‹ Éléments D'archéologie ChrétienneChapitre 247 sur 307 · Wilpert, LaftactiopanU · texte numérisé non relu

Wilpert, LaftactiopanU

tations de la multiplication des pains, ont évidemment une signification symbolique. Le prêtre a les pieds au niveau de la table : il n'en pouvait être ainsi dans la réalité. Enfin l'agape est ici réunie à l'Eucharistie, ce qui, nous l'avons dit, n'avait plus lieu au II e siècle. Il y a donc dans cette peinture à la fois symbolisme et réalité. La partie la plus réelle est l'action du prêtre.

Une autre peinture eucharistique est celle du trépied avec le pain et le poisson. Nous en avons deux exemples dans

< FRACTIO PANIS>.

(Cim. de Priscille.)

les chambres des Sacrements. Dans l'une de ces deux fresques, on voit seulement le trépied au milieu des sept corbeilles représentant la multiplication des pains. Dans l'autre, un homme étend la main comme pour bénir, une orante féminine assiste à l'action sainte. De Rossi voit dans cette scène l'acte même de la consécration. Le trépied est la « mensa Domini > ; il a la forme des tables de repas, qui fut sans doute aussi celle des premiers autels ; sa signification eucharistique est prouvée par sa place même dans

l'eucharistie. 297

la chapelle, entre le baptême et le festin eucharistique. L'Orante fait penser à l'Église en prière devant les espèces consacrées. L'inscription d'Abercius parle aussi d'une femme qu'il appelle Pistis, la Foi, la Vierge chaste qui donne la communion. C'est bien à tort qu'on a prétendu reconnaître dans cette peinture le miracle de la multiplication des pains. Qu'y viendrait faire la table ? et comment expliquer que les

corbeilles n'y figurent pas ? Le sacrifice d'Abraham, qui fait pendant à cette scène, invite certainement à y voir une allusion au sacrifice eucharistique ( x ).

Les représentations de tables isolées sont rares ; mais on trouve fréquemment, surtout au III e siècle, des peintures de banquets. La table porte toujours le poisson, et le nombre des personnages est constamment de sept. C'est une scène

1. Mgr Wilpert y voit simplement la multiplication des pains. Mais il n'y a pas les corbeilles rappelant ce miracle. Je préfère suivre la belle explication donnée par de Rossi.

conventionnelle, idéaliste, qui rappelle le repas du lac de Tibériade. Dans la chapelle des Sacrements, elle est peinte auprès de la table chargée du pain et du poisson : évidemment l'expression de la même idée se poursuit. La signification du poisson n'est pas douteuse : < Piscis assus, Christus passus » ( x ). S. Prosper d'Aquitaine ( 2 ) dit que Notre-Seigneur s'est offert à tous comme « poisson sauveur qui chaque jour illumine et nourrit» Ce mot n'est-il pas une allusion au

poisson qui guérit Tobie aveugle et lui rendit la vue ?

Les corbeilles de pains sont une très ancienne manière de représenter l'Eucharistie : elles se trouvent dans la « fractio panis » de Priscille. Le miracle même de la multiplication des pains, auquel elles font allusion, n'est figuré qu'à une

i. S. Aug., In Joan., tract. 123 {P. L., t. XXXV, col. 1966).

2. Ou l'auteur du traité De promisstonibus et piaedictionibus Dri, imprimé à la suite des œuvres de S. Prosper : « Latine piscem sacris litteris, majores nostri hoc interpretati sunt, quod est, Jésus Christus Filius Dei Salvator piscis in sua passionedecoctus, eu jus ex interioribus remediis quotidie illuminamur et pascimur. > Op. cit.,, p. 2«, c. 39 {P. L., t. LT, col. 816).

l'eucharistie.

époque postérieure. — On rencontre aussi dans le même cycle la représentation du miracle des noces de Cana. Elle est fréquente sur les sarcophages, mais rare dans les peintures des catacombes. Mgr Wilpert en a découvert un exemple dans un arcosole du cimetière des Sts-Pierre et Marcellin.

Dans cette même catacombe et dans quelques autres, on voit des peintures de banquets qui doivent être distinguées de celles dont il a été question plus haut. Les personnages n'y sont plus constamment au nombre de sept, mais en nombre variable. On a cru y reconnaître les agapes ; mais cette interprétation est peu probable, car l'art chrétien primitif s'est rarement servi des scènes de la vie réelle. On y verrait

plus justement l'image du banquet céleste, promis par Notre Seigneur ( x ), et secondairement un symbole de l'Eucharistie- Il est à remarquer que certains tombeaux païens présentent aussi des scènes de repas, dans lesquels même figurent le pain et le poisson ; c'est la représentation des banquets funéraires, et le poisson indique un repas d'un certain luxe. Les artistes chrétiens ont donc pu, là encore, s'inspirer de l'art païen. Une belle peinture du banquet céleste orne le vestibule du cimetière de Domitille. Bien que la fresque soit très endommagée, on peut reconnaître encore deux personnages assis devant une table à trois pieds portant un poisson et des pains, et à côté un serviteur, le « dapifer >, qui tient un plat. Cette peinture est du II e siècle. Les scènes

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