‹ Éléments d'archéologie chrétienne (volume 3)Chapitre 300 sur 366 · Rom. sott., 1. III, G · texte numérisé non relu

Rom. sott., 1. III, G

facilement les tonneaux. Cependant on conservait toujours le souvenir de S. Valentin, mais on croyait son tombeau dans les galeries supérieures.

Les recherches qu'en 1877 je fis à cet endroit, dans la vigne Tanlongo, amenèrent la découverte de la chapelle historique; les pilastres modernes qui en recouvraient les parois furent

alors démolis, et par-dessous on retrouva les traces des anciennes peintures, malheureusement bien dégradées.

Ces peintures sont byzantines et remontent au VII^ siècle, probablement à l'époque du pape Honorius I^"" (625-638). Sur la paroi [c] étaient représentés quatre saints, sans doute S. Valentin et d'autres martyrs de la catacombe, dont on voit

très bien les pieds et vaguement le reste du corps. Des prêtres pèlerins ont tracé là leurs noms : PETRVS PBR maRCVS PBR. C'est probablement à cet endroit même que l'on vénérait le corps de S. Valentin dans un sarcophage. En face de l'entrée, on distingue, au fond d'une petite niche, à gauche [b], la très sainte Vierge tenant l'Enfant Jésus sur sa poitrine: elle porte le nimbe rond, l'Enfant le nimbe crucifère ; à côté, les dernières lettres de l'inscription SCA DEI GENEIRIX. Il y avait aussi une Visitation de la sainte Vierge à Ste Elisabeth, un enfant dans un berceau, enfin deux personnes baignant dans une vasque un enfant nimbé, et à côté le mot SALOME. Severano et d'autres ont cru que cette dernière scène avait trait à une martyre du nom de Salome : le P. Martin (i) la rapporte plus justement au Protévangile apocryphe de S.Jacques le Mineur, suivant lequel une sagefemme de ce nom aurait donné les premiers soins à l'Enfant Jésus naissant.

Sur la même paroi, à droite [a], était peint un crucifix, dont la moitié gauche a disparu (2). Le Christ était représenté vêtu d'une longue tunique, qui ne laissait voir que la tête, les pieds et les mains. Les pieds reposaient l'un auprès de l'autre sur un support en bois, retenus par deux clous, comme dans toutes les peintures du Crucifix antérieures au XII^ siècle. Au pied de la croix se tenaient debout, à gauche Marie, à droite S. Jean. C'est une des plus anciennes images du Crucifix, — elle doit remonter au VII^ siècle, — la seule qui ait été trouvée dans les catacombes. On peut la rapprocher de la mosaïque analogue qui ornait l'oratoire de Jean VII au Vatican, et dont il reste des débris dans les Cryptes de St-Pierre (3) ; de la peinture exécutée au VHP siècle dans l'église de Ste-Marie Antique près du Forum ; enfin de celle que l'on voit dans la basilique souterraine de St-Clément et

1. Mélanges d archéol. , X. 1,23. Cf. Thilo, Codex apocrif us Novi Testamenti Leipzig, 1832, p. 245 sq.

2. Cf. Bosio, Rom. sotterr., I. III, c. 65, qui a minutieusement décrit toutes les peintures de cette crypte.

3. Près du no 217. Cf. Dufresne, Les cryptes Vaticanes, p. 109.

Guide des catacombes romaines. „

qui est du IX^ siècle (i). Le crucifix de St-Valentin était, comme celui de Ste-Marie Antique, revêtu du « colobium ». Mgr Wilpert a supposé qu'il devait être nu ; cette supposition est contredite par le témoignage de Bosio et par ce que j'ai pu moi-même constater au moment de la découverte.

Au delà de la chapelle historique s'ouvre l'autre crypte qui servit aux fidèles pour les réunions liturgiques. Les galeries cimitériales s'étendent à gauche ; elles sont en très mauvais état ; des « loculi » il ne reste plus que les traces. L^ne galerie, à gauche, aboutit à la paroi à laquelle devait être adossé le sarcophage de S. Valentin ; elle forme comme un

I. Éléments, t. III, Basiliques et églises de Home, p. 255-256, 294.

« rétro sanctos ». Cet étage inférieur du cimetière est peutêtre le seul exemple que nous connaissions d'un petit hypogée privé chrétien. J'y verrais la sépulture de famille de Sabinilla et de ses parents et affranchis,

A la fin du XVI^ siècle, cet étage était encore assez bien conservé : Pompeo Ugonio, qui le visita et nous en a laissé une description, y put lire quelques « graffiti » tracés sur la chaux des « loculi » : « Extra portam Flaminiam, racontet-il, in vinea fratrum Sancti Augustini est coemeterium S. Julii, ibi olim ecclesia S, Valentini. Ad ingressum est depressa crypta ubi figurae... quas cum accedi, descripsi in hune modum (suit une grossière reproduction des peintures signalées plus haut). In dicto coemeterio reperi inscriptiones sepulcrorum in calce ni fallor :

TVSCVS AVGVRINVS POSITVS

ZEFROXIANO ^ SERBO LVCILIANO

SEVERO IN PACEO

Dans l'inscription de Lucillianus.le monogramme me paraît être une abréviation : « Christi servo Lucilliano », et je la jugerais antérieure à l'époque de la paix, oîi ce signe devient un symbole de triomphe ; d'autant plus que « servus », dans son sens propre marquant l'esclavage vis-à-vis des hommes, ne se rencontre jamais dans les inscriptions chrétiennes.

Le cimetière devait renfermer beaucoupd'autres épitapheselles ont malheureusement péri. Je parlerai, à propos du cimetière en plein air, des fragments que nous y avons retrouvés. Notons ici seulement ceux qui paraissent avoir appartenu à des « loculi ». Le plus important est écrit en caractères cursifs sur une mince plaque de marbre, sans

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