LES IMAGES DE NOTRE-SEIGNEUR
souffrances du Sauveur ( 1 ). On constate le même caractère clans le beau sarcophage du Latran (IV e s.), qui offre plusieurs scènes de la Passion ( 2 ). La croix même ne paraît nettement qu'au V e siècle. Auparavant on a comme symboles de la Passion l'agneau placé sous une ancre, le dauphin sur un trident L'abolition du supplice de la croix par Constantin ne suffit pas à vaincre toutes les répugnances des chrétiens ; au IV e siècle, on trouve la /j croix monogrammatique, non la croix seule, qui se /à montre enfin sous Théodose, quand la religion chrétienne est devenue religion de l'empire. Il est à croire cependant que pour leur dévotion privée les chrétiens se servaient de croix et même de crucifix, comme semble l'indiquer le crucifix blasphématoire trouvé au Palatin (3).
Dans les premières représentations, la croix est ornée de fleurs et de pierreries : c'est la « crux gemmata » des peintures et des mosaïques. L'Evangéliaire syriaque de la Bibliothèque Laurentienne de Florence, appartenant à la fin du VI e siècle, a une image du Crucifix. Une mosaïque du VII e siècle, à St-Étienne-le-Rond, représente une croix et au sommet le buste du Sauveur. Grégoire de Tours parle de crucifix couverts d'une longue robe. Sur une ampoule du prêtre Jean conservée au trésor de Monza, Notre- Seigneur semble prier entre les deux larrons, la croix est dissimulée ; c'est aussi de cette manière qu'il est figuré dans les sculptures de la porte de Ste-Sabine à Rome (V e siècle) (4). On le voit, jusqu'à une époque avancée on ne fit qu'à grand'peine des images réelles du crucifiement. Il semble que ces images ont paru d'abord dans les miniatures des manuscrits, puis dans les monuments privés, avant de passer sur les monuments publics.
1. Il sera désoimais possible de voir et de mieux éiudier celte peinture, la partie du cimetière de Prétextât où elle se trouve n'étant plus inaccessible comme je l'avais déploré dans la première édition de ces Éléments. 9. lnfr. % p. 338.