Duchesne. Le Forum chrétien, p. 50 sq
2. Cf. Batiffol, Histoire du bféviaire romain; — Duchesne, op. cit., ch. XVI. J. Act., II, I, 15 ;X, 9, m, I.
L ANNÉE LITURGIQUE. "] -i^
transforma en institution publique ce qui n'était que dévotion privée, et régularisa la prière en en déterminant les éléments et l'ordre. Ce travail commença dès le IV^ siècle; vers le \"IIP il était à peu près achevé: XOrào psaUendi du temps de Charlemagne ne diffère que légèrement, dans sa forme générale, du Bréviaire romain approuvé par S. Pie V, Urbain VIII et Clément VIII.
On peut y distinguer trois ordres de prières qui se sont juxtaposées et soudées" de manière à former un seul tout. Les matines et les vêpres se rattachent évidemment à l'office de nuit que pendant les premiers siècles chantaient les chrétiens avant leurs réunions hturgiques : la « vâgilia » s"est dédoublée, elle a donné l'heure du commencement et celle de la fin de la nuit. Les heures de Prime et de Complies sont des prières proprement monastiques : les moines jusqu'à une époque assez tardive les récitèrent au dortoir, matin et soir. Les autres petites Heures dérivent des prières privées que les chrétiens les plus fervents, les ascètes, précurseurs des moines, récitaient dans l'église trois fois par jour. Quand les monastères se répandirent, surtout quand ils vinrent à Rome s'établir près des basiliques et en assumer en partie les services réguliers [^), leur office se combina avec celui des clercs ; et ceux-ci à leur tour durent accepter la forme de prière importée par les moines.
A l'origine, cet office se composait uniquement de psaumes, de répons et d'oraisons. Les psaumes étaient déjà en honneur dans la liturgie des catacombes, comme ils l'avaient été dans la synagogue. On les chanta d'abord d'une manière analogue à celle qui a été conservée pour nos Invitatoires, l'assemblée répétant une même formule après "chacun des versets récités par un soliste. Puis on partagea les fidèles en deux chœurs alternant la psalmodie. Les lectures ou leçons, usitées pour les vigiles, ne s'introduisirent que plus tard, vers le Vlle siècle, dans l'office canonique; nous les avons encore à Matines, et il en reste des traces dans les capitules et le-
I. Vers le milieu du VIP siècle, il y en avait trois auprès de St-Pierre du Vatican, ceux des Sts-Jean-et-Paul, de St-Éiienne et de St-Martin.
Élém. d'archéol. chrét. — III. à
çons brèves des autres Heures. Les hymnes sont de composition exclusivement chrétienne ; plusieurs remontent aux IV<^, Ve et VI^ siècles, et se recommandent de noms comme ceux de S. Hilaire, S. Ambroise, Prudence, S. Paulin de Noie, \'enance Fortunat, S. Grégoire le Grand. Mais si elles avaient dès lors place dans l'office monastique ou l'office d'Églises particulières, il ne semble pas que l'Église romaine les ait admises longtemps avant le IXe siècle. Il est vrai que \\'alfrid Strabon parle des « hymni metrici » qui dans la plupart des (églises sont chantés conformément à la coutume de Rome {^) ; mais Amalaire ne les mentionne pas dans son De ecclesiasticis officiis, où il a enregistré la plupart des usages romains. On peut voir à Ste-Marie-in-Cosmedin une inscription de la fin du IX*^ siècle indiquant un certain nombre de dons offerts à la basilique de St-Valentin : parmi ces objets il y a deux recueils d'hymnes, imnaria II {-).
Les fêtes des Saints étaient loin, à l'origine, de tenir dans l'office canonique la place qu'elles y occupent aujourd'hui. L'office d'un Saint s'ajoutait à celui du temps, dans les seules églises où on en célébrait la fête; puis les fêtes se généralisant, l'office correspondant se combina avec celui du temps au point de l'absorber presque entièrement.
Dès le moment où le chant des offices devint un peu compliqué, il fallut former des chantres capables de l'exécuter. Ce ,fut l'origine de la « Schola cantorum ». S. Grégoire le Grand, l'illustre réformateur du chant ecclésiastique, s'occupa beaucoup de cette école ; son biographe nous a conservé le souvenir des leçons qu'il y donnait lui-même et des sanctions dont elles étaient appuyées (^l. Plusieurs papes, ses successeurs, continuèrent son œuvre. Les Ordines du moyen-âge ne manquent pas de signaler l'intervention de la « schola » dans toutes les cérémonies papales. Dans les basiliques, elle avait une place spéciale, en avant de l'autel : cette enceinte,
1. Liber de exordiis et incrementif quarundam in observationihiis ecchciastici rerum, c. XXV {P. L., t. CXI\', col. 953-955).
2. Cf. Marucchi, Il cimitero e la basilica di S. Valeniino, p. 127 ; — Piamont, Les hymnes du bréviaire romain, p. IV sq.
3. Joan. diac, Vit. S. Greg., II, 6 {P. L., t. LXXV, col. 90).