Grèves
plète se composait du hausse-col, du brassart({\n garantissait les bras, des épaulières couvrant les épaules, des tassettes protégeant le bas-ventre, de cuissarts et de pièces de jambes appelées grèves. Par-dessus tout cela, on jetait souvent la sayey espèce de jupe brodée. Un casque ou heaume, et un
bouclier rond , ovale ou moitié d'ovale, complélaient les armes défensives du chevalier, qui portait, comme armes offensives, l'épée, la massue, la hache d'armes, et la lance longue de 14 pieds. Cette dernière était une arme noble interdite aux vilains, avec laquelle le gendarme poussait des bottes à l'ennemi pour le désarçonner. En marche, le chevalier se gardait de revêtir son armure pour ne pas inutilement se fatiguer à l'avance : un cheval ou une voiture la traînait après lui. Une raison semblable lui faisait alors monter un petit cheval nommé courtaud; mais un jour d'action , il s'armait de pied en cap et montait son cheval de bataille, animal de haute taille et aux reins forts.
La cavalerie française chargeait en haie, c'est-à-dire sur un seul homme de hauteur, formation qui résultait en partie de la tendance féodale des seigneurs à se considérer tous comme égaux et comme ayant les mêmes droits : la formation sur un seul rang satisfaisait ce désir d'égalité, puisque chaque chevalier y jouissait au même degré de l'avantage d'avoir le champ libre pour attaquer l'ennemi et pour faire remarquer sa prouesse. Les pages ou varlets, prêts à soutenir leurs chefs, formaient un second rang en arrière de celui des gendarmes, mais ceux-ci chargeaient seuls, ce qui donnait nécessairement lieu à des charges successives d'un faible nombre de chevaux.
La cavalerie ignorait les lois de la tactique et se pliait peu à la discipline ; néanmoins, vu la mauvaise organisation des troupes à pied, elle portait tout le fardeau de la guerre et faisait les sièges comme elle livrait les batailles.
Vers le milieu du xiv' siècle et au commencement du xv% les habiles archers anglais et les excellents piquiers suisses, tous hommes de pied, forcèrent en effet la chevalerie à se faire souvent infanterie, et cela dura tant qu'il n'y eut pas dans les armées une infanterie proprement dite assez compacte pour produire et soutenir un choc. Ce fait surgit aux batailles de Poitiers, Cocherel, Monteil, Azincourt, Formigny. Dans le cas où les chevaliers mettaient pied à terre, ils raccourcissaient souvent leurs lances à la longueur de 5 pieds,
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afin tlo roiulro son manio.neiit plus facile el sa résislance plus grande; ilsùlaienl leurs éperons, et, pour les utiliser comme chausse-trappes, les plantaient en terre les molettes en dessus. Au surplus, les hommes d'armes si pesamment armés étaient de lourds fantassins; ils ne pouvaient marcher contre leurs adversaires qu'en se reposant plusieurs fois en chemin. On était obligé de fixer, à l'avance, de combien déposes ou reposements se composerait une attaque. Ils eussent été dans l'impossibilité d'exécuter à pied des marches de longue haleine, et quand ils perdaient leurs montures, force leur était de se dévêtir de leurs armures.
A partir des Croisades, la chevalerie tomba dans un état do décadence dont les principales causes furent la destruction de la féodalité, l'établissement des milices communales, l'in' vention des armes à feu (1), l'ignorance et les vices des chevaliers : celte décadence devint complète vers le milieu du XV* siècle, à l'époque oii commence la période moderne.
§ 3. Temps modernes — Mécontents d'une noblesse indocile et souvent absente des drapeaux , les rois songèrent bientôt à remplacer les armées féodales par des troupes permanentes plus à leur dévotion. Au milieu du xV siècle, ces idées plus justes sur l'organisation et l'emploi des armées amenèrent une révolution dans la guerre, qui redevint un art.
En France, Charles VII essaya le premier d'instituer des troupes permanentes d'infanterie et de cavalerie; il réussit mieux pour cette dernière arme que pour la première , car les corps de cavaliers qu'il créa durèrent autant que l'ancienne monarchie.
En \hhh ^ il organisa 15 compagnies de cavalerie, dites compagnies d'ordonnance , fournies de 100 lances chacune. A six hommes par lance, cela donne 600 combattants par
(1) En ce sens que les armes à feu diminuèrent l'importance de l'arme blanche, la seule à peu près que puisse utiliser la cavalerie.
compagnie, et 9,000 pour le total de la troupe instituée, non compris les surnuméraires ou aspirants qui suivaient volontairement, dans l'espérance d'être un jour gendarmes en pied.
Outre le capitaine, il y avait dans chaque compagnie un lieutenant, un enseigne et un guidon, tous choisis parmi les gentilshommes les plus réputés pour leur valeur; il y avait aussi un maréchal des logis.
Chaque gendarme avait quatre chevaux : un pour son valet, un pour son bagage, un cheval de bataille et un courtaud. Chaque archer avait deux chevaux. Les gendarmes étaient payés d'après une montre ou revue passée par un commissaire spécial, et au moyen d'un impôt appelé taille des gendarmes et levé sur les gens des villes et des campagnes.
A partir de l'institution des compagnies d'ordonnance, les seigneurs feudataires n'amènent plus leurs vassaux au service ; excepté dans des cas rares oii le roi convoque l'arrièreban, l'usage des bannières et des pennons cesse, et les gentilshommes de haut rang préfèrent, à la qualité de chevalier, celle de capitaine d'une compagnie d'ordonnance qui donne un commandement réel.
Les compagnies d'ordonnance créées par Charles VII furent imitées par les nations voisines; mais, sauf celles du duché de Bourgogne, les compagnies étrangères ne s'élevèrent jamais à la hauteur des nôtres.
A l'avènement de François I^»", la gendarmerie française se formait encore sur un seul rang, formation trop mince, surtout pour résister aux escadrons allemands, quelquefois rangés en carrés, mais toujours suivant l'ordre profond. La profondeur de ces escadrons était ordinairement de dix-sept rangs; Charles-Quint la réduisit à dix et à huit rangs.
Cette formation profonde des escadrons allemands tenait à ce qu'ils étaient presque entièrement composés d'hommes du peuple, et que, par suite, la raison qui faisait ranger sur un rang la gendarmerie française, raison que nous avons indiquée ci-dessus, n'existait pas pour eux.
Les armes à feu comnioiiçaieiil à s'iuliodiiire dans la cavalerie; en Allemagne on comptait, vers le milieu du xvi' siècle, un arquebusier pour quatre lances. On commençait aussi à employer des corps spéciaux de cavalerie légère destinés à escarmoucher et mettant au besoin pied à terre ; on les nommait chevmi-légers, quand ils portaient la lance, et stradiots, quand ils servaient comme éclaireurs ou batteurs d'estrade : il exista également des cnmequiniers, ou arbalétriers à clieval se servant d'un crochet nommé craneqidn pour bander la corde de leur arbalète, des malandrins, aventuriers à cheval, armés d'un arc, des argoulets , cavaliers portant l'escopelte (arquebuse à rouet et à canon rayé), des carabins, lorsque Fescopette se transforma en carabine, enfin des reitres ou pistoliers , armés de la pislole (pistolet).
L'origine des dragons date aussi de cette époque, puisque l'histoire rapporte qu'en iôZiS, aux environs de Landrecies, Pierre Strozzi fit monter 500 arquebusiers à cheval, a/in qu'ils ne se fatiguassent pas. Ce fait montre comment les dragons furent primitivement de l'infanterie à cheval ; ils conserveront longtemps ce caractère et devront servir, suivant le besoin, tantôt comme cavaliers, tantôt comme fantassins.
La formation profonde des escadrons allemands offrait peu d'inconvénients au xvi® siècle, à cause de la faiblesse de l'artillerie ; aussi ces masses de cavalerie contribuèrent-elles au succès de plusieurs batailles'. Défaite par ces escadrons dans les journées de Pavie(1525) et de Saint-Quentin (1577), la gendarmerie française fut obligée de renoncer à son ordonnance en haie, quoique la formation profonde atteignît au vif l'amour-propre et la susceptibilité des chevaliers. Dès lors, il s'opéra un changement notable dans l'organisation de la cavalerie. Tous les Etats européens, y compris la France (1),
(1) Cette adoption remonte à 1550 environ, pour la France, puissance qui revint ensuite quelquefois à la formation en haie, notamment à la bataille de Saint-Denis, en 1567.
ndoplcrcnl la formation allemande sur huit rangs de profondeur; la cavalerie perdit aussitôt une partie de la mobilité qu'elle avait au temps de la chevalerie, puisque la gendarmerie employait pour charger les allures vives; elle manœuvra, soit au pas, soit au trot (1), et lit plus usage des armes à feu que des armes blanches.
Les premiers escadrons profonds furent d'un fort effectif; ils montaient ta 1,500 et même à 2000 hommes d'armes, tous égaux, tous cavaliers sans suite. La réflexion fit bientôt voir combien peu ces masses pesantes, à peine mobiles, produisaient d'effet; ce motif, joint aux ravages que causaient dans ces rectangles vivants et élevés les projectiles d'une artillerie perfectionnée, amenèrent à réduire la profondeur de la cavalerie. On adopta la profondeur de six rangs-, Henri IV réduisit cette profondeur à cinq rangs et ne forma pas des escadrons de plus de six cents chevaux.
Louis XIII organisa en 1635 les compagnies de cavalerie légère en régiments commandés chacun par un colonel ; les compagnies d'ordonnance continuèrent à former le corps de la gendarmerie.
Gustave-Adolphe apporta plusieurs perfectionnements à la cavalerie, la fractionnant en petits escadrons, la rangeant sur quatre et trois rangs, lui ordonnant de ne faire feu qu'à bout portant et de charger à l'arme blanche. Cette tactique nouvelle frappa d'étonnement les Impériaux, qui eurent de la peine à s'y familiariser, et pourtant les cavaHers suédois ne chargeaient encore qu'au trot. Le roi de Suède, pour résister à la grosse cavalerie des Autrichiens, plaçait entre ses escadrons des compagnies de mousquetaires : on a depuis renoncé à ce mélange des deux armes comme contraire à la diversité de leur nature et de leur tactique.
La cavalerie garda longtemps la hauteur sur trois rangs, qu'elle avait encore à la fin du règne de Louis XIV et qu'elle
(1) Pourtant, au dire de La Noue (18^ discours), si les reitres chargeaient au trot, à cette époque la cavalerie française galopait parfois.
IIISTOlRIi: DK LA CAVALERIE.