CHAP. I. — ÉCHANGES ET PRIX I
rent. Il reste alors 1.600 hectolitres sur le marché, pour lesquels les vendeurs les plus exigeantsse contentent de 20 francs. Il se peut qu'il reste une catégorie d'acheteurs ^ssez nombreuse pour acheter ces 1.600 hectolitres à ce prix. En ce cas, le prix du marché est déjà établi.
Si, au contraire, Taccord ne se fait pas, il faut abaisser un peu le prix d*offrepour élargir la demande. Mais, certains vendeurs qui sont arrivés à leur limite minima, se retirent encore. Si, par suite de leur départ, la quantité offerte devient désormais insuffisante pour satisfaire à la demande, c'estau contraire la concurrence entre acheteurs qui fait un peu remonter les prix, pour rappeler l'offre. Et les oscillations continuent ainsi, diminuant toujours d'amplitude,, jusquà ce quun prix soit atteint, pour lequel les quantités offertes et les quantités demandées sont égales.
Le prix du marché auquel on finit ainsi par arriver est un prix d'équilibre. Et Ton ajoute même, en empruntant cette expression à la mécanique', d'équilibre stable. Car, si un accident, tel qu'une erreur de cote, provoquait des transactions à un autre prix, l'action automatique de Tofïre et de la demande suffirait à le rétablir. Si, en effet, le prix mentionné par erreur est supérieur à celui que comporte l'état du marché, les vendeurs qui n'ont pas atteint leur limite d'offre 1& feront baisser plutôt que de remporter Jeur marchandise. Si, au contraire, il est inférieur à l'état du marché, ce sont les acheteurs qui le feront remonter.
Mais, s'il est vrai, que pour un état donné du marché, il existe un prix unique et nécessaire, il faut ajouter que toute variation dans l'état du marché se manifeste par une variation correspondante du prix. Et nous verrons plus
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loin (i) que cette sensibilité du prix de marché est un des facteurs essentiels de l'équilibre de la production.
Le cas, que nous venons d'envisager, de l'établissement du prix sous un régime de parfaite concurrence, tout en étant décrit d'une façon un peu schématique, ne représente pas seulement une hypothèse idéale. Il correspond très approximativement (2) à ce qui se pasaje sur un marché organisé, et notamment sur une bourse, là pu se vendent en grandes Quantités des marchandises définies in génère (valeurs mobilières, grains, etc.), sous un régime de publicité parfaite.
Il n'en est pas tout à fait de même dans les ventes isolées d'objets individualisés (chevaux, machines, etc.), ni d'une façon générale, dans le commerce de détail. Dans ce dernier cas notamment, le système de plus en plus usuel de la vente àprix fixe ne permet pas à l'acheteur de faire une contre-proposition au vendeur. Et, d'une ÙLÇon générale, partout où il n'y a pas de marché proprement dit, les conditions de l'offre et de la demande ne sont pas assez connues des intéressés pour que l'unité de prix se réalise complètement. A un même moment, des produits identiques, sont vendus à de's prix différents. Inversement, les prix ne varient pas autant d'un moment à un autre que sur un marché organisé. Mais il n*est pas exagéré de dire que, tant qu'il existe une concurrence des acheteurs et des vendeurs, les prix tendent à s'établir, d'une façon générale, comme il a été exposé ci-dessus (3).
b) Coût de production, — En dehors de la tendance à
' O) Cf. 3« Partie, L équilibre de la production et les crises.
(2) L'unité de prix n*est toutefois pas absolue, et le prix coté est une moyenne des prix pratiqués pendant Ja séance.
Ç3) Pour plus de détails, consulter Colson, Cours d'Economie poïittque^ livre I.
CHAP. I. — ÉCHANGES ET PRIX iSg
l'unité de prix dans un même état du marché et de la variation du prix en raison des variations qui se produisent dans l'état du marché lui-même, Tanalyse des conditions de l'échange sous un régime de concurrence aboutit à mettre en relief le rôle du coût de production dans la détermination des prix de concurrence. En etFet, parmi les facteurs qui fixent les conditions de l'offre, il y en a un dont l'influence s'exerce d'une façon particu- \ lièrement impérieuse : c'est le coût de production, ou Jprix de revient. En effet, le producteur ne peut pas, sous peine de se ruiner, vendre, d'une façon durable, sa marchandise moins cher qu'elle ne lui a coûté : son coût de production constitue donc une limite minima aux conditions de l'offre. Et comme, d'autre "part, la concurrence que se font entre eux les vendeurs tend plus ou moins à ramener les prix au niveau où il leur est possible de vendre, on a vu longtemps dans le coût de production, l'élément déterminant de ta valeur d'échange normale: on l'a représenté commeconstituant, en quelque sorte, la trame d'un tissu sur lequel le jeu de l'offre et de la demande, variable selon l'état du marché, ne ferait que tracer des festons.
C'est là une conception un peu simpliste, et la réalité est un peu plus complexe. Car, tout d'abord, le coût de production n'est pas nécessairement identique pour tous les vendeurs ; et, si nous avons admis jusqu'ici que les vendeurs sur un marché se classent en diverses catégories suivant le prix-limite qu'ils se sont fixés, on est en droit de penser que la considération de leurs coûts de production respeaifs est pour beaucoup dans la fixation de leurs limites respectives. Dès lors, le coût de production détermine — du moins pour la plus grande part — la quantité de marchandises offerte à un certain prix, et c'est par là qu'il agit sur le prix du marché. En effet, tant que la demande n'est pas satisfaite, il feut faire
appel à une catégorie de vendeurs exigeant un prix plus élevé, et si l'on considère que leur exigence est basée en général sur un coût de production supérieur, on arrive à la proposition suivante : que le prix d'un marché soumis à la concurrence correspond au coût de production le plus élevé des marchandises nécessaires pour satisfaire à la demande^ dans l'état actuel du marché (i).
On voit^ par cette analyse, comment se précise le rôle du coût de production. On aperçoit aussi comment il se com-bine avec l'action de la demande, pour déterminer les prix de concurrence. Et, comme la demande ellemême est l'expression du besoin de marchandises, ou, en d'autres termes, de Vutilité des marchandises pour les acheteurs, on -peut dire que les prix de concurrence dépendent à la fois du coût de production et de l'utilité, et que c'est l'action et la réaction incessantes de ces deux facteurs qui déterminent l'état du marché. Certains auteurs ont même soutenu que la notion de coût de production se décompose et se réduit à son tour à celle d'utilité, de telle sorte que l'utilité serait, en dernière analyse, le principe essentiel de la détermination desvaletrs. Nous reviendrons sur ces conceptions lorsque nous aurons à rechercher le principe de la valeur, dans l'étude de la Répartition.
Mais la notion de coût de production est une nopon à laquelle s'arrêtent en fait ceux qui participent à V activité productrice^ et à laquelle il convient de s'arrêter également lorsqu'on étudie le mécanisme de la production. Et, tout en ne perdant pas de vue que l'établissement d'un prix de marché suppose une demande, et par conséquent une utilité, il nous suffira de retenir, dans cette partie du
(i) Voir une démonstration pratique de cette idée dans Tarticle de M. W. OuALiD sur la Régularisation de l'approvisionnement cotonnier, dans la Keviu d'Economie politique , 191 2, p. 43 et suiv.