I. / monumenti délie arti cristiane primitive, p
candélabre à sept branches, et des formules épigraphiques usitées chez les Juifs.
Je crois être agréable au lecteur en donnant ici, comme je l'ai fait pour le cimetière de la vigne Randanini sur la voie Appienne, la description de celui de la voie Labicane. Je n'aurai guère qu'à reproduire, à peu près en entier, une brochure que je publiai il y a un certain nombre d'années et qui est maintenant tout à fait épuisée (^).
§ IV. Cimetière Juif.
Vers la fin de 1882, l'avocat Fr. Apolloni-Carracciolo, propriétaire d'une vigne située à deux kilomètres au delà de la porte Majeure, à gauche de l'ancienne voie Labicane (2), me faisait savoir qu'en y rouvrant une carrière de pouzzolane abandonnée, des ouvriers avaient vu une ouverture qui donnait accès à une galerie de cimetière. Je me rendis aussitôt sur les lieux. Retrouver la communication avec le cimetière ne fut pas chose facile, tant était vaste l'arénaire et inextricable le labyrinthe de ses galeries. Ajoutez à cela rétat de dévastation dans lequel se trouvait le souterrain, menaçant de s'écrouler d'un moment à l'autre. Je pus finalement réussir, grâce à l'assistance intelligente du propriétaire et à l'expérience du « cavatore » Louis Caponi qui, pendant longtemps, m'accompagna dans mes excursions à travers les cimetières.
Entré dans l'hypogée par l'ouverture [A], je me trouvai dans un cimetière qui, de prime abord, me parut chrétien, sa forme générale étant assez semblable à celle des catacombes déjà connues. En examinant de plus près la galerie [IL], précisément au point [S], je découvris sur la chaux, près d'un «loculus»,un € graffito » antique représentant le chandelier à sept branches, symbole solennel et non douteux du
1. Di îiu nuovo cimitero giudaico scoperlo sulla via Labicana, Roma, 1884.
2, Dans le quartier appelé « Monte d'Oro ». La vigne a été vendue, quelque temps après, à M. Santé Villegi.
es
cr
culte judaïque. Je reconnus alors que j'avais découvert un ancien cimetière juif, et j'en avisai aussitôt le propriétaire. J'y conduisis aussi mon maître de Rossi, qui, convaincu de l'importance de la découverte, me conseilla d'en publier une description. En janvier 1884, il mit à ma disposition le <i cavatore » Caponi et deux autres ouvriers de la Commission d'archéologie sacrée, mais pour peu de jours, parce qu'il n'était pas possible de les détourner longtemps de leurs travaux ordinaires dans les catacombes.
Le peu de temps qui m'était accordé fut mis à profit. Je trouvai parmi les décombres plusieurs fragments de terre cuite avec des inscriptions et symboles juifs ; un arcosole orné de caractères juifs peints sur l'enduit fut dégagé. Une chambre [B] était déjà accessible : je constatai l'existence de deux autres [G et H]. Enfin, après avoir pris note de tout, je dressai le plan du souterrain, que je présente au lecteur (plan ci-joint). Je dois avouer que dans ces travaux j'exposais ma vie, car il n'y avait, pour aller de l'arénaire au cimetière, qu'une seule voie, fort longue, et si un éboulement, que l'état de dévastation de l'arénaire rendait toujours menaçant, l'avait obstruée, il devenait impossible de sortir. C'est pourquoi je ne pus songer à lever un plan exact du souterrain, parles moyens ordinaires qui exigent du temps et de la tranquillité : je me contentai d'en faire un dessin approximatif en marquant de mon mieux, à vue d'œil, la direction de chaque galerie.
Ce cimetière juif s'étend des deux côtés de la voie Labicane, environ à deux kilomètres des murs. Pour qui regarde sur notre plan l'arénaire, la voie publique passe à droite ; l'entrée, dans la vigne Apolloni, se trouve à gauche de la voie, et l'ambulacre [ILM] correspond à la vigne Marolda- Petilli, à droite de la voie quand on vient de Rome. Cette dernière vigne est en face de l'auberge appelée « Osteria del Pino ».
Après ces indications générales, arrivons à la description du souterrain.
Avec ses galeries qui s'entrecoupent et vont dans toutes
les directions, avec ses chapelles ouvertes sur les côtés des galeries, avec ses tombeaux en forme de « loculi », ce cimetière ressemble beaucoup aux catacombes chrétiennes. Bosio avait déjà noté ces analogies à l'occasion de la découverte du cimetière juif de la voie de Porto, et je l'ai moi-même signalée plus haut, à propos de celui de la vigne Randanini sur la voie Appienne. Il y a d'ailleurs des particularités tout à fait propres aux cimetières juifs.
Je dois répéter ici quelques observations sur ces rapports entre cimetières juifs et cimetières chrétiens, et compléter •celles que j'ai faites au sujet de l'hypogée de la voie Appienne.
On a dit que la forme des catacombes chrétiennes dérive de celle des cimetières juifs. Il n'y aurait pas lieu de s'en étonner, car nous savons qu'il existait à Rome des hypogées juifs avant l'introduction du christianisme ; et l'Eglise aurait d'autant moins craint de les imiter, que, sortie de la synagogue, elle lui avait emprunté plusieurs de ses rites et de es coutumes, fidèle disciple de Celui qui avait dit : « Non veni solvere, sed adimplere. » Toutefois rien n'oblige à reconnaître dans la forme architectonique des catacombes chrétiennes une servile copie du judaïsme. Disons plutôt que igions ont reproduit d'une façon constante un commun prototype, savoir, les tombes creusées dans le roc par les anciens Hébreux, les sépultures des patriarches, des rois et des prophètes de cette nation, la sépulture même du Rédempteur, dont le corps fut enseveli « sicut mos est Judaeis sepelire ».
La synagogue et l'Eglise eurent donc une raison suffisante de conserver le système antique des nécropoles souterraines. Quand, dans l'une et dans l'autre, ces nécropoles durent servir, non plus seulement à une famille, mais à un grand nombre de personnes, il fallut forcément leur donner la forme d'un réseau cimitérial, les tombes occupant les parois des galeries : ainsi l'exigeaient la nature du sol et la destination du souterrain. De fait, nous constatons la même disposition dans certains hypogées de communautés rattachées
à quelque culte idolâtrique d'Orient, qui l'avaient ellesmêmes empruntée aux anciennes coutumes de ce pays. Nous la trouvons même dans des tombeaux païens de l'époque impériale, spécialement du 11^ et du III^ siècle, époque où déjà les religions et les usages de l'Orient avaient pénétré partout dans la société romaine.
Voici pourtant une différence caractéristique, tenant à la différence numérique des deux communautés. Destinés à une population illimitée, les cimetières chrétiens prirent des développements gigantesques ; tandis que les cimetières juifs, réservés à une colonie fort peu nombreuse, n'eurent jamais qu'une faible étendue.
Du reste similitude n'est pas synonyme d'identité. On connaissait déjà d'autres particularités de formes, suffisantes pour distinguer ces cimetières les uns des autres. En général, les galeries sont plus larges dans les cimetières juifs que dans les cimetières chrétiens, et elles sont, comme précisément dans celui de la voie Labicane, légèrement arquées. Les tombeaux, creusés en « loculi », rappellent bien ceux des cimetières chrétiens ; mais, à la différence de ces derniers, ils sont fermés presque toujours par des plaques en terre cuite, et souvent entièrement recouverts d'enduit.
On voit fréquemment dans l'hypogée de la vigne Randanini des tombes de forme spéciale, assez fréquentes dans les cimetières juifs, ouvertes horizontalement dans le sol des galeries ; on les appelle « cocim », et la Mischna en fait mention. Suivant Bosio, il en existait aussi dans le cimetière de la voie de Porto ; mais on n'en a jusqu'à présent trouvé aucune dans celui de la voie Labicane.
En revanche nous y rencontrons une autre caractéristique des cimetières juifs : de courtes galeries perpendiculaires aux galeries principales (D du plan). Le plan du cimetière de Venosa, publié par Garrucci, montre qu'elles y étaient aussi fort nombreuses (i).
Dans la partie accessible du cimetière de la voie Labicane, on voit cinq de ces petits corridors, qui ont pu servir