REGNE DE NAPOLEON III
Sous une impulsion intelligente et vigoureuse, nos institutions militaires progressent, l'armée s'accroît, le sort des employés militaires et des hommes de troupe devient meilleur (1), la discipline s'affermit (2) : tel est le caractère général de cette époque, et cela dès son début. Entrons dans quelques détails sur les points principaux, en conservant nos subdivisions habituelles.
§ 1er. Recrutement. — La loi du 26 avril 1855 a posé en matière de recrutement un principe entièrement nouveau, celui de V exonération. Avant cette loi, celui qui tombait au sort était obligé, pour ne pas servir, de présenter et de faire accepter à sa place un remplaçant ; aujourd'hui il lui suffit, pour s'exonérer du service, de verser à la caisse de la dotation de l'armée une prestation dont le Ministre de la guerre fixe annuellement le taux sur la proposition d'une commission supérieure spéciale.
La caisse de la dotation de l'armée pourvoit en retour, et c'est sa dépense principale, au paiement des primes et hautes payes de rengagement et d'engagement volontaire après libération, instituées par la même loi, et qui ont pour but d'améliorer le sort présent et futur des militaires qui se vouent définitivement à la carrière des armes.
Le législateur, prévoyant que ces nouveaux avantages maintiendraient sous le drapeau un assez grand nombre
(1) Augmentation de 10 centimes sur la solde des sous-officiers (1833); — amélioration du pain de troupe (1833) ; — tabac de cantine (1833), etc.
(2) Retour aux règles du service intérieur pour la cassation, rétrogradation et suspension des sous-officiers (1853) ; — publication d'un Code de la justice militaire (1837), etc.
12/j PRÉCIS dl:s institutions militaires.
d'anciens soldats (prévision justifiée par l'expérience), a supprimé (1) le remplacement facultatif dont les abus avaient soulevé depuis '183'2 d'unanimes réclamations : s'il faut absolument recourir à ce moyen, et ce serait en cas d'insuf- Osance du nombre des rengagements et des engagements volontaires après libération , comparé à celui des exonérations, alors les remplacements seraient effectués directement et adminislralivemeiit par l'Etal.
Un projet déjà présenté au Corps législatif tend à constituer une réserve en abaissant le temps de présence réelle sous les drapeaux.
Le cbiffre du contingent annuel a dû être porté, à cause de la guerre d'Orient, de 80,000 à IZiO.OOO liommes , de 1853 à J855 : à partir de 1856, il a été de 100,000 hommes.
§ 2. Hiérarchie. — Le cadre (2) du corps de l'intendance militaire comprend un nouveau grade , supérieur à celui d'intendant, le grade iX Intendant général mspectcur, assimilé au grade de général de division : les intendants généraux inspecteurs, jusqu'à présent au nombre de huit, forment un Comité d'administration permanent.
Les gardes de l'artillerie, du génie, des équipages militaires, qui prenaient précédemment rang après les sous-lieutenants de toutes armes, ont aujourd'hui une hiérarchie toute spéciale, ne comportant point d'assimilation aux grades militaires; ils jouissent du bénéfice de la loi sur l'état des officiers.
§ 3. Elcil-niajor. — La guerre d'Orient fait porter le cadre des officiers généraux à 90 généraux de division et 180 généraux de brigade, et le complet du corps d'état-major à 610 officiers : à la paix, on revient aux précédents chiffres.
§ II. Infanterie. — L'arme des chasseurs à pied, dont la spécialité consiste dans une grande mobilité comme infanterie, mobilité due à l'aptitude physique des hommes, et dans
(1) Sauf CLUre parents jusqu'au quatricmc degré.
(2) Décret du 12 juin ISob.
RÈGNK [)E N.VPOLKON IM. 125
iiiio parfaite justesse de tir [)rûveiiaiit d'une longue habitude à manier des armes de précision et à longue portée, est instituée à 20 l)alaillons (au lieu de 10), chacun de 10 compagnies, par décret du 2 ' novembre 1853. Cette augmentation, faite pour ne pas rester « dans des conditions d'infériorité vis-à-vis des nations rivales » , donne les développements nécessaires à une arme destinée à remplacer avantageusement les 25 régiments dits ^\' infanterie légère : aussi ces derniers disparaissent-ils de nom en 1855, et dès lors V infanterie de ligne française comprend 100 régimetits à 3 bataillons de 8 compagnies chacun.
Pendant la guerre d'Orient, chacun de ces régiments fut organisé temporairement à h bataillons (dont 3 de guerre) de 6 compagnies chacun , comme sous Napoléon I" : il y eut même un instant 102 régiments d'infanterie de ligne et 22 bataillons de chasseurs à pied.
Aujourd'hui la légion étrangère est remplacée par 2 régiments étrangers semblables à nos régiments d'infanterie de ligne (1), et les tirailleurs algériens sont organisés en 3 régiments à 3 bataillons chacun.
Au lieu d'un bataillon, les ouvriers d'administration forment lA sections, savoir : une d'ouvriers d'art et 13 d'ouvriers d'exploitation réparties entre les grands centres militaires de France et d'Algéiie.
§ 5. Cavalerie. — Les compagnies de cavaliers vétérans prennent le titre de compagnies de cavaliers de remonte, qui indique que chacune d'elles est définitivement consacrée au service dans un ou plusieurs dépôts de remonte : leur effectif monte à 201, officiers compris (2). Il existe aujourd'hui 7 de ces compagnies en France et 3 en Algérie.
(1) Décret du 16 avril 1856. Deux légions étrangères ont existé pendant la guerre d'Orient.
(2) Décret du 26 février 1852. Nous mentionnons ici la transformation des cavaliers vétérans, aQn de présenter avec plus d'ensemble ce qui concerne la cavalerie, car sa date la classait dans le chapitre précédent; d'ailleurs, cette réorganisation a été complétée par décret du 14 juin 1854, et la création de la "e compagnie de cavaliers de remonte date du 12 mars 1856,
126 PRÉCIS DES INSTlTUTIO^'S MILITAIRES,
Chacun de nos 53 régiments de cavalerie de l'intérieur est porté à 6 escadrons (au lieu de 5), au mois d'avril 185Zi, et chacun de nos régiments de chasseurs d'Afrique à 8 escadrons (au lieu de 6) en juin 1855; mais ces derniers sont ramenés, à la paix, au chiffre primitif, en sorte qu'aujourd'hui tous les régiments de cavalerie française comptent 6 escadrons.
En 1856, le 9^ régiment de hussards et le h" régiment de chasseurs d'Afrique sont licenciés, pour atténuer les dépenses résultant de la création de A nouveaux régiments de cavalerie dans la Garde impériale.
§ 6. Arlillerie. — La réorganisation du personnel de l'artillerie, effectuée par le décret du l!x février 185/i, consacre deux principes : 1" pour faciliter l'instruction spéciale dont tous les artilleurs étaient trop souvent détournés par la nécessité d'être en même temps cavaliers, la séparation de l'artillerie à cheval (ou légère), de l'artillerie montée (ou de hgne) et de l'artillerie à pied (ou de réserve), qui ont à la guerre des destinations entièrement différentes, la première manœuvrant avec la cavalerie, la seconde manœuvrant avec les divisions d'infanterie, la troisième concourant à l'attaque et à la défense des places ; 2" la suppression complète du corps du train d'artillerie, fondu dans les régiments à pied et y formant des hatteries de parc.
Aujourd'hui , les troupes de l'artillerie française comprennent :
5 régiments d'artillerie à pied , de 12 batteries à pied et 6 batteries de
parc chacun ; 1 régiment d'artillerie-ponlonniers, de 12 compagnies de canonniers-
pontouuiers et 4 compagnies de canouniers-conducteurs ; 7 régiments d'artillerie montée, de 15 batteries montées chacun ; 4 régiments d'artillerie à cheval, de 8 batteries à cheval chacun ; 12 compagnies d'ouvriers d'artillerie ; 1 compagnie d'armuriers.
L'état-major de l'artillerie se compose, depuis 185â , de 315 olliciers, 633 employés militaires et 165 employés ci-