CHAP. III. — CONCURRENCE BT MONOPOLE
des traits caractéristiques de plusieurs grands trusts américains.
La spécialisation constitue manifestement un avantage dans la production, puisqu'elle permet de tirer de chaque établissement son rendement maximum ; la concentration peut être onéreuse à Torigine, lorsque Ton abandonne des établissements qui n*ont été acquis que pour mettre fin à leur concurrence, mais elle permet ensuite de réaliser des économies ; enfin, l'intégration fait disparaître des intermédiaires, et assure un équilibre plus stable aux diverses branches de la production intéressée.
La fusion complète des entreprisés antérieures dans le trust procure donc des avantages techniques que l'on ne trouve pas dans le cartel ; elle donne aussi à la combinaison des chances de durée beaucoup plus grandes, en ce sens que les chefs d'entreprise associés n'ont plus qu'un seul et même intérêt, puisque les diverses exploitations fournissent un profit commun.
Toutes ces considérations ont suggéré Tidée que le trust, c'est-à-dire la très grande entreprise résultant de la fusion absolue de grandes entreprises préalablement constituées, pouvait être le terme de l'évolution dans le sens de la concentration (i), et devenir un mode normal d'organisation dans certaines branches de la production.
Mais un tel phénomène n'irait pas sans modifier considérablement les conditions générales du fonctionnement des entreprises. En eflfet, à la puissance qui découle de ses avantages techniques, le trust joint celle que lui donne une concentration financière énorme. Il peut donc vendre à perte assez longtemps pour ruiner des concurrents qui prétendraient échapper à la combinaison. Et il est difficile, au total, lorsqu'un trust réussit,
(i) Voir plus haut, i" section, ch. 11, § 2.
qu'il n'arrive pas à conquérir un monopole absolu, ou tout au moins assez parfait pour lui assurer la domination du marché.
Cependant, il convient d'observer, d'abord que les trusts se sont surtout développés aux Etats-Unis, pays qui leur offre un terrain exceptionnellement favorable : premièrement une législation douanière protectrice à outrance fait de ce vaste pays un champ clos pour les luttes industrielles ; ensuite, le régime politique et administratif y procure aux puissances financières des nioyens d'action anormaux. Les chemins de fer notamment donnent aux trusts des armes qu'ils ne leur fourniraient pas ailleurs : ceux-ci- sont, en effet, entre les mains d'un grand nombre de compagnies concurrentes, et insuffisamment contrôlées par les autorités fédérales, qui consentent à leurs plus gros clients — lesquels peuvent être de leurs plus gros actionnaires — des avan • tages qui rendent toute concurrence ine'gale (i).
Ensuite, il faut reconnaître que le trust n'a réussi jusqu'à présent que dans un nombre de cas limités: là principalement où sa création correspondait à un réel progrès technique.
Ainsi, s'il est vrai que Texisience des trusts tende à substituer le régime du monopole à celui de la concurrence, il faut ajouter que, jusqu'ici, ce mode d'organisation paraît avoir un domaine d'application assess restremt (2).
(i)Voir plus loin, les tarifs de chemins de fer, 2® partie, 6® seclion, ch. n.
(2) La littérature américaine sur les trusts est énorme. Parmi les ouvrages les plus classiques on peut citer les livres de Jenks, The trust piohlbn ; de R. T. Ely, Monopoîies and trusts et le rapport du professeur Z Ripley à Vindustrial commission. En français, on peut citer, en plus des ouvrages déjà mentionnés le petit livre de M. Germain Martin, Problèmes transatlantiques ,