ORDONNANCE PAR COHORTES DE LA LÉGION SOUS CÉSAR
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IIISTOIKE DE l'infanterie. llli
Dans rordonnancc par coliorles, les lignes étant pleines, la première ligne, lorsqu'elle faiblissait, ne pouvait plus, comme clans rordonnance par manipules, se retirer à travers les intervalles de la seconde ligne, destinée à la remplacer, La seconde ligne seule pouvait avancer et venir s'enchâsser dans la première, les files fraîches se glissant au milieu des intervalles des llles fatiguées, de telle sorte que le front de la légion doublait en nombre sans changer d'étendue. La possibilité d'une semblable manœuvre résultait de l'ouverture des rangs et des files qui caractérisait Tordonnance romaine, dans laquelle chaque homme occupait en tout sens, comme nous l'avons dit, six. pieds romains ('l'°,78) : la diniculté consistait à conserver constamment celte ouverture entière, et c'est pourquoi tous les exercices tendaient à donner au légionnaire l'habitude de garder ses distances dans le rang comme dans la file.
Sous la nouvelle forme par cohortes, Tinfanterie légionnaire rendit encore d'éminents services et acquit autant de célébrité que sous la forme manipulaire. Dès lors la cohorte devint si bien l'unité de l'infanterie romaine, que souvent les auteurs, notamment César, disent : « Nous avions tant de cohortes, » sans même prononcer le nom de légion.
Pendant la période des empereurs romains, la légion s'abâtardit : rien ne le prouve mieux que rorganisation de la légion décrite par Végèce. Celte légion, forte de 6100 fantassins, partagée en dix cohortes, rangée en échiquier sur deux lignes, chacune de cinq cohortes, comprenait toutes sortes de combattants à pied : ainsi on trouvait, dans chaque cohorte, au premier rang des pesamment armés, au second des archers cuirassés, au troisième et au quatrième des vélites, au cinquième une machine de jet nommée onagre, flanquée de frondeurs et d'arbalétriers, au sixième des triaires formant réserve.
Cette ordonnance confuse ne put pas durer. On revint à des cohortes isolées, d'un effectif de 500 à 1000 hommes, les unes entièrement composées d'infanterie, lesautres composées d'infanterie et de cavalerie. On admit le remplacement dans le
1Z|2 HISTOinE ET TACTIQUE DES ARMES ISOLÉES.
service militaire, preuve réelle dedégénéralion; on quitta les armes défensives ; on abandonna Tusage de cette épée large et tranchante qui avait gagné tant de batailles, pour adopter exclusivement les armes de jet dont la légèreté convenait mieux à ces temps de mollesse ; on alla même plus loin, on fit lancer les javelots par des machines nommées carrobalistes, dont le nombre devint considérable. La discipline déclina ; les troupes ne s'exercèrent plus ; on abandonna les maximes qui avaient donné la victoire. La décadence fut rapide, et le colosse romain ne tarda pas à succomber sous les coups réitérés d'ennemis qui débouchaient en si grand nombre, que l'idiome latin se prit à désigner leur pays natal par l'épilhète parlante de Officina gentium (1) (la fabrique des nations).
Poursuivons maintenant l'élude de l'histoire de l'infanterie chez ces ennemis, peupleo nouveaux auxquels l'usage a conservé le nom traditionnel de Barbares.
§ h. Peuples barbares. ~ Sauf les Sarmates et les Vandales, les peuples barbares qui envahirent l'empire romain combattaient presque exclusivement à pied, et l'on peut leur appliquer l'expression de Tacite en parlant des Germains : « Omnerohur inpedile. »
L'infanterie germaine avait une organisation décimale ; elle attaquait en coin, quelquefois en phalange, toujours avec de grands cris.
Attachons-nous de préférence à l'infanterie des Francs.
Voici le portrait que les historiens nous ont laissé du fantassin franc.
11 attachait en forme d'aigrette ses cheveux roux relevés sur le sommet de la tète, et les laissait retomber et flotter par derrière comme une queue de cheval. Il se rasait la figure, ne conservant que deux moustaches longues et pendantes. Ses vêtements de toile lui serraient le corps ; un large ceinturon
(1) Nous rappelons cette pompeuse expression, inspirée par la terreur, malgré sou inexactitude probable démontrée par Luden [H isloire d'Allemagne, liv. III, ch. 4), parce qu'elle caractérise l'eiTet produit sur les Romains dégénérés par rinvasiou des barbares.
HISTOIRE DE l'iNFANTRRIE. 143
soutenait son épée. La francisque^ liaclie à un ou deux tranchants, emmanchée de ibrt court, étaitson arme favorite. Son bras gauche portait un bouclier long et étroit, seule arme défensive dont il fût muni. Il avait aussi un javelot ou pique de moyenne longueur, désigné dans la langue franque sous le nom de hang. Celte pique pouvait également servir de près ou de loin ; la hampe en était recouverte par des lames de fer qui la protégeaient contre les coups de l'épée ennemie, et le fer en pointe qui la terminait se recourbait à gauche et à droite en forme de double crochet.
Dans le combat, le fantassin franc jetait cette arme contre son adversaire : si elle s'engageait dans les chairs, il devenait difiicile de l'en tirer à cause des deux petits crocs de son fer ; elle occasionnait ainsi de graves blessures.
Quand l'ennemi parait le coup , le hang pointait dans le bouclier, s'yatlachaitell'alourdissail , car, balayant la terre par son extrémité, il y pendait comme un poids
dune forme très embarrassante; il ne pouvait, d'après sa nature, ni être arraché, ni être coupé à coups d'épée. Alors le Franc s'élançait, posait un pied sur la hampe, pesait dessus de tout son poids, et, forçant son adversaire à baisser son bouclier, pouvait frapper aisément sur la poitrine ou sur la tête découvertes^ dans cette position avantageuse, le
Ihll HISTOIRE ET TACTIQUE DES AlîMES ISOLÉES.
bras qui tenait la francisque visait ordinairement au visage ou au cou.
Les Francs conservèrent cette figure guerrière jusqu'cà la fin du VI' siècle de notre ère.
L'infanterie franque combattait, comme celle des Germains, en phalange et en coin, cette dernière formation n'étant souvent autre chose qu'une colonne profonde et serrée ; elle attaquait aussi en poussant des cris terribles et avec une vitesse qui égalait presque celle de la cavalerie. Par suite de son séjour en Gaule, elle adopta peu à peu quelques-uns des usages militaires des Romains.
A la bataille de Tours (732), dans laquelle Charles Martel vainquit les Sarrasins, les masses de l'infanterie franque se trouvaient rangées sur une grande profondeur, d'oii l'expression célèbre : « Dieu fut pou?' ses gros bataillons. » Ayant affaire à des ennemis cà cheval et combattant en éparpillement, le guerrier franc leur opposa des colonnes épaisses, dressées pour agir avec ensemble. Tout porte à croire qu'il connut et employa Vagmen quadratum. (formation carrée) .
Cet ensemble, base de la force de l'infanterie, disparaît avec Charles Martel de l'organisation de cette arme.
§ 5. Infanterie féodale. — La cavalerie se multiplia dans les guerres d'invasion de Charlemagne, petit- fils et deuxième successeur de Charles 3Iartel; à la mort de ce puissant monarque, elle faisait la moitié des armées françaises. Le système féodal qui surgit bientôt, et qui fut créé dans le but de maintenir sous l'obéissance des populations récemment subjuguées, institua des seigneurs, qui ne voulurent plus d'autre occupation que le noble métier des armes ; ils accaparèrent ce métier à leur profit, et, comme ils étaient riches, se couvrirent de lourdes armures et montèrent des coursiers bardés de fer. Tous les chefs adoptèrent cette mode ; l'engouement pour le combat à cheval devint général. Dès lors l'infanterie fut impuissante, car personne ne s'occupa de lui donner une bonne organisation, sans laquelle elle ne
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|)eul lien, el elle rosla sans foico, surlout conlro les gendarmes, que leur armuro rendait invulnérables.
L'infanterie féodale se composait des valets des gendarmes et de paysans arrachés à la cliarrue; elle avait, pour |)rincipales et plus ordinaires fonctions, de relever les seigneurs quand ils tombaient à terre et de les remettre en selle, ainsi que d'achever les cavaliers ennemis désarmés. Quelquefois elle escarmouchait au début de l'action. L'épée, l'arbalète, la massue, la fronde, formaient ses armes ofl'ensives ; elle ne portait pas d'armes défensives, et néanmoins était souvent mise en face de grands dangers, comme le prouve l'histoire des batailles de cette période. Le vainqueur, la trouvant sans défense, en faisait toujours un horrible carnage.
Deux faits historiques montrent Tétat d'abaissement où en arriva l'infanterie féodale.
A la bataille de Bouvines (121Zi), le comte de Boulogne fit former à son infanterie ui carré creux, au centre duquel il rentrait avec six autres chevaliers, pour prendre haleine, après un certain temps de combat-, il en sortait ensuite frais et dispos, pour renouveler la lutte : c'était se servir de l'infanterie comme d'une espèce de rempart.
A la bataille de Crécy (13Zi6), les arbalétriers génois qui faisaient partie de l'armée française, ne pouvant avancer à cause du désordre causé dans leurs rangs par les traits bien ajustés des archers anglais, le roi Philippe de Valois, mécontent de les voir reculer, cria dans sa colère aux chevaliers : « Or tôt tuez toute cette ribaudaille qui nous empêche la voie sans raison. » Les gendarmes français se ruèrent aussitôt sur la malheureuse infanterie génoise; pendant qu'ils s'acharnaient sur elle, l'ennemi prit le dessus, et leur fit subir la défaite la plus complète; défaite qui, jointe aux noms tristes et à jamais funestes de Poitiers et d'Azincourt, sera toujours, pour nous et nos descendants, une preuve frappante des fautes commises par nos aïeux, fautes qui mirent la France à deux doigts de sa perte, et faillirent être cause qu'au lieu de nous enorgueillir aujourd'hui du titre de Français, nous ne fussions encore une colonie de l'Angleterre!
Les condottieri, ces entrepreneurs de guerre qui affligèrent au moyen âge la Péninsule italique, atténuèrent aussi l'utilité de l'infanterie dans l'intérêt de leur commerce, parce qu'une troupe de fantassins leur aurait coûté trop cher à entretenir et eût été d'un prix de location trop élevé pour les petits princes qui les employaient; ils réussirent à la réduire comme effectif au dixième de leur cavalerie bardée (1), proportion qui indique combien les idées étaient alors renversées sur ce que doit être le rapport mutuel des deux armes.
Voyons comment l'infanterie se releva de cet état d'inutilité.
§ 6. Infanterie communale. — Au xii^ siècle, plusieurs peuples européens, tels que les Anglais, les Flamands, les Suisses, les Lombards conservaient des idées favorables à Finfanterie. En France, on fut ramené à ces idées par les croisades. Dans ces expéditions lointaines, le fantassin ne pouvait se remplacer comme sur le territoire de la mère patrie; il devint précieux, on l'arma avec plus de soin, on le dressa, et dès lors il put rendre des services qui furent appréciés. L'introduction des armes à feu favorisa bientôt aussi la renaissance de l'infanterie. En même temps, la trop grande tension du système féodal rapprocha les deux pouvoirs les plus éloignés dans la hiérarchie politique, le souverain et les bourgeois des villes ; gênés l'un et l'autre par ce système, ces pouvoirs s'entendirent : les villes furent érigées en communes jouissant de droits politiques, sous condition de payer un impôt et de lever une milice qui marcherait à l'appel du roi. Telle est l'origine des milices communales. La création de ces troupes bourgeoises rendit dorénavant moins indispensables les troupes féodales, et battit par conséquent en brèche l'emploi exclusif de la cavalerie.
Les milices communales, levées par l'autorité delà commune, comprenaient quelquefois des hommes montés, mais
(1) Le Prince, par Machiavel, chap. xii.
HISTOIRE \m l'iM'ANTERIE. 147
généralement elles ne se composaienl que d'infanterie 5 leur nombre de soldats, ou plutôt de sergents (servientes) , pour employer l'expression du temps, dépassait rarement 500. Les deux tiers de l'infanterie communale portaient des arcs ou des arbalètes ; le reste se servait de masses d'armes, de maillets de plomb et de hallebardes. Au surplus, les instruments d'agriculture, ou les outils du soldat improvise, lui servaient souvent d'armes; il conservait aussi dans les rangs l'un de ses vêtements habituels, la jaque ou blouse de l'homme des champs. L'infanterie des communes marchait à l'armée sous la bannière paroissiale ; un avoué de l'évèque, ou un chef municipal, ou un représentant du roi la commandait. Elle n'était obligée de franchir les limites de la commune que jusqu'à une certaine distance, évaluée en jours de marche (au maximum 40 jours) ; au delà de cette distance, son entrelien retombait à la charge du roi ou du seigneur qui l'employait; faute de fonds faits pour subvenir à cette solde, les troupes communales se dispersèrent souvent. Dans l'ordre de bataille, l'infanterie communale prenait place entre les escadrons de la gendarmerie. Cet entremèlement constitue tout ce que l'on connaît de sa tactique.
Cette infanterie prouva, dans ses luttes contre les seigneurs qui environnaient la cité, que des hommes de pied pouvaient combattre avec avantage des chevaliers entièrement bardés; le prestige commença à disparaître. Néanmoins cette infanterie ne valait pas grand'chose, quoique supérieure à l'infanterie féodale comme organisation, comme armement, comme discipline et comme courage.
L'institution des communes ne dispensait pas , au reste, les ducs et les comtes d'obéir à l'appel du roi et de prendre part à la guerre. A la suite do leurs gendarmes venait toujours une infanterie composée de valets et de paysans, qui continua à être mal organisée et plutôt prête à piller qu'à combattre. Pour faire cesser la confusion qui régnait parmi ces gens de pied, Louis IX leur donna, en 1226, sous le nom de grand maître des arbalétriers , un commandant général qu'ils conservèrent jusqu'au règne de François ï^'-; mais la
IZiS HISTOIRE ET TACTIQUE DFS AHMES iSOLÉES.
créalion de celle charge conlribua forl peu, au moins jusqu'à Charles VII, à améliorer l'état de rinfanlerie.
§ 7. AveiUiiriers. — Outre Finfanlerie féodale et communale, il s'établit en France, à la fin du xn" siècle, des bandes d'aventuriers, tous gens de pied, connus sous des noms divers , tels que Cotereaux, Soudoyers, Tard-veims, Malandrins, Routiers, Brabançons, Chaperons, Escorcheurs, Pastoureaux., Ribauds, Tondeurs, Mille-diables. Ces mercenaires, ramassis de diverses nations, formaient des troupes indisciplinées, vagabondes, et s'occupaient à piller quand ils ne guerroyaient pas; ils se rangeaient du côté du souverain qui les payait le plus. Le roi de France Louis VJf en eut jusqu'à vingt mille à sa solde. Leurs brigandages devenant intolérables, Philippe-Augusle envoya contre eux, en 1183, une armée qui les batlit près de Bourges. Ils se renouvelèrent et continuèrent à combattre et à voler jusque sous le règne de Charles V, Ce monarque, ayant pitié des provinces françaises qu'ils dévastaient, ordonna à du Guesclin d'aller prendre le commandement de leurs grandes compagnies et de les emmener hors du royaume • le héros breton accomplit (1366) cette difficile mission.
A cette époque, rinfanlerie française, principalement composée d'arbalétriers, se rangeait sur trois ou sur quatre rangs. Dans l'ordre de bataille, elle se plaçait en première ligne, devant ou sur les côtés de la première bataille (ligne) des gendarmes ; toujours elle occupait la tète des attaques.
§ 8. Archers anglais Les archers anglais, qui nous
firent tant de mal dans les journées de Crécy (13/i6) et de Poitiers (1356), composaient une des meilleures infanteries du xi\* siècle ; ils avaient pour armes défensives une jaque, un bassinet et un bouclier circulaire. Vigoureux et habitués au tir dès leur enfance, ils portaient une arme dont la corde pouvait s'ôter en temps de pluie et se cacher sous le vêtement, avantage dont l'arbalète se trouvait privée, puisque sa corde se trouvait invariablement iixée. Pour arrêter la fougue de
iiisioiRK Dii llnfamkkil:. IhO
la gendarmerie fiaiiçaise, ils se plaçaient en avant tie leurs cavaliers, suivant une ligne mince, plantant chacun devant eux, en guise de clieval de fiise, un pieu long de 11 pieds ; de là ils tiraient jusqu'à dix flèches par minute, visaient aux chevaux, et démontaient en peu de temps nos gendarmes, fort emharrassés, une fois à pied, de leurs armures. On voit que les Anglais raisonnaient déjà l'art de la guerre.
L'infanterie hussite, telle que l'employa le fameux Zisca à partir de 1^18, est aussi l'une des premières qui parvint, en rase campagne, à résister à la gendarmerie, en combattant entourée d'un retranchement de chariots nommé Tabor.
§ 9. Infjuilerle suisse. — La nécessité poussa les Suisses, dès le début du xiv^ siècle, à ressusciter l'infanterie antique, parce que leur pauvreté ne leur permettait pas d'entretenir de la cavalerie, et que la nature de leur sol se prêtait peu aux manœuvres de cette arme. Ils adoptèrent une ordonnance compacte, et la pique de 18 pieds de longueur qu'ils tenaient à deux mains par le milieu, comme nos soldats tiennent aujourd'hui le fusil en croisant la baïonnette. On comparait le bataillon suisse à une forêt d'épines ; on le nommait souvent hérisson. A partir de 1386, les Suisses firent usage de coulevrines. En 1/|76, aux batailles de Granson et de Morat, dont ils sortirent victorieux , ils combattirent en carrés pleins, ayant dans leurs rangs, suivant des proportions variables, des hallebardiers, des piquiers, des coulevriniers. Les hallebardes servaient dans la mêlée; les piques s'appuyaient à terre pour résister au choc de la cavalerie ; les coulevrines s'employaient surtout sur les flancs, quelquefois sur le front. Leur ordre de bataille consistait en trois masses rangées en échelons, la dislance des échelons étant de la portée d'une coulevrine ; de cette manière, la cavalerie ne pouvait les enfoncer. Quant à l'artillerie, ils essuyaient la première décharge (1), puis, profitant de la lenteur du tir de cette époque , couraient sur les canons et s'en emparaient.
(i) A Cerisoles (154 i), ils se couchèrent par terre pour offrir moins de prise aux boulets.
Les Suisses combaltirent toujours avec un grand courage; mais ce courage, que stimulait alors le désir de l'indépendance, ne fit pas seul leur force contre la bouillante gendarmerie du duc de Bourgogne. La discipline et l'ensemble qui en est la suite, voilà le véritable secret du succès de leur infanterie. Cette discipline était sévère ; elle ordonnait le silence le plus absolu, et défendait de quitter son rang sous peine de mort. Dès lors, l'élément populaire, Yensemble, se trouve substitué pour faire la guerre à l'élément féodal, V isolement ; sauf ce progrès, les Suisses n'ont pas perfectionné l'art militaire. Néanmoins ils vont faire école, et dans le siècle suivant, les nations européennes imiteront leur formation ou prendront à leur solde des corps d'infanterie suisse.
On doit donc aux Suisses la part plus large que l'infanterie occupe dans les armées à partir du xv^ siècle.
§ 10. Infanlerie espagnole. — L'infanterie espagnole vient, comme renommée, après l'infanterie suisse qu'elle a ensuite surpassée. Braves, disciplinés, sobres, infatigables, tels sont, sous Charles-Quint et Philippe II, les fantassins de l'Espagne qui combattent en Italie ou dans les Pays-Bas. Leur contact avec les Suisses leur a appris l'art de former des bataillons serrés; leur ordonnance compacte et fraisée de piques devient aussi difficile à rompre que la phalange. Outre la pique, ils portent comme armes offensives l'épée, le poignard ou dague et l'arquebuse ; comme arme défensive, une cape de maille. Quand les Suisses ou les grands fantassins de l'Allemagne les ont entamés, au lieu de fuir en déroute, ils reviennent individuellement à la charge, se glissent entre les rangs des vainqueurs et les attaquent au poignard ; dans ces duels, dans ces luttes corps à corps, le fantassin espagnol succombe souvent, et, dans tous les cas, a toutes les chances contre lui : rien ne prouve mieux sa bravoure.
L'arquebuse dont les Espagnols sont armés remplace, »mme arme à feu, la col croc qu'ils allègent de m
X comme arme à feu, la coulevrine suisse^ c'est l'arquebuse à croc qu'ils allègent de manière à pouvoir la tirer sur une
HiSTOiRi: DE l'infanterh-:. 151
fourchette, tandis qu'avant eux, ou ne la tirait que posée sur un chevalet. Cette arquebuse perfectionnée prit plus tard, en France, le nom de mousquet.
Appelée à combattre constamment au dehors de son sol natal, l'infanterie espagnole ne pouvait être licenciée à la fin de chaque campagne ; elle devint donc troupe permanente, et cette circonstance alors fort rare, jointe à son courage, l'aguerrit tellement, que ses liers bataillons de 7iaim bazanés, pour employer l'expression pittoresque et vraie de ce temps, restèrent pendant plus d'un siècle la terreur des soldats combattant en Italie et en Flandre.
Les Espagnols entremêlèrent souvent leurs arquebusiers à la cavalerie, et firent combattre les deux armes ensemble, mélange que Gustave-Adolphe imita, et qui est aujourd'hui proscrit.
L'infanterie espagnole se distinguait par sa discipline et son bon esprit; on y obéissait à un simple sergent comme à un officier. Quand un nouveau soldat y arrivait, les vieux l'aidaient de leurs conseils et de leur bourse, afin de le mettre promptement en état de faire honneur à la patrie. « Ses corps de garde, a écrit la Noue, étaient comme des écoles où l'on parlait ordinairement du devoir des soldats et des capitaines, de l'honneur, et autres choses concernant les armes, »
Charles-Quint avait solidement organisé les tercios (régiments) de son infanterie, dont la force hors d'Espagne montait ordinairement à 3000 hommes divisés en 15 compagnies de 200 hommes chacune : un meslre de camp ou le capitaine le plus ancien commandait le tercio. Le célèbre empereur avait aussi institué des gratifications pour récompenser chez les soldats les actes de courage ; la moindre était de deux écus, et les fantassins espagnols mettaient à honneur de les obtenir.
Semblable organisation, semblables usages, manquent, il faut en convenir, pendant le xvi* siècle, aux infanteries des autres nations.
Revenons à l'infanterie française.
152 IIISTUIUE ET TACTIQL'E DES MIMES ISOLÉES.
§ il. Francs-Archers. — Les Espagnols ne restèrent pas les seuls à entretenir une infanterie constamment sur pied. Aux XV* et xvi« siècles, les rois de France firent deux essais pour créer une infanterie permanente : le premier remonte à Charles VII.
Ce monarque, après avoir reconquis son royaume sur les Anglais, voulut consolider son trône en l'entourant de troupes régulières. Dans ce but, il inslitua comme cavalerie les compagnies d'ordoimance et créa l'infanterie des francs-archers. Par une ordonnance de IZi/iS, il prescrivit à chaque paroisse de lever et d'entretenir un archer bien fait et habile au tir de l'are, lequel devait s'exercer les dimanches et jours de fête, et partir en guerre à l'appel royal. Pour prix du service militaire auquel il était astreint, service plus étendu que celui des milices communales , et qui en faisait exclusivement l'homme du roi, le franc-archer jouissait de l'exemption des tailles (impôts). Cette exemption était un moyen indirect de le solder. Pendant le temps du service, il recevait en outre une somme de 56 francs par mois, laquelle somme tombait à la charge de la paroisse, comme son équipement et son armement.
Le franc-archer portait, par-dessus son pourpoint, une jaque, espèce de justaucorps venant au moins jusqu'aux genoux, formé de trente toiles battues et renfermées entre deux cuirs de cerf; on accordait une grande confiance à cette pièce défensive, que l'on recouvrait quelquefois d'un corselet de lames de fer. Le franc-archer se coifïait d'une salade, casque sans crête et sans visière. Il était armé d'un arc et de sa trousse ou carquois, et d'une épée de moyenne longueur.
Louis XI porta, en 1/169, le nombre des francs-archers à 16,000. Cet effectif fut divisé en quatre corps de ZIOOO hommes, commandés chacun par un capitaine général ; au-dessus de ces quatre capitaines généraux, il y avait un chef pour toute la milice des francs-archers. La France fut divisée en quatre cercles militaires, formant chacun la circonscription où un capitaine général devait recruter ses soldats. Chaiiuc corps de iOOO archers se subdivisait en huit bandes
lllSTUIlUi DK l'iM A.NTlilUF.. 153
de 500 hommes chacune. La première de ces handes restait sous les ordres immédiats du capitaine général ; un capitaine prenait le commandement de chacune des sept autres bandes. Cette réorganisation de Louis XI complétait les vues de Charles VIL
Il est curieux de voir instituer des archers juste au moment où les armes à feu portatives commencent à se répandre ; cependant ce n'est pas par leur armement, qui les réduisait au rôle de troupes légères, que les francs-archers montrèrent leur insuffisance et disparurent.
Dispersés un à un dans les paroisses, s'exerçant au tir isolément, les francs-archers devaient rester soumis à l'influence du clocher, perdre les habitudes guerrières, et prendre les usages du laboureur ou de l'ouvrier. Cela ne manqua pas d'arriver; après s'être vaillamment conduits dans quelques batailles, ils ne purent, une fois la paix venue, se plier à la discipline et adopter l'esprit de corps ; ils ne purent se faire soldats. Leur rassemblement devint difficile, les chefs répugnèrent à les commander, et le sarcasme s'en mêlant, l'institution fut sapée. Vers la fin de son règne, Louis XI les remplaça par 6000 Suisses, 10,000 aventuriers français, et un corps de fantassins allemands connus sous le nom de lansquenets {Lands-KnecJit).
Ces lansquenets se composaient d'aventuriers recrutés dans les cercles allemands voisins du Rhin. Vigoureux et de haute stature, ils formèrent d'abord des corps de piquiers ; mais, à l'inverse des Suisses, ils tenaient la pique par l'extrémité de la hampe, et néanmoins la manœuvraient avec art. Ils valaient mieux que l'infanterie française, et c'est pourquoi, à défaut de troupes suisses, on leur confiait la garde des canons.
L'infanterie ayant rendu de grands services à Charles VIII à son retour de la conquête de Naples, la plupart des souverains comprirent l'importance de cette arme, et, à l'imitation des Suisses, dressèrent des corps de piquiers. Les rois de France ne suivirent pas cet exemple, et, confiants dans les
15/i HISTOIRE ET TACTIQUE DES ARMES ISOLÉES.
aventuriers, les Suisses elles AUemands-ennMés à leur solde, se dispensèrent de lever une infanterie nationale et régulière.
Louis XII chercha pourtant à discipliner son infanterie et à lui donner plus de considération. Le premier, il réussit à faire descendre les gentilshommes de cheval. Sur ses instances, plusieurs chevaliers de renom, entre autres Bayard, acceptèrent le commandement de bandes de gens de pied; dès lors, le préjugé des nobles contre l'infanterie fut vaincu, et de jeunes gentilshommes, parmi lesquels Biaise de Montluc, quittèrent la lance pour la pique. Cette heureuse révolution date de 1507. En allégeant l'infanterie française d'un mépris qui lui pesait, elle décupla sa valeur et contribua aux succès de Louis XII en Italie.
§ 12. Léiïions de Fmnçois l®"". — François l^^ fit encore plus que Louis XII pour le progrès de l'infanterie française. A la bataille de Marignan (1515), il se mit ta pied à sa tète, une pique à la main, et s'élança à la charge en criant : Qui tnaime, me suive! Ce jour-là nos fantassins, électrisés, se montrèrent supérieurs aux Suisses et les battirent.
Au même moment, Machiavel posait comme principe « qu'une infanterie bien Organisée ne peut être vaincue sans de grandes difficultés que par une autre infanterie. » C'était proclamer la supériorité des gens de pied, et l'idée était profonde, hardie, surtout pour un homme qui n'avait jamais porté l'épée.
Frappé sans doute d'une pensée semblable à celle du grand écrivain, et ne voulant pas rester plus longtemps à la merci d'étrangers capricieux et exigeants, François I^"" résolut de créer une infanterie nationale. Longtemps il hésita sur l'organisation qu'il adopterait, puis poussé par le mouvement de la renaissance littéraire qui ramenait les idées vers les anciens, il se décida enfin à imiter l'ordonnance romaine, mais il ne rimita guère que de nom.
En 153A, il créa sept légions portant le nom de la pro-
IIISTOIKE UE l'infanterie. 155
vince où oUes devaient ôlro levées (1). Chaque légion se composait de six bandes, la bande ayant l'effectif suivant :
Capitaine 1
Officiers ^ Lieutenants 2 } 5
' Enseignes 2
Centeniers 10
. Chefs d'escouade 40 ,
Bas-Officiers.. < ^ . , ) °^
Fourriers *
f^ Sergents de bataille 6
4 Tambours et 2 Fifres 6
! Arquebusiers 200 \ Piquiers 600 l 1000 Arbalétriers 200 )
Total 1071
La légion entière était commandée par l'un des six capitaines de bande. Son effectif montait, d'après le détail précédent, à 6A26 hommes, et celui des sept légions ensemble à /i/i,982 hommes, officiers compris. Ces officiers devaient être, comme les bas-officiers, de la province où la légion se levait.
Les arquebusiers ne formaient pas le tiers des soldats de )a bande, mais fréquemment détachés pour combattre en enfants perdus (tirailleurs), ils avaient pour eux seuls l'un des lieutenants et son enseigne.
Comme avantages, les soldats légionnaires jouissaient de l'exemption de la taille (impôt) jusqu'à concurrence de 20 sols; obtenaient une décoration consistant dans un anneau d'or, s'ils se distinguaient par une action d'éclat, et gagnaient la noblesse par le seul fait de leur ascension au grade de lieutenant. Ceux d'entre eux que leurs blessures rendaient invalides servaient avec solde dans les garnisons, exempts alors pour leur vie de toute taille et subside.
(1) La légion de Normandie, la légion de Bretagne, la légion de Picardie, la légion du Languedoc, la légion de Guyenne, la légion de Champagne (levée aussi dans la Bourgogne et le Nivernais) , la légion du Dauphiné (levée aussi dans la Provence, le Lyonnais et l'Auvergne).
156 IllSTOlIUi: ET TAClTULli UES Ali.MES ISOLÉES.
Ce projet d'organisation ne reçut jamais une exécution complète, parce qu'il était alors impossible de trouver et d'entretenir en France, outre les anciennes bandes, près de Z|5,000 fantassins. A la mort de François I^r, Tinstitution légionnaire tombait déjà en désuétude, et l'on en revenait au système des bandes isolées.
§ 13. Bandes françaises. — A partir de cette époque, la bande devint en France le seul corps à pied ayant une organisation régulière, permanente; elle était la véritable unité de formation de l'infanterie, et comme elle comptait le plus souvent jusqu'à 500 et 000 hommes, elle correspondait assez exactement à notre bataillon moderne.
Un capitaine commandait la bande ; il était secondé par un lieutenant, un enseigne, des fourriers, des sergents, des caporaux. La bande marchait au son de fifres et de tambours. Parmi les soldats, il y avait des premiers soldats nommés anspessades : ce mot, qui s'écrivait iï' dihov(}i lanspessades, vient de l'italien lance spezzate, lances rompues ; il s'appliqua primitivement à des gendarmes démontés, c'est-à-dire prenant service dans l'infanterie.
Les officiers et les piquiers portaient le même armement, composé d'une longue pique, d'une épée, de casques couvrant les oreilles, de corselets ou cuirasses, de brassards, de gantelets et de cuissards ; les arquebusiers avaient de petits casques, des jaques, des manches de maille et une épée ou dague : les premiers étaient donc des pesamment armés, ou, comme nous dirions aujourd'hui, de l'infanterie de ligne, tandis que les derniers étaient des armés à la légère.
La bande se formait en carré plein, les piquiers au centre, les arquebusiers à l'extérieur; le capitaine se plaçait en avant, le lieutenant restait en serre-file, l'enseigne occupait le milieu du premier rang des piquiers. Pour le combat, les piquiers restaient de pied ferme, tandis que les arquebusiers se dispersaient sous la direction du lieutenant et escarmouchaient. Si la lutte se prononçait sérieusement, les arquebusiers se réfugiaient derrière les [)iquiers qui soutenaient le choc en
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croisant la pique, ou cliargc^aii'ul roiiueuii eu ordonnance serrée. Dans celle, charge, ils se joiguaienL presque épaule contre épaule, et se tournaient de l)iais pour enfoncer l'ennemi, usa<je (jui semble un vestige de l'inlluence antique du bouclier, lequel donnait à l'infanterie une tendance à s'étendre à droite, parce que chaque soldat cherchait à se couvrir du bouclier de son voisin.
Sur les chraiips de halaille les masses imposantes d'infanterie se rangeaient en grosses batailles (1) [lignes] carrées ou rectangulaires, variant de 3 à 10,000 hommes. Des manuscrits de l'époque représentent de ces batailles sur /|2 et môme sur 68 hommes de profondeur. Le nombre des hommes recouverts de corselets alla en diminuant, et la plupart des piquiers furent privés d'armes défensives.
C'est parce que l'infanterie se rangeait ainsi en carré plein, que les auteurs militaires du milieu du \\f siècle contiennent des tables de racines carrées pour tous les nombres donnés de soldats, tables qui formaient les manuels tactiques de répoque.
Dans ces formations carrées, les rangs, comme les files, se trouvaient à la distance d'un pas; dans quelques occasions, devant l'ennemi, on supprimait ces distances et l'on serrait en masse compacte, comme Montluc le (it faire à ses fantassins à Cerisoles {lblil\).
Pendant les guerres de religion qui troublèrent la France sous les derniers Valois, les armes à feu se multiplièrent dans les rangs de l'infanlerie française, parce qu'elles convenaient mieux à la nature de ces guerres consistant en escarmouches, en prises et en reprises de postes ; mais comme ces armes ne servaient alors qu'à tirer, l'infanterie, privée de piques, était incapable de charger ou de recevoir un choc. De là ce principe d'un guerrier contemporain : « L'arquebuserie sans piques, ce sont des bras et des jambes sans corps. » Les piquiers furent, en effet, conservés jusqu'à l'instant où
(1) Oa commençait déjà à dire bataillon ; plus tard, le nom du tout devint celui de la partie.
l'arme à feu devint à la fois, par i'iiivenlion de la baïonnette, arme de jet et de choc.
Les bandes françaises se divisaient en deux grandes catégories, suivant leur origine : les bandes de Piémont, qui, depuis plus d'un siècle, combattaient pour la conquête tant désirée du Milanais et de l'Italie; les bandes de Picardie, qui luttaient, sur notre frontière nord, contre les Flamands et les Anglais. On distinguait aussi, définis François I", les bandes de Champagne, opposées aux Allemands, et les bandes de Guyenne et de Navarre, chargées de défendre le royaume, du côté des Pyrénées, contre les tentatives des Espagnols. Piémont, Picardie, Champagne, Navarre, noms glorieux que portèrent jusqu'à la Révolution les plus vieux corps de notre infanterie !
Le système des bandes isolées convenait au caractère français, en ce sens qu'il permettait aux capitaines de se distinguer individuellement et ne les soumettait pas au joug d'une autorité supérieure. On reconnut pourtant bientôt la nécessité de grouper plusieurs de ces bandes sous les ordres d'un chef unique, pour donner une impulsion plus forte à l'action des combattants et faciliter leur conduite et leur administration. Henri II, convaincu de cette nécessité, essaya de revenir à l'organisation légionnaire de François I", mais la paix de Caleau-Camhrésis ajourna la réalisation de ses projets en les rendant momentanément inutiles. Ce fut sous la minorité de Charles IX, dans les premiers mois de 1561, que furent institués les premiers régiments, groupes de plusieurs bandes, dont les chefs prirent définitivement le nom de colonels. L'organisation régimentaire des vieilles bandes fut complétée en
Les troubles politiques multiplièrent beaucoup, cà l'origine, le nombre des régiments, parce que chaque homme un peu intluent d'un parti reçut commission d'enlever et dresser un ; mais ces corps ne duraient ordinairement pas plus que le crédit de leurs chefs, et étaient licenciés à la paix : aussi il n'exista point, jusqu'au règne de Louis XIII, un grand nombre de régiments d'infanterie permanents. Les seuls régiments
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qui, créés avant celle période agitée, la traversèrent intacts , provenaient de la fusion des vieilles bandes et portaient déjà le nom distinctif de vieux corps qu'ils conservèrent jusqu'à la lin du xviii* siècle^ les moyens vieux et les petits vieux venaient, comme ancienneté , immédiatement après eux.
L'ordre de bataille d'un régiment fut, à l'origine, une ligne de petits carrés rangés tant pleins que vides, chacjue compagnie formant un carré ; dans les occasions sérieuses, la ligne devenait pleine. On songeait déjà, pour résister à la cavalerie, à se former en carrés échelonnés de manière à se flanquer mutuellement.
L'introduction du mousquet marche, comme date, à peu près avec l'institution des premiers régiments d'infanterie française. Les mousquetaires ne combattaient qu'en tirailleurs ; un morion (petit casque), un gilet de buffle sans manches, une dague, un sac à bagues et une poire à poudre composaient, avec le mousquet, tout leur armement et équipement. Quelques-uns, pour agir plus rapidement, montaient de petits chevaux, ce qui formait dans les régiments d'infanterie une portion accidentelle de cavalerie. Les lourdes arquebuses disparurent peu à peu devant les mousquets.
La profondeur de la formation diminua bientôt pour l'infanterie, l'abandon successif des armures défensives et de la pique favorisant cette modification tactique; déjà, avec la disposition du régiment sur une ligne de carrés par compagnie, la profondeur de la ligne ne pouvait dépasser 12 à 10 hommes, car cela correspond à un effectif de llxk à , 100 hommes pour la compagnie. On s'habitua peu à peu, quand on resserrait les intervalles, à conserver cette profondeur qui devint la profondeur normale. La profondeur sur dix rangs peut même être considérée comme étant celle de l'infanterie française à la fin du règne de Henri IV, ainsi que le montre cette ligure extraite d'un auteur contemporain (1)
(1) Princiipes de Vart militaire, par J. de Billon, 1622, iu-4°, p. 156,
160 IHSTOIP.E F.T TACTIQUE DES AliJlES ISOLÉES.
el relative à l'ordre île ])alaille (F un bataillon de 500 hommes (les// indiquent les piquiers, les m les mousquetaires).