ORDONNANCE MANIPILAIRE DE LA LÉGION
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Dans les deux premières lignes , le manipule contient 12 files, ce qui, à 10 hommes de profondeur, donne pour le manipule un effectif de 120 hommes ; chez les triaires, il n'y a que 6 files, ce qui réduit à 60 hommes la force du manipule.
Les armés à la légère attachés à la légion se nomment vélites, et forment 10 manipules de 120 hommes chacun, comme ux des hastaire s et des princes. Ils constituent la classe inférieure de la légion, et combattent en dehors et autour des lignes ; des actes de courage leur méritent comme récompense de devenir, de soldat hors rang, soldat de rang. La légion romaine comprend donc 1200 hastaires , 1200 princes, 600 triaires, 1200 vélites : soit, au total, 4200 fantassins. C'est le chiffre le plus ordinaire, car il y a eu des légions d'un effectif plus faible et des légions d'un effectif plus fort.
L'organisation de la légion se prêtait à formation te
détachements comprenant les mêmes classes de soldais qu'elle et dans les mêmes proportion?. Ainsi un manipule d'hastaires,un de princes, un de triaires et un de vélites donnaient, réunis ensemble, une petite légion de Zi20 hommes, à laquelle on pouvait encore joindre une turnie de cavalerie, ou le dixième delà cavalerie légionnaire. En doublant ou en triplant le nombre des manipules, on obtenait un détachement de 8/iO ou 1260 fantassins qui offrait encore l'image de la légion.
Un casque, un bouclier, une épée, sept javelots, composaient l'armement du vélite qui combattait en escarmouchant, soit sur le front, soit sur les flancs \ il profitait, pour se porter en avant et pour se retirer, des intervalles ménagés dans chaque ligne par la formation en échiquier.
Les hastaires et les princes avaient poui" armes défensives un casque, un plastron d'airain, un bouclier convexe, et pour armes offensives deux épieux nommés pilums , deux javelots et une épée. Cette épée était l'arme de prédilection des Romains ; large et forte, elle pouvait servir de hache entre les mains d'un homme vigoureux, et produisait des blessures étendues et profondes qui épouvantaient l'ennemi. Les hastaires recevaient ou donnaient le premier choc ; les princes les soutenaient, soit en se portant en avant au travers des vides de la première ligne, soit en venant enchâsser leurs manipules dans ces vides, de manière à former une ligne pleine plus résistante ; alors la légion combattait en véritable phalange, ce qui lui arriva souvent. Cette facilité de pouvoir se transformer à volonté, suivant les circonstances et les lieux, afin de présenter ou une extrême mobiUté ou une grande solidité, donne à la légion romaine la supériorité sur la phalange grecque.
Les triaires, soldats expérimentés, étaient armés du bouclier, de la pique et de l'épée. Pendant le combat des deux premières lignes, ils attendaient immobiles, leur pique appuyée contre terre. Leur mission consistait à se porter aux endroits faibles pour ramener la victoire; ils faisaient donc fonction de réserve. Quand il y avait nécessité de les engager
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dans une action, l'affaire prenait de la gravite ; de là le proverbe latin : Res ad triarios pervenit, pour exprimer les derniers efforts.
Le légionnaire était un vaillant combattant, bien façonné aux manœuvres et aux maniements d'armes, et surtout endurci aux fatigues de toute espèce. Le fantassin grec, l'hoplite, ne portait ordinairement aucun fardeau, remettant le soin de traîner ses munitions à des valets ou esclaves; mais le légionnaire, au moins pendant les beaux jours de la république romaine, portait lui-même ses armes, ses effets, une palissade, un outil de pionnier, et une poche ou gibecière de cuir contenant sa provision de blé pour quinze jours. En évaluant pièce à pièce le poids de son armure et de tous ses effets, on trouve que sa charge montait à environ l\ô kilogrammes, au double de celle que portent ordinairement nos fantassins (1). Avec ces fardeaux énormes, les soldats romains faisaient néanmoins sept à hnit lieues par jour, pour l'ordinaire, et douze lieues en cas de marches forcées.
Le légionnaire était en outre habitué à remuer la terre, car les Romains avaient pour usage constant d'entourer leur camp de retranchements, même lorsqu'ils ne campaient que pour une nuit : c'est à cette habitude prudente qu'ils durent d'éprouver aussi peu de revers ; elle avait en outre le grand avantage, en forçant les soldats à un travail continuel, de les tenir sans cesse en haleine et de les rendre robustes et bien portants. Ajoutons que cet usage de retrancher les camps et les positions était excellent avec les armes de jet des anciens, toutes peu destructives de loin, mais qu'il présente de faibles avantages avec nos armes à feu modernes.
La légion, par sa formation en petits corps rangés sur plusieurs lignes à intervalles, possédait toujours une réserve, jouissait d'une grande mobilité, pouvait combattre sur tous les terrains. Elle avait donc le caractère d'universalité indis-
(1) Daus la campagne de Russie (1812), les soldats du maréchal Davoust ajustaient sur leur sac, déjà rempli d'effets, 3 kilogrammes de pain, 2 kilogrammes de biscuit, 5 kilogrammes de farine, et portaient au total près de 30 kilogrammes chacun.
1/iO HISTOIRE ET TACTIQUE DES ARMES ISOLÉES.
pensable aux armées, indispensable surtout aux troupes d'infanterie : aussi était-elle une machine militaire éminemment propre à servir les Romains dans leurs projets de la conquête du monde alors connu, à laquelle ils ont toujours aspiré et qui a fait leur force, machine qui rentrait à merveille dans les vues de leur constitution politique : car, remarque essentielle, les Romains forment une exception parmi tous les peuples anciens et modernes, en ce qu'ils n'administraient leur pays qu'en vue de combattre, tandis que les autres peuples n'ont combattu ou ne combattent que pour rester en position de s'administrer.
Les lignes à intervalles présentent un inconvénient devant un ennemi vif et résolu, qui peut chercher à pénétrer dans les trouées qu'elles offrent; convaincu de cet inconvénient, le célèbre vainqueur des Cimbres et des Teutons, Marius, substitua, à l'ordonnance par manipules de la légion, l'ordonnance par cohortes, qui se rapproche de l'organisation en phalange. Dans cette nouvelle ordonnance, il n'existe plus qu'une classe de légionnaires ; les haslaires, les princes et les triaires se trouvent mêlés, tous armés du pilum et partagés en dix cohortes d'un effectif égal. Le nombre des rangs, les intervalles entre les rangs et les files, restent les mêmes que dans l'organisation par manipules.
Marius plaçait sa légion sur deux lignes, chacune de cinq cohortes séparées par de petits intervalles. César, comme l'indique la figure ci-dessous, rangeait la légion romaine sur trois lignes, la première de quatre cohortes, chacune des deux autres de trois cohortes; la troisième ligne formait réserve, et c'est pour cela que César la rétablit.