CHAP. I. — ÉCHANGES ET PRIX
cours, ce qui vient d'être exposé relativement à 1 influence du coût de production sur la détermination des prix de concurrence.
§ 4. — L'établissement des prix de monopole.
Les activités économiques se coordonnent le plus souvent par des échanges effectués concurremment par plusieurs acheteurs et plusieurs vendeurs.' Cependant, il peut arriver que, dans les échanges relatifs à certaines marchandises ou certains services, il n'y ait qu'un vendeur, ou un acheteur, peut-être même un seul vendeur et un seul acheteur. Le cas le plus fréquent est celui du monopole, qui met en présence un vendeur unique et un grand nombre d'acheteurs. C'est, en effet, ce qui arrive quand TEtat s'arroge ou confère — à un concessionnaire, ou au titulaire d'un brevet, par exemple — le droit exclusif de fournir certaines marchandises ou certains services. Cela ce produit aussi quand des conditions natu^ relies limitent la production et la laissent entre les mains d'un seul entrepreneur, (monopole de fait). Cela se» réalise encore quand plusieurs entrepreneurs fondent leurs entreprises en une seule {trust) ou encore s'entendent pour fixer des conditions upique de vente {cartels, pools, etc.).
Le prix de monopole n'est normalement pas le même que celui qui s'établit quand il y a concurrence de part et d'autre. Il ne se fixe généralement pas au hasard, mais il n'est pas, à proprement parler, déterminé. Il est seulement régi par Vintérét propre du vendeur, dans la mesure où celui-ci prend la peine de le calculer. En eflfet, l'intérêt du vendeur nest généralement pas de vendre le plus cher possible. Il a souvent avantage à abaisser son prix de vente afin d'élargir son débouché. Ainsi, admettons qu'un cordonnier, au prix de 20 francs, gagne 7 francs par paire de chaussures, et au prix de 16 francs, 3 francs seulement.
Mais il constate que, à 20 francs la paire, il ne peut vendre que 5.000 paires de chaussures par an, tandis que, au prix de 16 francs, il arrive à en vendre 15.C00. Un simple calcul d'arithmétique lui démontre, en ce cas, qu'il a avantage à ne vendre ses chaussures que 16 francs. En effet, 7 x 5.000 = 3 5. 000 et 3 x 15.000=45.000. Il gagne donc 10 000 francs à réduire son prix de vente à 16 francs.
Toutefois, quand il y a pluralité d'acheteurs, la concurrence qu'ils se font entre eux ajoute un élément déterminant à l'établissement du prix. En surenchérissant les uns sur les autres, ils peuvent amener le monopoleur à élever son prix, ou, tout au moins, le détourner de l'abaisser, la demande allant croissant, sans réduction de prix. Inversement, si un certain nombre d'entre eux se retirent du marché, ils peuvent, par là même, inciter le monopoleur à abaisser son prix.
Si, en face d'un vendeur unique, il n'y a qu'un acheteur unique, le prix est, à vrai dire, tout à fait indéterminé. Cependant, il peut encore être influencé par la relation qui existe entre le prix de vente et les quantités vendues, le vendeur ayant encore intérêt à ne pas trop restreindre la vente par un prix trop élevé.
D'ailleurs, quoique le prix de monopole dépende toujours de l'arbitraire du vendeur, il n^ est pas nécessairement plus élevé que celui de concurrence et il peut mime lui être inférieur : d'abord — cela va sans dire — parce que le monopoleur peut ne pas vouloir ou savoir user de son privilège; ensuite, parce que les conditions techniques et les conditions d'organisation qui accompagnent la constitution d'un monopole de production ou de vente peuvent favoriser le maintien ou l'abaissement des prix. Les promoteurs de certains trusts américains ont pu soutenir qu'il en était ainsi dans les industries qu'ils avaient monopolisées ; en effet, les progrès techniques réalisés