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CHAPITRE PREMIER

En prenant Louis XIV pour point de départ de nos institutions, nous ne sortons pas de la période moderne, qui nous offre tant d'intérêt, nous débutons par une époque grandiose, où ces institutions possèdent tout leur développement, et nous négligeons seulement une portion de notre existence nationale où la recherche des usages de l'armée appartiendrait plus à l'érudition qu'à l'histoire militaire.

Pour exposer avec clarté les institutions et organisations militaires de Louis XIV, nous traiterons d'abord du recrutement, source de toute armée, de la hiérarchie, ensemble des rouages qui font agir les troupes, et de l'avancement ou mode de franchir les divers degrés de la hiérarchie. Puis nous détaillerons les institutions relatives aux différentes armes, à l'élat-major, à l'infanterie, à la cavalerie, à l'artillerie, au génie ; nous parlerons ensuite des corps privilégiés, des étabhssements, de l'organisation des armées, des institutions honorifiques. Nous terminerons par un coup d'œil sur la méthode de guerre de l'époque, coup d'œil présenté comme une conséquence des institutions et organisations militaires. Ces divers paragraphes se retrouveront dans les chapitres consacrés aux institutions militaires des règnes suivants.

^ 1". Recrutement. — Sous Louis XIV, l'enrôlement

voloiilaire esl encore, comme sous les règnes précédents, le grand moyen de recruter les armées. Les capitaines, en qualité de propriétaires de leurs compagnies, restent chargés de les compléter. Ils le font en attirant sous les drapeaux un certain nombre de leurs vassaux ou de leurs compatriotes, mais surtout en envoyant dans les villes des recruteurs, sousofficiers à gages, y faire des hommes, comme on disait alors. Le roi a beau défendre aux capitaines, par une ordonnance du 8 février 1692, sous peine de cassation et de prison, de faire aucun enrôlement qui ne soit volontaire, ces officiers se trouvent mille fois dans l'obligation de lui désobéir et de manquer à l'honneur pour l'entretien de leur compagnie. Leurs recruteurs, que la population flétrit du nom de racoleurs, recourent à la tromperie, à la débauche, quelquefois même à la violence, pour obtenir des recrues, qu'ils cachent souvent dans des maisons particulières, appelées fours, jusqu'à la nuit, époque plus favorable pour les livrer aux capitaines. Le quai de la Ferraille, à Paris, a été longtemps célèbre comme lieu de racolage.

Louis XIV fut dégoûté de l'insuffisance et des mauvais produits de ce genre de recrutement, qui n'amenait dans les rangs que l'écume des cités populeuses. Dès 1668, il se décida à lever directement des troupes et à utiliser l'arrièreban de la roture, autrement dit les milices provinciales. Une ordonnance du 29 novembre de cette année prescrit aux gouverneurs des provinces de mettre promptement sur pied des régiments d'infanterie en état de défendre les frontières et les côtes; la proportion se trouve fixée à un homme pour chaque étendue de territoire payant 2000 livres d'impôt; cette levée produisit vingt-cinq mille hommes, non compris les officiers. On forma de ces miliciens, que les vieux soldats surnommèrent salades, du casque paternel dont ils s'étaient coiffés, cent régiments d'un seul bataillon, qui furent successivement organisés. Ces régiments servirent d'abord à l'intérieur, puis les pertes éprouvées par l'infanterie régulière les firent appeler aux armées, et à la paix de Ryswlck {1697), ils furent incorporés dans les corp^ permanents.

nECNK 1)K LOUIS XIV. 7

mesure arbitraire à lacjuellc le besoin coiiliruiol de soldats entraîna plusieurs fois pendant le xviii" siècle.

Malgré cet essai, le monarque français se vit contraint, tant les nombreuses coalitions européennes qui le pressaient lui rendaient indispensable un effectif considérable, de laisser subsister l'enrcMement volontaire ou le racolage. Il chercba à le régulariser par plusieurs ordonnances. Ainsi, le 1" août 1682, il défendit aux capitaines, sous peine de cassation, de recevoir aucun soldat s'il ne s'engageait à servir au moins pendant trois ans. Vingt mois après (18 mars 168^) il autorisa l'enrôlement des anciens soldats ayant obtenu leur congé, pour une année seulement, mais jamais pour un temps moindre. Quand une recrue, à son arrivée dans la garnison, était reconnue impropre au service, on la renvoyait chez elle avec une solde de cinq sous par chaque journée de huit lieues, solde déduite sur les appointements du capitaine de la compagnie à laquelle elle se trouvait destinée. Il y avait interdiction formelle pour les officiers d'enrôler aucun de leurs valets dans les compagnies oii ils servaient. La peine des galères revenait à quiconque s'enrôlait dans une compagnie en déguisant son nom et le lieu de sa naissance : on devait lire le texte de l'ordonnance portant cette peine à tout individu voulant s'enrôler, et cela avant l'enrôlement.

§ 2. Hiérarchie Voici, dans l'ordre de prééminence, les

grades composant la hiérarchie sous Louis XIV :

1° Le roi, commandant-né de toute l'armée.

2° Les princes du sang, pourvus d'une commission spéciale; prenant ombrage pour son trône de la gloire et cïe la popularité du grand Condé, Louis XIV évita de mettre les autres princes du sang à même de se distinguer autanl à la tête des armées.

3° Le maréchal général (charge rétablie en faveur de Turenne en 1660), qui pouvait accidentellement recevoir des pouvofrs supérieurs à ceux des autres maréchaux de France.

û» Les maréchaux de France, dont le grade existe à partir du xui" siècle. Depuis François I^"", le roi les honora du

8 l'RÉCIS DES I.NSilTLTlONS MILITAIRES.

tilre de cousins; Louis XIV donna en 1705, à chacun d'eux, le cordon bleu ( )i-(lri' du Sainl-Espril).

5° Les lieutenants gé/iéraux, dou[ le titre devient un grade en 1638. Aux armées, le sorvice rouie journelienient entre eux ; l'aiïaire tei-min-V, -Is u'ont plus à s'o'^cuper des troupes.

6° Les maréchaux de camp. L'-urs fondions étaient priniitivemenl ccll s d'un vériliUde chef d'élal-rnajor ; car ils procuraient au général en chef tous le^ i enseignements nécessaires et traiismetlaienl ses ordres. Us se multiplient considérahkmenl sous Louis XIV et obtiennent des commandements ; de telle sorte qu'ils tiennent du lieutenant général et du brigadier, en ce sens que, selon leur commission, ils font Tun ou l'autre service. Les maréchaux de camp, comme les lieutenants généraux , roulent entre eux pour le service, c'est-à-dire qu'au lieu d'exerf er un com.uan.lement permanent, ils n'ont qu'un commandement temporaire et journalier qui leur échoit a to r de rôle.

7" Les brigadiers commandent les brigades, seules fraclions véritablement peruianetites des armées de celte époque ; ils sonl les seuls officiers généraux ayant constamment sous leurs ordres une troupe obligée, chaque jour, de les reconnaître et de leur répondre.

8* Les colonels (mestres de camp dans la cavalerie légère), placés à la lèle des régiments.

9° Les lieutenants-colonels , qui commanderit les régiments en l'absence des colonels. (Juand ces derniers sont de jeunes seigneurs sans expérience, les lieutenants-colonels dirigent en léalilé le corps; ils doivent surtout tenir la main à la discipline.

10° Les majors (anciens sergents -majors ou majors-capitaines) commandent dans la cavalerie le régiment en l'absence du mestre de camp; dans l'infanterie, ils ne peuvent, à moins d'une commission particulière, prétendre à aucun commandement. A partir de 1680, ils n'ont dans les deux armes que le rang de capitaine, et dès lors ne commandent le bataillon ou l'escadron que si leur ancienneté les y appelle. Leur Qiissioij spéciale consiste à s'occuper de l'exercice, des

délails du service et de Ibiictions adminislralivos telles que le logement, les di>liibiilions de vivres, la tenue des contrôles, l'inventaire des effets appartenant au\ officiers décédés. Un aide-major, du grade de lieutenant, les seconde. Dans l'infanterie, il y a un aide-major par bataillon.

11° Les capitaines comnianilenl les compagnies; ils nomment les bas-ofliciers el a|ij)o;nlés, mais ne peuvent les casser, ce droit étant réserve au conNril de guérie. Ils sont chargés d'apprendre aux sohJats le maniement des armes et les évolutions. Le plus ancien capitaine commande le bataillon, avec rang et autorité de lieutenant colonel vis-à-vis des autres capitaines.

\t° Le lieutenant commande la compagnie ou Tescadrori en l'absence du capitaine ; il surveille les bas-officiers, et s'assure que les soldats ont leurs armes en état, et leur bandoulière ou gibirne garnie.

13° Le sous-lieutenant ou lieutenant réformé est le troisième officier d'une compagnie d'infanterie ou d'un escadron. Ses fondions sont identiques avec celles du lieutenant. Il n'existe d'une manière fixe qu'à partir de lôëS, date à laquelle l'enseigne de chaque compagnie est supprimée.

Mx° L'enseigne, le dernier des officiers subalternes, porte le drapeau de la conqKignie. En 166b, après la paix d'Aixla-Chapelle, on n'en conserve que deux par régiment. Dans la cavalerie, l'enseigne porte le nom de cornette.

15û Les sergents (maréchaux des logis dans la cavalerie) sont les premiers des bas-officiers; ils appellent, instruisent, alignent les soldats. Tous les soirs, un sergent de chaque compagnie reçoit le mot d'ordre du major et le transmet à son capitaine.

16° Les caporaux (biigadiers dans la cavalerie') commandent les escouades et posent les sentinelles.

17° Les anspessades ou appointés,. Gs^^ecits de premiers soldats dont la iulde est plus forte d'un sou que celle des soldats et plus faible d'un sou que celle des caporaux ; ce sont en quelque sorte les lieutenants des caporaux. En temps de péril, on les place comme sensuelles perdues

§ 3. Avaiicenienl. — L'avancement aux divers grades de bas-officiers se faisait au choix du capitaine commandant la compagnie où il y avait vacance, lequel choix pouvait porter sur un soldat d'une autre compagnie, à charge de rendre un autre soldat en échange.

L'avancement aux différents grades d'officier se faisait à la désignation du roi qui, voulant augmenter l'influence royale d'un puissant levier, ôta à plusieurs chefs militaires de haut rang le droit qu'ils exerçaient antérieurement de faire des nominations d'officier. Le mode d'avancement qu'il institua fut une alternative d'ancienneté et de choix le plus souvent entaché de finance. Ainsi le sous-lieutenant obtenait à l'ancienneté le grade de lieutenant ; le lieutenant (au moins dans la cavalerie) devenait capitaine par finance(l), quelque fût son temps de gi'ade. On passait major et lieutenantcolonel à l'ancienneté ; colonel dans toutes les armes par faveur et par finance. Le grade de brigadier était donné aux plus anciens colonels ou lieutenants-colonels ; lés grades de maréchal de camp et de lieutenant général se conféraient à l'ancienneté. L'ordre du tableau s'observait même aux armées pour les commandements à donner aux officiers généraux ; Turenne; Catinat, Villars, s'affranchirent de cette règle qui les empêchait d'employer chacun suivant son mérite.

Les sous-lieutenants et les enseignes étaient alors pris, quelques-uns parmi les bas-officiers (2), presque tous parmi

(1) Excepté dans le corps des carabiaiers où Louis XIV, en les créant, défendit de vendre les compagnies; les capitaines de carabiniers étaient choisis snit parmi les lieutenants du corps, soit parmi les capitaines des autres régiments de cavalerie.

(2) Le duc de Saint-Simon cite, dans ses Mémoires (édition Cheruel, ia-18, t. I, p. 56), à la date de 1693, un exemple frappant d'un soldat ayant obtenu le grade d'officier. Voici le passage : « Lefèvre, capitaine dans notre régiment (Royal-Roussillon) , qui , de gardeur de cochons , était parvenu là à force de mérite et de grades, ne savait encore lire ni écrire, quoique vieux. C'était un des meilleurs partisans des troupes du roi, et qui ne sortait jamais sans voir les ennemis ou en rapporter des nouvelles sûres. Nous l'aimions, l'estimions et le considérions tous, et il l'était des généraux. » — Plus loin, à propos du

RÈGNK UK I-OIIIS XIV. 11

les cadets, jeunes volontaires bien nés, dont le nombre fut limité en 1670 à deux par compagnie. Vauban et Fabert, qui devinrent tous deux marccbaux de France, entrèrent au service en qualité de cadets : leur brillante carrière prouve que l'avancement commençait à être indépendant de la naissance, ce qui était un pas gigantesque pour l'époque en fait d'institutions militaires. Le grand roi avait en effet pour maxime de prendre les talents où il les trouvait, dans la roture et dans la petite noblesse ou noblesse douteuse ; il dut à cette maxime plusieurs généraux célèbres et populaires. Un fait prouve qu'il n'exigeait point la noblesse pour être officier. Il existait sous son règne, dans le régiment d'Aubusson, un capitaine nommé Duras, réputé pour sa bravoure. Chacun le croyait de la noble famille de ce nom, tandis qu'il avait débuté comme simple cavalier. Un jour, ce régiment passait dans la ville de Lectoure : le père de Duras, bon paysan des environs, vient pour voirson fils en cachette, afin de ne pas le désobliger ; mais lui l'embrasse et le présente, en sabots et en habit de toile, à son colonel et à tous les officiers du régiment. Louis XIV apprend ce beau trait, en fait venir l'auteur, et lui tendant la main : « Duras, lui dit -il, je suis bien aise de vous connaître ; vous êtes un honnête homme ; je vous accorde mille écus de pension. Mariez-vous, je prendrai soin de vos enfants, et les Duras s'en feront honneur. »

§ h. Etal-major — Sous Louis XIV, on ne peut appliquer ce nom dans l'armée qu'à un ensemble d'officiers employés en dehors des troupes. Tels étaient, par exemple :

d° Le major général qui distribuait les ordres aux majors des corps, choisissait les camps, réglait le service des détachements. Il y en avait un pour l'infanterie, un pour les

gouvernement de Louis XIV, Saint-Simon parle du fameux ordre du Idbleau, cité dans le texte, et qui , établi par Louvois , assujettissait l'avancement au temps de service. « D'après cette règle , observe-t-il, tout ce qui servait demeurait, quant au service et aux grades, dans une égalité entière. De là tous les seigneurs dans la foule des officiers de toute espèce ; de là cette confusion que le roi désirait. » * ' ■ • • -

12 PRÉCIS DLS I.N&TITLTIONS MILITAIRES.

dragons, un pour l'arlillerie; celui de la cavalerie s'appelait maréchal général des logis. Il iaut considérer les majors généraux, dont le rang a toujours été incertain, comme étant chacun dans leur arme lé chef d'état-major du général. Dans les petites armées, il n'y avait qu'un aide -major généird.

2'^ Les aides de camp, officiers de dilïerents grades attachés à la personne du général en chef et des autres généraux pour porter leurs ordres. A la bataille de Rocroi (16/i3), première action militaire du règne de Lauis XIV, il y avait déjà 22 aides de camp dans Tarmée française.

3° Les commissaires des guerres, divisés en conmiissaires ordinaires, commissaires provinciaux, commissaires ordonnateurs. Ces commissaires passaient la revue des troupes en campagne aux mois de mai, juillet et septembre ; à l'intérieur, tous les mois. Ils examinaient surtout l'àse et la force des soldats qu'ils renvoyaient, s'ils étaient impropres au service; puis riiabillement et l'armement des hommes, retenant les appointements des capitaines jusqu'à ce qu'ils eussent à cet égard satisfait aux prescriptions des ordonnances royales. Ils ne portaient présents que les ofticiers qui prêtaient entre leurs mains serment de servir fidèlement le roi.

h° Les ingénieurs-géographes , institues en 1096 pour faire les reconnaissances et tracer les camps. D'abord peu nombreux, ces officiers restèrent sans chef et sans avancement pendant le règne de Louis XIV ; ils se distinguèrent dans les luttes delà succession d'Espagne.

5° h&'i gouverneurs de forteresses, et leurs substituts les lieutenants de roi, institués en 1692 pour le service des places fortes.

§ 5. Infanterie. — L'infanleiie s'accroît considérablement sous Louis XIV : elle compte , en 1672 , 61 régiments nationaux et étrangers; en 1701, ce nombre est porté à 138 ; en 1702, à 176 ; en 1705, à 235 ; en 1706, à 259 ; en 1709, à 260; en 1714, à 26^. Indépendamment des nombreuses guerres que nous eûmes à soutenir, une cause par-

IIÈGMÎ DE LULIS XIV. . 13

ticulière coiitiilnia à roi arrroissomont,. La conquête do la Flandre et celle do la Franche- Comîé exigèrent beaucoup de siépfos qui mirent rinl'anlorie en évidence. Louis XIV aimait d'ailleurs la guerre de sièges, qui lui permettait de déployer son ordre parfait et de montrer ses connaisscinces militaires sans s'exposer à èlro fait prisonnier, sans se priver de l'entourage de sa cour. Aussi, voulant en outre utiliser au détriment do nos etmemis l(s lalenls liors ligne de Vauban, il organisa nos armées principalement pour la guerre de sièges, c'est-à dire rendit rinfanlerio prépondérante, et réduisit la cavalerie au rôle d'un accessoire utile.

Louvois aidant, il introduisit dans ses troupes une discipline sévère : par exemple, il porta, pour un coup de fusil tiré dans le camp ou dans la marche, peine de la fleur de lys (galères) pour le soldat et suspension pour le commandant du bataillon. Il établit, contre les capitaines dont un soldat était rencontré hors de la route de l'armée sans qu'il eût prévenu le commandant du bataillon, la privation de solde pendant huit jours pour la première fois et la suspension du grade pour la seconde fois. Par deux ordonnances de i(i66, complétées par un règlement de 1670, il régla d'une manière officielle le pas de préséance des régiments d'infanterie entre eux, lacune qui avait souvent donné lieu à de graves contestations ; car, à cette époque, le droit de monter le premier à l'assaut et de choisir ses quai tiers appartenait au plus vieux régiment. En 168Zi, il décida que dans tous les corps d'armée, détachements et garnisons, où il se trouverait des régiments frahçais et des régiments étrangers, le plus ancien des régiments français précéderait tous les régiments étrangers, et qu'ensuite les autres régiments, tant français qu'étrangei's, marcheraient entre eux suivant les dates de leurs commissions (1).

Les grenadiers avaient d'abord pour fonctions spéciales

(1) L'observation rigoureuse de cet édit entraînait encore des inconvénients; on le vit bien quand on voulut se mettre en bataille à la journée de Nerwinde (1693). Consultez Art de la guerre, par le maréchal de Puyscgur, édition in-4", 1749, t. II, p. 70^ 71.

de lancer dans les sièges les grenades à main ; ils succédaient aux enfants perdus dans cette mission périlleuse. On institua, en 1667, quatre grenadiers par chaque compagnie d'infanterie : c'étaient des soldats d'élile jouissant d'une haute paye. Ils se distinguèrent tellement dans les campagnes de Flandre et de Franche-Comté, qu'on résolut d'en former une compagnie par régiment, Cela eut d'ahord lieu en 1670 dans le régiment du Roi, puis en 1672 dans les trente premiers régiments, et successivement dans chacun des autres. Les grenadiers marchaient à la tète du régiment. Plus tard, on en créa une compagnie par bataillon. Ces grenadiers portaient une bandoulière avec grenadière pour. mettre les grenades ; ils avaient en outre une petite hache pour s'en servir dans les attaques de chemin couvert, couper les palissades, enfoncer les portes. Pour lancer la grenade, ils prenaient la mèche dans un cache-mèche de fer-blanc fixé à leur bandoulière, mettaient le feu de la main gauche à l'œil ou lumière , tournaient le dos à l'ennemi et jetaient la grenade par-dessus leur tète.

La multiplication des compagnies de grenadiers fit peu à peu disparaître leur deslination première , et beaucoup d'entre elles combattirent pendant plusieurs campagnes sans lancer une grenade ; mais elles restèrent comme compagnies d'élite, et l'on s'en servit pour toutes les actions vigoureuses. C'est pourquoi Louis XIV rendit , le 8 novembre 1689, une ordonnance prescrivant que les capitaines commandant ces compagnies auraient au plus quarante-cinq ans d'âge, et les lieutenants, sous-lieutenants et sergents, quarante ans.

L'uniforme fut définitivement donné aux troupes en 1670, et les soldats furent dès lors habilles aux frais du roi. Les premiers uniformes ne différaient guère, quant à l'ensemble, du costume civil ; mais tous les hommes d'un même régiment se trouvaient velus de la même manière, et c'était là le point essentiel pour la discipline, pour la propreté et pour la considération que les soldats acquéraient à leurs propres yeux, en se voyant recouverts du môme habit que leurs officiers.

Une éçharpe, remplacée en 1672 par l'aigiiilleUe ou nœud d'épaule, formait le signe dislinclif du grade.

Ce fut aussi en 1670 que la baïonnette fut adaptée aux mousquets. Dès lors les piques commencèrent à perdre de leur utilité et diminuèrent comme nombre. L'armée suivante, le fusil parut et lendit à remplacer le mousquet. Avec la baïonnette, l'arme à feu portative servait à volonté pour le tir et comme arme de main ; seulement les premières baïonnettes étant à manclie de bois (1) et s'enfonçant dans le canon, il fallait les ôter pour faire feu. Cet inconvénient fit bientôt inventer la douille. En 1688, un essai de baïonnettes à douille eut lieu en présence de Louis XIV-, mais les canons des mousquets auxquels on les adapta se trouvaient de différentes grosseurs, de sorte que les baïonnettes, mal assujetties, ou tombèrent pendant le tir, ou furent brisées à leur extrémité par les balles sortantes ; on les rejeta. Peu à peu on abandonna les mousquets (2), plus pesants que les fusils, et Ton perfectionna la douille. En 1699, il n'y avait plus de mousquets ; en 1703, tous les fusils étaient pourvus de solides baïonnettes à douille. Cette même année, Louis XIV consulta plusieurs de ses généraux, et, adoptant l'avis de Vauban contre celui du major des gardes- françaises (3), abolit l'usage des piques dans l'infanterie. Cette abolition eut pour conséquence la réduction de la profondeur de cette arme à quatre rangs. La suppression des piques fut un grand progrès. Peu après, la bataille de Spire montra tout ce que vaut la baïonnette dans des mains françaises.

Sur les 61 régiments d'infanterie existant en 1672, il y en avait 13 d'étrangers. Les hS régiments français ne se composaient pas tous du môme nombre de compagnies. Ainsi, les six plus anciens régiments, dits les vieux corps, et le régi-

(1) Ces iqaDches avaient jusqu'à un pied de long; la longueur des lames ne dépassait guère cette mesure.

(2) Dès 1678, toutes les compagnies de grenadiers sont armées de fusils avec baïonnettes à manche de bois.

(3) M. d' Artagnan , depuis maréchal de France , sous le nom de Montesquiou.

16 PRÉCIS DnS INSTITUTIONS MlLITAlIlES.

ment du Roi, le régiment Royal, le régiment du Dauphin, le régiment du duc d'Anjou, le régiment de la Reine, avaient chacun 70 compagnies de 53 hommes, y compris les 3 officiers, tandis que les autres régiments n'avaient que 33. 2A, 20 et 17 compagnies. Ces compagnies formaient soit un, soit deux, soit trois hataillons. Lt^ bataillon ne devint réellement constitutif que de 1671 à 1688. Jusqu'à la paix de Nimègue (1678), il se composait, au maximum, de 17 compagnies dont une de grenadiers , ce qui porte sa force à P02 hommes, savoir :

Aide-major 1

Officiers des compagnies. 31

Troupe 850

Total 902

Le chiffre de 53 hommes par compagnie, que nous venons d'indiquer, se décomposait à la même époque comme il suit :

Capitaines , 4

Lieutenant ]

Sous-lieutenant ou enseigne 1

Sergents 2

Caporaux 3

Anspessades 3

Tambour 1

Soldais 41

Total 53

A la fin du xvii' siècle, la coalition des puissances contre la France força le grand roi à augmenter ses troupes. Trente nouveaux régiments d'infanterie furent levés en 168/i, formés en partie avec des bataillons pris aux anciens coi'ps, et destinés à la garde des places fortes ; les vieux régiments reçurent alors le nom de 7'égiments de campagne , opposé à celui de régiments de garnison. En 1691, les trente régiments de garnison furent mis au nombre des régiments de campagne. Louis XIV, pour en iuiposer à ses ennemis, recourut ausM à la ruse de former, avec des milices, des bataillons qui prirent

RÈGNE l)K LOLIS XIV. 17

le litre des régimoMls célèbres, el allôrciil, sous ce nom emprunté, servir dans les armées secondaires : c'est ainsi, par exemple, que le régiment de Picardie combattait en Flandre, tandis qu'un bataillon de mtMiie nom figurait dans notre armée de Catalûffne.

§ 6, Cavalerie. — Au commencement du règne de Louis XIV, la cavalerie se divisait en grosse cavalerie ou dragons, formant 2 régiments, et en cavalerie légère, comprenant 12 régiments de carabins, 1 régiment de cuirassiers, ûl régiments de cavalerie proprement dite : en tout, 5(3 régiments. Ce nombre s'augmenta rapidement par la création successive de 31 nouveaux, régiments de cavalerie proprement dite, de hi régiments de dragons, et de deux nouveaux corps, les carabiniers et les hussards. Arrêtons-nous un instant sur ces deux nouveaux corps.

Les carabiniers ont une origine analogue à celle des grenadiers. On en institua d'abord deux dans chaque compagnie de cavalerie proprement dite; ils étaient choisis parmi les plus habiles tireurs, et tenaient, dans les combats, la tète do l'escadron, d'où ils faisaient feu sur l'ennemi avec leur arme principale, la carabine rayée. Outre ces deux carabiniers existant dans chaque compagnie, Louis XIV créa pour la campagne de 1G91, dans chaque régiment, une compagnie de carabiniers, espèce de compagnie d'élite recrutée dans les autres compagnies, et commandée par les meilleurs officiers, tous âgés de trente-cinq ans au plus. Au milieu de la campagne, ces compagnies furent groupées, et formèrent une brigade employée comme troupe légère. L'année suivante, ils se distinguèrent en plusieurs rencontres, et attirèrent spécialement l'attention du roi, qui pensa que, fondus en un seul corps et vêtus du même uniforme, ils rendraient encore de plus grands services. Il ordonna donc d'en composer un seul régiment, sous la dénomination de Royal-carabiniers, dont il écrivit lui-même une partie des instructions, et qu'il donna à commander au duc du Maine. Ce régiment fut divisé en 5 brigades de h escadrons chacune, l'escadron comprenant

5 compagnies; il équivalait donc à 5 régiments ordinaires, et c'est pourquoi depuis on le trouve presque constamment partagé entre différentes armées. Son organisation fut complète au mois de mars 1694, époque à laquelle Louis XIV le passa en revue à Compiègne.

Les hussards sont d'origine hongroise. Dès le milieu du xvir siècle on en trouve quelques-uns, déserteurs de l'armée impériale, à la suite de l'armée française , comme domestiques de plusieurs de nos officiers. En 1C92, le maréchal de Luxembourg, frappé de leur air martial, les rassemble et les emploie comme partisans. Satisfait de leur conduite, il en envoie deux à Fontainebleau, où se trouve Louis XIV. Ce monarque ordonne d'en lever un régiment en Alsace. Ce premier régiment, fort de trois, puis de six compagnies, figure dans la campagne de 1693, et est licencié à la paix de Ryswick. Le maréchal de Villars en organise un nouveau pendant la guerre de la succession d'Espagne ; à la même époque, le duc de Bavière en amène un autre au service de France. A la paix d'Utrecht (1713), ces deux régiments sont fondus en un seul. Ces hussards, cavaliers nouveaux dans noire armée, portent un sabre recourbé, des pistolets, une carabine, et de très grandes gibecières en bandoulière, remplaçant le havresac; ils montent des chevaux de petite taille, ont les étriers courts et s'appuient dessus pour sabrer; adroits cavaliers, ils combattent en éparpillement, se dispersent et se rallient avec facilité. Troupes légères avant tout, ils ne tiennent pas contre la grosse cavalerie, vont à la découverte, font les escortes, servent à l'avant-garde et à l'arrière-garde. Leur habillement consiste en une veste à manches étroites, en un pantalon entrant dans des bottines, en un manteau presque aussi court que la veste et placé du côté par où fouette la pluie, en un bonnet fort long et bordé de peaux. Leurs officiers ont des costumes magnifiques; une aigrette orne leur bonnet.

Nous avons dit ci-dessus que Louis XIV eut un instant (en 1690) jusqu'à /j3 régiments de dragons sur pied. Après la paix de Ryswick, en 1698, il en licencia vingt-neuf, et les

RÈGNE DK LamS XIV, J9

régiments rcslants s'appelèrent les quatorze vieux. A cette époque, les dragons, montés sur des chevaux de moyenne taille, deviennent plus que précédemment corps de cavalerie; pourtant ils conservent le fusil à baïonnette, et on les instruit à combattre et à manœuvrer à pied et à cheval, au son du tambour.

En 1672, la France entretenait 82 régiments de cavalerie (toutes armes confondues) : la compagnie se composait alors de 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 cornette, 1 maréchal des logis, 2 brigadiers, 1 trompette et hl maîtres ou cavaliers. En 1699, le nombre des régiments fut réduit à 58, et la compagnie à un effectif de /|8 hommes, savoir :

Capitaine 1

Lieutenant 1

Cornette 1

Porte-étendard 1

Maréchaux des logis ■&

Brigadiers 2

Carabiniers 2

Cavaliers 34

Maréchal ferrant i

Trompette 1

Total iS

Trois ou quatre compagnies formaient un escadron, et deux, trois ou quatre escadrons composaient un régiment, dans les régiments de cavalerie étrangère que Louis XIV avait à sa solde comme dans les régiments français. Toute la cavalerie se rangeait sur trois rangs de hauteur.

§ 7. Arlillerie. — L'importance que l'on attacha aux pièces d'artillerie dès leur invention en fit confier la garde aux meilleures troupes d'infanterie, aux Suisses, à leur défaut aux lansquenets. Cet état de choses cessa en 1671 par la création d'un régiment spécial chargé de cette mission de confiance. Ce régiment reçut le premier des fusils à baïonnette au lieu de mousquets, d'oii son nom de régiment des fusiliers du Roi ; il comprit d'ahoi-d h compagnies de

20 PRÉCIS DFS INSTITUTIONS MILITAI P. F.?.

100 liommos chacune : 1 de canonnicrs, 1 de sapeurs, 2 d'ouvriers en fer ou en bois. On l'augmenla l'année suivante de 22 compagnies, et en 1677 de 15 nouvelles compagnies ; à cette dernière date, il formait 6 bataillons. Réorganisé en '1G93, il prit le nom de régiment Royal-artillerie. Son effectif montait à 275 officiers et /i,957 hommes de troupe. Depuis 168/i, le corps de Fartillerie comprenait aussi un régiment dit Iioyal'bo)nbardiers , affecté de préférence au service des mortiers, comptant dans ses rangs 88 officiers et 1,116 soldats. Outre plusieurs compagnies d'ouvriers, nous devons également rattacher à ce corps quatre compagnies de mineurs, créées la 1""^ en 1673 (1), la 2* en 1679,' la 3' en 1695, la à' en 1706.

Le régiment Royal-artillerie était à prévoté, c'est-à-dire qu'il avait le droit de former un conseil de guerre, et de juger dans son sein les infractions aux règlements et les délits qm" s'y commettaient, au lieu d'être soumis, comm^ la plupart des autres régiments, à la justice très rapide du grand prévôt de l'armée. A cet effet, son état-major comprenait :

i prévôt.

1 lieutcuant du prévôt.

1 greffior.

5 archers.

1 exécuteur.

Total 9

L'état-major du corps royal de l'artillerie possédait à la fin du règne de Louis XIV, vers 1708, son grand maître, ses lieutenants généraux, son trésorier général, ses lieutenants provinciaux, ses conunissaires des poudres et salpêtres, ses commissaires des fontes, ses contrôleurs, ses officiers pointeurs du rang de lieutenant, ses capitaines de charrois, ses officiers de santé pour les arsenaux, ses gardes, ses ouvriers.

(1) Cette compagnie fut levée par le comte de Mesgriguy, qui mourut en 1720 lieutenant général, âgé de quatre-vingt-onze ans, après soixantedouze ans de service.

P.ÈOE [)E LOUIS XIV. 21

Chaque place de guerre renfermait un arsenal dont on lirait, ;iu moment d'entrer en campagne, autant do pièces qu'il était nécessaire; alors seulement on levait pour les transports les nmlels dont on avait besoin. Dix pièces composaient une brigade d'artillerie. Ces brigades, marcliant à part, suivaient l'armée et ne la rejoignaient que le jour du combat, parce que, à cause de la lourdeur des j)ièces et de leurs alleiages, il était impossible à l'artillerie d'aller rapidement dans les terrains difficiles.

§ 8. Génie. — Le corps du génie n'a pas de troupes sous ce règne ; car les compagnies de sapeurs et de mineurs appartiennent à l'artillerie. Il forme un état-major dont les officiers comptent encore dans leurs armes respectives, et qui se divisent en ingénieurs directeurs , ingénieurs en chef, ingénieurs ordinaires; à leur tète se trouve le commissaire général des forlificalions (emploi supprimé en 1707) et le directeur général des fortifications. II existait des ingénieurs chargés des fortifications des côtes et dépendants du ministère de la marine : à la mort de Seignelay (1690), ils passèrent sous les ordres du ministre de la guerre; dès lors, le corps du génie devint entièrement militaire, et les ingénieurs qui le composaient furent obligés de servir tour à tour, et selon les circonslances , dans les places ou aux armées.

Sous l'influence de Louis XIV, qui aimait la guerre de sièges, sous la direction de Vauban, le plus habile des ingénieurs, le corps du génie français rendit d'éminents services dans les longues guerres de celte période , et conquit en Europe une telle prééminence, que partout ses usages, ses règlements, ses tracés, ses méthodes d'attaque furent suivis et imités. C'est pour récompenser tout le corps dans son chef véritable, par le grade et par le mérite, que le grand roi doima le bàlon de maréchal à Vauban.

§ 9. 3!alsou inililaire du Hoi. —Cette maison formait une forte réserve d'infanterie et de cavalerie, et comme telle était

à la guerre d'une utilité très réelle. Voici sa composition en 166/r :

' 4 compagnies de gardes du corps 680 \

1 compagDie de CentSuisses 119 \

1 compagnie des archers du grand prévôt. 109 J

- , 1 compagnie des gardes de la porte 60 f

es 1 1

1 compagnie de gendarmes de la garde. . . 213 V „ -„-,

1 compagnie de chcvau-légers 212

2 compagnies de mousquetaires 663

2 compagnies de cent gentilshommes... . 206

30 comp. formant le rég. des gardes franc. 4>602 20 comp. formant le rég. des gardes suisses. 2,S16

Garde de la Reine mère , 180

Garde de Monsieur, frère de Louis XIV 204

Total des gardes du Roi et des Princes. . . 9,764

L'effectif de chacune des compagnies des gardes du corps fut augmenté dans les campagnes suivantes, et la maison militaire du roi monta à plus de 12,000 hommes. Les cadres de cette maison correspondaient d'ailleurs à un effectif beaucoup plus considérable : cela tenait à ce que Louis XIV voulait occuper, dans les emplois de sa maison, la turbulente noblesse qui, après avoir perdu son indépendance et son pouvoir sous la main de fer du cardinal de Richelieu, venait d'achever de se ruiner par les folies de la Fronde, et qui, devenue pauvre et habituée au luxe, appartenait désormais corps et âme au roi, suivant son bon plaisir.

La compagnie des Cent Suisses, dont l'origine remonte à Charles VIII, était destinée à la garde du palais; cependant elle allait à la guerre avec le monarque, portant alors des fusils au lieu de hallebardes, et garnissait la tête de la tranchée quand il la visitait. Son drapeau, fond bleu, était divisé en quatre carrés par une croix blanche avec cette inscription : Ea est fiducia gentis. Le premier et le quatrième carré portaient chacun un L couronné d'or, avec le sceptre et la main de justice passés en sautoir, le tout noué d'un ruban rouge; le deuxième et le troisième caiTés représentaient chacun une mer d'argent ombrée de vert, flottant contre un

HKCNE 1)K LOIIS XIV. 23

rocher d'or baUu do qualiv vonls. Au cciilrc de ce drapeau, l'un des plus beaux qui aient fi,i;uré dans nos armées, se trouvaient les armes de France.

Les deux compagnies de cent gentilshommes, outre la lance et l'épée, portaient une hallebarde appelée, à cause de sa forme, bec-de-faucon ou bec-cle-corbin : de \à le nom de gentilshommes à bec-de-corbin qu'on leur donnait aussi.

Le régiment des Gardes françaises, institué par Charles IX, était le plus nombreux de nos corps d'infanterie; il fut l'un des derniers à posséder des compagnies de grenadiers, parce que l'on craignait par cette création de mécontenter les officiers et les soldats de ce corps d'élite; cependant, en 1688, on y introduisit 2 compagnies de grenadiers, ce qui porta son nombre total de compagnies à 32, divisé tantôt en h, tantôt en 6 Lataillons.

Nous devons rattacher à la maison militaire du roi le corps de la Gendarmerie, dernier vestige de la chevalerie du moyen âge, réduite, à la paix des Pyrénées en 1659, aux. seules compagnies d'ordonnance des princes du sang qui se trouvaient au nombre de 16 : 6 de chevau-légers et 10 de gendarmes proprement dits. Groupées en 8 escadrons, ces seize compagnies formaient pour le combat une réserve spéciale avec la cavalerie de la maison du roi.

Cette maison, recrutée en soldats d'une valeur éprouvée, rendit de grands services dans plusieurs actions, notamment au combat de Leuze (18 septembre 1691), dans lequel le maréchal de Luxembourg battit 75 escadrons autrichiens avec 28 escadrons français, beau fait d'armes transmis à la postérité par une médaille portant pour légende : Virtus eciidtum jwœtorkmorum.

§ 10. Élablissenienls. — Sous Louis XIV, il n'existe pas encore d'école militaire : les jeunes gentilshommes s'engagent comme volontaires dans les divers régiments de l'armée ; les plus nobles, dans les compagnies de mousquetaires, y apprennent le métier des armes, et en sortent enseignes ou sous-lieutenants.

2/l PRÉCIS DES INSTITUTIONS MILITAIRES.

Mais un clablissement grandiose, ulile, populaire, celui des Invalides, est inslilué. Déjà Henri IV avait réuni, dans une maison de la rue de Loursine, plusieurs vétérans; déjà Louis XIII avait créé à Saint-Germain-en-Laye un établissement analogue sous le nom de Commanderie de Saint- Louis; déjà depuis plusieurs siècles de vieux guerriers obtenaient à litre de bénéfice, avec le nom de frère laïc, une place dans un monastère, à cbarge de balayer l'église et de sonner les clocbes. Ces demi-mesures se trouvaient fort insuffisantes. L'insuffisance parut plus grande à la suite des longues guerres du règne de Louis XIV. Dès lors, le nombre des militaires privés de membres, défigurés par des blessures, ou seulement affaissés sous le poids des ans et des travaux guerriers, se muUiplia outre mesure. Toucbé de cet état de choses, le glorieux monarque décréta la création à Paris de V Hôtel royal des Invalides. Les constructions commencèrent en 1672 au bout du faubourg Saint-Germain, dans la plaine de Grenelle, où de somptueux édifices s'élevèrent sous la direction des architectes Bruant et Mansard. L'édit d'institution est de I67i ; il affecte l'hôtel des Invalides à tous les officiers et à tous les soldats des troupes estropiés, vieux et caducs, qui doivent y être logés, nourris et entretenus leur vie durant. Il estime qu' « il n'est pas moins digne de la piété que de la justice royale de tirer hors de la mendicité les pauvres militaires hors d'état de continuer à rendre service, et qu'il est bien raisonnable que ceux qui ont exposé librement leur vie et prodigué leur sang pour la défense et le soutien de la monarchie, jouissent du repos qu'//s ont assuré aux autres sujets, et passent le reste de leurs jours en tranquillité. » Louis XIV fit don à Tavance, à l'hôtel, de tous les terrains et bâtiments nécessaires à son agrandissement ou à son enîbellissement, outre ceux dont il le dotait à son origine; il pourvut aux dépenses de son entretien au moyen de retenues ordonnées sur tous les paiements de la guerre, et de nombreuses exemptions d'impôts et de droits fiscaux. Il défendit à l'administrateur de l'hôtel de recevoir des dons, des fondations ou des gratifications de quelque personne et

RÈGNi: lE LUIIS XIV. 25

sous quelf|iie prétexte que ce fût, défense qui indique combien il tenait à passer pour le seul fondateur de l'hôtel des Invalides. Cet établissement doit donc être réellement considéré comme de création royale, c'est-à-dire publique, aux frais de l'Etat. Sa fondation honore Louis XIV qui ne l'oublia pas à son lit de mort, car son testament contient ce passage: « Toutes sortes de motifs doivent engager le dauphin et tous les rois 7ws successeiu^s à soutenir cet établissement et à lui accorder une protection particulière ; nous les y exhortons autant qu'il est en notre pouvoir. »

§ 11. Armées. — Turenne, qui vers 1643 reçut sous ses drapeaux les débris des armées suédoises, ne réduisit pas seulement, à l'imitation de Gustave-Adolphe, la profondeur de notre infanterie de huit à six rangs et la profondeur de la cavalerie à trois rangs ; il créa l'unité tactique connue sous le nom de brigade, élément d'armée auquel il donna en bataillons une force uniforme. Les régiments, comme nous l'avons vu, étaient fort inégaux comme effectif ; les bataillons constituaient, au contraire, une fraction moins vague et à peu près constante. Turenne les prit donc comme base de ses brigades qui devinrent des fractions fixes, permanentes, approximativement égales. Nos armées n'en eurent pas d'autres pendant le règne de Louis XIV. A la tête de chaque brigade se trouvait un brigadier ; une réunion de deux à six brigades formait un commandement qui n'avait rien de fixe, et qui était confié à un lieutenant général aidé d'un maréchal de camp. L'organisation des armées de cette époque différait par conséquent de l'organisation actuelle. Nous verrons dans les chapitres suivants comment elle se modifia successivement pour y arriver.

Au début de la période du grand roi, les armées françaises ne sont pas très nombreuses, et cependant elles accomplissent de grandes choses. Turenne déclare même peu maniahle une armée dépassant 50,000 hommes. Plus tard nos armées excèdent de beaucoup ce chiffre ; mais Luxembourg, Villars et Vendôme s'entendent à manier les grandes masses, talent

rare, et que depuis Frédéric et Napoléon ont été presque les seuls à posséder. '

Quant à la totalité de nos forces sous Louis XIV, voici le tableau que donne, pour l'année 1672, le marquis de Quincy dans son Histoire militaire de Louis XIV (1) :

Hommes,

i& régiments d'infanterie française 83,157

13 régiments d'infanterie étrangère 26,236

52 régiments de cavalerie 16,848

22 régiments de cavalerie 3,o64

6 régiments de cavalerie 3,196

2 régiments de dragons 9So

. f régiment des gardes françaises 3;000

(§ l régiment des gardes suisses 2,000

,5 j 4 compagnies de gardes du corps 1,03-4

g 1 compagnie des gendarmes du Roi 200

■5 f compagnie des chevau-légers du Roi 200

V 2 compagnies de mousquetaires du Roi 454

50 compagnies franciies de toutes nations 10,000

300 compagnies d'infanterie pour compléter les régiments.. . 13,000

123 compagnies de cavalerie pour compléter les régiments. . 6,000

Total 176,087

Ce total fut successivement augmenté; en 1691 il avait plus que doublé, et montait à â/i6,500, chiffre maximum de l'armée française sous Louis XIV.

§ 12. Inslilutions honorifiques. — Louis XIV, qui avait remporté comme souverain des succès inouïs et fait de grandes conquêtes, sentit qu'il devait à ses officiers d'autres récompenses que l'avancement , et comme il ne pouvait leur accorder l'ordre du Saint-Esprit, ou le grand cordon bleu, réservé aux princes du sang et aux grands dignitaires de l'Etat, il créa, sous l'invocation de son ancêtre saint Louis, un ordre de chevalerie purement militaire. L'édit portant

(1) Histoire militaire de Louis XIV, t. I , p. 312, — Le total que donne le marquis de Quincy ne se rapporte pas à ses chiffres partiels. Faute de documents positifs nous n'avons pu rectifier Terreur, nous nous contentons de la signaler.

ltÈ(JM'] DI-: LUUIS XIV. 27

création et institution de ['Ordre royal et militaire de Saint- Louis est du mois d'avril 1693. Le roi se déclare chef souverain, grand maître et fondateur de l'ordre, incorpore pour toujours la grande maîtrise à la couronne de France, et promet, pour lui et l'héritier du trône, de porter la croix de Saint-Louis avec celle du Saint-Esprit : il partage l'ordre en grands -croix, commandeurs et chevaliers, tous à la nomination royale, tous choisis exclusivement parmi les officiers des troupes de terre et de mer, faisant profession de la. religion catholique et ayant servi en qualité d'officier pendant dix années au moins; il exige de chaque chevalier serment d'obéissance et de fidélité. En outre, Louis XIV dote, par le même édit, l'ordre de Saint-Louis de 300,000 livres de rente, et promet de faire compter annuellement au conseil de l'ordre 300 autres mille francs, sommes sur lesquelles on paiera les dotations suivantes :

à 8 grands-croix 6,000 livres chacuQ.

à 8 commandeurs 4,000 —

à 16 commandeurs 3,000 —

à 24 chevaliers 2,000 —

à 24 autres chevaliers 1,500 —

à 48 autres chevaliers 1,000 —

à 32 autres chevaliers 800 —

Dans l'origine, le nombre des grands-croix était fixé à 8 et celui des commandeurs à 2/i; ces nombres furent promptement dépassés : quant au nombre des chevaliers, l'édit d'institution le laissait illimité. Les dix années de service exigées furent ensuite étendues à vingt. Un édit du mois de mars 160/i permit, comme nouveau privilège, aux chevahers de Saint-Louis, de faire peindre ou graver, au bas de l'écusson de leurs armes, une croix dudit ordre.

Ce qu'il faut remarquer dans cette institution honorifique, c'est que la croix de Saint-Louis s'accorde indépendamment de la naissance et qu'elle confère une sorte de noblesse : sous ce point de vue, Louis XIV, en créant un ordre de chevalerie, reste fidèle à ses idées sur l'avancement.

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