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CHAPITRE PREMIER

HISTOIRE DE l'iNFANTERIE (1).

L'histoire particulière d'une arme présente cet avantage qu'elle démontre un à un, au fur et à mesure de leur découverte ou adoption, les progrès et perfectionnements apportés dans la formation, l'armement et la manière de con)battre, et que, par suite, elle indique successivement, à leur ordre de date, chacune des propriétés de cette arme; sous ce rapport l'histoire vient en aide à la théorie, et c'est pourquoi le présent ouvrage contient les résumés de l'histoire de chacune des armes. De ces résumés, celui relatif à l'infanterie, arme qui compose !e fonds principal des armées, est sans contredit le plus important, celui qui nous intéresse le plus : il fait le sujet de ce premier chapitre.

Pour l'exposer avec ordre, nous le fractionnerons en dixhuit paragraphes consacrés chacun à une époque. Ainsi le § 1" traitera de l'infanterie des premiers peuples de l'Asie et de l'Afrique ; le § 2, de l'infanterie chez les Grecs ; le § 3, de l'infanterie romaine; le § li, de l'infanterie des peuples barbares qui renversèrent l'empire romain, et principalement des Francs, nos ancêtres. A partir de la chute de Rome, le rôle de l'infanterie diminue relativement à ce qu'il était pendant

(I) Ce chapitre a déjà été publié sf'parémoiu , chez le même éditeur, en 1853, sous ce titre : Hisioire sommaire de Vinfanterie.

132 HISTOIRE ET TACTIQUE Dl-S AP.MES ISOLEES.

l'aiiliquilc; nous examinerons ce lùle amoindri sous quatre aspects, chez l'infanterie féodale (§ 5), chez l'infanterie communale (§ 6), chez l'infanterie des aventuriers {§ 7), chez les archers anglais (§ 8). Au \\\^ siècle, les Suisses réhahililent l'infanterie et prouvent sa force par de brillants succès, comme nous le dirons dans le § 9, qui sera suivi de détails sur l'infanterie espagnole (§ 10), la meilleure du xvi* siècle. Nous étudierons dans les trois paiagraphes suivants l'infanterie française sous les rois Charles VII , François I", Henri II, Henri IV. Le § lli rapportera l'amincissement de l'ordonnance par Gustave- Adolphe; le § 15 groupera les faits qui caractérisent l'infanterie pendant les règnes de Louis Xiy et de Louis XV; le § 16 parlera des perfectionnements 4ti!isés par l'infanterie prussienne dans la première moitié du xvni^ siècle; le § 17 indiquera les récents progrès (le l'infanterie. Quant au 18' et dernier paragraphe, il présentera des remarques sur l'ensemble de l'histoire de cette arme.

En choisissant, pour chaque époque, l'infanterie d'un peuple comme type, nous avons pour but d'abréger nos détails et de les réduire au cadre d'un chapitre, tout en citant dans notre esquisse historique les faits les plus curieux, les plus caractéristiques, les plus instructifs pour les militaires : suivre l'histoire de l'arme, à chaque époque, dans tous les pays à la fois, nous aurait entraîné beaucoup trop loin, et aurait produit un texte mieux rehé peut-être, mais à coup sûr moins facile à retenir.

Ce préambule posé, entrons en matière.

§ 1". Promiers peuples. — Dans les pays orientaux, oij la race humaine et l'art de la guerre prirent naissance, la cavalerie et les chars de guerre étaient les armes les plus estimées ; cela tenait à deux raisons : 1" à la nature plane du sol, qui permettait à ces deux catégories de combattants des manœuvres complètes et étendues ; 2° à l'impression que fait tout objet qui domine, impression naturelle d'après laquelle,

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dans ces temps priniitifs, le combatlant lo plus (3lcv(; paraissait le plus fort.

La nature de ces contrées influa également sur la formation première de l'infanterie, qui fut en ordonnance profonde, c'est-à-dire plus solide que mobile.

L'infanterie égyptienne se rangeait en gros bataillons carrés de 100 hommes de côté; ces bataillons se subdivisaient par fractions de 1000, 100, 10. Les fantassins, pesanmient armés, portaient chacun un grand bouclier, une longue pique, une hachette, un casque; les fantassins légers étaient archers ou frondeurs.

Les Juifs formaient leur infanterie sur une seule ligne do 10 à 30 hommes de profondeur ; les archers et les frondeurs occupaient les premiers rangs, les pesamment arme^'les derniers. Les corps de troupes de ce peuple, forts de 1000 hommes, se subdivisaient en groupes de 100 hommes.

L'infanterie des Perses, armée uniquement, à l'origine, d'armes offensives, se composait de gros bataillons sur 24 à 30 hommes de profondeur : Cyrus Taîné réduisit cette profondeur à 12 rangs, et introduisit dans son armée l'usage des armes défensives. Les troupes perses se partageaient en corps de 10, 100, 1000, 10,000 hommes. Ainsi le fi'actionnement décimal se retrouve comme base, dans la formation de l'infanterie, chez tous les premiers peuples dont il vient d'être question.

Toute formation profonde sur une seule ligne s'appelait, dans l'antiquité, phalange; les Juifs, les Perses, rangeaient donc leur infanterie en phalange. Les Grecs adoptèrent avec quelques modifications la phalange asiatique, et c'est surtout chez eux qu'il faut étudier cette ordonnance.

§ 2. Phalange grecque. — La phalange grecque était un corps d'infanterie pesante , rangé sur une seule ligne de 16 hommes de profondeur, et destiné à agir en masse et à tomber comme un bloc sur l'ennemi. Son organisation, au lieu d'être décimale comme celle de la phalange perse, reposait sur les puissances du nombre deux. Ainsi, en par-

13/i HISTOIUE ET TACTIQUE DES AliMES ISOLÉES.

lant d(3 la file de seize liommes considérée comme élément primitif:

Deux files formaient . . . une dilochie ;

Deux dilochies une tétrarchie;

Deux tétrarchies une taxiarchie ;

Deux taxiarchies un syntagme ;

Deux syntagmes une pentacosiarchie;

Deux pentacosiarchies . . une chiliarchie;

Deux chiliarchies une raérarchie ;

Deux mérarchies une phalangarchie ;

Deux phalangarchies . . . une diphalangarchie ;

Deux diphalangarchies. . une tétraphalangarchie.

La tétrarchie, corps de 6h hommes, correspondait à notre

-> compagnie moderne et était l'élément constitutif

TÉTRAECHiE. j^ j^ phalange. Le syntagme comprenait 256 hom-

pppp mes; la chiliarchie, 1024; la phalangarchie ou

pppp petite phalange, Zi096. Cette dernière fraction se

^'''^'^ composait de 16 syntagmes, le syntagme étant de

pppp 16 fdes et la file de 16 hommes. La tétraphalan-

pppp garchie, ou phalange complète, comprenait 16,384

i^PPP soldats. Tous ces soldats, pesamment armés, se

P '^ '' P nommaient hoplites.

pppp ^

Souvent les petits Etats grecs ne pouvaient pas pppp mettre sur pied même une phalangarchie, à fortiori PPPP une tétraphalangarchie; aussi donnait-on réellepppp ment le nom de. phalange à toute réunion d'un ^'^ ^^ certain nombre de tétrarchies, sans qu'il fût nécessaire d'arriver à un nombre fixe. Cette facilité d'organiser un nombre quelconque d'hommes en phalange offrait un grand avantage.

L'hoplite occupait en tous sens, à rangs et à files ouverts, quatre coudées (l'a, 80) ; à rangs et à files serrés, deux coudées (0"',90) ; à rangs très serrés, une coudée (0°»,/i5). La phalange chargeait à rangs serrés; elle soutenait le choc à rangs très serrés, formation nommée synapisme. Les principales armes de Fhoplite étaient le bouclier et la sarisse, pique longue de quatorze coudées (^■"jSOj que les cinq premiers rangs tenaient

IIISTOIRK l)K l'infanterie. 135

horizontale, tandis que les autres rangs la tenaient verticale. La sarisse se saisissant à quatre coudées (l-njSO) du bout de l'arrière, et cliaquo hoplite occupant à rangs serrés deux coudées (0™,90) en tous sens, on voit que, dans la formation à rangs serrés, les sarisses du cinquième rang dépassaient encore le front de la phalange de deux coudées (0'",90). Ce front, hérissé de piques, présentait un aspect redoutable.

Outre les soldats de rang ou hoplites, la phalange grecque comprenait des armés à la légère, désignés sous le nom de psiles. Ces psiles, comme effectif, formaient ordinairement moitié des hoplites , soit 8192 pour la lélraphalangarchie ; ils se divisaient en archers, en frondeurs, et en dardeurs ou jaculateurs (1) qui lançaient des traits à la main. Rangés sur 8 de hauteur, ils escarmouchaient autour de la phalange, et s'employaient à toutes les opérations demandant de la légèreté et de la promptitude.

Quelquefois les hoplites, imitant la formation des psiles, réduisaient leurs files à moitié, et la phalange se trouvait sur 8 de profondeur ; mais cette ordonnance mobile constituait une exception ; de plus, il n'existait que des intervalles peu marqués entre les divisions de la phalange, qui formait une ligne presque pleine.

Il y avait en Grèce une classe de fantassins intermédiaire entre les pesamment armés et les armés à la légère ; on nommait ces fantassins/je/^«5/'e5, du petit bouclier rond (irEX-n?) dont ils étaient armés ; ils portaient une pique moins longue que celle de l'hoplite. Alexandre le Grand en a fait un fréquent usage.

En Grèce, le système d'éducation, les lois et les mœurs

(1) Le journal prussien Militair-Literalur ZeUung{\8oi, colonne 86) a fait remarquer, à propos de cette expression, qu'elle était d'origine latine et ne pouvait désigner une fraction de la phalange grecque : je ne la donne pas comme nom d'une de ces fractions, mais comme nom d'une espèce de soldat (n'appelons-nous pas aujourd'hui grenadiers les soldats d'une de nos compagnies?), et je m'en sers uniquement pour représenter en français le mot grec àxcvTÎaai, à l'imitation de Joly de Maizeroy (Cours de tactique, 1785, t. I, p. 60).

avaient pour but principal de rendre tous les citoyens bons soldats : — ainsi, dès l'enfance, on familiarisait les jeunes gens avec l'image de la guerre, et leurs premiers jeux étaient des exercices militaires ; — ainsi le système des récompenses était plus honorifique que lucratif, et le système des punitions se basait plus sur l'opinion que sur des dommages réels, c'est-à-dire qu'il était, comme nous dirions aujourd'hui, d'après les expressions des lois françaises, plus infamant qu'afïlictif ; — ainsi, enfin, le manque de courage ou tout autre acte blâmable commis à la guerre, même lorsqu'il n'était pas puni, faisait éprouver au coupable la réprobation publique, celle de ses amis, de ses parents. A Sparte même, les mères se réjouissaient lorsqu'on venait leur annoncer la mort de leurs fils tués sur le champ de bataille, et lorsqu'on ramenait leurs cadavres portés sur leurs boucliers, préférant les voir revenir étendus morts sur cette arme défensive que vivants sans cette arme, dont la perte était notée d'infamie. Aussi le fantassin grec était-il un excellent soldat, robuste, adroit et courageux jusqu'à la ténacité : rien ne lui semblait plus glorieux que de mourir pour la patrie. Mais remarquons, comme contre-poids à ces qualités de l'hoplite, que la formation en phalange, c'est à-dire la formation sur une seule ligne presque pleine, n'était pas assez mobile pour combattre avantageusement dans les pays coupés et montagneux, parce qu'il s'y produisait, par la fluctuation de la marche, des vides funestes par lesquels l'ennemi pouvait s'introduire et la prendre en flanc et à dos ; c'est pourquoi la phalange n'eut de grands succès que dans les pays de plaine. Ajoutons cependant, pour être juste, que, toutes les fois qu'elle fut commandée par des généraux de premier ordre, qui savent toujours modifier l'ordonnance de leurs troupes suivant les circonstances locales qu'ils rencontrent, la phalange fut aussi victorieuse en des terrains accidentés : c'est ce qui lui arriva sous Alexandre le Grand et surtout sous Xénophon.

§ 3. Légion romaine. — A première vue, la légion romaine offre une différence caractéristique avec lu phalange ;

iiiSTOinE DI-: l'infameihe. 137

elle ne souffre pas l'ordre serré ; son organisation respire la mobilité.

Elle forme trois lignes divisées chacune en dix manipules ou pelotons, et rangées sur dix hommes de profondeur. Los hastaires sont en première ligne, les princes en seconde ligne, les triaires en troisième ligne. Dans chaque ligne, les manipules se trouvent séparés par une distance égale à leur front ; les manipules d'une ligne sont placés vis-à-vis les vides de la ligne précédente, ce qui produit une ordonnance en échiquier. Les intervalles des lignes égalent la profondeur d'un manipule : une dislance de six pieds romains (1"S78) sépare en tous sens deux fantassins.

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