CHAPITRE II
§ 1". Généralités. — L'infanterie est apte à combattre sur tous les terrains et dans toutes les circonstances -, elle se recrute aisément, s'instruit facilement, coûte peu à entretenir ; qu'elle attende l'ennemi de pied ferme, ou qu'elle l'attaque en marchant à sa rencontre, elle peut au besoin se passer des autres armes; c'est donc la troupe par excellence, la troupe classique, celle qui doit faire le fond principal des armées.
On exige du fantassin qu'il soit : 1° adroit, parce que son arme ne produit d'effet que quand elle est maniée avec adresse; 2° agile, afin qu'il se trouve à même de surmonter tous les obstacles du terrain ; 3° robuste, pour qu'il puisse supporter facilement les privations et les fatigues; h° intelligent, afin qu'il ne reste pas une simple machine et qu'on ait la faculté de réagir sur son moral. Il faut qu'il puisse combattre à toute heure, dans tous les pays, quels que soient le climat et la saison ; en d'autres termes, il faut qu'il possède le plus possible le caractère de V universalité.
Son habillement sera simple, commode et chaud ; et sa forme, calculée uniquement dans l'intérêt de sa santé, ne dépendra ni du caprice ni de la mode; sa chaussure se fera solide et bien assujettie ; sa coiffure légère, et pourtant de nature à résister au sabre de la cavalerie.
Le fusil à percussion et à baïonnette est une machine portative à peu près Cl) aussi perfectionnée que le permettent les progrès actuels des arts mécaniques ; la sûreté de son feu en fait une excellente arme pour l'infanterie : la baïonnette est d'ailleurs la seule arme qui convienne au fantassin
(1) Cette restriclioa restera nécessaire tant que nos fantassins ne porteront pas le fusil rayé.
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dans une lulle corps à cor|)s. Lesaljio que portenl les sousofliciers et les soldats d'élite, n'a guère d'utilité qu'au bivouac, oij il remplace, jusqu'à un certain point, la serpe et la hache.
On augmente la force physique du soldat d'infanterie par des exercices, tels que le maniement des armes, les marches en bataille et par le liane, diverses manœuvres, etc., ainsi que par la gymnastique qui donne de la souplesse à ses membres ; on augmente sa force morale au moyen de la discipline, qui, bien observée, accroît la puissance d'action de l'ensemble, et au moyen de l'iiiculcalion de la plus haute idée de sa force, de soii importance, de sa supériorité sur ceux qu'il aura occasion de combattre ; on lui démontre surtout qu'avec sa baïonnette, il ne doit pas craindre la cavalerie, malgré la position dominante du cavalier monté sur son cheval. On habitue le fantassin à rester calme dans les moments les plus critiques, malgré le jeu de la mitraille, malgré la faim et la soif. Son éducation morale ne peut, au reste, convenablement s'achever qu'à la guerre.
Un soldat d'infanterie, chargé de 25 kilogrammes (1), doit pouvoir marcher par jour pendant dix heures : chaque troupe à pied ainsi conduite fatiguera la meilleure cavalerie et pourra même l'atteindre dans une poursuite de peu de durée, le cheval ayant plus que l'homme besoin de repos. Ainsi, en 1805, lors de la poursuite par les Français de l'archiduc Ferdinand à sa sortie d'Ulm, les grenadiers d'Oudinot firent jusqu'à quatorze heues par jour, ne permirent pas à la cavalerie ennemie de se reposer, et en firent tomber une partie entre les mains de nos cavaliers.
Le bataillon forme l'unité de force de l'infanterie : on ins-
(1) « Il est cinq choses qu'il ne faut jamais séparer du soldai : son fusil, ses cartouches, son sac, ses vivres pour au moins quatre jours et son outil de piouQier; qu'on réduise ce sac au moindre volume possible; qu'il n'y ait qu'une chemise, une paire de souliers, un col, un mouchoir, un briquet, fort bien ; mais qu'il l'ait toujours avec lui, car s'il s'en sépare une fois, il ne le reverra plus. » (Mémoires de Napoléon 1", seconde Note sur les Considérations s-'v l'art de la guerre.)
Iruit le soldat comme devant, quand il sera assez instruit, en faire partie. On y parvient par la synthèse, en procédant du simple au composé, de ^individu à la masse. On s'occupe d'abord d'un seul homme, puis de deux hommes, de trois hommes, de quatre hommes, etc., placés sur le même rang. Quand ils sont suffisamment instruits et assez habiles sur un rang, on les groupe sur deux et trois rangs.
Nous avons dit, dans le deuxième chapitre de la première partie (1), qu'on devait au maréchal de Saxe l'introduction dans nos troupes du pas emboîté et cadencé qui avait permis de marcher et de manœuvrer à rangs serrés : ce pas est l'une des bases d'une bonne manœuvre. Le pas de l'infanterie a 2 pieds (0™,65) de long. On distingue le pas direct du pas oblique; ce dernier peut être remplacé par un quart de conversion et une marche directe. Avec le pas direct, le fantassin parcourt, dans une minute, 50 mètres au pas ordinaire, 60 mètres au pas déroute, 66 mètres au pas accéléré, 81 mètres au pas de charge, 100 mètres au pas de course. Il occupe dans le rang O^jôO, dans la file 0'",50 avec le sac ; il y a 0'",32 d'intervalle entre les rangs. Il est inutile de nous arrêter plus longuement sur ces détails spéciaux.
La formation sur trois rangs présente plus de consistance que la formation sur deux rangs, principalement pour résister à la cavalerie et pour l'attaque en bataille; c'est pour cela qu'elle a été jusqu'à ce jour consacrée en France, sauf pour les chasseurs à pied. L'Angleterre range aujourd'hui son infanterie sur deux rangs, et des écrivains de mérite se sont déjà prononcés en faveur de la formation sur deux rangs qu'amène promptement une guerre un peu prolongée (2).
(1) Voyez ci-dessus, p. 36.
(2) L'Empereur Napoléon I", dans ses Mémoires, et une Lettre à Marmont, du 13 octobre 1813; le maréchal Marmont (de l'Esprit des inslilutions militaires, p. 40); le maréchal Gouvion Saint-Cyr (Mémoires, t. I, p. 16), les généraux Jomiui, Chambray, Decker. M. le général Dufour, qui a été à la tète de l'armée fédérale de la Suisse, préférerait, comme plus forte dans la défensive, la formation sur trois rangs pour l'infanterie de son pays , que le règlement officiel range sur deux rangs seulement (consultez son Cours de
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Mais notre formation actuelle réunit double avantage, puisque l'on y passe facilement de la formation sur trois rangs à celle sur deux ran^s. Quant à justifier pour([uoi rordorinancc à trois rangs a décidément prévalu sur l'ordonnaEiceàsix rangs de Gustave-Adolphe, et sur les ordonnances encore plus profondes de l'antiquité, on peut le faire eu peu de mots : c'est que nos devanciers n'avaient qu'une seule manière de se former, que nous en avons, au contraire, plusieurs, et que nous passons facilement de l'une à l'autre au moyen de manœuvres.
Mais si l'infanterie est, comme nous venons de le dire, l'arme par excellence, celle qui doit faire le fond des armées, la seule qui puisse au besoin se sulïire à elle-même, il ne faut pourtant pas croire qu'elle puisse jamais produire à elle seule un maximum cV effet; car, dans la poursuite, l'ennemi lui échappera souvent lorsqu'elle sera victorieuse (1), et quand elle sera vaincue, la cavalerie la ramassera facilement (2). Sans cavalerie, l'infanterie serait sans cesse harcelée par l'ennemi, fatiguée par le service d'avant-garde qu'exigerait sa propre sûreté, et très exposée en cas de défaite dans un pays entièrement découvert. C'est pourrjuoi l'on conçoit à priori que l'infanlerie et la cavalerie sont mutuellement nécessaires l'une à l'autre et doivent se considérer comme des parties indispensables d'un même tout, à savoir d'un corps d'armée ou d'une armée.
Passons aux modes d'action de l'infanterie.
§ 2. Modes d'acliou de l'infanterie L'infanterie a deux
tactique, 1831, p. 39). Le maréchal Bugeaud {Aferçus sur la guerre, 3* édition, p. 130) pense que l'infanterie doit avoir les deux ordonnances pour les employer selon les circonstances et les vues du général. >i Le maréchal de Saint-Arnaud, au début de la guerre d'Orient, adopta la formation sur deux rangs pour ses troupes, et consacra son adoption par la mise à l'ordre du jour. La Garde impériale manœuvre ordinairement sur deux rangs.
(1) A Baulzen (1813), faute de cavalerie, le résultat de notre victoire ne fut pas aussi complet quà Austerlitz.
(2) A Rivoli (1796), nous ramassâmes les bataillons aulrichieus qui se trouvaient séparés de leur cavalerie et de leur artillerie.
modes d'action, ou, si l'on préfère celte expression, deux manières d'agir. Elle agit :
1° Par ses feux de loin ou de près (1) ;
2" A l'arme blanche, de près (2) seulement.
L'emploi de l'arme blanche comprend à la rigueur l'emploi du sabre et celui de la baïonnette ; mais le sabre actuel de l'infanterie, qui n'est d'ailleurs donné qu'aux sous-ofiiciers et aux soldats des compagnies d'élite , constitue une mauvaise arme de main ; aussi peut-on uniquement considérer l'attaque ou la défense à la baïonnette comme le seul mode d'action del'inianterie à l'arme blanche.
11 ne faut faire qu'un usage modéré de la baïonnette : elle est toujours, comme arme de main, d'une extrême infériorité, et on ne peut guère exiger des soldats qu'ils aillent ainsi s'exposer à une lutte corps à corps, quand les moyens de défense ne sont pas plus parfaits.
Les Français se sont, au reste, fait une réputation méritée auprès des autres nations par leur énergie dans l'attaque à la baïonnette, parce que cette attaque rentre à merveille dans leur caractère et cadre parfaitement avec la furia francese ; aussi a-t-on surnommé, avec assez de raison, la baïonnette Va?'me française.
L'attaque à la baïonnette est bonne uniquement quand on veut faire une brusque démonstration ; on peut même dire qu'elle n'est en général qu'une démonstration, en ce sens qu'on cite très peu d'exemples où elle fut réellement une charge à fond, c'est-à-dire dans laquelle il y ait eu réellement choc. Le seul fait que l'on puisse même regarder comme autbentique, à l'égard du choc dans l'attaque à la baïonnette, est celui des grenadiers Oudinot rencontrant, en 1805, à Amstetten, l'arrière-garde russe de Bagration.
Cette démonstration force généralement l'ennemi à se replier, à cause de Tinfluence morale exercée par une pareille
(1) De près , c'est-à-dire à très petite distance , comme par exemple dans la défense d'une crête militaire. (Voyez ci-après, IV^ partie, chap. viii, §2.)
(2) De près, dans ce cas, c'est-à-dire en s'abordant.
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charge (I), cl c'esl dans ce sens de forcer l'ennemi à se replier qu'il faut entendre lu cliurge à la baïonnette, toutes les fois que celte alta((ue s'exécute entre corps de troupes considérables. Cependant il y a des cas où la charge à la baïonnette non-seulement est suivie de choc, mais aussi dégénère en mêlée; cela eut lieu, par exemple, en 1800 pendant le blocus de Gènes de la part des Iroupes de Soult dans la journée du 10 floréal (30 avril) (2).
S'il ne faut faire qu'un usage modéré de la baïonnette, le mode d'action à distance reste donc le mode d'action principal de l'infanterie. Ce mode d'action s'exerce par les feux. Frédéric II plaçait la victoire dans les feux bien exécutés, comme le maréchal de Saxe la plaçait dans les jambes; ces deux guerriers célèbres avaient raison l'un et l'autre, car si les jambes préparent la victoire, les feux la donnent.
Il existe deux sortes de feux, les feux à commandement et les feux à volonté. Les premiers, exécutés par les trois rangs, donnent un effet maximum^ mais à cause de l'attention qu'ils exigent des officiers et de la troupe, leur emploi devient difficile en campagne : ils se divisent en feux de bataillon, de demi-bataillon et de peloton, se succédant chacun alternativement de façon à toujours conserver une partie des armes chargées.
Les feux de bataillon et même de demi-bataillon servent, soit dans un mouvement offensif, soit dans un mouvement de retraite. La troupe s'arrête, exécute une ou plusieurs décharges, puis se remet en marche; avant de sortir d'une embuscade, l'infanterie peut aussi faire bon usage de ces feux. Le feu de charge a besoin d'être le plus meurtrier possible : ce sera un feu simultané de trois rangs.
(1) Le général Duhesme, à la bataille de Caldiero (1803), se trouvant exposé au feu d'un corps d'Autrichiens supérieurs en nombre, fit une démonstration d'attaque à la baïonnette ; les Autrichiens plièrent, pourtant un ravin infranchissable séparait les deux armées.
(2) Dans cette lutte , « on combattit corps à corps , on se prit aux cheveux. « Thiébault, Blocus de Gênes, 3» édition, 1847, t. I, p. 231.
Les feux de division ou de peloton conviennent surtout à de l'infanterie en posilionetcliargéed'arrèterdesattaquesfaibles.
On a renoncé aux feux à commandement par rang, essayés au début de ce siècle contre la cavalerie, comme produisant un faible effet.
D'ailleurs tous les feux à commandement ne peuvent durer longtemps à la guerre, et deviennent impraticables dans une action un peu vive, car dans ce cas, les voix des officiers se confondent; en outre, le bruit de l'artillerie, celui delamousqueterie même, l'émotion du combat augmentée par les cris des blessés, ôtent au soldat l'attention nécessaire pour charger et tirer avec ensemble. Aussi tout feu à commandement finit-il par dégénérer en feu de deux rangs. Ce dernier luimême ne peut s'exécuter longtemps comme le prescrit le règlement français, parce que l'homme du troisième rang répugne à se dessaisir de son arme habituelle, et que d'ailleui^ impatienté de ne pas prendre part au combat, il en vient finalement à tirer pour son propre compte, au lieu de continuer à charger pour l'homme du second rang. Or si l'homme du troisième rang reste à sa place et tire horizontalement, il risque de blesser les hommes du premier et du second rang ; s'il reste à sa place et tire haut, son coup n'atteint pas l'ennemi et devient inutile ; enfin s'il s'intercale dans le second rang, il le resserre, le gêne, et de là peutêtre du désordre et des accidents. Les partisans de la formation de l'infanterie sur deux rangs arguent de ce fait en faveur de leur opinion. Il en résulte que le feu de file reste le feu le plus meurtrier, celui qui permet au soldat de bien charger et d'ajuster, celui qui convient à tous les cas et dans lequel les autres dégénèrent ; en un mot le véritable feu de combat.
Les feux, comme on sait, sont directs ou obliques; mais il ne faut jamais tirer en marchant : les feux, dans ce cas, occasionneraient du désordre et produiraient peu d'effet. D'ailleurs, quand on avance sur le champ de bataille, c'est qu'il est urgent d'atteindre un but; et alors on doit chercher à l'atteindre le plus promplement possible.
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Terminons ces détails sur les feux par deux maximes exlrailes des Aperçus sur quelques détails de la guerre du maréclial Bugeaud :
1° Tirer de loin est le type de la mauvaise infanterie ; la bonne est avare de son feu (1).
2° L'abus des munitions est le plus grand défaut qu'on puisse reprocher à l'infanterie.
Le maréchal de Saxe s'était déjà prononcé contre la tirerie, opinion d'autant plus remarquable que, de son temps, on attribuait les succès des Prussiens à leurs feux. Il dit, en parlant de l'abus de tirer : « En tirant, on fait plus de bruit que de mal et on est toujours battu (2). »
§ 3. Unité tactique de l'infanterie. — L'unité tactique de l'infanterie est le bataillon, composé en France de 8 pelotons se groupant deux à deux pour former h divisions.
« Le bataillon est le véritable élément militaire, l'unité pour la bataille; c'est par bataillon qu'on se meut et qu'on manœuvre, c'est par bataillon que l'on combat.
» Deux conditions sont à observer dans la composition numérique du bataillon : il faut qu'il soit mobile, et que déployé il puisse entendre des deux extrémités la voix qui commande (3). n
D'après ce principe, le front de bataillon ne doit pas excéder 155 mètres, ce qui représente un effectif d'environ 1,000 hommes {h), si Ton se forme sur trois rangs; et encore cet effectif n'est-il qu'une limite maximum calculée d'après les pertes que subit nécessairement une troupe qui passe de l'oisiveté de la garnison à la vie pénible des camps.
(1) Le maréchal Bugeaud recommande aussi de charger les armes à deux balles , et émet l'avis que chaque officier d'iufanterie porte en campagne uu iisil à deux coups, comme cela a lieu dans l'armée autrichienne. i,2) Rêveries, chap. I", art. 6,
(3) Marmont, Esprit des instilulions mililaires, p. 38, 39.
(4) Un front de 155 mètres, à raison de 2 hommes par mètre dans le rang, donne 310 hommes par rang, 930 hommes pour trois rangs, et 1,000 hommes pour l'effectif total du bataillon en comptant 70 serre-flles, c'est-à-dire environ 1 serre-file par 2 mètres de front.
Un des avanlages du bataillon de nos jours, c'est que les fractions de manœuvre et celles d'adnninistration restent les mêmes; par là les soldats se trouvent constamment sous les ordres des mêmes chefs et l'uniformité règne entre le régime tactique et le régime administratif. Il n'en était pas ainsi en France sous le règne de Louis XIV, en Prusse pendant les guerres du grand Frédéric.
De plus, toutes les fractions de notre bataillon sont symétriques et égales, d'où il résulte une grande commodité pour les manœuvres.
§ b. Slanœiivres. — On entend par manœuvre tout mouvement destiné à faire passer une troupe d'une manière d'être à une autre : les manœuvres sont les moyens de la tactique.
Il faut, dans l'intérêt de leur exécution pratique, surtout à la guerre, que les manœuvres réunissent la simplicité, la clarté, la promptitude, la facilité de réalisation ; les manœuvres prescrites par, les règlements français actuels remplissent ces conditions.
Le soin de former les troupes aux manœuvres, de les habituer aux mouvements les plus rapides elles plus compliqués, constitue l'une des plus importantes fonctions des officiers qui n'y réussissent qu'à force de répétitions continuelles et quelquefois fastidieuses; mais il se produit en campagne, devant l'ennemi, tant de causes imprévues de désordre que l'on ne saurait trop à l'avance se prémunir contre leurs désastreux effets par la régularité, l'ensemble, la solidité et l'aplomb dans les manœuvres, qualités acquises par de nombreux exercices pratiqués en temps de paix.
Toute troupe qui manœuvre est dans un état de crise, car elle ne peut, en manœuvrant, combattre et se défendre : cet axiome s'applique surtout à l'infanterie. Il faut donc manœuvrer le plus promptement possible, et, toutes les fois qu'on le pourra, couvrir les manœuvres, qui s'exécuteront de préférence en arrière de la ligne de bataille.
Pour éviter les innovations et obtenir l'uniformité dans les
manœuvres, un règlemenl fixe d'une manière invariable, dans chaque arme, l'instruclion à donner aux hommes qui la composent.
§ 5. Ordre de bataille. — Plusieurs bataillons d'infanterie se rangent sur deux lignes pour résister à l'ennemi, la première ligne déployée et offrant de faibles intervalles (16 mètres entre les flancs des bataillons), la seconde ligne ployée en colonne double par bataillon, afin de se trouver plus à même de se porter au secours de la première, ce qui constitue son véritable rôle. Quand la première ligne plie, la deuxième ligne se porte en avant et la remplace ; ou bien si la première ligne se débande, elle peut s'écouler au travers des intervalles qu'offre la seconde ligne, et cette dernière, une fois démasquée, se déploie et reçoit le choc de Tadversaire. Pour qu'elle le fasse efficacement, il faut qu'elle se soit conservée fraîche pendant l'action livrée par la première, et c'est pourquoi on a soin de la poster à 300 mètres en arrière de la première (1), distance à laquelle les projectiles ennemis l'atteignent difficilement. Si la nature accidentée du terrain couvre cette seconde ligne, on pourra la rapprocher jusqu'à