GALERIE DE CIMETIERE CHRÉTIEN
partinrent à la communauté des fidèles et furent administrés directement par l'Eglise. Tel fut au moins le cimetière de Calixte, ainsi que l'atteste positivement le libre des Philosophiimena. Pendant cette période, qui va jusqu'à Constantin, ils subirent deux fois la confiscation ; en 258 sous Valérien, et en 303 par ordre de Dioclétien ; mais l'autorité ecclésiastique put ensuite les recouvrer. Comme à l'époque précédente, ils servirent de lieux de réunions pour célébrer les anniversaires des défunts et les fêtes des martyrs.
3° L'édit de paix donné par Constantin à Milan (313) reconnut définitivement à l'Eglise la propriété des cimetières. Les fidèles continuèrent de s'y faire ensevelir, tant par habitude que par dévotion pour les martyrs qui y reposaient en grand nombre. Sur les tombes les plus vénérées s'élevèrent des oratoires et des basiliques; le pape Damase surtout (366-384) se distingua par sa piété envers les héros de la foi et son zèle à orner leurs tombeaux. Vers le commencement du V^ siècle, on cessa les excavations, et aux sépultures souterraines succédèrent des cimetières en plein air, qu'on avait d'ailleurs commencé à pratiquer dès le IVe siècle.
40 Du V^ siècle à la fin du VIII^, les catacombes furent exclusivement des sanctuaires, où on ne venait que pour prier sur les tombes des martyrs. A cette époque remontent les inscriptions (« graffiti ») tracées par les pieux visiteurs, et la rédaction des Itinéraires^ qui nous aident merveilleusement à distinguer dans ces labyrinthes souterrains les lieux historiques.
5<^ A la fin du VIII^ siècle, craignant de voir profaner ces lieux sacrés, déjà en partie dévastés par les Goths et les Lombards, les papes se mirent à transférer dans la ville les reliques des martyrs ; de sorte qu'au milieu du IX^ siècle les catacombes étaient dépouillées de leurs précieux trésors. Elles allaient dès lors être peu à peu abandonnées et tomber en ruines, à l'exception du cimetière de St-Sébastien et de quelques petites parties d'hypogées situées sous l'une ou l'autre des basiliques les plus fréquentées.
6° Abandonnées pendant le moyen-âge, les catacombes furent explorées et étudiées au XVI^ siècle, surtout par les soins de Bosio et de ses continuateurs ; c'est de nos jours qu'elles ont trouvé leur plus illustre interprète en la personne de J.-B. de Rossi.
Très importantes sont les catacombes romaines, berceau du christianisme et archives de l'Église primitive. Leurs monuments, peintures, sculptures, inscriptions, nous fournissent les matériaux les plus précieux pour illustrer les
INTRODUCTION
usages et coutumes des anciens chrétiens, l'histoire des persécutions par eux souffertes, et pour démontrer l'identité de leur foi avec la nôtre : démonstration très forte, puisque les monuments funéraires des cimetières souterrains ne sont généralement pas postérieurs à la fin du IV^ siècle. Le lecteur s'en convaincra lui-même en suivant la description que nous allons faire de chaque catacombe et de ses principaux monuments.
Entre tous les monuments des anciens cimetières chrétiens la première place revient aux tombeaux des martyrs. Nous devons donc d'abord donner à leur sujet quelques indications.
Le culte des martyrs, la vénération envers leurs tombeaux et leurs reliques apparaissent, déjà universels, dès les premiers siècles de l'Église. Si les « Actes » rédigés avec un soin jaloux pendant leur supplice ou peu après, les calendriers antiques, les martyrologes, ne suffisaient pas à l'attester, nous en aurions une preuve concluante dans deux pièces
absolument authentiques,les lettres de l'Eglise de Smyrne sur le martyre de S. Polycarpe, et celles de l'Église de Lyon sur les grandes tragédies de l'an i/Z.Mais les cimetières primitifs, et spécialement ceux de Rome, nous montrent d'une manière plus éclatante encore la piété des premiers chrétiens envers les restes sacrés des témoins du Christ. Là, nous trouvons à chaque pas, sur les « loculi », sur les « arcosoles », les traces indubitables de la sollicitude dont ces glorieux tombeaux étaient l'objet. Aujourd'hui, ils sont vides de leurs reliques : elles en ont presque toutes émigré, dans les translations solennelles du VIII^ et du IX^ siècle, pour aller sanctifier les cryptes de nos grandes basiliques ; et quand nous parcourons ces solitudes, nous n'y pouvons plus contempler que les sépulcres dévastés dans lesquels les triomphantes dépouilles ont reposé autrefois, et les marbres mutilés qui furent baignés de leur sang.
Pourtant les catacombes peuvent nous rendre encore quelques tombeaux oubliés de martyrs, quelques glorieuses fosses communes dans lesquelles, pendant les grandes perse-
cutions, on cachait par groupes et sans signes distinctifs ces innombrables victimes ignorées dont Prudence (i) a écrit :
Vix fama nota est, abditis Quam plena sanctis Roma sit, Quam dives urbanum solum Sacris sepulcris floreat.
Nous reconnaissons ces tombes, qui n'ont jamais reçu de culte spécial, d'abord au titre auguste de « Martyr » qui, par malheur, s'y trouve assez rarement, et en l'absence de cette preuve décisive, à d'autres indices presque équivalents. Mais ces indices ne doivent être admis qu'après un examen sérieux, et nous en devons rejeter rigoureusement plusieurs qui furent autrefois jugés suffisants. Par exemple, la palme, sculptée sur le marbre ou gravée dans la chaux, ne saurait être une preuve de martyre, car cet emblème de la victoire se voit également sur beaucoup d'inscriptions païennes et de monuments chrétiens d'une époque très postérieure à celle des persécutions ; la palme est un des nombreux signes idéographiques ou symboliques qu'employaient les fidèles : elle exprime simplement les victoires spirituelles remportées pendant la vie et la récompense éternelle qu'elles ont méritée. Il faut exclure pour la même raison les couronnes également sculptées ou gravées, et plus absolument encore le monogramme formé des deux lettres grecques initiales du nom
de Jésus-Christ N^ (XPISTOS), que certains s'obstinent
encore à interpréter « Pax Christi » ou « Passus pro Christo ». On peut douter que ce monogramme, comme symbole isolé, ait été en usage avant Constantin ; en tout cas, jusqu'à lui il resta fort rare, tandis qu'il devint au contraire très commun après le triomphe du Labarum sur lequel il était placé, et sa présence sur un monument lui assigne régulièrement comme date l'ère de la paix.
Un indice plus sérieux est celui du vase teint de sang qui se trouve dans certains tombeaux.Ce vase doit être considéré