CHAPITRE V
Déflnilion et préliminaires. — Une expédition ayant pour but d'approvisionner une armée, un corps de troupes, une place, un camp, un poste, soit d'argent , soit d'armes, soit de matériel, soit de munitions, soit de vivres, soit de bétail, soit d'effets, s'appelle un convoi. Ce nom s'applique encore au transport des malades, des blessés, des prisonniers.
Faute de convois, une armée peut périr (2) ; leur organisation commande donc la plus grande attention. Cette attention se partage en deux branches : Tune administrative, du ressort de l'intendance militaire ; l'autre tactique, du ressort du commandement. Nous nous occuperons ici de cette dernière, et envisagerons un convoi comme l'une des petites opérations de la guérie.
A ce point de vue, un convoi ne marche pas sans escorte, car il a beau se faire en arrière de Tarmée, sur un terrain balayé au préalable par des colonnes mobiles, il lui faut toujours une protection personnelle. La force, la composition de cette escorte se calculent d'après la nature du convoi et du pays à traverser, d'après le plus ou moins d'importance que l'on attache à sa réussite, d'après les distances à franchir, d'après la situation de l'ennemi, d'après les dispositions des habitants, d'après certaines particularités qui varient suivant l'espèce. L'escorte sera toujours plus nombreuse pour un convoi de matériel et surtout de poudre, dont il est urgent d'éloigner le combat et l'incendie qu'il pourrait produire. Elle se composera en général d'infanterie, et d'un petit corps
(1) Reportez-vous au titre XIV du Service en campagne.
(2) '< Les lignes de convois , a dit Bulow, sont les muscles du corps militaire, lequel deviendrait paralytique si on les lui coupait. » {Esprit du sys" lème de guerre moderne, traduction Tranchant-Laverne, p. 51, 52.)
37Zi PETITES OPÉRATIONS.
de cavalerie légère qui tlitniiuiera (raiitaiU plus que la contrée sera plus fourrée, plus niontueuse. Celte cavalerie servira pour éclairer la marche et renseigner sur l'ennemi. Le principe, c'est que l'escorte soit mixte, et puisse venir à bout de toutes les difficultés, de tous les obstacles qui se présenteront ; on lui adjoindra donc un peu d'artillerie et des sapeurs du génie (à défaut, des ouvriers du pays munis d'outils), sapeurs (ou bien ouvriers) dont la fonction consistera, soit dans l'aplanissement du chemin, soit dans la construction d'abris.
Le commandant du convoi a un grade proportionné à l'importance de la mission ; il exerce pleine autorité sur les troupes de toutes armes qui composent l'escorte. Les règlements lui prescrivent seulement, s'il s'agit d'un convoi de munitions, de déférer aux avis de l'officier d'artillerie relativement aux mesures de sécurité à prendre pendant la marche et les haltes: le commandement d'un semblable convoi se confie souvent à un officier d'artillerie, ce qui simplifie et facilite l'action directrice du chef.
Outre les ordres verbaux et les renseignements qui lui sont communiqués, le chef du convoi reçoit du général qui le détache une instruction écrite très détaillée. Nul commandant supérieur sur la route ne peut modifier ces instructions, ni surtout retarder la marche du convoi auquel chacun doit, dans l'intérêt général, chercher à venir en aide.
a Le commandement d'un convoi, observe Jacquinot de Presle (1), est une des missions les plus déhcates dont un officier puisse être chargé. Rien n'est en effet plus difficile à défendre et plus facile à attaquer qu'une file de voitures qui quelquefois occupe un long espace, et que le moindre obstacle peut arrêter. Quelque difficulté que présente cette opération, l'officier qui en est chargé doit néanmoins savoir qu'avec de l'intelligence et du courage, on surmonte souvent des obstacles contre lesquels vient échouer l'homme ignorant et sans énergie; car si la défense d'un convoi est dif-
(1) Cours d'art militaire, 1829, p. 554.
ni:s CONVOIS. 375
ficile , riilla(|ue en esl aussi pariois mal ciilL'ii(.liie et mal conduite. »
§ !«'•. Organisalion tlii convoi. — Dès qu'il a reçu ses instructions et obteim les explications nécessaires, l'oflicier commandant le convoi réunit et examine les moyens mis à sa disposition.
Relativement à la troupe, il la passe en revue comme tout chef de détachement, et s'assure que fantassins et cavaliers ont le nécessaire en munitions et en effets.
Relativement au matériel, il voit dans les détails chaque voiture, chaque attelage, chaque chargement ; vérifie s'ils sont en bon état et convenablement répartis, puis dans l'occurrence de la négative, demande leur changement, ou tout au moins leur réparation ; en cas de non-réussite de sa réclamation, il doit poser plus nettement l'alternative où on le met, afin de diminuer d'autant sa responsabilité vis-à-vis d'un échec.
Il exige par prudence plusieurs voitures vides, et en outre des pièces de rechange, des roues, des timons, des ferrures, des cordes, par exemple.
Si le convoi est considérable, il le partage en plusieurs divisions, de 500 voitures au maximum (1) chacune : alors chaque division se trouve aussi fractionnée, de manière que le groupe élémentaire comprenne à peu près une cinquantaine de chariots. Dans tous les cas, chaque groupe «We recevra une portion des fantassins de l'escorte pour le surveiller et le protéger, ce qui limitera le fractionnement et forcera de le proportionner à la grandeur de l'escorte. Il faut d'ailleurs éviter de trop morceler les forces qui n'auraient alors nulle part de consistance : un éparpillement exagéré transformerait en effet un transport militaire en un cortège artistement groupé de cérémonie civile.
On place en tête de chaque division les voitures précieuses dans cet ordre : l'argent, les papiers de l'état-major, les
(1) 100 voitures par division constitue un bon nombre.
armes, les munitions, les vivres, les effols, les bagages des officiers classés par grade, les équipages des canliniers et marchands. E?i tête, veut dire ici dans la portion du convoi la plus forte, la mieux garantie (1). On mettra dans cette portion, pour adopter une énoncialion plus générale, les voitures dont la conservation importera le plus au but spécial que l'on se propose. Dans un convoi de prisonniers, on postera en tète les groupes signalés comme plus hostiles et dangereux. Dans un convoi mixte, composé de voitures et de bétes de somme, ces dernières prendront la tête (2), afin de ne pas trouver les chemins dégradés parles roues, et d'avoir plus de facilité pour se sauver en cas d'attaque.
Le convoi s'organise, comme toute colonne de marche, avec une avant-garde et une arrière-garde. Cette dernière doit exister, parce que l'attaque en queue est presque aussi imminente dans cette opération que l'attaque en tète; de plus, il semble bon d'avoir une réserve destinée à veiller et à combattre sur le flanc le plus exposé. L'avant-garde, l'arrière-garde, le corps principal, la réserve ont chacun leur chef direct : le commandant du convoi ne garde en particulier aucun commandement spécial, afin de pouvoir se transporter partout et de tout examiner.
Il faut aussi tenir compte, dans l'organisation d'un convoi, de certaines données numériques utiles à coimaître et dont voici un résumé succinct :
, par cheval "oO kil. (3).
1 caisson porte '
par bœuf 350 —
1 mulet porte, moyennement, à dos 100 —
1 cheval , id , 83 —
1 bœuf, id. 60 —
1 caisson à li chevaux occupe dans la file environ 12 mètres
(1) L'adversaire laisse souvent passer la tête, afin de donner plus de sécurité au restant du convoi.
(2) Ainsi les chevaux de bât iront devanl les voitures.
(3) Y compris le poids du caisson , ce qui réduit à GOO kil. le poids du chargement.
Di;s CONVOIS. 377
(le long; il offre 1"',52 de voie, et exige au moins 1 mètre d'intervalle dans le rang et 1"',50 dans la fde. En plaine, il peut parcourir ZiOOO mètres à l'heure ; en pays de montagne, 3000 mètres seulement.
On fera bien de rester en dessous plutôt qu'en dessus de ces chiffres ; et pour ne pas augmenter les chargements après leur fixation au point de départ, on interdira aux soldats de l'escorte de placer leurs sacs sur les voitures.
§ 2. Conduile du convoi Avant de se mettre en route,
on fail fouiller la contrée que va parcourir le convoi : ce rôle, confié à des espions ou à des partisans, continue pendant la marche. Celte marche s'opère suivant une allure uniforme, plutôt lente qu'accélérée, dans le but de permettre de suivre aux voitures les moins bien attelées : il est en effet important que le convoi ne s'allonge pas 5 car plus il offrira de décousu, plus il donnera de prise à l'attaque.
L'avant-garde précède le convoi. On dit ordinairement qu'elle part deux heures d'avance en pays plat, une heure seulement d'avance en terrain accidenté. La meilleure énonciation consiste à poser comme principe que sa distance du corps principal doit varier avec la longueur du convoi, afin qu'elle fournisse ainsi à ce dernier, par son écartement même, le temps défaire ses dispositions défensives. Quand cet écartement devient considérable, il paraît urgent d'avoir une seconde avant-garde très faible et très rapprochée, capable de lutter contre un ennemi qui se serait dérobé à la première.
Le rôle de l'avant-garde consiste à éclairer la marche, à renverser les obstacles qui pourraient l'entraver, à transmettre des avis au commandant; dans ce but, elle visite de nouveau les endroits cachés, tels que bois, villages, défilés, et se lie avec le convoi par des cavaliers échelonnés.
On chemine généralement sur deux files (1); sur les côtés
(1) Si la route est étroite et ne permet de marcher sur deux files que par em]ilaceniont d'une lieue au plus, il vaudra mieux cheminer sur une lile, pour ne pas i)erdre du temps cl de l'ordre en cliaugements continuels de formaiioii.
378 l'ETITKS OPÉRATIONS.
extérieurs, deux soldats par voiture surveillent les conducteurs des chariots de réquisition qui, tirés du pays, pourraient avoir velléité de trahir en culbutant, par exemple, leur équipage dans un endroit difficile (1) où il y aurait probablement une embuscade, ou bien qui, n'étant pas guerriers, chercheraient à s'évader en présence du danger. Les surveillants ont ordre de tirer sur quiconque tenterait de se sauver.
Dans chaque fraction du convoi, quelques ouvriers reçoivent charge d'examiner les voitures pendant la marche, et de signaler autant que possible, à l'avance, celles d'entre elles où un accident est sur le point de se produire. Si malgré cette précaution une voiture se brise, ou si elle nécessite réparation pour tout autre motif, on la tire hors du chemin: quand elle est réparée, elle prend la queue du convoi -, dans le cas où la réparation serait impossible, sa charge et ses chevaux se répartissent sur les chariots voisins.
L'escorte protège la marche du convoi en s'emparant de toutes les positions ou issues dangereuses sises à proximité (2), et ne les abandonne que quand la totalité des voitures a passé. S'il s'agit, par exemple, de franchir un défdé, elle l'occupe et garnit les hauteurs qui le bordent, tâchant toujours de découvrir l'adversaire du plus loin possible. C'est alors le cas de diviser l'escorte en plus de parties, surtout si le défilé ne permet passage qu'cà une seule voiture, afin de rapprocher les défenseurs des objets qu'ils ont mission de garantir; on les réunira de nouveau après le passage effectué.
Au moment d'arriver à destination, loin de se négliger, de s'endormir, il faudra redoubler d'attention, de vigilance, pour s'aboucher avec le détachement ami envoyé à la rencontre du convoi, ou à défaut pour joindre sans encombre les postes avancés du camp ou de la place.
§ 3. Halles, parcs. — Le convoi s'arrête toutes les heures
(1) Couper les traits des chevaux attelés, ou les sangles des mulets porteurs, produirait le même résultat.
(21 Par exemple, les débouchés d'uue rivière ou d'une chaîne de montagnes, lorsque le convoi louge cet obstacle presque infranchissable.
ui:s CONVOIS. 379
pour tlonner aux cliovaux le temps de souiller et perinetlre aux voilures attardées de rejoindre ; ce sont de petites haltes, des haltes de cinq minutes. Les grandes haltes, pendant lesquelles on pourrait être attaqué, ou au moins observé et compté par les émissaires de l'ennemi, doivent être évitées ; on y aura seulement recours dans le cas de fortes étapes, en les faisant dans des lieux reconnus à l'avance et favorables à la défensive. Dans tous les cas, les chevaux ne sont pas dételés, même pour rafraîchir, et les conducteurs restent auprès d'eux. On a soin pendant le repos de se garder militairement.
L'expédition peut exiger plusieurs jours de marche; alors on parque pendant la nuit. On parque également quelquefois, soit le jour, soit la nuit, quand il faut s'arrêter devant des partis ennemis nombreux et maîtres de la route que l'on suivait; alors le parc revêt une forme plus défensive, plus solide que dans la première hypothèse.
Dans un parc de convoi, les voitures occupent l'extérieur, le périmètre, tandis que les chevaux, comme plus vulnérables, se tiennent à l'intérieur, qu'ils soient dételés ou non. S'il y a des caissons au chargement inflammable, ils sont rangés avec les chevaux, le plus au centre possible, le mieux à Tabri des projectiles ennemis.
La forme du parc peut être fermée ou bien ouverte. Fermée, elle offre plus de résistance et ressemble assez à un retranchement ; c'est une véritable barricade de chariots, tantôt ronde, tantôt rectangulaire, que l'on emploie pour une défense en règle de pied ferme. Nous en donnons ici trois exemples.
Le parc n° 1, emprunté à Joly de Maizeroy (i), est protégé à l'extérieur par des grand'gardes et plusieurs pièces d'artillerie, tandis que les pelotons d'infanterie de l'escorte se tien-
(1) Couru de lactique, 1785, t. II, pi. xi. Dans ce parc, les voitures pourraient aussi se ranger sur le périmètre, dans le sens de leur largeur (la figure les représente placées dans celui de leur longueur), les roues de derrière tournées vers l'extérieur et les timons convergeant vers le centre : il faudrait plus de voitures , mais la barricade de chariots serait plus épaisse et plus solide.
PlLTITtS Ol'liU.VTlONS.
nenl à l'intérieur, derrière le cercle formé par les caissons. Quand il y a beaucoup de voilures, cet auteur recommande de former deux parcs semblables, et de les joindre tactique-
PAnc N° 1.
yau.v:
EZI
ment par de la cavalerie mise dans l'intervalle sur une ou
deux lignes ; cette cavalerie joue alors le rôle d'une courtine.
Le parc n» '1-, tiré du Règlement sur la crwalerie prus-
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ili )|i )|i ili >{< )|i ili tli i'h ijl l!l lll ih hi ib lit lll i|i iMi w 'Il ip *|i
sienne, édicté par Frédéric le Grand , offre une disposition
solide et un espace inléricur Tort utile (1 queue à une rivière, il est défendu, en lôte et sur les flancs, par des pelotons de fantassins que couvrent des chevaux de frise, et aux. angles les plus avancés par du canon destiné à tirer de loin avec des boujels , de près avec de la mitraille. Ce parc est tout disposé pour recevoir l'ennemi.
Le parc n" 3 résulte du mouvement le plus naturel pour mettre les chevaux à l'intérieur et se clore, quand on marche le long d'une route large, sur deux lilcs de voitures, et qu'un adversaire inq)0sant surgit à l'improviste.
Le parc n" h , indiqué par l'archiduc Charles (2), convient en cas d'attaques peu vives. Formé de parcs partiels par division,
Parc n" 4.
Appuyé en
PARC n" 3.
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Jiviiiil Ciiid e .
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situés à la même distance que dans la colonne, il oiïre une
(l)Lel2juinl7ii; Iraducliondu baron de Siiiclaire. Amsterd. 17G2 in-12 p. 1(59. ' ' '
(2) Principes de la Grande Guerre, p. 10 cl pi. ix de ma traduction.
facilité extrême pour la formation, tant à l'arrivée qu'au départ, puisque toutes les divisions peuvent se mouvoir à la fois sans se gêner.
Dans les parcs 2, 3, /i, les chevaux restent attachés aux limons, tandis que dans le parc n" 1, ils stationnent au centre. Dans tous les parcs, les conducteurs bivouaquent près des chevaux et les surveillent.
En général, on parque loin des lieux habités et des bois qui favoriseraient l'assaillant, et l'on profite des obstacles du terrain pour diminuer le nombre des points d'attaque.
Ces détails sur les parcs montrent que les convois peuvent devenir pour une armée un accessoire fortifiant tout en continuant à les approvisionner; on les nomme alors tabors. Le chef des Hussites, Zisca, en a fait grand usage au début du XV* siècle, et naguère encore les Cosaques excellaient à s'en servir pour résister à des armées supérieures et sortir d'une position critique.
§ h. Défense dn convoi. — Comme un convoi comprend beaucoup de non combattants, la consternation peut s'y produire subite et grande à la vue de l'ennemi ; il sera donc prudent et utile d'exercer de temps à autre le convoi entier à répéter Ici manœuvre qu'il exécuterait en cas d'attaque.
Au premier avertissement de l'approche de l'adversaire, on serre les files, on chemine avec [dus d'ordre. Sans chercher à combattre, on veille aux positions qui dominent la route, et au besoin on les dispute ; mais si l'ennemi a trop de supériorité, il faut s'arrêter. Dans ce cas, le mieux consiste à garantir aussitôt les chevaux pour qu'on ne leur coupe pas les jarrets. La manœuvre est simple : la file de droite fait à gauche, la file de gauche fait à droite, et les attelages se trouvent tête à tête, comme dans le parc n" 3 ; on ne met en tète et en queue des voitures en travers que si la résistance prend un caractère grave et doit user de toutes les ressources.
L'essentiel, en général, c'est d'empêcher l'ennemi d'approcher, surtout d'un convoi de munitions, de malades ou de blessés. Les tirailleurs tiendront donc l'assaillant k distance,
DES CONVOIS. âSS
puis on combattra en dcliors pendant (jiic le convoi, couvert en tous sens, lilera, gagnera de vitesse, et tâchera d'atteindre un bois, un village, ou tout autre obstacle pour s'y mettre à l'abri. Cette méthode réussira, si l'on n'est attaqué que de flanc. Si l'on ne connaissait pas exactement la position de l'ennemi, et que le corps as'^aillant ne fût pas trop redoutable, il vaudrait mieux arrêter le convoi pendant l'action, et reprendre la marche quand la roule serait purgée.
L'attaque par le tlanc sera presque toujours centrale; dès qu'on la prévoit, il faut renforcer la réserve ou corps principal de l'escorte au détriment de l'avanl-garde et de l'arrière-garde; ce corps principal occupe les positions menaçantes le long du chemin suivi, et cela tout le temps que le convoi passe.
Dans le cas d'une attaque par la tête, c'est Tavant-garde qui occupe ces mêmes positions; on l'en relève successivement, et on les abandomie unifjuement quand la dernière voiture les a dépassées.
Une attaque en queue est repoussée par l'arrière-garde qui fait défense pied à pied, et se retire par échelons en obstruant et coupant toute communication permettant de l'atteindre. L'arrière-garde se lie alors avec le convoi au moyen de cavaliers échelonnés qui transmettent continuellement de ses nouvelles.
Pour passer un endroit dangereux, la défense exige, outre l'occupation à temps des hauteurs et positions menaçantes, le fractionnement du convoi en petits convois complètement organisés, ayant chacun leur avant-garde, leur arrière-garde, leur réserve, leurs flanqueurs même, et pouvant, sous cette multiple protection, traverser avec plus de sécurité les uns après les autres.
Quel que soit le genre d'attaque à subir, que le convoi s'arrête ou non pendant la défaite, on peut succomber, et Tennemi victorieux aurait alors beau jeu vis-îi-vis des voitures dénuées d'escorte. Ces voitures, il ne faut jamais les lui laisser intactes. On en sacrifiera d'abord un certain nombre qui, brisées, obstrueront le chemin, tandis qu'on
pressera le pas avec le restant, dont les attelages auront été augmentés. Si ce sacriûce ne réussit pas, on se résout à ne rien sauver ^ on incendie les voitures, on tue les chevaux, ou tout au moins on leur coupe les jarrets, puisl'épée en main, on se jette sur l'adversaire qui entoure l'escorte, on lui barre la route, et l'on se fait jour.
L'escorte doit se contenter de repousser l'ennemi et ne jamais le poursuivre -, car rester près des caissons et les protéger, voilà sa mission principale, et de plus elle doit craindre en s'écartant de tomber dans une embuscade tendue à dessein.
La défense d'un convoi do prisonniers exige une précaution, surtout en plaine, celle de les contraindre à se tenir couchés pendant que l'on se trouve aux prises avec l'ennemi, et à ne se relever, sous peine de mort (1), qu'au signal donné. Sans cette consigne, maints prisonniers pourraient favoriser l'assaillant par des signes, ou par des tentatives contre l'escorte (jui seraient exlrèmenîent dangereuses. Le service en campagne recommande ici de gagner promptement un village, et d'enfermer les prisonniers dans un grand bâtiment dont on défend les approches ; avec cette méthode, on s'expose à recevoir des feux de mousqueterie plus nourris et plus vifs, puisque l'adversaire ne craint point d'atteindre les siens cachés derrière des murailles.
De l'activité, de la résolution, du sang-froid, une vigilance continuelle, tels sont les éléments de succès pour la conduite et la défense d'un convoi. Suivant Frédéric, « l'officier qui commande ne doit prendre ombrage de rien et se garder surtout d'être effrayé par de faux avis (2). »
^ 5. Attaque d'un convoi. — On peut attaquer un convoi avec des forces inférieures à l'escorte, car, dans cette action, l'avantage reste du côté de l'assaillant qui choisit son temps et le heu, qui tombe groupé sur un adversaire dissé-
(1) Même peine, pendant la marche, pour tout prisonnier opposant résistance aux ordres qu'on lui donne ou osant quitter les rangs.
(2) Règlement précité, chap. xxxii, art. 13; traduction Sinclaire, p. 174.
t)lîs TON vota. 386
miné : si cet r.ssi'.illant rocoiirl en oiilfe à la ruse ot aux fausses ai laques, il a donc grande chance de réussir dans Taltaque principale.
L'attaque d'un convoi se hase sur des renseianements préalahles relatifs à la nature de ce convoi, aux particularités locales, aux hahitudes de ceux qui le conduisent. Un convoi de prisonniers ou d'animaux peut être enlevé par la cavalerie seule. Pour assaillir les autres, il faut de l'infanterie, de la cavalerie et quelques obusiers ; ces derniers sont indispensables, car sans artillerie on n'aura pas raison d'un parc. Le corps d'attaque se partage en trois masses, une masse destinée à combattre l'escorte, une seconde masse pour se précipiter sur les voitures, la troisième masse servant de réserve. La première masse débute par harceler l'escorte, par la fatiguer, par Tentraîner à quelque faute ; alors on profite de cette faute et l'on attaque le convoi découvert avec la rapidité de la foudre. Dans un terrain resserré, assaillir à la fois les deux extrémités de la colonne offre l'avantage de jeter au centre même la confusion et l'incertitude. En plaine on se borne à une attaque centrale qui coupe le convoi en deux et met à meilleur marché la victoire sur chaque portion isolée. Au milieu d'une semblable attaque, plusieurs obus lancés à propos sèment l'épouvante et avancent le résultat.
Si le convoi se forme en parc pour résister, l'attaque devient plus difficile. Il faut alors la préparer en ballant le parc en brèche, absolument comme une muraille. Si l'on ne possède pas assez d'artillerie pour obtenir une trouée dans le périmètre du parc, il vaut mieux attendre que le convoi se mette en marche, et alors le prendre et l'entamer en queue. L'attaque d'un convoi n'a pas toujours le but de capturer et d'emmener toutes les voitures : on se contente, en général, d'après certains indices ou sur les renseignements des prisonniers, d'enlever les plus précieuses.
Souvent même l'ambition va moins loin, et l'on cherche uniquement à désorganiser le convoi en y poussant une ou plusieurs pointes. Il s'agit pour cela de s'embusquer tantôt
d'un côté, laiitôl de l'autre, et de le traverser à deux ou trois reprises, eu lui occasionnant chaque fois le plus de mal possible, en hachant les traits, en coupant les jarrets des chevaux, en renversant, brisant et incendiant les voitures. Des chasseurs, principalement des chasseurs à pied, seront très propres à cette mission dans laquelle il faut se glisser et agir au milieu des obstacles.
§ 6. Convois par eau. — Nous avons jusqu'ici traité exclusivement des convois par terre.
Les convois par eau (1) ont leur importance : ils transportent, à peu de frais et avec une grande simplicité de moyens, des approvisionnements considérables et fort lourds ; on est heureux, par exemple, de pouvoir les employer pour mener devant une place forte un équipage de siège approvisionné au complet.
L'infanterie de l'escorte se place par petites portions sur chaque bateau ; il y a, en outre, une avant-garde et une arrière-garde de fantassins montés sur des bateaux particuliers, quelquefois même des flanqueurs occupant des barques légères quand la largeur de la rivière le permet. La cavalerie de l'escorte suit sur les bords, et maintient ses communications intactes avec le convoi ; elle est précédée et suivie d'une avant-garde et d'une arrière-garde de composition mixte ; cette avant-garde et cette arrière-garde principales transmettent fréquemment à la portion nageante du convoi les avis qui intéressent sa sûreté. Pour veiller à cette sûreté, on aura quelques bateaux de surplus, qui porteront au besoin l'infanterie du bord d'une rive à l'autre, ce qu'il est nécessaire de faire, afin de garnir les deux rives aux points de passage où la marche du convoi se ralentit, par exemple à chaque pont, écluse ou bas-fond.
Quand la rivière coule entre deux montagnes escarpées, presque toute l'infanterie de l'escorte marche à terre, avec
(1) Sur rivières ou canaux. Les convois par mer aident beaucoup à l'approvisionnenieut d'une armée, mais, protégés en général par une force maritime, ils sortent de notre cadre.