DÉTAILS GÉNÉRAUX SUR LES MARCHES
L'armée une fois organisée, il s'agit de la transporter du lieu de sa formation sur un point plus favorable. Ce transport exige une marche durant un nombre plus ou moins grand de jours.
§ 1''. Marches de coiicenlralion La marche sera d'une
exécution facile et simple quand elle aura lieu loin de l'en' nemi, quand elle s'exécutera comme marche de concentra^ tion. L'armée se mettra alors en mouvement par petites fractions , et cheminera sur plusieurs routes parallèles. Chaque fraction se placera en haie de chaque côté de la route pour laisser la circulation libre, fera grande halte à mi-distance environ, franchira de 6 à 10 lieues par jour, et observera la discipline la plus complète dans la ville où elle prendra son logement pour la nuit et recevra ses distribulions journalières.
Toute marche doit s'effectuer de jour, parce qu'une marche nocturne, principalement de minuit à quatre heures du matin, fatigue relativement beaucoup plus les troupes qu'elle ne procure d'avantages : le soldat a besoin de six heures de sommeil au moins, et avancer le contraire, c'est faire de la poésie.
Une marche se conduira lentement, afin de ménager les forces de l'homme de troupe, et dans la supputation du temps nécessaire, on admettra une heure au minimum par lieue, y compris la petite halte nécessaire après chaque lieue, plus une demi-heure à trois quarts-d'heure pour la grande halte.
La lenteur, l'uniformité surtout de l'allure sont sensible- Uient aussi utiles pour la cavalerie : loin de l'ennemi, cette arme, pour éviter une prompte destruction, ne se confor-
mera pas à la démarche et à l'allongement fréquent de l'infanterie.
§ 2. Marches manœuvres — Si la marche se fait en présence de Vennemi et prend le caractère d'une marche mci' nœuvrCy elle exige d'autres précautions; ses dispositions doivent se baser sur l'idée de se trouver constamment en état de contenir et de repousser une attaque.
Dans ce but, au lieu d'aller, pour plus de commodité, par fractions éparpillées de chaque côté d'une route, l'armée marchera sur plusieurs routes (1) encore, mais groupée sur chaque route en colonne d'une section au moins, d'une division au plus. Chaque colonne se trouvera ainsi assez forte en front pour résister ; on la fera en outre assez courte pour que la tète et la queue puissent se soutenir. Elle pourra s'avancer à dislance entière (2) hors du rayon d'activité de l'adversaire, mais dans ce rayon, pour ainsi dire sous le canon de l'ennemi, comme préparation au combat (3), elle gagnera du terrain en restant plus serrée.
Dans une colonne mixte, l'infanterie, accompagnée de son artillerie, marchera en tète ; la cavalerie cheminera toujours en queue. La disposition contraire pourrait compromettre toute la colonne dans le cas d'une forte attaque en tète, comme le prouve l'exemple de la colonne centrale française à la bataille de la Trébie (19 juin 1799).
Le nombre des colonnes variera suivant l'espèce de troupes, suivant la nature du terrain, suivant le but à atteindre. Leur dislance sera calculée de manière à permettre facilement leurs communications, leur réunion même ; le chef d'une colonne connaîtra, à cet effet, l'effectif et la direction des autres colonnes (Zi).
Malgré cette multiplicité des colonnes, elles ne doivent pas
(1) Afin de vivre plus facilement au moyen de réquisitions, afin également de tenir l'adversaire dans l'incertitude.
(2) On admet qu'elle occupe alors le même espace que rangée en bataille.
(3) On atteint ordinairement le lieu du combat par la tête de la colonne.
(4) Service en campagne, art. 190.