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CHAPITRE IV

§ 1er. Destination. — En montant à cheval, le guerrier sacrifie plusieurs avantages pour avoir la vélocilé ; ainsi le cavalier ne peut faire un usage efficace de ses armes à feu, et pour lui tout devient obstacle. C'est que dans la rapidité gît presque toute sa force ; nous disons presque , parce que l'audace lui est une qualité également indispensable.

Compléter le succès préparé ou obtenu par l'infanterie aidée de l'artillerie, voilà la destination ordinaire de la cavalerie, qui est par suite une arme accessoire. Pour atteindre ce but, il lui faut renverser les masses ennemies déjà ébranlées, puis les poursuivre. Pour renverser, la cavalerie doit prendre l'initiative et attaquer à l'instant propice (1) ; il y a plus, l'offensive constitue la seule manière de combattre qui lui soit praticable. En effet, si elle attend de pied ferme l'adversaire, elle sera infailliblement culbutée par la vitesse de cet adversaire, s'il est cavalerie (2), et par la multiplicité de ses feux, s'il est infanterie. C'est pourquoi Frédéric (3) et Napoléon voulaient que leurs cavaliers attaquassent sans cesse ; mais, dans cette attaque, saisir l'occasion est la grande affaire, d'où la désignation d'artne du moment donnée à la cavalerie.

(1) En chargeant trois minutes plus tard, à Marengo, avec ses 400 chevaux, le général Keilcrmann manquait l'effet prodigieux de sa charge pleine de vigueur et d'à-propos,

(2) Le 25 juillet 1823, à Guada-Hortuna (Espagoe), 1200 cavaliers espagnols, ayant attendu notre charge de pied ferme, furent culbutés par 450 cavaliers français, commandés par le général Bonnemains,

(3) Ce monarque « disait, au début de la guerre de Sept Ans : C'est le diable que mes officiers n'agissent que défeusivemcnt, mais j'y mettrai bon ordre, à quoi il a bien réussi. « (Waruery , Commentaires sur Turpiii et MontecucuUi.)

210 HISTOinE ET TACTIQUE DES ARMES ISOLÉES.

De la double deslinalion de la cavalerie, renverser et poursuivre, résulte la division de cette arme en deux espèces au moins : Tune propre au choc, composée d'hommes et de chevaux de haule taille, pourvue de pièces défensives, c'est la grosse cavalerie ; l'autre propre au mouvement, la cavalerie légère, formée d'hommes et de chevaux de petite taille, et ne portant aucune armure. Entre ces deux espèces extrêmes se place une espèce intermédiaire, la cavalerie mixte, employant les hommes et les chevaux de moyenne taille, tenant lieu au besoin de la grosse cavalerie et de la cavalerie légère, et, lorsqu'elle les accompagne à la guerre, suppléant la première pour la ménager, soutenant la seconde pour lui donner plus de solidité.

La grosse cavalerie comprend les carabiniers et les cuirassiers. Son rôle consiste à paraître un jour de bataille et faire des charges décisives^ comme celle exécutée à la bataille d'Austerlilz par un corps de /i, 000 cuirassiers français. On peut, en cas de besoin, l'employer au soutien de la cavalerie légère; mais il faut recourir avec sobriété à ce moyen qui la fait rapidement dépérir. La grosse cavalerie sera ménagée même dans les marches ; mais sur le champ de bataille elle recevra les missions les plus périlleuses.

Les dragons, théoriquement parlant, composent maintenant toute la cavalerie mixte ; car ils portent seuls une pièce défensive, le casque. Longtemps les dragons ont été dressés à combattre à pied et à cheval ; il résultait de ce double service une ambiguïté de rôle qui leur ôlait toute confiance en eux-mêmes et les rendait des troupes médiocres (1). Aujourd'hui ils sont exclusivement cavaliers. IMus avantageusement montés que la cavalerie légère, ils soutiennent les chasseurs et les hussards contre la nombreuse cavalerie de l'ennemi, dont ils combattent les dragons avec des armes

(I) Engagés comme fantassins, la difficulté, eu cas de défaite, consistait pour eus à rejoindre et à ressaisir leurs montures , comme le fait voir l'exempie des 14 escadrons de dragons français envoyés, au début de la bataille de Ramillies ( 23 mai 1706), pour reprendre le village de Franqueuics.

DÉTAILS SLÎ\ L.V C.VVALEUIl'. 217

égales, et peuvent aussi se mesurer avec chance de succès contre les cuirassiers qu'ils surpassent d'ailleurs en légèreté. Puisque les dragons sont entièrement devenus cavaliers, toute la cavalerie semble avoir renoncé à jamais mettre pied à terre pour combattre. Ce principe ne doit pas être pris d'une manière exclusive; car il est des circonstances oîi mettre momentanément pied à terre présentera à quelques pelotons de cavalerie un avantage réel, comme dans l'attaque ou la défense d'un pont, d'un bois, d'un défilé. « J'ai vu une occasion, rapporte Warnery, où un régiment de hussards fut surpris et battu dans son camp, parce qu'on lui avait refusé 30 fantassins pour défendre un défilé. » En 1808, dans une reconnaissance au milieu des montagnes, aux environs d'Hostalrich, Gouvion Saint-Cyr, tombé au centre d'un parti de guérillas embusqués, eût été enlevé, si les dragons qui l'accompagnaient n'avaient mis pied à terre, escaladé rapidement les hauteurs malgré leurs grosses bottes, et mis les Espagnols en fuite.

La cavalerie légère comprend les chasseurs, les hussards et les lanciers. On trouve chez les hussards et les chasseurs mômes chevaux, mêmes armes, même méthode de combat ; ce sont donc des nuances d'une même arme; ils seront employés à veiller à la sûreté de l'armée, en composant les avant-gardes, en éclairant les marches, en protégeant les manœuvres, en masquant les reconnaissances, en couvrant les retraites, services multiples de tous les instants auxquels leurs chevaux sobres et agiles les rendent propres. Les lanciers, outre ces services divers, seront surtout utiles contre les masses confuses, où la crainte et les coups de leurs lances produiront de grands effets, et on les employera dans les poursuites. Aujourd'hui, à l'Etranger comme en France, il n'existe plus de cavalerie irrégulière ; l'Autriche a enrégimenté ses Hongrois et ses Croates qui combattent en ordonnance et en ligne; la Russie elle-même commence à régulariser k's Cosaques (1).

(1) Citons, relativement aux Cosaques, une opinion curieuse, celle du comte Iléraclius de Poiignac, qui avait été colonel au service de Russie. Cet

§ 2. Armement. — La destinalion de la cavalerie exige un habillement et un armement particuliers. L'habit-veste, le pantalon large et le long sabre conviennent à toutes les espèces de cavalerie. Le casque est une nécessité pour la grosse cavalerie et les dragons; la cuirasse du modèle 1826, qui garantit de la balle de fusil à la distance de liO mètres, est également indispensable à la grosse cavalerie ; la lance forme une arme excellente dont , chez plusieurs nations étrangères, toute la cavalerie légère et la plus grande partie de la cavalerie mixte se trouvent actuellement armées, usage qui va se propageant de plus en plus, et qui peut amener des modifications dans l'armement de l'infanterie. Quant aux armes à feu, elles ne seront utiles à la cavalerie que dans le service des détachements et des tirailleurs.

§ 3. Données numériques. — Le rapport numérique de la cavalerie à l'infanterie a beaucoup varié ; il dépend du caractère des peuples et de la facilité que le pays donne pour les remontes. Néanmoins, on peut admettre en thèse générale qu'une armée doit avoir en troupes à cheval le cinquième de son effectif en infanterie quand elle fait la guerre en plaine, et le dixième seulement quand elle combat dans les montagnes.

Voici l'indication des poids que supportent en France les chevaux de la cavalerie :

Chasseurs Cuirassiers. et hussards.

Cavalier, environ , . . 80 kil, 65 kil.

Ses armes 14 8

Son équipement 11 H

Équipement du cheval 23 18

Un ferrage de rechange 2 2

Ustensiles, 2 jours de vivres, 2 rations d'avoine. 10 10

Totaux 140 kil. 114 kil.

officier a dit : « Les Cosaques ont une grande intelligence de la guerre, montent des chevaux infatigables, savent admirablement se garder ; mais ils n'ont pas cet élan, cette ardeur dans l'attaque qui est presque toujours couronnée par le succès Les Cosaques ne chargent franchement que sur des fuyards, ou lorsqu'ils ont la certitude d'être au moins dix contre un. » (Voyez VAverlissement en tête de sa traduction de VEssai sur la guerre de partisans, du général DavidofT, 1841, p. 17.)

Le cheval du carabinier porte environ l'',500 de plus que le cheval du cuirassier, et le cheval du dragon 10 kilogrammes de plus que celui du chasseur ou du hussard. Il faut augmenter tous ces nombres de 3 ou Zi kilogrammes pour le temps de pluie, à cause de l'accroissement de poids que prend alors le manteau du cavalier ; même augmentation quand la cavalerie, outre les deux rations d'avoine portées dans le précédent tableau, est obligée de se charger de foin ou de paille.

Un cheval parcourt environ par minute :

Au pas de 100 à HO mètres.

Au trot de 200 à 220 —

Au galop de 300 à 350 —

En adoptant les premiers chitfres pour chacune de ces allures, on voit que le trot est approximativement le double du pas pour la vitesse, et le galop le triple du pas.

Quand les chevaux sont réunis, ils ont moins de liberté pour la' marche, et les accidents du terrain les arrêtent davantage ; une colonne de cavalerie ne marchera donc pas aussi vite qu'un cheval isolé. Avec les poids cités plus haut, une colonne peut franchir au pas jusqu'à 6 kilomètres par heure, et le double à l'allure du trot allongé.

§ h. Unité tactique. — L'unité lactique de la cavalerie est l'escadron qui, moins fortement constitué que le bataillon, combat rarement isolé comme celui-ci. L'escadron français se compose ordinairement de h pelotons formant ensemble 48 fdes. Voici la figure de son ordre de bataille :

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