COLONNE DOUBLE CENTRALE
de l'ennemi en conservant toujours sur la ligne de bataille, pour le tenir à distance, les feux des h^ et 5^ pelotons. Ce dernier avantage est important, car généralement après le choc, il faut déployer la colonne d'attaque pour conserver le point que l'on vient de conquérir.
On emploie aussi quelquefois, pour laltaque, des colonnes par pelotons ou par sections, serrées à distance, lesquelles
peuvent avantageusement combattre sur les terrains étroits. Quand on fait agir plusieurs colonnes semblables dans un sol accidenté, il est prudent de jeter une ou plusieurs compagnies en tirailleurs sur le front et sur les flancs de chaque colonne pour la relier avec les colonnes voisines et protéger sa marche contre les tirailleurs ennemis.
Suivant Guibert, la profondeur d'une colonne offensive ne doit pas dépasser huit subdivisions. Depuis cetécrivain, l'expérience des guerres du xix' siècle a fait réduire cette profondeur à quatre subdivisions seulement, comme nous le montre la figure de la colonne double centrale.
Dans la colonne, lesofliciers et les sous-officiers tous placés entre les pelotons ou divisions, ou sur leurs flancs, ont sur les soldats une action physique et morale très puissante.
Une fois lancée, une colonne d'attaque ne doit s'arrêter ni pour tirer ni pour se déployer : elle doit, au contraire, profitant de son élan et de l'impulsion que lui donne sa profondeur, se précipiter serrée sur l'ennemi et chercher à l'enlever. Si, s'arrètant à portée de l'adversaire, elle voulait se déployer, ce serait un mouvement dangereux pouvant amener une déroute dans le cas où l'ennemi saurait en profiter.
La formation en colonne offre trois avantages principaux : .1° Les hommes groupés en masse sont plus faciles à électriser que dans la formation mince et allongée de l'ordre en bataille ; 2" la division tète de colonne a plus d'audace, parce qu'elle se sent suivie, soutenue, et dans l'impossibilité de s^arrôter sans être culbutée ; 3° les autres divisions, qui se voient couvertes par la première, marchent résolument. Quant à la nullité de feu de cette formation, on la compense en jetant des tirailleurs sur ses flancs.
La colonne agit par une succession d'efforts dépendants de sa profondeur : la première subdivision n'a pourtant pas une vitesse plus grande que celles qui la suivent, car si cela était, la vitesse d'une colonne augmenterait avec sa profondeur, tandis que c'est le contraire qui se produit.
L'ordre en colonne permet de marcher sans fluctuation ; il se prête à presque tous terrains et peut profiter de leurs acci-
DÉTAILS SUR l'iNFANTERIE. 187
dents pour s'abriter contre le feu de l'ennemi : les colonnes résistent d'ailleurs à la cavalerie, et la destruction de l'une d'elles n'entraîne pas nécessairement celle des autres. Ce sont tous avantages que l'ordre en colonne possède sur l'ordre en bataille comme formation offensive.
On peut faire combattre en colonne des troupes sans instruction, parce qu'il n'est pas essentiel dans l'attaque en colonne que le soldat sache bien marcher ; il suflit (jue les guides et les officiers soient intelligents, fermes et aient assez d'autorité pour contenir le soldat.
Nous avons obtenu nos succès les plus notables par l'attaque en colonnes, qui convient parfaitement à notre caractère national.
L'infanterie attaque les retranchements en colonnes multiphées, peu profondes et d'un front faiblement étendu; elle expose ainsi moins de monde au feu de l'ennemi qui borde les parapets, et se réserve la possibilité de renforcer l'attaque aux points les plus faibles.
Le grand inconvénient des colonnes d'attaque est d'avoir beaucoup à souffrir du feu de l'artillerie, surtout dans les terrains plats : cet inconvénient devient souvent as?ez grave pour obliger à se déployer promptement.
Nous avons quelquefois employé, dans des opérations dangereuses, un ordre d'attaque composé de ceux que nous venons d'analyser, à savoir de l'attaque en bataille et de l'attaque en colonne. Il consiste à faire marcher en bataille un bataillon , par exemple, tandis que deux