BATAILLON FRANÇAIS , VERS
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Dans cette ordonnance, les mousquetaires se trouvent placés de la façon qui convient à des troupes légères destinées à escarmoucher, et les piquiers forment encore, comme dans l'ordonnance de l'ancienne bande, un noyau résistant, propre à soutenir un choc.
Les armes à feu forment dans ce bataillon les deux cinquièmes de l'effectif total; cette proportion va augmenter et devenir celle des deux tiers sous le règne de Louis XIII (1).
§ U. Infaiilerie suédoise. — L'infanterie française sous Henri IV procédait en partie, comme formation et comme tactique, de l'infanterie hollandaise dressée par le célèbre capitaine qui porte nom 3Iaurice de Nassau ; de même l'infanterie, sous Louis XIV, emprunte quelques-uns de ses progrès à l'infanterie suédoise, formée à l'école de • la grande guerre sous Gustave-Adolphe : avant d'aborder les progrès de notre infanterie pendant le règne du plus grand des Bourbons, occupons-nous donc des perfectionnements apportés à cette arme par le vainqueur de Leipzig.
(1) A ceUe époque, la proportion des armes à feu atteint le même chiffre dans l'infanterie espagnole, puisqu'en 1637 le régiment de Jacn compte 190 soldats par compagnie, savoir : 60 piquiers, 90 arquebusiers, 40 mousquetaires.
HISTOIRE l)i: l/iNFANTRRIR. l()l
Ayant an'uiie aux Aiilricliiens, adversaires lourds, yltacliés à l'usage des gros l)alailloiis, Guslave-Adolplie [lorta ses vues vers la mobilité ; il rendit sou irii'aulerie plus maniable en la partageant en petits corps iudépendauls, commandés chacun par un chef particulier, et en réduisant sa jyrofondeur à six rangs; quelquefois, pendant la durée du combat, il faisait dédoubler les files, pour allonger le front, de telle sorte que ses fantassins se trouvaient sur trois rangs de profondeur. Il rangeait ordinairement son infanterie sur deux lignes, les pleins de la première correspondant aux vides de la seconde. Voici la figure de la formation de cette infanterie dans laquelle les P indiquent les piquiers et les M les mousquetaires.
FORMATION DE l'iNFANTEHIE SUÉDOISE SOUS GUSTAVE-ADOLPHE.
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En diminuant la profondeur de son infanterie, le roi de Suède augmentait, avec le front, l'effet des armes à feu; il l'augmentait d'autant plus que les mousquetaires étaient plus nombreux dans ses troupes que dans les formations précédentes, car on en comptait 72 par compagnie pour 5A piquiers, ce qui donne presque pour les armes à feu la proportion des trois cinquièmes.
Avec une profondeur moindre, il put réduire la longueur de la pique à 11 pieds ; il ôta la cuirasse aux piquiers, ne leur laissant plus, en armes défensives, que le casque nommé salade. Il allégea le mousquet (1), ce qui permit de le tirer sans fourchette, et de le porter sur l'épaule, sans la garantir par un coussinet, adopta les cartouches placées dans une giberne, au lieu des charges pendues aux cordons souvent
(I ) Une partie de ses troupes avait déjà le mousquet à rouet.
mêlés de la bandouillière, et obtint un feu de trois rangs, à peu près analogue à notre l'eu actuel.
Toutes ces innovations, mobilisant l'infanterie, permirent de passer facilement de l'ordre en bataille à l'ordre en colonne, et dès lors l'avantage resta, dans les marches et sur le champ de bataille, à Gustave- Adolphe, dont les adversaires conservaient l'ordonnance sur 10 rangs de profondeur et maniaient des mousquets tellement lourds qu'il fallait 9A temps pour les charger.
Le roi de Suède plaçait pour le combat des compagnies de mousquetaires entre ses escadrons, mélange des armes que les allures peu vives de la cavalerie rendait alors possible et même fructueux.
§ 15. Infanterie rte Louis XIV el de Louis XV. — Les
armes à feu dont se servait l'infanterie suédoise étaient des mousquets à mèche ou des mousquets à rouet, armes que le soldat portait horizontalement sur l'épaule, ce qui ne permettait pas de serrer les rangs.
Deux inventions,, rejalives à l'arme à feu, vinrent changer cet état de choses. La première est celle du fusil, arme portative dans laquelle l'inflammation de la charge de poudre se faisait par le choc d'une batterie d'acier contre un morceau de silex; les fusils parurent dans l'armée française en 1652. Déjà la baïonnette existait depuis quelques années; elle était encore à manche de bois, en sorte que, placée au bout du fusil, elle empêchait de tirer, mais néanmoins elle constituait un grand progrès, puisque dès lors le fusilier possédait à la fois dans son fusil une arme de jet et une arme de main.
Ces inventions, qui datent de la Fronde, venaient d'autant plus à point, que Turenne avait, vers 16ii0, adopté pour notre infanterie la profondeur suédoise sur six rangs seulement. Arme, ordonnance, tout s'allégeait, tout se perfectionnait donc en même temps.
Avec cette profondeur de six rangs, le bataillon français
HISTOIRE DE l'iNFANTERIE. lOlî
se rangeait comme au lemps de Henri IV, les piquiers au centre, les mousquetaires aux ailes, ce qui donnait la formalion indiquée par le dessin ci-dessous emprunté à un ouvrage contemporain (1).
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o c;Sll^&.a..^" bb. Les lieutenants.
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§ o r'^r-^-ï'S! enseignes,
i " S:|:^=-?:S:'' dd. Les sergents.
3 " c,j:,c.-Q.c^ ee. Les tambours.
& o =^3.ci.-.i,— r. Le major.
2 "Spgssg G. L'aide-major.
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S " ËSSssS p. Les piquiers.
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mer le carré, les piquiers ■* S S occupaient le centre de la
formation , et les mousquetaires entouraient ce centre sur les quatre côtés, comme
(1) L'art de la guerre, par Gaya, 1689, p. 158.
lO/l HISTOIRE RT TACTIQUE DES A«^MES ISOLÉES.
le fait voir la figure ci-dessous (1), relative à une compagnie (le 100 hommes (36 piquiers indiqués par des p, 64 mousquetaires indiqués par des m).
CAKRÉ d'une compagnie (1673).
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Le fusil détrôna sans peine le mousquet, qui disparut complélemenl des rangs français dans la dernière année du XYii*" siècle. La baïonnette fit supprimer la pique ; mais ici la lutte dura plus longtemps, et ce fut seulement en 1703 que Louis XIV, adoptant l'avis de Vauban contre celui du maréchal de Monlesquiou, ordonna cette suppression. Comme le fusil, resté l'arme unique du fantassin, offrait moins de longueur que la pique, force fut de réduire la profondeur, et l'on mit l'ordonnance à quatre rangs. La figure ci-contre , extraite de Puységur (2), reproduit cette formation amincie. Le commandant du bataillon se tient devant le centre du front, ayant derrière lui les trois drapeaux qui occupent le milieu de la ligne formée par les capitaines des compagnies et quelques autres officiers ; un certain nombre de sergents sont placés sur une ligne de serre-files en arrière du quatrième rang. La distance des rangs est de près de h mètres ; au moment du combat, les rangs se serrent à environ 1 mètre, et les officiers qui se trouvent en tète se joignent au premier rang
(1) Figure tirée de l'ouvrage intitulé : Les devoirs militaires des officiers d'infanterie et de cavalerie, par De La Fontaine, 1673, p. 404.
(2) 'Art de la guerre par principes et par règles, par le maréchal de Puy- Êégur, édition in-4", t. I; p. 120.
fanterie
des soldais. Les tambours occupent les flancs de la lormation.
C'est aussi à Louis XIV que remonte la création des grenadiers , création toute française, imitée depuis par les autres nations. Les premiers grenadiers eurent pour destination de lancer des grenades dans les sièges ; ils devinrent, en 1670, des soldats d'élite , et chaque régiment en eut une compagnie.
Au début du règne de Louis XV, l'infanterie française se rangeait donc sur quatre rangs, mais l'ordonnance était encore à rangs ouverts. Bientôt un pas immense en fait de tactique, l'adoption du pas emboîté et cadencé, recommandé par le maréchal de Saxe, permit de marcher et de manœuvrer à rangs serrés, parce que chaque homme tint dès lors un espace minimum dans le rang et dans la fde. A partir de ce moment, l'ordonnance de l'indevient réellement une formation mince couvrant
Tambours.
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166 HISTOIHb; ET TACTIQUE DES ARMES ISOLÉES.
peu de terrain, comme cela ressort de cette figure tirée d'un livre de l'époque (1).
COMPAGNIE DE GRENADIERS FRANÇAIS RANGÉS EN BATAILLE (17S7). 1" lieutenant. ©TY'V'YT^'YyVTY')® Capitaine.
2" lieutenant.
§ 16. infanterie prussienne. — A la mort du maréchal de Saxe , l'infanterie prussienne était déjà la meilleure de l'Europe.
Dressée par le prince d'Anhalt sous Frédéric-Guillaume I", perfectionnée par Frédéric le Grand après sa conquête de la Silésie, elle savait marcher en bataille, former et déployer les colonnes serrées, exécuter des feux rapides. Le fusil prussien avait une baguette de fer cylindrique et une lumière conique en forme d'entonnoir, permettant à la poudre de passer du canon dans le bassinet, deux circonstances qui faisaient économiser deux temps dans la charge de l'arme, celui d'amorcer et celui de retourner la baguette. Aussi le fantassin, soumis en outre à des exercices minutieux et à une discipline sévère, parvenait-il à tirer six coups de fusil par minute, vitesse d'exécution qui lui donnait les mêmes avantages que s'il avait été plus rapproché et que s'il avait tiré plus juste ; c'est pourquoi le principal mode d'action de l'infanlerie prussienne consistait dans les feux, quoiqu'elle ait fait usage dans plusieurs batailles de l'attaque à la baïonnette.
La tactique moderne de l'infanterie est sortie toute faite des camps prussiens du xviii<^ siècle ; les manœuvres actuelles de cette arme, telles que les différents peuples les exécutent, procèdent, comme base et comme principes, des manœuvres perfectionnées ou introduites par Frédéric le
(l) Amusemenls militaires, par Dupaiu , 1757, p. 226.
HISTOIIŒ DE l'lNFANTKRIK. 167
Grand, qui sut le premier réunir, dans les mouvements des troupes, la précision à la promptitude.
Le bataillon prussien, rangé sur trois rangs, se fractionnait en huit pelotons égaux, composés ordinairement des seuls soldats des cinq compagnies de fusiliers, parce que la compagnie de grenadiers combattait détachée : il en résultait que des hommes de compagnies différentes faisaient partie d'un même peloton, et que les soldats ne restaient pas tactiquement et administrativement sous les ordres des mêmes officiers ; à ce double inconvénient se joignait une anomalie, celle d'avoir dans chaque bataillon une compagnie de fusiliers commandée par un lieutenant, tandis que chacune des autres obéissait cà un capitaine en l^r ou en 2*.
Dans l'ordre de bataille, les officiers occupaient au premier rang les intervalles qui séparaient les pelotons; ils avaient derrière eux un bas-officier. A quatre pas en arrière se trouvaient sur un seul rang, en serre-fîles, tous les officiers et bas-officiers qui n'avaient pu se placer entre les pelotons. Les drapeaux coupaient le bataillon en deux parties égales nommées ailes ; l'aile comprenait donc deux divisions, la division se composant de deux pelotons. A chaque côté des drapeaux, il y avait trois files qui conservaient toujours leur feu. Le commandant du bataillon se tenait devant les drapeaux. La figure ci-dessous reproduit Tordre de batadie de ce bataillon (les ® indiquent les officiers et les o les basofficiers) .