GROUPE RALLIE
GROUPE RALLIE ES PEnSPECTlVE.
lion de quatre hommes qu'on désigne sous le nom de camarades de combat; la compagnie se déploie en tirailleurs et se rallie joflr quatre. Le ralliement par quatre remplace, devant des cavaliers en fourrageurs, le ralliement sur la réserve ;
chaque groupe de quatre hommes prend alors une formation rayonnée ; formation dans laquelle les quatre hommes joignant leurs pieds droits e?z cariée, se servent mutuellement d'appui, font feu chacun dans la position qu'ils occupent et
chargent sans bouger les pieds. Nous donnons cicontre la figure du groupe rallié , vu en perspective, afin de mieux faire comprendre la position respective des quatre camarades de combat.
Dans les combats de tirailleurs , indépendamment des signaux donnés par le clairon , que le bruit d'une vive fusillade ou un vent contraire pourrait empêcher d'entendre, les olficicrs et sousofficiers de chasseurs à pied sont autorisés à se servir avec réserve d'un sifflet, pour se mettre en communication avec leurs tirailleurs.
Le choix des hommes à recruter, en vue d'une véritable infanterie légère, n'est pas indifférent; il faut que les recrues appelées à en faire partie, aient l'ouïe fine, la vue bonne, le pied leste, l'intelligence ouverte; les habitants de nos départements montagneux et boisés réunissent le mieux en France ces diverses qualités.
Le soldat d'infanterie légère demande plus de temps pour son instruction que le soldat d'infanterie de ligne ; il faut, en effet, développer avec soin et minutie ses facultés physiques et intellectuelles. On lui apprendra à grimper, à courir, à
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franchir une barrière, un ruisseau, à escalader un mur, un escarpement. On lui indiquera comment on voit et reconnaît un terrain, comment on explore un taillis, on visite une maison, une ferme, un village ; quelles sortes d'obstacles peuvent couvrir, comment on les occupe, comment enfin on parvient à voir sans être vu. Un auteur russe demande même qu'on leur inculque des notions de topographie. On exercera, en outre, leur coup d'œil, et on les dotera de la justesse dans le tir par de nombreux exercices de tir à la cible. C'est uniquement, au moyen de cette instruction détaillée de chaque fantassin léger, qu'on obtiendra une infanterie légère capable de remplir convenablement son rôle à la guerre, rôle qui consiste à éclairer les mouvements, à reconnaître les terrains, à commencer et à finir les combats, à couvrir la retraite, à escorter les convois, à assurer le repos des troupes en faisant en avant et autour d'elles le service des patrouilles, des flanqueurs, des avant-postes, des partis, etc.
§ 10. Tirailleurs. — Il est une dernière branche du service de l'infanterie, celle des tirailleurs, dont il nous faut dire quelques mots avant de terminer ce chapitre.
On appelle tirailleurs des soldats combattant éparpillés, quel que soit du reste le but qu'ils se proposent. Une troupe détachée en tirailleurs laisse, en arrière du point sur lequel elle s'éparpille, une réserve du tiers de sa force, réserve qui forme un centre pour le ralliement.
Les soldats qui rempliront le mieux à la guerre les fonctions de tirailleurs, seront ceux chez qui on aura développé l'instinct du chasseur et du partisan, relativement au parti à tirer du terrain et au choix des ruses utiles ; chaque tirailleur, à moins d'être couvert par la nature accidentée du sol, ne doit pas rester immobile pendant qu'il charge son arme, et au besoin il se couchera à plat ventre pour se garantir des feux de l'ennemi. Les bataillons de chasseurs à pied, qui remplacent notre ancienne infanterie légère, donneront donc les meilleurs tirailleurs ; toutefois nous devons ajouter qu'en France, le soldat même de l'infanterie de ligne
est propre à ce service, pour lequel sa vivacité d'esprit, sou activité et son adresse lui procurent une aptitude spéciale.
On distingue les tirailleurs en trois espèces particulières, les tirailleurs de marche, les tirailleurs de bataille, les tirailleurs en grande bande (1) .
Tirailleurs de marche. — Ces tirailleurs ont pour but d'éclairer les flancs, la tète ou la queue des colonnes en marche, d'avertir les troupes dont ils font partie de l'approche de l'ennemi, de masquer à ce dernier les mouvements et les formations prises, d'escarmoucher contre lui pour donner le temps de faire des dispositions défensives. Quand les deui partis marchent à peu de distance, comme, par exemple, dans une poursuite, on détache de part et d'autre des tirailleurs de marche, et il s'ensuit une petite guerre. Ces tirailleurs font nécessairement deux ou trois fois plus de chemin que les colonnes, et cela au milieu des accidents du terrain, ce qui rend leur service très fatigant; force est donc de les relever très souvent, et c'est pourquoi on se gardera d'en détacher un grand nombre.
Tirailleurs de bataille. — Lorsque deux troupes ou armées se sont rangées en bataille vis-à-vis l'une de l'autre, chacune d'elles détache sur son front une ligne de tirailleurs destinés à repousser les premiers postes de l'adversaire et à sonder la force de sa position ; ces tirailleurs de bataille, si on les laisse approcher, doivent inquiéter l'armée ennemie par des coups ajustés, auxquels celle-ci ne répondra que par l'action de ses propres tirailleurs ; aussi presque toujours les tirailleurs des deux partis ne décident rien, parce qu'ils neutralisent mutuellement leurs efforts, et, pour ce motif, dans ce cas encore, on aura soin de n'en lâcher que le nombre strictement indispensable pour repousser ceux de l'ennemi.
Tirailleurs en grande bande. — Le but de la première espèce de tirailleurs, c'est de voir et d'avertir; la destination de la deuxième espèce consiste k préparer le combat ;
(1) Cette distinction est due à M. le général Marbot. Voyez , p. 58 et suiv., ses Remarques critiques sur l'ouvrage du général Rogniat.
quant à la troisième espèce, elle a pour but d'enlever une position, c'est-à-dire de faire action réelle de guerre; ainsi les différences se trouvent nettement tranchées. L'usage des tirailleurs en grande bande remonte au xvi" siècle; Coligny, Monlluc, Henri IV, les ont employés. Les guerres de la Révolution française ont fait revivre leur emploi tombé en désuétude, pendant le xviF siècle, et cela se conçoit, puisqu'il convient surtout à des troupes intrépides, mais peu manœuvrières.
Si Ton veut s'emparer d'une position formidable, au lieu de l'aborder de front, ce qui exposerait à de grandes pertes, on lance en tirailleurs sur les flancs, soit un bataillon, soit un régiment, soit même une brigade entière, tandis qu'un corps de troupe, formé en colonne hors de la portée de l'artillerie, menace le front de la position ; ces tirailleurs en grande bande gravissent les pentes, franchissent les obstacles, prennent la position à revers, et, arrivés à distance de mousqueterie, se précipitent à la baïonnette sur les défenseurs qui, contenus en front, sont obligés de se retirer.
Comme exemples de l'emploi des tirailleurs en grande bande, nous pouvons citer la bataille de Jemmapes (6 novembre 1792), où Dumouriez en fit un heureux usage, et la bataille de Hanau (30 octobre 1813), dans laquelle il y eut un instant plus de 5,000 tirailleurs français engagés dans le grand bois situé à deux lieues de la ville.