vis, dit ce dernier, autour du trône de l'Agneau quatre animaux... Le premier avait l'aspect d'un lion, le second celui d'un veau, le troisième avait un visage humain, et le quatrième était semblable à un aigle en plein vol. »
Les saints Pères ont appliqué ces visions aux évangélistes, en donnant comme symboles : l'homme à saint Mathieu, l'aigle à saint Jean, le lion à saint Marc et le veau ou le bœut à saint Luc. La plupart, entre autres saint Augustin et saint Jérôme, ont attribué le symbole de l'homme à saint Mathieu, parce qu'il commence son Évangile par la généalogie humaine du Sauveur : Liber generationis Jesu Christi, filii David, filii Abraham-, l'aigle à saint Jean, parce qu'il s'élève au-dessus des autres évangélistes pour décrire la génération éternelle , et divine de Jésus-Christ : hi principio erat ^'erbum; le lion à saint Marc parce que, au début de son Evangile, il parle de la voix du lion rugissant dans le désert : Vox clamantis in deserto ; à saint Luc le veau ou bœuf, parce qu'il ouvre son récit par le sacrifice de Zacharie.
Les animaux symboliques furent en usage dès le IV^ siècle. La mosaïque de l'église de Sainte-Pudentienne, à Rome, offre un des premiers exemples connus de leur emploi. Ce monument, qui date du pontificat de Siricius
(384-398), ne leur donne pas encore le nimbe. A partir du siècle, ils sont nimbés, et portent un livre ou une banderole avec ou sans inscription. Rarement ils sont accompagnés de la figure de Févangéliste qu'ils représentent.
Quelquefois les évangélistes ont été figurés avec un corps humain, surmonté de la tête de leur animal symbolique. Ce mode de représentation, appelé anthropomorphe (d'à'v'jpr.,7ro;, homme, et p'^f-çv;, forme), a été usité principalement en Allemagne pendant la période romane. Il se rencontre assez rarement dans les autres pays.
On trouve le plus souvent les animaux symboliques : sur les couvertures d'évangéliaires ; 2° aux quatre extrémités des croix d'autel; et 3° aux quatre angles de la représentation du Christ dans sa gloire, telle qu'on la voit sur les faces des autels et les tympans des portes d'égUse du et du XIF siècle.
Les symboles des évangélistes réunis à quatre sur un seul objet ou employés ensemble dans une peinture ou une sculpture sont régulièrement
accompagnés du Christ figuré sous la forme humaine ou par un symbole. C'est, en effet, de la doctrine du Christ, comme d'une source commune, que dérivent les quatre Évangiles.
Lorsque les animaux symboliques ornent les quatre angles d'une surface carrée, quadrangulaire ou ronde, comme les couvertures des livres, les tympans des portes, les faces d'autel ou les Jlabella, ils ont des places déterminées par l'usage : l'homme ailé (auquel beaucoup d'auteurs donnent abusivement le nom d'ange) occupe l'angle supérieur droit (à la gauche du spectateur), l'aigle l'angle supérieur gauche, le lion l'angle inférieur droit, et le veau l'angle inférieur gauche (fig. 370, 475, 480, 538 et 553).
Lorsqu'ils sont placés aux extrémités des quatre branches de la croix, l'aigle se trouve au sommet, l'homme à l'extrémité inférieure, le lion au bras droit, et le veau au bras gauche de la croix ; voyez fig. 534.
Pendant tout le moyen âge on a souvent mis en parallèle les évangélistes ou leurs symboles avec les quatre grands prophètes de l'ancien Testament : Daniel, Jérémie, Isaïe et Ézéchiel, ou les quatre docteurs de l'Église latine: saint Grégoire, saint Ambroise, saint Augustin et saint Jérôme.
On réunit quelquefois les quatre animaux symboliques en une seule figure, à laquelle on donne le nom de tétramorphe (du grec Tarrrracs,-, quatre.el t/op'^vj, formé). Cette réunion a lieu de deux manières : d'abord en juxtaposant simplement sur un même objet les attributs des quatre évangélistes ; c'est ainsi qu'à la cathédrale de Tournai, dans la galerie supérieure du transept méridional, on trouve un chapiteau dont les quatre angles sont occupés par les symboles des évangélistes, avec cette anomalie cependant que le lion de saint Marc est remplacé par un personnage revêtu des habits pontificaux. La seconde manière de composer le tétramorphe consiste à représenter soit un des animaux ailés à quatre têtes de la vision d'Ézéchiel, soit un de ceux que l'apôtre saint Jean raconte avoir vus (APOC, IV, 6 et svv.). Ezéchiel, décrivant (ch. I) la vision qu'il eut sur les rives du fleuve Chobar, dit qu'il aperçut, au milieu des flammes, quatre animaux présentant l'aspect d'un être humain. Ils avaient chacun une quadruple face, quatre ailes et des pieds droits se terminant comme ceux d'un veau. La quadruple face avait une tête d'homme au centre, de lion à droite, de veau à gauche, et d'aigle au sommet; des mains d'homme se trouvaient sous les ailes, dont deux s'étendaient en haut et deux autres s'abaissaient pour voiler le corps. « Tandis que je regardais ces animaux, dit le prophète, je vis paraître près de Fig. 604. chacun d'eux une
roue qui se trouvait sur la terre...
Elles se ressemblaient toutes quatre, et paraissaient dans leur forme et leur mouvement , comme si une roue se trouvait dans une autre roue... Tout le corps de la roue était plein d'yeux.
Lorsque les animaux marchaient
Tétramorphe de la Bible de Lobbes (xi* siècle). .les roues mar-
Fig. Ô05.
Tétramorphe de la Bible de Liège (1243). chaient également près d'eux; lorsqu'ils s'élevaient, les roues s'élevaient avec eux et les suivaient. » Les animaux de l'Apocalypse diffèrent un peu de ceux de la vision d'Ezéchiel : « Au milieu du trône, dit saint Jean, et à l'entour, il y avait quatre animaux pleins d'yeux par devant et par derrière. Le premier offrait l'aspect d'un lion, le second celui d'un veau, le troisième avait un visage humain, et le quatrième était semblable à un aigle qui vole. Ces quatre animaux avaient six ailes; et ils étaient pleins d'yeux alentour et au dedans.»
Les Byzantins aimaient à représenter sur leurs monuments le tétramorphe des visions d'Ezéchiel et de saint Jean. Toutefois il se rencontre aussi en Occident, surtout dans les miniatures des Bibles manuscrites, au commencement du livre d'Ézéchiel. C'est ainsi qu'on le trouve : dans une Bible du Xie siècle, provenant de l'abbaye de Lobbes, aujourd'hui au séminaire de Tournai (fig. 604); 2» dans une Bible de l'année 1243, conservée au séminaire de Liège (fig. 6o5). L'enlumineur de Lobbes a eu principalement en vue l'animal ailé, à quadruple face, dont parle Ezéchiel au chapitre I de sa prophétie; celui de Liège s'est efforcé de représenter les roues enlacées les unes aux autres qui apparurent au prophète vers la fin de sa vision, ne ÉD. 36
Comme on le voit, les deux tétramorphes dont nous venons de parler sont inscrits dans la lettre E, première lettre du livre d'Ézéchiel.
14. apôtres. Saint Pierre et saint Paul sont les seuls apôtres qu'on a représentés, pendant la période romane, d'après un type uniforme. Dès les temps les plus reculés, saint Pierre porte une croix ou des clefs et, comme nous l'avons déjà fait remarquer ci-dessus, p. 109, il a ordinairement la tête chevelue tandis que saint Paul est chauve. Jusqu'au XIIF siècle, les autres apôtres n'ont aucun attribut caractéristique. On les représente tous de la même manière, tenant en main un rouleau ou un livre; voyez fig. 5 19.
Les apôtres, même Judas, ont les pieds nus. Les artistes du moyen âge symbolisaient par ce signe iconographique la mission sublime, confiée aux apôtres, de répandre par toute la terre la doctrine évangélique. D'ailleurs Jésus-Christ leur avait enjoint : Ne porte:^ ni sac, ni bourse, ni chaussures . Luc, X, 4; et saint Paul dit en parlant des apôtres : Qiiils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix et qui prêchent le bonheur. ROM., X.
Les Byzantins inscrivaient souvent le nom des apôtres ou des autres saints à côté des images qui les représentaient. Ils plaçaient les lettres du nom, non pas de gauche à droite, comme nous le ferions d'après notre méthode actuelle d'écrire, mais bien de haut en bas en les posant les unes au-dessous des autres; voyez fig. Syy et 596. Les Occidentaux, surtout les Romains dans les peintures des catacombes, ont imité quelquefois cette manière d'inscrire les noms à côté des images des saints.
15. Sujets rcltoicuv rcprcôcutcs sur les mouiimeuts ï>C0XFetXlF ôicclce.
Ces sujets, empruntés presque tous à l'histoire de la Bible, n'étaient pas très variés ; on les traitait toujours d'une manière uniforme, et on les reconnaît au premier coup d'œil. Voici ceux qui sont reproduits le plus souvent :
1° La tentation de nos premiers parents; 2° le sacrifice d'Abraham;
l'annonciation (fig. 529 et 569) ; 4^ la Visitation de la sainte Vierge; 5° la naissance de Notre-Seigneur, qu'on représentait déjà sur les sarcophages et dans les fresques des catacombes au IV^ siècle (fig. 538 et 569); 6° l'adoration des mages (fig. 569); 7° le massacre des innocents; 8° la fuite en Egypte; 90 la présentation de l'Enfant Jésus au temple; 10° le baptême de Notre- Seigneur (fig. 496 et 5o2) ; 11° l'entrée triomphale à Jérusalem; 12" la transfiguration ; iS^ la dernière cène ; 14° le crucifiement ; 15° la descente de croix ; 16° la résurrection ; 17» les saintes femmes au tombeau ; 18° l'ascension de Notre-Seigneur (fig. 538).
Nous donnons (fig. 606) une descente de croix, traitée d'après le mode usité pendant la période romane. Le Christ, avec bras droit pendant au-dessous de la traverse horizontale de la croix, que l'on voit à Saint-Pierre à Louvain, provient sans doute d'une semblable descente de croix du XF-xiie siècle.
Sur les façades des églises romanes on rencontre quelquefois l'histoire de Samson, ou bien un cavalier dont le cheval foule aux pieds un personnage couché Cette dernière représentation paraît être la traduction d'un passage du chapitre III. du second livre des Machabées, où il est raconté qu'Hélio-
Fig. 606.
Descente de croix tirée du manuscrit n^ 9222 de la Bibliothèque royale de Bruxelles.
(xii® siècle.)
dore, chargé par le roi Séleucus d'enlever le trésor du temple de Jérusalem, aperçut, au moment d'accomplir sa mission criminelle, « un cheval recouvert d'étoffes précieuses, sur lequel était monté un homme terrible qui, se précipitant avec impétuosité sur HéHodore, le frappa des pieds de devant. » Vers la fin de la période romane, on commença à figurer, sur les tympans des portes principales des façades, le jugement dernier, et la scène dite pèsement des âmes. Nous reviendrons sur ces deux dernières représentations en traitant de l'iconographie de la période ogivale.
16. 1^eprefientati0n0 0i)mb0liqueô Ï>f6 mxim et Ïjcô vices. Les artistes chrétiens du moyen âge aimaient à symboliser les vertus et les vices. Pendant la période romane les vertus sont représentées sous la figure de femmes nimbées, rarement ailées ou coiffées d'un casque. Leur nom est inscrit à côté d'elles ou sur un objet qu'elles tiennent à la main ; quelquefois elles portent un emblème. Les quatre vertus cardinales : la prudence, la justice, la force et la tempérance, sont traitées d'après ces données dans le tympan du retable de Stavelot dont nous donnons la phototypie ci-dessus, vis-à-vis de la page 429.
On figure les vices soit par des monstres fantastiques, soit par des hommes ou des femmes se livrant aux excès de leurs passions; on les met souvent en regard, sur le même monument, avec les vertus qui leur sont opposées.
17. (Stnimaur 1*111111101111 uee. Les monuments de la période romane nous offrent la représentation d'une multitude d'animaux réels et fantastiques. Nous indiquerons quelques-uns de ces derniers.
lo Le basilic est un animal ayant la forme d'un coq, mais dont la queue Fig. 607. se termine en serpent (fig. 607). Il était censé
provenir d'un œuf de coq couvé par un reptile. Le basilic symbolisait le démon.
2° Vaspic est une espèce de serpent que la légende prépose à la garde de l'arbre à baume. Si l'homme veut approcher de l'arbre pour en cueillir le fruit, il faut qu'il endorme d'abord ce serpent par enchantement ; mais celui-ci, pour se soustraire à l'incantation, se bouche une Sculpture à l'église de Vézelay. oreille avec sa queue, et remplit l'autre de terre en se vautrant dans la boue. L'aspic est la figure de ceux qui restent volontairement sourds aux commandements du Seigneur.
Fig. 608. 30 Le griffon est un quadrupède ailé,
à tête d'aigle (fîg. 608). Il symbolise le démon. On le rencontre très souvent sur les monuments romans du XI^ et du Xlie siècle.
40 La sirène est un monstre moitié femme, moitié poisson. La partie supérieure, qui comprend la tête, les bras et le corps jusqu'à la ceinture, a la forme Le grifîon. Sculpture de la cathédrale humaine; la partie inférieure celle d'une de Fribourg en Brisgau. ^^^^^^ monstre mari n. Chez les Grecs
et les Romains les sirènes se terminaient en oiseau et non pas en poisson ; elles étaient au nombre de trois, et habitaient des rochers escarpés entre l'île de Capri et les côtes d'Italie ; leur chant avait le pouvoir de faire oublier aux navigateurs le pays d'où ils venaient. Pendant le moyen âge la sirène a été le symbole de la séduction causée par les attraits des personnes du sexe.
Les Mélanges d'archéologie ont publié (t. II, III et IV) plusieurs textes d'un écrit très ancien connu sous le nom de Physiologus ou Bestiaire, dans lequel on trouve la> description et des gravures de tous les animaux réels et fabuleux du moyen âge, ainsi que la signification symbolique qu'on leur attribuait.
On rencontre aussi, sur plusieurs monuments, les douze signes du zodiaque. Ils sont souvent accompagnés des travaux de l'année qui leur correspondent. On s'en servait fréquemment pour orner les archivoltes des portes principales des églises. En t85i, on a découvert, près de la cathédrale de Tournai, un fragment de zodiaque qui avait servi autrefois d'encadrement au tympan d'une des portes de la façade occidentale. On y reconnaissait facilement les signes du verseau et du bélier. Ce fragment a été gravé dans les Bulletins de la Société historique de Tournai, III, p. 24.
18. Pouateurs et ïuntatnfes. Lorsque les donateurs ou les donatrices d'un monument voulaient conserver aux générations futures le souvenir de leur bienfait, ils se faisaient reproduire, dans de très petites proportions, humblement prosternés aux pieds du Sauveur, de la sainte Vierge ou d'autres saints. Dans le retable d'or provenant de la cathédrale de Bâle, conservé au musée de Cluny à Paris, les donateurs, l'empereur saint Henri et l'impératrice sainte Cunégonde se sont fait représenter étendus le front contre
terre, aux pieds de Jésus-Christ bénissant; leurs images n'ont que dix centimètres environ, tandis que celle du Sauveur en a au moins cinquante. Dans un vitrail peint du XII^ siècle, Suger, abbé de Saint-Denis, s'est fait peindre en adoration devant la sainte Vierge si petit qu'on ne l'aperçoit pas au premier coup d'œil.
Quelquefois aussi les donateurs étaient figurés dans une partie secondaire du monument, présentant à Dieu ou portant tout simplement sur les mains un petit modèle de l'église, de l'autel ou de l'objet qu'ils avaient offert. Nous avons signalé ci-dessus, p. 421, deux exemples de ce mode de représenter les donateurs : d'abord, Angilbert, archevêque de Milan, présente à saint Ambroise le modèle de l'autel d'or émaillé qu'il avait fait faire en l'honneur du saint par l'orfèvre Wolvinius ; ensuite, un personnage, dont le nom est inconnu, offre à un saint, probablement aussi saint Ambroise, une réduction du ciborium construit par ses ordres. Ces deux sujets n'ont que de faibles proportions, et sont placés, non pas sur la face principale et le plus en vue, mais sur une des faces secondaires de l'autel et du ciborium.