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8o ÉLÉMENTS D'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.
§ II. Le triomphe définitif du christianisme.
Julien l'Apostat mourut en juin 363. Il eut pour successeurs des princes chrétiens, Jovien, Valentinien I er , Gratien, Valentinien II, Théodose. Sous Valentinien I er l'Église fut gouvernée par S. Damase (366-384). Dès le début du pontificat, un schisme se produisit : Ursin fut élu pape par la faction rigoriste, qui tenait Damase pour ami de Félix, l'adversaire de Libère. Damase invoqua les martyrs ; c'est à leur protection qu'il attribua la cessation du schisme, et il leur témoigna sa reconnaissance en érigeant de nombreux monuments en leur honneur.
Certains protestants modernes ont voulu voir en S. Damase le premier fondateur de la suprématie de l'évêque de Rome ; dans son Damasus Bischof von Rom, M. Rade cherche à prouver que ce pape se servit du culte des martyrs pour acquérir plus de prestige et étendre son autorité. Cette thèse est réfutée par de nombreuses preuves ; qu'il suffise de remarquer que le concile de Sardique (347) avait déjà proclamé la suprématie du pape (^.Cequi est vrai,c'estque le Saint-Siège acquit alors une grande importance ; nous en avons un témoignage dans le trait suivant rapporté par S. Jérôme. Le préfet de Rome, Vettius Agorius Praetextatus,qui avait élevé près du Capitole un portique dédié aux douze grandes divinités (367), était en relations avec S. Damase ; aux instances du pape qui le pressait de se convertir : « Facite me Romanae urbis episcopum, répondit-il, et ero protinus christianus » ( 2 ).
Il y avait encore dans le vestibule de la Curie un autel en marbre dédié à la Victoire ; il avait été érigé au temps d'Auguste, et on le vénérait comme un symbole de la puissance romaine. Supprimé par Constance, rétabli par Julien, Gratien le fit de nouveau disparaître en 382, l'année même où pour la première fois il refusa le titre de « Pontifex Maximus >.
1. Cf. Marucchi, Difesa <Ul pontifie a to di S. Damaso contro un nuovo attacco dei protistanti, dans les Atti deW Accadem. di relig. cattol., 1883.
2. S. Jérôme, Contra Joan. Hùros., 8 (P. Z... t. XXIII, col. 361).
TRIOMPHE DÉFINITIF DU CHRISTIANISME. 8l
Le Sénat s'étant divisé à ce sujet, les sénateurs païens chargèrent Symmaque de plaider leur cause devant l'empereur ; les sénateurs chrétiens prirent Damase pour avocat, et comme l'empereur était à Milan, celui-ci confia à S. Ambroise le soin de défendre le christianisme (*). Valentinien I er , puis Valentinien II refusèrent de laisser rétablir l'autel de la Victoire. Ce fut le signal de la fin du paganisme.
Déjà des prêtres païens et des prêtresses commençaient à embrasser le christianisme ; Prudence ( a ) mentionne en particulier une vestale nommée Claudia qui se réfugia, dit-il, dans la basilique de St-Laurent, sans doute dans une maison de vierges chrétiennes peu éloignée de la basilique. D'autre part, dans le cimetière de Cyriaque, voisin aussi de St-Laurent, on a trouvé un arcosole dont les peintures représentent Notre-Seigneur entouré des vierges sages et des vierges folles ; sur l'un des côtés, S. Pierre reniant son Maître ; sur l'autre, la manne tombant du ciel ; à la partie antérieure, l'Épi phanie, avec cette particularité que le monogramme constantinien est peint au milieu de l'étoile (3). Cet arcosole est de la fin du IV e siècle ; le tombeau était certainement celui d'une vierge. On peut croire que le peintre a été guidé dans le choix des sujets par une intention spéciale ; que la scène du reniement de S. Pierre signifie que le personnage enterré là avait été, lui aussi, aveuglé, païen ; que la manne exprime la force donnée par l'aliment céleste, l'Eucharistie ; et l'étoile, la lumière communiquée par le christianisme, par Jésus-Christ. Ce serait donc une allusion à la conversion d'une vierge. Cette vierge ne serait-elle pas précisément la vestale Claudia, dont la conversion dut avoir du retentissement? et ne serait-ce pas le nom de cette chrétienne qui aurait d'abord été gravé sur un piédestal de la maison des Vestales au Forum, érigé en 364, sous Jovien et Varronien, et qui fut ensuite martelé, en même temps
1. Cf. SymraaclL, Efist., 1. x, ep. 61 (P. L. t L XVI, col. 961-982) ; — S. Ambr., Rf. 17, 18 (P. L. , t. XVI II, col. 390-393). — Il existait vraisemblablement des liens de parenté entre les deux adversaires. C£ de Rossi, Bullettino % 1864, p. 76-77 ; 1865, p. 15.