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PASSAGES DE II I VI EUE

iéans (1), ne nous ;i pas été moins funeste dans les guerres d'Espagne de 1808 à 1813. La garnison d'une petite ville, qu'elle baigne d'un côté, était commandée pour la traverser. On fait passer la veille , selon l'usage , mais imprudemment dans cette position, cinq compagnies qui devaient former l'avant-garde. Pendant la nuit, la rivière s'enfle et coupe ces cinq compagnies de leurs camarades, qui les voient égorger par les guérillas sans pouvoir les secourir. »

§ 3. Pfissage h gué. — Les gués servent rarement à une armée entière, mais ils sont d'un usage journalier pour les détachements et facilitent les petites opérations delà guerre.

Pour franchir un cours d'eau à gué , amenez vos troupes de manière qu'elles ne s'engagent pas dans l'eau étant en sueur; cette précaution hygiénique évite de graves maladies et doit être surtout observée quand la rivière roule des ondes froides et crues.

Si le gué n'a pas été balisé, jalonnez -le au moyen de cavaliers, ou prenez un guide expérimenté parmi les gens du pays, ou tendez à droite et à gauche un câble que tiendront les files extrêmes : de celte manière, les soldats ne pourront s'égarer et perdre pied.

Au cas où, quoique guéable, la rivière serait assez rapide pour entraîner des hommes, mettez en amont, dans le lit, des corps formant obstacle , des arbres , des chariots , voire même des cavaliers, qui briseront le courant ; placez aussi au-dessous du gué une chaîne d'bommes à cheval pour arrêter les soldats entraines. Ces cavaliers, soit en aval, soit en amont, resteront peu éloignés les uns des autres, sinon le corps de la monture ferait digue et supporterait dès lors la pression d'une trop forte colonne d'eau.

Ce que nous disons des cavaliers s'applique aux fantassins :

les chapitres sl et xlvih du livre I de la Guerre civile; sous l'arraDgement de l'écrivain, on devine l'imprévoyance du général qui ne se renseigne pas assez, ou ne réfléchit pas sur les accidents inhérents à la nature particulière du pays au sein duquel il combat.

(1) Lors du siège de Lérida (1707), dont il s'empara pourtant.

2>6li PETITES Ol'ÉlUTIONS.

il ne faut jamais, dans un gué quelque peu rapide, marcher serrés, ce serait au détriment de la file extrême du côté d'amont qui pourrait être renversée.

L'infanterie s'engage obliquement dans le gué, à moins que les bancs à suivre pour conserver pied ne détournent de l'adoption de cette direction ; elle s'engage par pelotons formés, laissant des intervalles entre eux, Elle se déchausse, relève le pantalon, porte l'arme à volonté, le mieux sur l'épaule du côté d'amont, et place la giberne sur le sac : ces deux dernières précautions ont pour but que les soldats en passant la rivière ne mouillent ni leurs armes, ni leurs munitions. Les hommes d'un même rang se tiennent par l.e ceinturon, afin de constituer une chaîne favorable aux soldats inexpérimentés, faibles ou maladroits. Ils doivent aussi ne pas regarder l'eau, mais un point élevé et fixe de la rive d'abordage.

La cavalerie passe facilement une rivière à gué : les hommes doivent seulement avoir soin de relever un peu les jambes, de manière à n'être pas mouillés, de maintenir et de distraire leurs chevaux et de fixer, comme les fantassins, un arbre ou un clocher du bord ennemi; ces précautions ont principalement de l'utilité quand le cours d'eau est large.

On a fait quelquefois passer avec succès un fantassin en croupe de chaque cavalier.

Quand les armes traversent séparément à gué, la cavalerie et l'artillerie doivent toujours franchir la rivière après l'infanterie; autrement elles abîmeraient le fond et rendraient le passage impossible pour cette dernière.

Plusieurs gués voisins les uns des autres favorisent le passage s'ils ne sont pas trop étroits : on agit pour chacun d'eux comme nous l'avons dit.

Alexandre le Grand traversa le Granique à gué, oblique- 7ne7it Q\ snv plusieurs colonnes. Un des plus célèbres passages modernes de rivière à gué est celui du Tagliamento, en 1797, par trois divisions françaises guidées par Bonaparte, et poussant devant elles l'archiduc Charles dans la direction de la ca|)italc Vienne choisie pour objectif.

l'ASSVGKS DI-: RIVIÈHE. â65

Pour bien faire comprendre, du reste, l'importance que peut acquérir un gué, nous ajouterons comme exemples historiques deux faits de notre histoire nationale. — Si, au mois d'août 13ZiG, un prisonnier n'eût pas indiqué à Edouard III le gué de IManquetaque, au-dessous d'Abbeville, les Anglais, arrêtés par la Somme et poursuivis par les forces supérieures de Philippe VI de France, auraient enfin trouvé un terme à leurs prospérités, et Crécy ne serait pas venu ôter un fleuron à notre couronne guerrière. — Si, au début d'août 1809, après la bataille de ïalavera, le maréchal Ney avait pu trouver le gué d'Almaraz sur le Tage, les forces de Soult obtenaient passage, menaçaient les derrières de l'armée anglaise et la ruinaient en l'obligeant à une retraite désastreuse, malgré la récente victoire de Wellington.

§ !x. Passage à la nage. — Un olllicier, en sachant nager, peut rendre des services signalés; citons-en deux exemples. — En 1708, au siège de Lille, le capitaine Dubois (du régiment de Beauvoisis) s'introduit en secret dans la place par la Deule, nageant souvent entre deux eaux, franchissant ainsi sept canaux : il confère avec le maréchal de Boulflers, se remet à la nage avec un billet enveloppé de toile cirée dans la bouche, s'embarrasse dans les herbes, a le bonheur d'échapper, et vient rendre compte au duc de Bourgogne de la situation des défenseurs. — Le 26 mai 1800, le chef d'escadron Franceschi, aide-de-camp du général Soult, qui vient de quitter le Premier Consul au pied du Grand Saint-Bernard, s'approche de Gènes assiégée et affamée, dans une embarcation traînée par trois rameurs. Il traverse la nuit les croisières anglaises et va échapper, quand le jour paraît : aussitôt une nuée de feux atteint sa barque, tue l'un de ses rameurs, en blesse un autre. En ce danger pressant, il n'hésite pas et se résout à franchir à la nage l'espace qui le sépare de la place : il attache ses dépêches à son cou et se jette cà l'eau ; mais de suite il songe à son épée, et ne voulant pas la laisser aux mains des Anglais, regagne l'embarcation, saisit son arme, la place entre ses dents, nage de nouveau, aborde presque

épuisé et porle au général en chef, à Masséna, la promesse que dans trois semaines Bonaparte marchera sur Gènes à grandes journées pour la délivrer (1).

Un oflicier, par ses connaissances en natation peut aussi sauver sa vie. Le prince Eugène Poniatowski, chargé de couvrir notre retraite après la hataille de Leipzig, ne se fût pas noyé s'il avait su nager quand il s'élança dans l'Elster plutôt que de se rendre (19 octobre 1813) (2). - Les soldats, comme les officiers, doivent savoir nager : en eflét, si un détachement d'infanterie ne se compose pas de nageurs, il se trouvera retardé par le moindre cours d'eau et paralysé dans ses opérations.

Et pourtant, avouons-le, les Français sont très arriérés sous le rapport de la natation : malgré l'existence momentanée dans ses rangs de compagnies de nageurs (3) , notre armée s'est ici laissée devancer par plusieurs armées étrangères, notamment par l'armée prussienne (A).

Malgré ce regrettable état de choses, disons un mot des passages de rivières à la nage.

On choisira, pour les effectuer, les points où leur courant est le moins rapide et oii les rives se trouvent d'un accès facile : cette dernière condition est très utile pour l'infanterie et indispensable pour la cavalerie, car sans point d'appui

(1) Traité de natation, essai sur son application à l'art de la guerre, par le vicomte de Courtivron, officier supérieur, 3" édition, 1836, p. 166.

(2) Poniatowski avait déjà failli se noyer dans le Serreth, lors du siège de Jassy.

3) Soult, par exemple, organisa une compagnie de 150 nageurs, lors du passage de la Liuth (25 septembre 1799). Celle compagnie, commandée par l'adjudaat-major Dellard, se jeta à l'eau le sabre aux dents, un pistolet attaché sw la tête, protégée par lartillerie, atteignit en un instant l'autre bord et dispersa les postes avancés de l'ennemi. Consultez les Mémoires de Masséna, par Roch, t. III, p. 367.— J'ai proposé, en 1853, de créer dans l'armée franijaise un bataillon de nageurs, comme une spécialité utile à former, à étudier, à perfectionner par la pratique. (Voyez mes Commentaires sur Clausewitz, livre VI, observation u" 22, p. 193 à 19'7.)

(4) Reportez-vous à la page 227 du t. I de mes Études historiques et militaires sur la Prusse (1854).

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qui lui permette de poser ses pieds de derrière et de s'élancer sur le rivage, le cheval se noierait souvent.

Les nageurs fantassins mettront leurs effets et armes sur la tète et sur les épaules, se réservant le sabre entre les dents, afin d'avoir une arme à la main au moment de l'abordage ; parfois ils placeront ces effets et armes sur un petit radeau ou une nacelle, s'ils peuvent en construire ou s'en procurer. Ils nageront obliquement au courant, de manière à profiter de l'impulsion de la vitesse ; si des cavaliers les accompagnent, ces cavaliers, en fendant l'eau en amont de la colonne nageante, serviront à rompre la force du courant (1).

Avec de la hardiesse, la cavalerie traversera également une rivière à la nage. Le cheval nage bien, rapportent presque tous les auteurs; il faut cependant l'y exercer, au dire de Warnery (2). Cet animal nage sa croupe enfoncée dans l'eau : de là nécessité de placer le porte- manteau du cavalier et tous les objets qui, mouillés, deviennent trop pesants, soit sur les épaules de l'homme, soit dans un bateau, soit sur un radeau, La cavalerie coupe aussi le courant obliquement , jmr rang , les deux rangs se tenant à distance. Les hommes mènent leurs chevaux avec douceur, et les occupent, les distraient.

Chaque peloton de cavalerie peut encore traverser un cours d'eau, les cavaliers montés dans un bateau, les chevaux nageant à la suite de l'embarcation et tenus par la longe. Ce moyen mixte offre un danger ; les chevaux abandonnés n'ont plus confiance, se rapprochent du bateau, le serrent, le font

(1) Ce moyen fut employé par César au passage de la Loire, et par le prince d'Orange au passage de la Meuse (1569). — Des nageurs fantassins, soutenus par de nombreux tirailleurs , peuvent surtout servir à reprendre, vers la rive ennemie, des bateaux rassemblés pour un passage et descendus à la dérive.

(2) Cet auteur nous apprend en effet que, dans la première guerre de Silésie, 300 hussards voulant passer l'Oder se noyèrent, pour la plupart, avec leurs chevaux, quoique ces chevaux fussent d'une espèce nageante. (Commentaires sur Montecuculli el Turpin, t. 11, p. 183.)

chavirer : quelquefois plusieurs de ces animaux, refusent d'entrer de cette manière dans l'eau (1).

On a essayé, dans un passage de rivière à la nage, de faire porler à chaque cavalier un fantassin en croupe : c'est de cette façon que les maréchaux de Turenne et de Gramont franchirent le Necker en 16Z|5.

Les Tartares traversent les rivières sur des radeaux construits en bottes de paille ou en roseaux : ils mettent leurs montures à la nage, devant leurs frêles et petits radeaux, les saisissant delà main gauche par la queue et les pourchassant à grands coups de fouet vers l'autre rive.

Un des plus célèbres passages de rivière à la nage est celui du Rhin, à Tolhuys, par Farmée française en 1672. A cet endroit, la rivière se trouvait guéable en partie, et il n'y avait que 200 pas (150 mètres) à traverser k la nage. Louis XIV dirigea l'opération ; sa maison passa en escadron^ ce qui, suivant Quincy, « parut un spectacle particulier de voir ces troupes, qui étaient magnifiques, nager en bataille au milieu d'un fleuve si large et si rapide (2).

§ 5. Passage sur la glace. — Quand une rivière n'est pas prise à l'endroit du thahveg, jetez en aval du point oii vous désirez la traverser deux ou trois corps d'arbres pointés presque verticalement dans la terre : cette barrière improvisée arrêtera les glaçons et facilitera la gelée totale de la surface.

(1) Faute d'autre moyen , le général espagnol Sancho Daviila passa de la sorte le Douro avec sa cavalerie, en 1580, pour aller combattre le roi de Portugal. Suivant Folard (Polybe, t. IV, p. ?jo), ce procédé réussit en 1639, au passage du Rhin par le duc de Longueville, et en 1708 à un régiment de dragons traversant le bras de mer qui sépare la ville de l'Écluse de l'île de Cadsant.

(2) Histoire militaire de Louis XIV, t. I, p. 322. On cite presque partout ce passage comme s'étant effectué à gué : Santa-Cruz [Héflexions militaires et politiques, traduction Vergy, t. II, p. 288), dit pourtant que la maison du roi de France franchit alors le Rhin « plus à la nage qu'au gué ». C'est le fameux passage chanté par Boileau et que Feuquière appelle « une action où la seule témérité a été la raison de la réussite, et qui ne doit jamais être citée comme un exemple à suivre. » {Mémoires, 3« part., chap. lxx.)

passaOks i)f; niviKRF,. 369

La glace, pour f|u'()n s'y avoiiUire, doit loiiclicr l'eau ; sinon elle forme voùle, el l'excès de poids, \v iiujincJre ébranlement surlout peut la Ijriser. Elle doit avoir ati mitiunimi 8 cenlimèUes d'épaisseur pour l'inlanterie, el 11 centimètres pour la cavalerie et l'artillerie légère; à partir de 16 centinièlres, elle supporte les chariots les plus massifs, les plus chargés.

La conli[iualion de la gelée permet d'augmenter répnisseur de la glace, si elle se trouve ou paraît insuffisante : couvrez-la de paille, de sable, de claies, arrosez souvent, arrosez principalement le soir et laissez passer la nuit.

Pour effectuer un passage de rivière sur la glace, l'infanterie rompt le pas, les cavaliers et les conducteurs de voitures mettent pied à terre : on a soin de jeter du sable ou de la terre sur la glace pour empêcher hommes et chevaux de glisser.

A l'égard des voitures, il est important de répartir leur poids sur une grande étendue de glace, au lieu de le laisser reposer sur un seul point; tracez l'emplacement des ornières par deux files continues de madriers, faites y rouler les voitures, et vous obtiendrez ce résultai. Le mieux pourtant serait de transformer leur roulement, qui, à la longue, ébranle et désorganise la glace, de le transformer en glissement : pour cela, fixez les deux roues de droite sur un fort madrier avec des coins el des clameaux, faites de même pour les deux roues de gauche, et vous aurez, au lieu d'une voiture, un traîneau qu'il suffira de tirer pour le transporter aisément d'une rive à l'autre.

Dans tout passage sur la glace, surtout quand il est exécuté par une armée battant en retraite, redoublez d'activité et de vigilance pour éviter le désordre et l'encombrement qui deviendraient infailliblement funestes.

La course du Grand -Electeur de Brandebourg sur le Friscli-Haff gelé (1679) avec 9000 hommes entassés dans des traîneaux et la prise de la flotte néerlandaise sur les glaces du Zuidersée par la cavalerie française, en janvier 1795, lors de la conquête de la Hollande par Pichegru,

forment deux exemples grandioses de passages sur la glace.

§ 6. Ponts improvisés. — La conslruction des principaux ponts improvisés ressort du service de l'artillerie ; nous dirons seulement un mot des plus élémentaires.

Poïit cV échelles. — Appuyez horizontalement sur les deux bords d'un ruisseau et fixez au sol deux fortes échelles, écartées de 1 mètre environ l'une de l'autre ; réunissez et recouvrez ces échelles par des planches jointives,et vous obtiendrez en un instant une passerelle suffisante pour un détachement peu nombreux.

Pont cVarhres en grume. — C'est le plus simple de tous les ponts applicables à une rivière. Il consiste en corps d'arbres bruts en grume , dépouillés seulement de leurs branches, jetés au nombre de cinq ou six, ou plus, suivant la largeur que l'on veut donner au pont, d'une rive à l'autre, et recouverts d'un tabher quelconque. La possibilité de pouvoir construire cette espèce de ponts se trouve subordonnée à celle d'avoir à sa disposition des arbres assez longs, ce qui arrive rarement dès que la rivière atteint un certain degré de largeur.

Pont roulant. — Ce pont, plus ingénieux que réellement utile, s'emploie rarement, mais comme il peut servir dans un moment pressé, nous le citons.

Il consiste en une ou plusieurs voitures (1) (une voiture suffit pour une largeur de \h mètres) roulées dans le lit de la rivière, placées et fixées au fond avec des piquets, de manière à remplir fondions de piles. On jette entre ces voitures, et des deux rives à ces voitures, des poutrelles que l'on recouvre ensuite de madriers pour former le tablier du pont Suivant la profondeur du lit ou ses inégalités, on intercale, entre le dessus des voitures et les poutrelles du tablier, autant de pièces de charpente ou cales qu'il en est besoin pour élever le niveau du tablier à la hauteur nécessaire.

(1) Les voitures à quatre roues valent mieux.

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