Ibid
8. Garrucci, Cimitero degli antichi Ebrei, p. 39. 9. Gen., XXV, 9 ; L, 13.
lèrent habituellement ces funèbres demeures au flanc des vallées, d'où le nom de « vallée de la multitude » ; mais il ne semble pas que dans leur propre pays ils se soient jamais servis de vastes tombeaux communs. Ils les employèrent certainement lors de leur dispersion en terre étrangère. Pour ne parler que de l'Italie, où s'établirent des colonies juives fort importantes, nous y connaissons plusieurs cimetières hébraïques, indubitablement destinés à la sépulture de toute une communauté, et toujours creusés dans le roc, à l'imitation des cavernes de Palestine.
Les quartiers juifs de Rome les plus peuplés étaient ceux du Transtévère et de la porte Capène. Celui du Transtévère avait son cimetière sur la voie de Porto, au-dessous du Monte Verde ; Bosio l'a vu et décrit, mais il n'est plus accessible aujourd'hui. Au quartier de la porte Capène appartenaient les cimetières de la voie Appienne, dont le principal, découvert en 1857 par M. Randanini, alors propriétaire du terrain, fut décrit par le P. Raphaël Garrucci (i).
Le D^ Nicolas Millier a reconnu sur la voie Appia Pignatelli un autre hypogée juif, de très petite étendue. Il y en avait d'autres encore: j'en ai moi-même découvert un sur la voie Labicane, dont je parlerai plus loin.
§ II. Description du cimelièrede la vigna Randanini (^).
Le terrain sous lequel fut creusé ce cimetière appartenait, sans aucun doute, à la communauté juive de l'ancienne Rome. Ce n'est donc pas sur ce terrain que se trouvaient les colombaires païens, voisins de la voie Appienne, dont on a vu quelques restes dans la vigne Randanini ; de même le ma-
1. // cimitero degli antlchi Ebrei recentemenie scoperto in vigna Randanini, Roma,
2. La courte description que je donne ici remonte à 1884. Beaucoup d'inscriptions étaient encore à leur place et portaient des numéros d'ordre. Quelque temps après, la vigne fut vendue ; avant la transmission de propriété, un grand nombre d'inscrip tions furent enlevées, quelques-unes seulement y ont été reportées depuis. Je crois utile de laisser cette description telle que je la fis d'abord : elle représente l'état du monument lorsqu'il renfermait tout son matériel épigraphique, qui lui donnait une haute importance.
gnifique monument sépulcral qui produit un si bel effet au milieu de la propriété devait s'élever sur une « area » séparée.
A l'entrée du cimetière nous rencontrons une sorte de vestibule construit en plein air ; son pavé est au niveau de l'hypogée, il y a par conséquent quelques degrés à descendre. On reconnaît de suite dans ce vestibule des constructions de deux époques différentes : à l'origine, il était orné de niches en « opus reticulatum » revêtu d'enduit ; plus tard on y adossa des murs à arcs en tuf et briques dans lesquels furent ouverts des tombeaux ; en même temps, on jeta sur le vestibule une voûte dont il reste encore les amorces et le soubassement des piliers de soutènement. La mosaïque blanche et noire qui formait le pavé est aujourd'hui presque totalement détruite. On arrivait à ce vestibule par un corridor que partage, dans le sens de la longueur, un mur également creusé pour recevoir plusieurs cadavres. Suivant le P. Garrucci, le vestibule aurait servi aux anciens Hébreux de synagogue ou de salle de prière. Ils avaient en effet l'habitude de placer des salles de ce genre près des tombeaux des hommes justes. On peut remarquer dans ce vestibule trois fragments de marbre : une architrave portant les derniers mots d'une inscription : ////// TOTV • GENVS • aTHANASIORVM, qui se rapportait évidemment au tombeau commun d'une famille de ce nom ; — un fragment de sarcophage, avec une inscription dans laquelle est rappelé un médecin : APXIATPOC ; — un autre fragment de sarcophage, avec des génies chasseurs et des béliers.
Une porte ouverte dans la paroi occidentale de cette chambre donne accès à l'intérieur du cimetière. Entièrement creusé dans le tuf volcanique, et de la même manière que les catacombes chrétiennes, cet hypogée présente, au premier aspect, la même forme que ces catacombes ; seulement les galeries sont généralement plus larges, les chapelles moins nombreuses ; les « loculi » offrent aussi quelques différences ; très souvent ils sont fermés par des tuiles recouvertes d'un enduit blanc, l'épitaphe y est tracée à la pointe ou peinte en rouge, ou bien une petite plaque en marbre est fixée dessus.
2l6 GUIDE DES CATACOMBES ROMAINES.
Outre ces différences matérielles, il y en a d'autres qui proviennent de la diversité des croyances. Ainsi, en général, nous n'y trouvons pas de figures d'un caractère religieux, le culte judaïque n'autorisant que les peintures décoratives et indifférentes. Comme symboles sacrés, nous voyons le palmier, le candélabre à sept branches, quelqu'un des objets employés pour les cérémonies.
En examinant la paléographie et le texte des inscriptions, nous pouvons affirmer qu'on se servit beaucoup de cet hypogée au III^ siècle de notre ère ; rien n'empêche d'ailleurs qu'il ait pu commencer longtemps avant et rester en usage jusque bien plus tard. Les inscriptions sont en latin, plus souvent encore en grec, pas une seule en hébreu ; preuve que les Juifs de Rome se conformaient aux usages de leur nouvelle résidence ou qu'un long séjour hors de la Palestine leur avait fait perdre l'habitude de leur propre idiome.
Voici pourtant un point de contact entre l'épigraphie juive et l'épigraphie chrétienne. Les Hébreux employaient fréquemment la formule grecque ev eipriv/i xot.p.rjTt.f; auTOU (ou auTYi;, ou cToù), « en paix son sommeil» (ou «ton sommeil >), traduction du mot hébreu que nous lisons en d'autres lieux, Dl?2î>, shalom, paix. Les chrétiens adoptèrent la même expression pour parler du sommeil de la mort. Elle leur était suggérée par le Psalmiste : « In pace in idipsum dormiam et requiescam » (i). N'avaient-ils pas les uns et les autres une égale foi à l'immortalité de l'âme et à la vie future?
Les analogies de forme que nous pouvons constater entre les cimetières juifs et les catacombes chrétiennes de Rome tiennent à ce que les premiers chrétiens voulurent imiter, non les sépultures de la synagogue, mais celles de Palestine, et notamment celle du Sauveur. Les mêmes conditions locales, la nature du sol, la pratique d'ensevelir les cadavres entiers,amenèrent chrétiens et Juifs, indépendamment les uns des autres, à donner à leurs nécropoles la forme que nous connaissons.
Entrons maintenant dans notre cimetière ; en le traversant