ATTAQUE 1) UN CONVOI PAR EAU
avanl-garde cl arrière-garde, sur les sommets de ces montagnes qu'il faut empêcher l'ennemi d'occuper, car de là il inquiéterait aisément le convoi.
La défense d'un convoi par eau reste fort simple. Pendant que l'escorte attaquée se bat sur la rive principalement avec ses armes à feu, il s'arrête à proximité. Si l'escorte obtient le dessus, il continue sa marche sous sa protection. Si l'escorte a le dessous, il force de rames pour se sauver; dans le cas oii ce dernier moyen devient insuflisant en présence d'une poursuite acharnée, il coule ses bateaux.
On enlève (1) facilement un convoi par eau, même avec peu de monde. Le mieux consiste à s'embusquer dans un coude, en un lieu couvert, là où le courant côtoie de près le bord, afin de l'attaquer, surtout avec du canon, à la fois de front et de flanc , d'enfilade même, comme la chose est parfois possible, ainsique l'indique lafigure ci-contre. Si cette attaque multiple ne contraint pas le convoi à faire halte, on vise alors avec le canon les parties vives de chaque bateau, pour y faire pénétrer l'eau et le couler ; on tire en même temps des coups de mousqueterie bien ajustés sur les conducteurs et les défenseurs du bateau. De cette manière, le danger renaissant sans cesse, les embarcations seront amenées à se rendre ; dès que l'une aura fait soumission, on désarmera sa garnison.
Une fois le convoi capturé, il se présente un inconvénient grave ; l'emmener par eau, c'est suivre une route tracée, connue de l'ennemi, par où le convoi est attendu ; l'emmener par terre exige une quantité considérable de transports, plus
(1) On peut au préalable nuire au couvoi par eau eu semant sa route d'obstacles, tels que chaînes de fer tendues sous l'eau , bateaux coulés en travers du thalweg, brûlots, estacades , etc. Combinée avec l'un de ces obstacles, l'attaque aura plut beau jeu.
388 PETITES OI'Kn.vTiONS.
que le pavs n'en peut probalilrmcnt foiu-nir. Entre ces deux modes, le second pourtant est préférable, sauf le cas de pénurie extrême d'approvisionnements, mais il faudrait, pour l'employer, sacrifier et détruire une portion notable du chargement.
§ 7. Convois en Afrique. — Aux détails qui précèdent sur les convois, on peut ajouter les suivants en ce qui concerne spécialement la guerre d'Afrique.
1" Convois de mulets. — En Algérie, les convois de transports se fontordinairement au moyen de mulets. Il faut avoir un homme, soit soldat du train, soit conducteur auxiliaire pris dans une autre arme (ordinairement l'infanterie), pour conduire chaque mulet. On emmènera seulement avec so^ des mulets bien portants, en état de faire route, munis de bâts et cacolets (1) en bon état et bien ajustés. On veillera à ce qu'ils soient convenablement bâtés ; on ne les surchargera jamais. On les fera marcher, quand le terrain le permettra, sur huit files (2i. Au passage d'un ruisseau, l'on défendra aux conducteurs de laisser boire; pour que ce point essentiel soit complètement observé, le commandant du convoi ou l'officier du train s'arrêtera de sa personne, et ne se remettra en route qu'après avoir vu passer le dernier mulet. Les mulets ne boiront qu'au bivac , après avoir mangé le fourrage, que l'on place entre des pierres rangées exprès et figurant des auges pour que le vent ne l'emporte pas. Le chef du convoi doit surveiller les conducteurs pendant la nuit, afin que les mulets reçoivent alors leur nourriture comme pendant le jour ; il doit d'autant plus le faire,
(1) Le cacolet est une espèce de b;\t porté à dos de mulet et particulièrement destiné, en Algérie, au transport des blessés et malades. Depuis 1840, on le construit en fer, pour qu'il soit plus léger et plus solide qn'en bois : les hommes y sont assis, la face tournée vers la tète de l'animal, sur un siège rembourré, et des courroies formant dossier les soutiennent dans tous les sens. — Ces cacolcls ont été préférés en .Mgérie aux voitures suspendues, parce qu'ils peuvent mieux aller sur la |)!upart des chemins.
(2y Le.'» roules étroites de la Kabylie exigent l'orgaoisalion sur une file.
que ceux-ci ne s'altacheiit pas à ces bêles de somme comme les cavaliers à leur monture (1).
FORMATION D'UN CONVOI EN AFRIQUE. (Tcrriliii rcjseiTc el fourre.)
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Obusiers de montagne.
(l) De la guerre en Afrique, par le général Yusuf, V édit., 1851, p. 103 à 107.
Les convois d'Afrique ont principalement à craindre une cavalerie irrégulière, nombreuse, redoutable dans tous les terrains par son feu et la rapidité de ses mouvements, mais à peine soutenue par de l'infanterie et de l'artillerie. Voici ordinairement l'ordre de marche qu'ils adoptent : forme rectangulaire allant jusqu'tà 700 mètres de large en terrain uni, le convoi de mulets au centre, l'infanterie en colonne sur les ailes avec ses pièces, la cavalerie sur les flancs à 100 mètres au moins de l'infanterie, une chaîne continue de tirailleurs à 1000 mètres plus loin, deux obusiers de montagne à la queue de chacune des deux colonnes flanquantes, une avant-garde et une arrière-garde.
Si l'on traverse un pavs resserré et fourré, on masquera la cavalerie en la plaçant entre le convoi et l'infanterie, comme l'indique la figure ci-dessus (p. 389).
Au reste, il faut se rappeler qu'en Afrique presque toutes les marches de colonne sont des escortes de convoi (1).
L'ordre de marche et de combat de la bataille d'Isly indique sur une grande échelle comment l'on doit protéger en Afrique la marche d'un convoi. Dans ce cas, les ailes du convoi sont libres et indépendantes, sous les ordres chacune d'un commandant particulier, et constamment en état d'attaquer ou de se défendre isolément ; c'est la meilleure disposition à prendre pour un convoi, lorsque l'on craint une affaire sérieuse.
Ce mode de défense qui constitue une barrière de troupes tout autour des mulets, et les garantit ainsi d'une attaque imprévue et tourbillonnante de la part des Arabes, s'applique également aux convois de dromadaires et d'ânes dont nous allons dire un mot.
2° Convois de clroynadaires . — Le mulet devient rare dans certaines parties du Tell, assez rare pour qu'il faille songer à le remplacer dans les convois.
Le dromadaire (2), dont les anciens se servaient déjà à
(1) Approvisionnement des armées au xix" siècle, par le général Roguet, p» 62 à 64.
(2) Le chameau a deux bosses et habite le centre de l'Asie. Le dromMaire
la guerre, paraît l'aniiiuil le [)lus coiivoiiablc dans ce but : c'est, en effet, loin du littoral méditerranéen, la principale bète de somme de l'Algérie, et l'employer revient à imiter Jes indigènes.
Le dromadaire mange le double du cheval et la faim est chez lui mortelle. En somme pourtant il use de sobriété, se nourrit surplace^ môme en marchant, soit d'herbes, soit de feuilles d'arbres, peut ne pas manger Aq trois jours sans avoir faim, et ne boire que tous les sept jours sans souffrir de la soif; on en a vu exceptionnellement rester, dit-on, jusqu'à trois mois sans boire. Cet animal paraît donc indispensable pour opérer au delà du Tell, là où il n'existe ni eau ni fourrage.
De force moyenne, il porte 200 kilogrammes ; courageux, il marche avec ce poids jusqu'à ce qu'il soit épuisé (1). En plaine il avance au pas; dans les descentes au trot; il galope bien. Sa marche est à l'amble et son pas fort doux par conséquent : aussi son allure ne donne-t-elle pas de nausées comme on l'a faussement avancé.
Le dromadaire possède un bon caractère, a des réactions lentes, use d'une défense peu redoutable ; il faut, pour le j)ien conduire, de la douceur et de la patience ; sans brutalité un soldat à pied peut en conduire jusqu'à quatre par la bride.
Il faut le changer souvent de bivac et le goudronner : on évite ainsi pour lui la malpropreté et ses maladies. -
L'inconvénient de cet animal, c'est qu'il glisse facilement sur un terrain argileux, parce que son pied manque de pinces ; il y glisse jusqu'à se casser les jambes, et cela oblige de l'arrêter après la pluie.
Néanmoins il peut servir au transport de l'infanterie, dans les expéditions qui demandent de la célérité, et surtout comme porteur dans les convois,
(coureur) est africain et né pour le désert : il n'a qu'une bosse ; on s'en sert ordinairement eu Algérie plutôt pour le fardeau que pour la course ; d'ailleurs l'espèce, pour ces deux destinations, est dilTcrente.
(1) Généraleineut chaque jour, de la poiutc du jour jusqu'à trois heures du soir.
392 PETITES OrÉllATlONS.
Au mois de mai ISlih, un convoi de 1300 dromadaires fut dirigé avec succès sur Laghoual par le général Marey-Monge : dans celte expédition, le bataillon de chameliers se trouvait aux ordres du commandant Carbuccia (1), chef des dromadaires de Tittery.
Malheureusement un certain ridicule s'est longtemps attaché aux efforts de ce dernier ofticier pour doter l'armée d'Algérie d'un corps de dromadaires.
3» Convois d'ânes. — Au conmiencement de 18/16, on fut très empêché pour ravitailler l'armée cherchant Abd-el-Kader. Les réquisitions de voitures frappées sur la population restèrent insuftisantes ; les mulets se trouvaient tous employés, un corps organisé de dromadaires manquait.
Pressé par le maréchal Bugeaud de lui envoyer des rations, coûte que coûte, l'intendant de l'armée d'Afrique, M. Appert (2), de qui je tiens ces renseignements, prit le parti de former un convoi d'ànes ; il en réunit du soir au lendemain plus de 3000 (avec 1 conducteur pour 3 ânes) , les organisa et les dirigea sur l'armée avec un détachement du train pour escorte. Ce convoi d'ànes marcha bien, arriva à Bogar, sur la rive droite du Cliélif, y séjourna deux jours, faute de pouvoir traverser le fleuve dont les eaux étaient fort gonflées (3) et atteignit enfin sa destination.
Il faut considérer cette espèce de convoi, à laquelle on ne recourut qu'une fois sur une vaste échelle, comme un moyen exceptionnel^ mais possible : le grand nombre d'ànes employé à Alger, pour les transports dans les nombreuses rues étroites et grimpantes de Tancienne ville, facilitait sa réunion {h).
(1) Le général Carbuccia a publié en 18li3, à Paris, le résultat de ses efforts et recherches sur l'organisation des équipages de dromadaire, sous ce titre : Du dromadaire comme bêle de somme et comme animal de guerre; 1 vol. gr. in-8. Nous avons extrait nos détails de ce curieux travail.
(2) Aujourd'hui dans le cadre de réserve.
(3) On ne pouvait lancer les ânes dans l'eau, car leur chargement contenant du sucre, du café, du sel, etc., eût été endommagé.
(4) En temps ordinaire , chaque colonne recevait aussi quelquefois , en Algérie, des ânes au lieu de mulets pour porter ses pro\isious. Eu 184.,
DLS CONVOIS. 3i)3
A défaut dîmes, ou bien avec eux, ou peut aussi faire concourir les bœufs porteurs aux. transports militaires.
§ 8. Exemples hisloriqiies. — \. Le siège de Corbie empêché par l'entrée d'un convoi. — En 1558, après la prise des places de Thionville et d'Arlon par l'armée française, le roi d'Espagne marcba avec ses troupes en grande diligence pour assiéger Corbie. On ne savait comment jeter un secours dans celte place et surtout comment l'y jeter à temps, car de Marches, où l'on se trouvait alors, à Corbie, il y a une distance de trente lieues, et à cette époque les troupes cheminaient encore fort lentement. Cependant Montluc proposa de se charger de la conduite du secours, promettant d'arriver devant Corbie avant le roi d'Espagne. On ne voulait pas le croire dans le conseil, où l'on attribuait cette proposition à sa forfanterie naturelle, mais il s'emporta, suivant son habitude, et s'écria : « Que le Roi me laisse faire, je crèverai ou je le secourerai. » Sur quoi on lui octroya l'autorisation d'agir comme il l'entendrait. Réunissant à la hâte sept enseignes, du pain, du vin, de l'avoine, du foin et un coffre plein de poudre, tiré par trois chevaux , ce guerrier aventureux , qui excellait dans la petite guerre, allait partir, lorsque le Roi lui fit dire qu'en sa qualité de colonel général de rinfanterie par intérim, il lui fallait rester de sa personne pour commander les régiments en cas de bataille, et qu'il eût soin de remettre le commandement du convoi préparé au capitaine Brueil. Ce dernier s'acquilla fort bien de sa lèiche : il chemina principalement la nuit, avec prudence et circonspection, s'arrêlant dans les endroits couverts, évitant les villages, et ne fut que deux nuits dehors. Au soleil levant, après la deuxième nuit, il parut devant Corbie : à 300 pas environ
le *** régiment avait 50 ânes (1 conducteur pour 5 ânes et 1 caporal dirigeant les 10 conducteurs). Le colonel n'aimait pas qu'au bivac on mît le convoi des ânes près de sa tente, parce que leurs cris peu agréables le réveillaient trop matin. Une nuit, les Arabes se glissent nu milieu des ânes, les détachent, les allirent avec des cordes : au jour, plus d'ânes. « Ab ! disent quelques farceurs de zouaves, voilà la musique du '" régiment passée à l'ennemi ! "
39/i PETITKS OPÉRATIONS.
lie la ville, il fut assailli par la cavalerie espagnole, mit alors sa troupe au galop, et, une fois parvenu près de la porte et sur le bord du fossé, fit tète h l'ennemi. Le convoi perdit sept "ou huit traînards, mais réussit à pénétrer avec sa poudre dans la place, que les Espagnols n'osèrent point ensuite assiéger (1).
Cet exemple prouve l'utilité de la célérité et de la prudence dans la conduite d'un convoi, et démontre que le plus petit secours jeté à temps dans une place empêche souvent qu'elle ne soit assiégée.
II. De?ni-siiccès d'un convoi introdidt dans Lille en 1708. — Le prince Eugène, couvert par l'armée de 3Iarlborough, vint en 1708, après sa victoire d'Oudenarde, mettre le siège devant Lille. Boufflers défendait la ville , et ce maréchal français, avec 16,000 hommes de garnison , s'immortalisa par l'une des plus belles défenses que cite l'histoire. Pourtant Lille succomba, et ce fut en grande partie, l'histoire le rapporte également, parce que l'armée française de secours fut assez maladroite (2) pour laisser passer les convois envoyés aux troupes affamées d'Eugène. Heureusement nous pouvons mettre, en regard de cette maladresse, un coup de main habilement joué.
Au commencement du blocus, le chevalier de Luxembourg, qui devint depuis le maréchal de Montmorency, fut chargé de partir de Douai pour introduire un convoi de poudre dans Lille. Il réunit « 150 grenadiers et 2000 hommes de cavalerie dont chacun portait un fusil (au lieu de mousqueton), une baïonnette et un sac de 50 livres de poudre. Pour tromper les ennemis, ces troupes prirent les marques de celles des Hollandais » (3). Après plusieurs démonstrations destinées à détourner l'attention des alliés, Luxembourg prévint le ma-
(1) Commentaires de Montluc,
(2) Entre autres au combat de Wynendale.
(3) De Vault, Mémoires relatifs à la succession d'Espagne, t. VIII, p. 107. Le secours à introduire dans Lille consistait donc en 2000 fusils et 100,000 livres de poudre; eu outre, deux régimeuts d'infanterie devaient essayer de se jeter eu même temps dans la place.
réclial de Boufllers de son projet et se mit en marclie. Au sortir de Douai, à Pont-ù-Raclie, plusieurs des cavaliers du centre de la colonne laissèrent tomber par négligence de la poudre sur le pavé : la queue du convoi mit le feu à cette traînée par le choc de la ferrure ; il y eut des hommes et des chevaux de grillés, mais l'expédition put continuer. Elle atteignit par une nuit obscure le camp des assiégeants et s'v présenta comme apportant des munitions aux alliés, comme poursuivie par les Français. Une sentinelle crie en hollandais : Qui va là ? un officier répond dans la même langue : Soldats de Marlboroucjh, Arrivé à la barrière intérieure, le capitaine de garde se livre à un interrogatoire minutieux : on satisfait à toutes ses questions . et la porte s'ouvre. 1900 avaient déjà passé quand un officier impatient jette, à des cavaliers trop lents, l'imprudent commandement de : Serre, serre. A ces mots, l'officier de garde devine la ruse, ordonne au détachement de s'arrêter; Luxembourg n'en fait rien , l'ennemi tire , trois sacs atteints font explosion et 60 Français périssent avec leurs montures. Néanmoins la presque totalité pénètre dans la place avec ses munitions (1), tandis que la queue du convoi parvient à regagner Douai sans encombre.
Sans l'exclamation intempestive de l'officier français, le convoi entier réussissait à s'introduire dans la place. Ce fait prouve que dans les ruses employées en but de tromper l'ennemi, il faut avoir assez de présence d'esprit pour jouer son rôle jusqu'au bout; autant ne pas tenter dans ce cas l'entreprise, que de se démasquer avant le temps.
III. Attaque d'un convoi par eau. — Dans la campagne de 1710, les alliés assiégaient Aire, quand le maréchal de Villars apprend qu'un convoi par eau doit leur arriver : il projette de le leur enlever.
Ce convoi, composé de 50 barques, descendait la Lys,
(1) Le chevalier de Luxembourg fut fait sur-le-champ lieutenant général et reçut 6000 livres d'augmentation de pension pour sa belle et vigoureuse action [Mémoires de Sainl-Simon, année 1708, édition Chéruel, in-12, t. IV, p., 235, 273).
390 PLTITLS OI'ÉUATIONS.
escorlé par 1000 fantassins et 500 cavaliers. L'attaque eut lieu à la hauteur du village de Saint-Eloi-Vive, entre Deynse et Courtrai. Le convoi s'arrêta et son escorte se forma en bataille, la cavalerie à droite sans protection, l'infanterie au centre et à gauche, le front couvert par trois fossés, la gauche appuyée à un marais impraticahlc qui joignait la rivière.
Le corps d'attaque détaché par Villars était aux ordres de M. de Ravignau, et comprenait 800 grenadiers, 1500 fusiliers, 300 dragons. M. de Ravignau allonge sa gauche pour déborder la droite ennemie, et occupe un chemin par où la cavalerie adverse peut déhoucher sur son infanterie. Sa droite, composée de fusiliers, se horne à faire feu par-dessus le marais; son centre, formé des grenadiers, franchit les trois fossés et culhute l'ennemi à la baïonnette^ sa gauche, qui compte les dragons, renverse la cavalerie aUiée, et, se retournant à droite, prend en flanc leur infanterie. Presque tout le détachement allié est pris (500 hommes), tué ou noyé. Les chevaux qui tiraient les bélandres sont saisis également et servent aux vainqueurs pour emmener leur proie. Quant à la poudre, au lieu de la noyer, on adopte un singulier parti en mettant le feu aux trois bélandres qui la contiennent : il résulte de celte imprudence une explosion telle, que la Lys est séparée en deux bras non navigahles et le village de Saint-Eloi-Vive renversé (1).
IV. Attaque d'wi convoi par terre. — Au mois de juin 1758, Frédéric assiégeait Olmulz avec une armée relativement faible, et avait besoin de grands approvisionnements en munitions. Il attendait de Silésie un convoi de 3000 chariots, qui devait venir par Troppau , et prendre malheureusement une route en la possession de ses adversaires.
Ce convoi partit avec 9000 hommes d'escorte sous les ordres du colonel Mosel : sa marche fut lente et saccadée, à cause du mauvais état des chemins efibndrés par les pluies, où un grand nombre de chariots s'embourbèrent. iMosel laissa
(I) Histoire de Marlborouijh, ouvrage aaonymc sorti des presses de l'imprimerie iiupériale. Paris, I80G, l. 111, p. 229 à 232.
1»FS CONVOIS. 307
rn arrière un lioi'S do sos voilures, et, ainsi allégi', conlirma (le cheminer. En passant dans un elieniin creux, il fut assailli par des Croates postés dans un bois et les repoussa-, mais la terreur saisit plusieurs paysans conducteurs qui, profilant de la lutte pour dételer, se sauvèrent avec leurs chevaux ; le convoi se trouva réduit cà moitié. Augmenté d'un renfort envoyé par Frédéric, il avança pourtant encore. Arrivé vers un défilé boisé, '25.000 Autrichiens l'arrêtèrent, tirant aux chevaux pour les tuer, aux caissons de poudre pour les faire sauter, mettant partout la plus grande confusion. L'escorte se plaça par pelotons sur la ligne entière des voitures, et, les couvrant ainsi, lutta pendant deux heures; mais, mince partout et attaquée en colonnes, elle succond)a malgré son courage et ses efforts. Tout le convoi fut détruit, à l'exception de 250 chariots (dont 37 chargés d'argent) qui joignirent le camp du roi. Les Prussiens furent obligés, par cette perte, de lever le siège d'Olmutz (1), et cet événement influa sur toute la campagne.
V. Délivrance cVwi convoi de prisonniers . — En 1806, après la bataille d'Iéna , le lieutenant prussien Helwig conçut et entreprit seul l'attaque d'un convoi de prisonniers. Ce convoi, de 8000 prisonniers prussiens, marchait sur Mayence et devait passer par Erfurt. C'est là où il l'attendait, s'embusquant avec 80 chevaux, près d'Eichrodt, sur la route d'Eisenacb à Gotha, non loin de l'entrée des défilés de la Thuringe. Divisé en trois pelotons, il fondit sur les quatre compagnies d'infanterie qui composaient toute l'escorte, et finit par en avoir raison , parce qu'elles se trouvaient trop faibles (2) pour combattre et garder k la fois autant d'hommes. L'escorte se retira et les prisonniers furent délivrés (3).
C'est un des exemples les plus frappants des inconvénients
(1) Archenhoitz, Histoire de la guerre de Sept Ans, traduction du baron de Bock. Metz, 1789, in-12, t. I, p 102 à 106.
(2) Je trouve à la même époque une escorte française composée de 18 compagnies et 2 pièces d'artillerie pour un convoi de 22,000 prisonniers. C'est encore faible, mais bien moins que i compagnies pour 8000 prisonniers.
(3) J'emprunte ce fait à .Incqninot de Presie.
d'une escorte trop minime, surtout à l'égard d'un convoi de prisonniers.
VI. Reprise d'un convoi enlevé. — L'année 1811, en Espagne, aux environs de Placentia, des dragons français s'emparèrent d'un convoi de 70 mulets chargés de vins, s'enivrèrent, et dans cet état attaquèrent un corps d'infanterie portugaise : ils furent, on le pense bien, repoussés et le convoi lem* fut enlevé (1).
Cet exemple prouve qu'une fois maître d'un convoi, il faut songer tout de suite à le mettre en sûreté.
(1) Napier, iîts/oire de la guerre dans la Péninsule, traduction Mathieu Dumas, t. VII, p. 282.