‹ Éléments d'art et d'histoire militairesChapitre 19 sur 91 · GOUVERNEMENT DE · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE

forts chacun de trois bataillons à huit compagnies, et combattait encore en Afrique.

Les bruits de guerre qui agitèrent la France en 18/iO, lorsqu'il fut question d'intervenir à main armée en Espagne, donnèrent lieu à l'augmentation de nos forces. Le nombre des régiments d'infanterie de ligne fut porté à 75, celui des régiments d'infanterie légère à 25. Chacun de ces régiments comptait 3 bataillons de S compagnies, dont deux d'élite. L'ordonnance du 8 septembre 18/11 supprima dans chacun de ces bataillons la sixième compagnie du centre. Cette ordonnance, qui établit pour la première fois d'une manière fixe les cadres des divers corps de toutes armes, constitue une des plus importantes bases de nos institutions militaires.

L'infanterie française s'accrut sous Louis-Philippe de corps spéciaux créés en Afrique et recrutés parmi les indigènes, dans le but de combattre les Arabes avec leurs propres armes et de posséder des soldats entièrement acclimatés. Tel est le régiment des zouaves, fort de 3 bataillons de 9 compagnies chacun, dont l'origine remonte au 1^»- octobre 1830, et qui finit par devenir de composition entièrement française ; tels sont les 3 bataillons de tirailleurs indigènes à 8 compagnies chacun, créés par l'ordonnance du 7 décembre 18/rl.

Une des principales créations qui caractérisent cette période, est celle des chasseurs à pied. Voici comment on y arriva. La guerre d'éparpillement que nous soutenions en Algérie contre les Arabes avait démontré la nécessité de bons tireurs sachant s'embusquer et combattre en tirailleurs; le duc d'Orléans se convainquit lui-même de cette nécessité durant ses campagnes d'Afrique, et comme dans ses voyages en Allemagne les excellentes troupes légères de l'Autriche le frappèrent, il insista pour qu'on instituât en France un corps spécial de tireurs habiles. C'est pourquoi, après un premier essai datant de 1833 pour créer dans chaque département une compagnie de francs-tireurs, essai qui n'aboutit pas, il intervint une ordonnance royale datée du 28 octobre 1836 qui décida l'organisation d'un nouveau bataillon, sous la dénomination de bataillon de tirailleurs

d'Afrique. Ce bataillon ôlait destiné à ôtre employé dans nos possessions du nord de l'Afrique, comme l'indiquait son titre, Son effectif comprenait :

30 officiers ;

810 sous-officiers, caporaux et soldais; 8 enfants de troupe.

Total 848

Ce bataillon reçut un uniforme et un armement semblables à ceux des régimenls d'infanterie de ligne , sauf pour le schako, qui fut remplacé par le képi, et pour le bouton qui prit, au lieu d'un numéro, la légende : Tirailleurs cV Afrique. Ce bataillon fut di^sous par décision royale du 2 mars 1838. Le lu novembre de la même année, une autre décision du roi prescrivit de nouveau la formation provisoire de ce bataillon, qui fut définitivement constitué comme corps isolé, s'administranl séparément, sous la dénomination ànbataillon de tirailleurs, par l'ordonnance du 28 août 1839, qui fixa son complet à 2/i officiers et 82/i hommes de troupe, c'est-àdire au même effectif total que précédemment; les capitaines de ce bataillon devaient concourir pour la 1'^ classe avec ceux des régimenls d'infanterie. Le 28 septembre iS/iO, une ordonnance porta création de dix bataillons de chasseurs à pied numérotés de 1 à 10; le bataillon de tirailleurs institué en 1839 prit la dénomination de l^i" balaillon de chasseurs à pied, et fut amené à TetTectif de chacun des nouveaux bataillons, savoir :

31 officiers.

I,î?i9 hommes de troupe.

Total 1,280

Le duc d'Orléans, en sa qualité de lieutenant général, fut chargé de Forganisation de ces dix bataillons, qui reçurent des carabines rayées, des sabres-baïonnettes, un sac plus léger que dans l'infanterie, qui portèrent les premiers la tunique au lieu de Thabit, qui furent habillés à dessein en drap de couleur sombre, afin d'échapper plus facilement en campagne à la vue de l'ennemi. A la mort du duc d'Orléans

gol'Vernf.M!:nt de 1830. 113

(18^2), les clia.^seiirs à piod [irir.Mil lo nom de cftasseurs d'Orléans ([{l'Ws coiiservèiviit jiis(ju'au '2/1 février 18/i8.

L'adoption dos armes à [)ereiission pour toute rinnuilerie conduisit sons Louis-Philippe à la substitution de la tuni(|ue à l'habit et à l'adoption du nouvel équipement, mesures prescrites par la décision royale du 23 février 18/|5. Lidépendammentde son utilité (1) pour l'équipement que nécessitent les fusils à piston , la tunique offre l'avantage de permettre de porter plus longtemps les pantalons usés ou tachés par devant, et en outre elle lient plus chaud au ventre ^ elle est donc à la fois plus propre et plus hygiénique. L'allégement de la coilfure constitue une des [)lus notables améliorations du nouvel équipement : le shako actuel est, en eiîet, incomparablement moins embarrassant et moins lourd que l'ancien. Déjà, au mois d'avril 1836, on avait mis en essai dans le /iô^ de ligne un casque de cuir tanné et comprimé. Ce casque, réminiscence de celui momentanément en usage dans l'infanterie française de 1792 à 179/i, n'a pas réussi, et son essai n'a eu aucune suite.

§ 6. Cavalerie. — Au mois d'août 1830, le régiment des lanciers de la Garde fut licencié, et un nouveau régiment créé sous le nom de lanciers d'Orléans. Une ordonnance du 19 février 1831 porta à 6 le nombre des régiments de cette arme, nombre qui fut encore augmenté de deux en 1836. Sur ces 8 régiments de lanciers, 7 avaient été formés par la transformation de sept régiments de chasseurs à cheval.

L'ordonnance du 8 septembre I8/4I fixa la cavalerie française à 54 régiments à 5 escadrons chacun, savoir :

2 régiments de carabiniers.

10 rcgimeuts de cuirassiers.

\2 régiments de dragons.

8 régiments de lanciers. 13 régiments de chasseurs.

9 régiments de hussards.

Total.... 5i

(I) Au début, cette utilité fut considérée comme indispensable : on a bien vu depuis que c'était à tort.

Il y avait en outre en Algérie :

1° ù régiments de chasseurs d'Afrique, créés, les deux premiers en novembre 1831, le troisième en janvier 1833, le quatrième en août 1839, tous à 6 escadrons.

2° 3 régiments de spahis, institués, le premier en septembre 183/i, le deuxième en juin 1835, le troisième en août 1836; chacun à 6 escadrons, composés d'indigènes et de Français. L'institution des spahis, comme celle des zouaves, a produit les meilleurs résultats pour les progrès de notre conquête.

§ 7. Arliilerle. — L'artillerie se compose pendant cette période d'un état-major de 283 officiers et 689 employés; plus :

10 régiments à 15 batteries.

4 régiments à li batteries.

1 régiment de pontonniers, de 12 compagnies. 12 compagnies d'ouvriers.

\ compagnie d'armuriers, créée le 5 mai 1841 , pour le service spécial de l'armée d'Afrique.

6 escadrons du train des parcs , chacun de 8 compagnies.

Un même régiment d'artillerie comprenait encore, comme sous la Restauration, deux ou trois espèces de batteries, des batteries à cheval, des batteries à pied montées (elles étaient des plus nombreuses), et quelquefois une batterie à pied non montée.

§ 8. Génie. — En 1835, le Gouvernement de 1830 fractionne l'escadron du train du génie en 3 compagnies de sapeurs-conducteurs , et attache une de ces compagnies à chacun des 3 régiments de Farme, qui se composent toujours de 2 bataillons; mais le bataillon est plus fort que sous la Restauration : il comprend 8 compagnies, dont une de mineurs et 7 de sapeurs. Une deuxième compagnie d'ouvriers du génie est créée le 1" février 18/il et fixée dans la place d'Alger, tandisque la première compagnie continue de travailler à l'arsenal du génie de Metz.

GOUVERNRMKNT DE 1830. 115

L'élat-major du génie comprend /i60 officiers, 600 gardes et 6 ouvriers d'élat.

§ 9. Elablissemonls,— Les écoles restent ce qu'elles étaient sous la fin de la Restauration, sauf l'Ecole des pages qui disparaît, sauf aussi rÉcolo d'application d'état-major qui admet chaque année, par suite de la suppression du corps des ingénieurs-géograjdies, trois élèves sortant de l'Ecole polytechnique, outre les élèves de l'Ecole spéciale militaire et les sous-lieutenants de Farmée y entrant par voie de concours.

Un nouveau genre d'écoles prend naissance et constitue une amélioration digne d'attention ; nous voulons parler des écoles de tir instituées par le Gouvernement de juillet 1830. Une première école fut fondée en 18Zi0 à Vincennes. Perfectionnée dans son organisation en avril 18Zi2 sous le nom Ôl' École normale de tir, elle reçut une vigoureuse et intelligente impulsion du duc d'Orléans. En 18Zli5, le duc d'Aumale obtint comme lieutenant général, par une ordonnance royale, les fonctions et le titre A' Inspecteur général des Écoles de tir pour les armes à feu portatives. Plus tard, des Ecoles divisio7inaires^ dites aussi Écoles secondaires de tir, furent établies à Saint-Omer, Grenoble et Toulouse. On améliora dans ces écoles, comme dans l'Ecole normale de Vincennes, d'après les instructions du Ministre de la guerre, l'emploi des armes à feu portatives, surtout des armes à percussion, ainsi que la confection des balles et de toutes les autres munitions de guerre.

Chaque régiment d'infanterie et chaque bataillon de chasseurs à pied envoyaient dans ces écoles un lieutenant ou souslieutenant et neuf sergents ou caporaux. Un capitaine d'artillerie professait dans chacune d'elles, aux officiers, un cours théorique et pratique sur les armes à feu ; un officier d'infanterie (capitaine ou lieutenant), sorti lui-môme d'une école de tir, professait un abrégé du même cours aux sousofficiers. La durée des cours était d'un an.

L'existence de ces écoles de tir a puissamment contribué

à doter noire infanterie d'un tir plus ji;ste, ainsi qu'à répandre dans les corps les théories du tir et un goût plus prononcé pour l'étude des armes, si importante au point de vue de la guerre en rase campagne.

Sans vouloir nous occuper dans ce chapitre, plus que dans les précédents, des forteresses françaises et de leur aménagement successif sur nos frontières, nous devons néanmoins citer ici, comme le principal étahlissement créé par Louis- Philippe, les fortifications de Paris, composées d'une enceinte hastionnée continue et d'une clianie de forts détachés dont le pourtour commun emhrasse un développement de 60 kilomètres, construction grandiose, élevée de I8Z1O à 1846, moyennant une dépense totale de l/iO millions de francs, et qui remplit le double but de protéger le centre du gouvernement, et de modifier le plan d'attaque contre la France. Ces fortifications ont été habilement exécutées par le corps du génie, sous la direction du maréchal Dode de la Brunerie.

§ 10. Arniéos La totalité de l'armée française acquit

sous Louis-Philippo le chilTre important de /i70,000 hommes et 98,000 chevaux (I8/1O!.

Quant à la composition des armées actives, il ne fut formé sous son règne qu'une seule armée, celle dite armée du Nord, qui fit le siège de la citadelle d'Anvers. Voici l'état de cette armée au 1«'' janvier 1832, état qui présente d'autant plus d'intérêt, que Yordonnance sur le service en campagne qui règle rorganisation de nos armées fut rendue peu de mois après.

1° État-major général.

Un maréchal commandant en chef, 1 lieutenant général chef d'état-major, 1 lieutenant général commandant l'artillerie, 1 lieutenant général commandant le génie, 1 colonel d'état-major, 1 colonel d'artillerie, 1 colonel du génie, 8 officiers chargés du travail des bureaux de l'état-major, 7 officiers d'ordonnance. 5 aides de camp, 1 intendant militaire, 5 sous-inlendants, 1 colonel de gendarmerie grand prévôt.

COUVERNEMENT DE 1830. 117

2° Infanterie.

1" division — 2 brigades d'infant, de 6 bataill.cliacuDe.

2 batteries d'artillerie.

1 compagnie du génie.

2* division — Même composition que la 1".

3« division (mixte) — 2 brigades d'iuf. de 6 bataill. chacune.

1 brigade de cavalerie de 8 escadrons.

2 batteries d'artillerie.

1 compagnie du génie.

i'^ division (mixte) [incomplète]. — 1 brigade d'infanterie de 6 bataillons.

1 brigade de cavalerie de 12 escadrons.

3° Cavalerie.

Une division comprenant : 2 brigades de cavalerie de 8 escadrons chacune. 1 batterie d'iirtilierie à cheval.

4° Parc et re'sene d'artillerie.

6 batteries.

1 compagnie d'ouvriers d'artillerie.

1 compagnie de pontonniers.

7 compagnies du train des parcs.

5° Parc du génie.

\ conupagnie de mineurs.

1 compagnie de sapeurs.

76 sapeurs-conducteurs et ouvriers du génie.

On comptait, en outre : 314 officiers et employés d'administration, AO/i ouvriers d'administration, 5 compagnies du train des équipages militaires , 168 hommes de gendarmerie.

L'efTectif total de Vannée du Nord montait à hh.Qih hommes et 9,641 chevaux. Il n'y avait que 60 houches à feu c'est-à-dire moins de 2 houches à feu par 1000 hommes, proportion ordinairement adoptée. Cela provient de ce que la h" division d'infanterie n'avait pas encore reçu son artillerie.

Dans cette armée, le rapport des différentes armes montait, l'infanterie étant représentée par 1 : à -^ pour la cavalerie,

HPINGLETTE D HONNEUR.

■^ pour l'artillerie, ~ pour le génie, ^Vpour les divers autres services groupés enseaible.

§ 11. InsliUitions honorifiques — Pendant cette période,

les ordres militaires de Saint- Louis et du 3Iérite, sans être supprimés par aucune disposition législative , cessent pourtant d'être conférés.

L'heureuse issue de la campagne du 3Iaroc et le gain de la bataille (lA août iShli) qui la termine valent au maréchal Bugeaud , chef de notre armée d'Afrique , le titre de duc d'Isly.

Comme prix de tir, on distribue à partir de 18/i5 , aux meilleurs tireurs de chaque régiment, des épinglettes à grenades et chaîne d'argent, dites épinglettes d' honneur .

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