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CHAPITRE III

Nous serons plus brefs ici que pour l'histoire de l'infanterie, et nous diviserons nos détails en trois périodes : l'antiquité, le moyen âge, les temps modernes.

§ 1er. Anliqullé. — L'art militaire prit origine en Asie, contrée de plaines sèches qui permet de faciles manœuvres, même aux voitures, et c'est pourquoi les combattants montés eurent d'abord la prééminence : les chars de guerre parurent les premiers, parce que l'art de conduire les chevaux attelés offre moins de difficultés que l'équitation ^ la cavalerie sur chevaux ne vint qu'ensuite.

Placé sur la plate-forme d'un char, le guerrier domine le champ de bataille , et , comme un conducteur guide les chevaux , il a le libre usage de ses armes, et peut frapper l'adversaire qu'il atteint rapidement ; aussi cette manière de combattre convenait-elle aux guerriers d'élite. Les Egyptiens et les Perses firent un grand usage des chars de guerre propres au transport des combattants. On distinguait encore deux autres sortes de chars de guerre, les chars armés de faulx et destinés à tracer des sillons sanglants dans les rangs ennemis, et les chars portant des machines de guerre, c'est-à-dire l'artillerie ambulante de l'époque. Les Grecs et les Romains employèrent peu les chars de guerre; ils ouvraient leurs lignes pour laisser passer ceux de l'ennemi. On se servait aussi contre ces chars de rangées de pieux placés devant le front et de chausse-trapes.

La cavalerie montée sur chevaux existait en Chine plus de vingt siècles avant notre ère. Cyrus l'Ancien institua le premier (560 av. J.-C.) chez les Perses un corps de cavahers montés sur chevaux.

Les Grecs commencèrent à entretenir de la cavalerie vers

les premiers temps historiques ; mais jusqu'à la bataille de Leuctres (371 av. J.-C.) ce peuple, quoiqu'il eût fait de grands progrès dans l'art de la guerre, ignorait encore les avantages qu'oflVe l'emploi d'une cavalerie instruite et nombreuse, et ses armées se composaient presque entièrement de fantassins.

Le général Thébain Épaminondas reconnut le premier l'utilité de la cavalerie pour le choc et pour la poursuite ; il dressa avec persévérance une troupe de 5,000 cavaliers réguliers, habitués à combattre en masse et avec ensemble. Le succès récompensa ses efforts; grâce à sa cavalerie, il vainquit à Leuctres et k Mantinée, et sapa la vieille réputation des Spartiates.

Ces deux victoires ouvrirent les yeux aux autres Etats grecs qui augmentèrent leur cavalerie, et dès lors les troupes à cheval perfectionnées jouèrent, dans les guerres soutenues par la Grèce, un rôle plus grand que par le passé.

Deux peuples se distinguèrent en Grèce par les qualités de leurs cavaliers : les Thessaliens, dont la cavalerie nombreuse contribua aux succès de Philippe de Macédoine et d'Alexandre le Grand, et les Etoliens, dont les escadrons renommés rendirent tant de services aux Romains dans leur lutte contre la Macédoine au commencement du n* siècle avant J.-C. Les cavaliers thessaliens se montraient invincibles quand ils combattaient en ligne massée, mais ne valaient rien une fois l'ordonnance rompue : c'était le contraire avec les cavaliers etoliens.

Les théoriciens grecs demandaient que la cavalerie fût le sixième de l'infanterie. Lors de son passage en Asie , Alexandre le Grand adopta cette proportion ; car sur 35,000 hommes composant son corps expéditionnaire, il emmena 5,000 cavaliers ; mais le plus souvent cette proportion fut dans les armées grecques du onzième.

La première cavalerie romaine fut médiocre, et servit à pied ou à cheval, suivant le besoin. Plus tard, quand elle dut combattre exclusivement à cheval, on Tentremêla de fantassins. Ces méthodes vicieuses d'employer la cavalerie

n'entraînèrent pas d'inconvénients dans les guerres de Rome contre les peuples de la Péninsule italique ; mais elles faillirent devenir funestes quand il s'agit de repousser les attaques des Gaulois et de Pyrrhus.

On a droit de s'étonner de cette médiocrité de la cavalerie romaine ; car pour être à Rome cavalier, ou plutôt chevalier^ il fallait posséder un certain revepu. Dans la hiérarchie sociale, l'ordre des chevaliers venait après celui des sénateurs, et chaque chevalier portait comme signe distinctif un anneau d'or.

Ce fut seulement dans leur lutte avec Carthage que les Romains comprirent ce que peut une bonne et nombreuse cavalerie ; ils attirèrent à leur service les cavaleries étrangères qui faisaient la force des Carthaginois. Dès lors, les choses changèrent de face : Annibal s'était maintenu vainqueur en Itahe pendant treize ans, grâce à ses excellents cavaliers numides, espagnols et gaulois-, mais lorsque ces utiles auxiliaires passèrent du côté des Romains, la fortune abandonna ses drapeaux.

A partir de ce moment, Rome entretint deux espèces de cavalerie : l'une composée de citoyens ou chevaliers romains ; l'autre fournie par les peuples alliés. La première, attachée aux légions, resta toujours médiocre ; la seconde devint habile, et se distingua sous la dénomination de cavalerie auxiliaire.

L'effectif de la cavalerie qui faisait partie de la légion varia successivement du dixième au vingtième -, mais à chaque époque, le nombre des cavaliers attachés à chaque légion fut presque toujours invariable et indépendant des circonstances et des lieux. Coutume blâmable ; car la cavalerie d'une armée doit être plus nombreuse dans les pays de plaine que dans les pays de montagne, et il n'était pas toujours possible aux consuls romains de trouver sur place toute la cavalerie auxiliaire dont ils avaient besoin.

La cavalerie des Grecs et des Romains se partageait en cavalerie pesante et en cavalerie légère : toutes deux usaient du bouclier. La cavalerie pesante portait en outre, soit un

HISTOIRE bE LA CAVALERIE. 203

casque eL une cuirasse, soit une armure complète : dans ce dernier cas, des bandes de fer garantissaient le cheval. La cavalerie légère portait le casque, ainsi qu'une petite cuirasse de métal ou de cuir. Comme armes offensives, les cavaliers pesamment armés avaient l'épée, le javelot et la double lance avec fer aux deux bouts; la poignée de celte lance était à peu près au tiers de sa longueur, afin que si le grand côté se rompait, l'autre put servir. La cavalerie légère se servait de l'épée , du javelot , de l'arc et même de la fronde.

Les anciens avaient peu égard à la vitesse dans l'action de la cavalerie, et c'est pourquoi ils multiplièrent dans la formation de cette arme le nombre des rangs. Les Grecs appliquèrent leur préférence pour l'ordre profond à leurs troupes à cheval, auxquelles cependant il convient bien moins encore qu'aux troupes à pied.

La cavalerie grecque se rangeait sur /j, 5 ou 8 rangs : les Thessaliens adoptèrent cette dernière profondeur. Quant à la forme de l'ordonnance de cette cavalerie, ce fut quelquefois un carré ou un rectangle, quelquefois aussi un triangle, forme affectionnée par Philippe de Macédoine et par son fils Alexandre. Le triangle , dont on dirigeait la pointe vers l'ennemi ''''''''^ thessalien.

pour l'enfoncer plus sûrement , provient , dit-on , primitivement de l'imitation de la figure qu'af- c c c c c c c

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figure, dans laquelle les chefs c c c c c sont indiqués par des o :

Les Romains divisaient la cavalerie de la légion en dix turmes ou pelotons ; chaque

lurme comprenait 30 soldats et 5 chefs ; le tout rangé sur

trois rangs, comme l'indique la figure

TERME ROMAINE. suivante (les o représentent les chefs).

0 Quelquefois, la turme comprenait

occcccccccco 32 soldats et se formait d'une manière

analogue sur quatre rangs. Pour comcccccccccc °. ^ "

Q Q hattre, les turmes se plaçaient sur le

front ou sur les flancs de la légion.

La cavalerie auxiliaire adoptait pour son ordonnance la forme d'un carré, d'un losange ou d'un triangle; mais dans tous les cas, sa profondeur était moindre que chez les Grecs.

Les meilleures des cavaleries qui figurèrent dans les armées romaines sont, sans contredit, les cavaleries numide et gauloise. Cette dernière rendit de grands services à César, et conserva la prééminence pendant la période des empereurs romains, tellement que tous les termes de manège usités au commencement de notre ère étaient gaulois.

Dans les derniers temps de l'Empire, la cavalerie se multiplia outre mesure dans les armées romaines.

Les peuples barbares qui envahirent l'Empire romain avaient peu de cavalerie ; fidèles à la coutume de combattre à pied, ils étaient habiles à ce genre de combats. Mais l'établissement de la féodalité, qui survint bientôt, donna parmi eux une prépondérance marquée à la cavalerie qui entrait déjà, dit-on, pour moitié dans la composition des armées dès le règne de Charlemagne.

Les anciens ne connaissaient point la selle ; ils la remplaçaient par des peaux ou des housses placées de manière à fournir au cavalier une assiette ferme sans blesser le cheval. La selle fut inventée sous le règne de Constantin. Dès lors, l'emploi des étriers devint possible, la selle offrant pour eux un moyen de suspension solide que les housses ne pouvaient présenter. On attribue aux Francs l'invention des étriers (1),

(1) Avant cette invention, le cavalier s'élançait à cheval , soit au moyen d'une des bornes échelonnées le long des routes romaines , soit au moyen d'une saillie préparée au bas de la hampe de sa lance.

dont l'usage fit disparaître les hernies et les nombreux maux de jambe qui affligeaient précédemment les cavaliers. Ajoutons que les étriers, diminuant la liitigue, permettent de rester plus longtemps achevai, et que d'ailleurs, en donnant un point d'appui au cavalier, ils permettent aussi de porter à l'ennemi des coups mieux assurés. L'absence des étriers constitue un caractère réellement distinctif de la cavalerie ancienne; sans eux, les lourds cavaliers féodaux n'eussent peut-être jamais existé.

§ 2. Moyen âge. — Pendant le moyen âge, l'histoire de la cavalerie tient à celle de la féodalité et de la chevalerie. Nous n'avons point à nous occuper de la chevalerie au point de vue politique ; nous nous contenterons donc de remarquer que cette institution contribua puissamment, dans un temps de trouble et d'anarchie générale, à réprimer la violence et à épurer les mœurs, et que les chevaliers errants eux-mêmes, malgré les ridicules de quelques-uns d'entre eux, si ingénieusement dépeints par Cervantes, furent utiles à la société , car leur manière généreuse de protéger le faible partout 011 ils passaient était réellement la seule police qui pût s'exercer alors dans les campagnes et sur les grands chemins.

Il n'était pas de l'essence du système féodal d'admettre des méthodes de guerre fondées sur l'observation et la réflexion : la diffusion seule du pouvoir tel qu'il se trouvait alors constitué est une raison qui suffit pour expliquer cette assertion. D'ailleurs, la tactique et la chevalerie ne pouvaient exister simultanément, la première ayant pour dogme l'ensemble, l'emploi des masses, tandis que la seconde avait pour doctrine le courage individuel, le fait d'armes isolé, la prouesse. ^ f^i^JI^-J .

Les seigneurs possesseurs de fiefs devaient au Roi le service militaire à leurs frais pendant soixante jours, avec la solde royale au delà de ce laps de temps. A l'appel du monarque, ils se rendaient à l'armée accompagnés de combattants à cheval pris parmi la noblesse de leurs fiefs et

portant le nom de chevaliers. Chaque chevaHer avait une suite armée de l'arc ou de l'arbalète et formant la cavalerie légère, tandis que lui, entièrement bardé de fer, suivant le privilège de son rang, combattait en ligne, face à l'ennemi.

Pour aspirer à la dignité de chevalier, il fallait être gentilhomme, avoir donné des preuves de courage, posséder l'âge de majorité. La réception d'un chevalier s'effectuait avec pompe et cérémonie ; mais, circonstance curieuse, cette réception avait lieu la veille d'une bataille, usage contraire à la justice et aux principes d'émulation, usage auquel François l" porta atteinte en se faisant armer chevalier par Bayart le soir de la bataille de Marignan (1515) ; Montluc fut aussi armé clievalier par le duc d'Enghien après la bataille de Cerisoles (15/i/i). Toyl chevalier pouvait conférer la chevalerie à un compatriote (1).

Les chevaliers se divisaient en chevaliers bannerets assez puissants pour lever bannière, et en bacheliers ou bas chevaliers, gentilshommes moins puissants que les précédents, et qui ne portaient qu'une enseigne nommée pennon attachée à leur lance. On évaluait la force des armées par le nombre des bannières et des pennons, parce que l'infanterie comptait pour peu de chose. Pour pouvoir être élevé à la dignité de banneret, il fallait pouvoir réunir sous ses ordres 5 à 6 lances fournies, en tout 30 ou 3Q chevaux.

La latice fournie se composait en effet ordinairement de l'homme d'armes, d'un coutillier, d'un varlet ou page et de trois archers. Le coutillier marchait souvent à pied et conduisait le cheval de bagage; le varlet ou page présentait son cheval de bataille au chevalier quand il allait combattre, portait sa lance, son bouclier, gardait ses prisonniers ; les archers étaient de jeunes gentilshommes débutant dans la carrière militaire et aspirant à devenir hommes d'armes.

(1) On cite même un chef anglais, le comte de Suffolk, au combat de Jargeau (1429), qui arma chevalier, avant de se rendre à lui, le gentilhomme français Guillaume Renaud. A mon avis , il ne faut tirer de ce fait qu'une conclusion restreinte.

L'homme d'armes était couvert de fer quand sa fortune le lui permettait, et portait autant que possible des armures venant de Milan. Voici leur détail. Par-dessus un vêtement de cuir dit gamboison, il endossait une chemise de mailles de fer nommée haubert , et recouvrait cette chemise d'une cuirasse. Outre cette cuirasse, l'armure com-

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