PARTISANS
On donne le nom de partisans à des corps isolés destinés à éclairer, à protéger (2) l'armée qui les envoie; destinés d'autres fois à inquiéter, à retarder, à tromper, à affamer l'ennemi, à l'affaiblir en le contraignant à faire des détachements, à punir la population par des contributions, etc.
Les partisans n'agissent pas, comme on pourrait le croire, uniquement à l'aventure, ne s'abandonnent pas témérairement au hasard ; leurs opérations se rattachent au plan général des opérations, dépendent du général en chef, s'entreprennent d'après son ordre. Cette condition montre immédiatement combien aujourd'hui les corps de partisans se trouvent astreints, sauf pour l'exécution, à cette régularité, à cette centraUsation, qui distinguent les armées comme les sociétés modernes ; combien par conséquent ils s'éloignent, pour la liberté d'allure, des partisans de la guerre de Trente Ans, de la guerre de Sept Ans même.
La composition et l'effectif de ces corps se basent réglementairement sur l'objet à remplir, sur les ditficultés à surmonter, sur la longueur de la roule à parcourir, sur la durée probable de l'expédition. Ils peuvent quelquefois comprendre des troupes de diverses armes (3), mais admettent ordinuire-
(1) Reportez-vous au titre xi du Service en campagne. Malgré l'existence officielle de ce titre, nous devons signaler que depuis le xix' siècle les Français (et aussi les Anglais) se sont presque abstenus de la guerre de partisans.
(2) De là le titre de flanqueurs, qu'ils reçoivent souvent. Le Service en campagne dit : corps de partisans et détachements de flanqueurs; coucluonsen que ces derniers peuvent être moins nombreux et n'ont pas autant besoin d'èlre constitués à part.
(3) Cette assertion est conforme aux prescriptions du Service en campagne ; le général Dufour {Cours de lactique, 2"^ édit., p. 34G) ne veut pas qu'où y
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nienl de préférence de la cavalerie légère qui peut surprendre, frapper, se retirer avant d'èlre pour ainsi dire aperçue, avant certainement de se trouver compromise. On doit viser à les former non de beaucoup de soldats, mais de très bons soldats; ici la qualité vaut mieux que la quantité, l'histoire s'en montre garante. Choisissez donc vos volontaires partisans, je dis volontaires , parce que la première condition consiste à les recruter parmi les hommes de bonne volonté : choisissezles parmi les hommes possédant l'expérience de la guerre et du service des avant-postes, parmi les hommes bons tireurs, habiles dans l'escrime de la baïonnette et du sabre, accoutumés aux exercices gymnastiques, sachant marcher et monter à cheval, ne répugnant pas à mettre au besoin la pelle ou la pioche à la main, aimant le métier des armes, gens d'honneur et de dévouement si vous pouvez; choisissez-les surtout sobres et robustes, car ils seront obligés de joindre les privations et les fatigues du contrebandier à celles du soldat. — L'infanterie d'un corps de partisans comptera moitié de pionniers et quelques artilleurs. — La cavalerie légère suffira bien en comptant 500 hommes, pris 50 par 50 dans des régiments de chasseurs, de hussards et de lanciers. — Les meilleurs corps de partisans seront d'ailleurs les corps francs et irréguhers levés pendant la guerre par des ofticiers de réputation chargés à la fois de les former et de les commander; ou bien encore, surgissant d'eux-mêmes, en raison des circonstances politiques, et se donnant un chef à l'élection. Ces derniers corps francs devront avoir une existence légitime constatée par une espèce de lettre de marque : on pourrait les appeler des corsaires de terre (1).
Un chef de partisans doit, plus encore qu'un commandant de détachement, réunir certaines conditions essentielles. Sa désignation importe même davantage que la composition du
mélange les deux armes {infanterie et cavalerie), afin qu'elles ne s'embarrassent pas dans la marche et que l'on obtienne plus de mobilité.
(I) Des auteurs accordent seulement le nom de partisans à ces corps francs et irréguliers, regardant comme provisoires et appelant partis ceux qui sont composés de délachemenls de troupes légères.
PARTISANS. /lOl
corps de pai lisans. On lo proiuJrii pnrmi les officiers de bonne volonté et parlant la langui.' du pays, sans tenir compte de son rang d'ancienneté; donc jenne et pourtant possédant de l'expérience : celte union de (jualites sera dilficile, assurément, mais non impossible à rencontrer, si le général en chef jouit d'une assez grande perspicacité , d'une assez forte éneigie pour démêler et cbasscr la jalousie qui ne manque pas de s'attacher au talent naissant. Un commandant de partisans sera plutôt un cœur chaud, une imagination ardente, qu'un penseur froid, qu'un esprit calculateur, méthodique : il sera également vigilant, ferme, plein de sang-froid, désintéressé, prompt, adroit, vigoureux., tant pour concevoir que pour exécuter, ardent à vouloir, à réussir (1).
Les opérations des partisans comprennent toutes celles de la petite guerre, et comme le corps qui les exécute est peu nombreux, il devra recourir à mille moyens pour suppléer à son insuffisance, recourir surtout à la ruse et à l'audace , se préparer et agir avec secret. Pour lui. obtenir beaucoup avec peu est une nécessité; et, à moins d'une mission particulière, il peut en général tenter la fortune, car s'il réussit il rend un grand service, et s'il périt, le dommage reste minime pour l'armée totale.
Avant tout, il visera à se faire respecter. En pays ami, aucune dilïiculté dans ce sens, s'il sait par sa conduite inspirer la confiance, donner naissance au dévouement. En pays ennemi, il devra maintenir la population dans Tobéissance, et pour atteindre ce résultat ne pas hésiter au besoin à faire des exemples -, en oulre, il se multipliera, il jettera par instant sur ses pas le bruit et le fracas pour dissimuler la faiblesse de ses forces réelles. Même surpris, presque entouré par trahison , soit au repos, soit pendant une lutte, il ne mettra pas les armes bas; mais, le cas ayant été prévu, à un signal du chef, chaque soldat s'évadera, se glissera parmi les obstacles du terrain, et viendra se réunir à ses camarades
(1) Dàvidoff, Essai sur la guerre de partisans, iraductioû du colonel comte Héraclius de Polignac, p. 65, 66,
disparus de même, sur un lieu de rendez-vous indiqué à l'avance.
Une fois isolés, les partisans doivent dire adieu à l'oisiveté, au repos, qui les perdrait plus qu'une attaque; leurs yeux resteront constamment ouverts, et si la fatigue les ferme un instant, ils se feront précéder d'une ligne d'espions chargés de les avertir.
Ils marchent, autant que possible, cachés à l'ennemi par les rideaux que forme le terrain ; des renseignements obtenus au préalable par des cartes ou en interrogeant des habitants permettent d'orienter et de diriger la marche qu'un guide facilite, que des postes, des tlanqueurs, quelquefois des sentinelles ou vedettes volantes éclairent et protègent. Ils cheminent surtout la nuit, et toujours avec ordre, silence, discipline. Afin de dépister, ils changent souvent et radicalement de direction. Rien n'entrave leurs pas, et la mobihsation la plus grande résulte de la légèreté de leur équipement.
Ils évitent les lieux habités. Obligés de les traverser, ils les fouillent ou y prennent des otages parmi les notables ; obligés seulement de les côtoyer, ils y frappent une réquisition de vivres ou de fourrages pour un nombre d'hommes supérieur à celui de leur troupe, petite ruse qui intimide et retient la population.
Jusqu'au dernier moment, ils cèlent leur proximité à l'adversaire. Arrivés au point favorable, ils attaquent vivement, afin que l'on ne puisse reconnaître ni leur dessein, ni leur force : leur action double de valeur par l'inattendu de la surprise, par la vigueur des coups; on les a comparés sous ce rapport au vautour fondant sur sa proie. Ou bien ils s'embusquent et attendent; les embuscades rendent leur jeu aisé, surtout par les temps de pluie ou de brouillard.
Ils cessent sans hésiter les engagements douteux.
Le règlement recommande à l'officier chef d'un corps de partisans de communiquer le but de sa mission au chef qui vient immédiatement après lui : cette formahté doit être strictement remplie, car il peut périr, et les ordres concernant l objet et le terme de l'opération, concernant aussi le