PERSÉCUTION DE JULIEN L'APOSTAT. 7J
mère Dafrosa, de sa sœur Demetria, et celle du prêtre S. Jean, sont comme des chapitres d'une grande histoire dont le centre est le martyre des SS. Jean et Paul. De Ste Bibiane nous avons un souvenir monumental dans la petite église qui est située près du Nympheum de l'empereur Gallien, faussement appelé Temple de Minerva Medica. Ce lieu a toujours été en grande vénération. Vers le V e siècle, on y établit un cimetière qui prit une grande importance, et dans lequel ont été retrouvées des inscriptions du V e et du VI e siècle ; on l'appelait « Cimiterium ad Ursum pileatum » (').
S. Jean, prêtre, fut très célèbre dans les premiers siècles. Probablement déjà prêtre au temps de Dioclétien, il ensevelissait les martyrs pendant la persécution. Son corps fut déposé sur la Via Salaria, « ad clivum Cucumeris ». Dans la basilique supérieure du cimetière érigé ensuite en ce lieu, « ad caput S. Joannis », on vénérait le corps du Saint séparé de la tête : on ne connaît pas d'autre cas semblable. Le corps et la tête furent plus tard transportés dans la ville, à la petite église de S. Giovannino, puis à l'église voisine dédiée à S. Sylvestre, qui prit dès lors le nom de « St-Sylvestre in capite ». Il peut bien y avoir quelque relation entre ces reliques et le culte que l'on rend aussi, dans la même église, à S. Jean-Baptiste : les similitudes de noms ont souvent engendré de telles confusions.
L'épisode le plus célèbre de cette persécution est le martyre des SS. Jean et Paul. Les Actes nous apprennent que ces deux chrétiens, deux frères peut-être, avaient été attachés à la maison de l'empereur Constance. Afin de ne pas prendre part aux actes d'idolâtrie de Julien, ils se retirèrent dans leur maison du Mont Coelius. Invités à revenir à la cour, ils refusèrent et furent condamnés à mort Leur exécution eut lieu secrètement, dans leur propre demeure, c'est là aussi qu'ils furent enterrés. Des amis de la famille, Benedicta et le prêtre
i. Ce fut le premier cimetière établi à l'intérieur de la ville. Il ne faut pas le confondre avec un autre du même nom, qui se trouvait sur la voie de Porto.
Crispus, ornèrent le tombeau des martyrs. Après la persécution, leur maison fut transformée en église et reçut le nom de « Titulus Pammachii ». Les ruines de cette maison ont été récemment découvertes, sous le pavé de la basilique actuelle, par le P. Germano di S. Stanislao, Passioniste ( x ). La brique, les décorations, les scènes figurées, indiquent manifestement une maison du IV e siècle. Plusieurs peintures, les seules de ce genre qu'on ait trouvées dans une maison privée, reproduisent les symboles des catacombes : l'orante, la brebis, les prophètes, Moïse et le buisson ardent, le monogramme Constantinien.
Le lieu même du martyre des SS. Jean et Paul est une sorte de cave ; il s'y trouve encore des amphores et des vases en terre cuite avec des symboles chrétiens. Près de là est le « locus confessionis », où furent déposés les corps. Dans la partie supérieure, on voit représentés les martyrs et des épisodes dont les Actes peuvent fournir l'explication : Benedicta pleurant de ne pas retrouver les reliques des deux saints, le prêtre Crispus allant célébrer la messe sur leur tombeau, les deux martyrs ayant à leurs pieds les personnages par qui leurs corps furent retrouvés, le supplice des SS. Crispus, Crispinianus et Benedicta. C'est l'unique exemple d'une scène de martyre que nous fournissent les peintures des premiers siècles. Celles-ci sont certainement du IV e siècle. Elles ont été faites aussitôt après la mort de Julien l'Apostat, au temps de Byzante et de Pammachius.
Cette grande découverte du P. Germano confirme clairement les Actes du martyre des SS. Jean et Paul, et prouve que la persécution de Julien a bien été une persécution sanglante.
Nous avons encore quelques souvenirs du prêtre Pygmenius, martyrisé à la même époque et enterré au cimetière de Pontien où on retrouve son image accompagnant celles de «deux autres martyrs, SS. Pollion et Milix ( a ).
i. Cf. La casa celimontana dei SS. Martiri Giovanni e Paoh, scoperta ed illustrata dal P. Germano di S. Stanislao, Roma, 1894 ; — P. AUard, Études d'histoire *t d'archéologie, p. 159 sq. ; — Manocchi, Kal. Neap., m, p. 72a sq.