CHAP. 1. — ÉCHANGES ET PRIX
grâce à la concentration et souvent à l'intégration, qui' accompagnent fréquemment la formation du trust, ont pu abaisser le prix de revient à tel point que, même en se réservant un bénéfice de monopoleurs, les membres du trust ont pu maintenir ou réduire les prix. A ces facteurs techniques peut d'ailleurs s'ajouter, en cette circonstance, un autre facteur de modération : c'est la crainte, devant un monopole reposant sur une entente et par conséquent essentiellement temporaire, de voir renaître la concurrence.
Il y a même certains monopoles qui ne peuvent se réalîser que moyennant une baisse au moins temporaire des prix. Ainsi le propriétaire d'un brevet, peut, grâce à la supériorité de son procédé, produire dans des conditions telles que toute concurrence devienne impossible pour les producteurs opérant avec les procédés anciens : mais il ne peut obtenir ce résultat qu'en abaissant son prix devente jusqu'au-dessous de leur prix de revient. (Souvent, d'ailleurs, il préfère, dans ce cas, se contenter des bénéfices que lui vaut son procédé, en vendant au même prix que les autres producteurs, en concurrence avec eux).
Quoiqu'il en soit, le prix de monopole — là surtoqt où il est vraiment dégagé d'une concurrence latente — se fixe tout autrement que le prix de concurrence. Et nous verrons plus loin que, par là-même, il n'agit pas de la même manière comme régulateur de la production.
§ 4. — Les prix taxés.
Nous avons examiné les principaux modes de détermination des prix qui résultent d échanges spontanés et libres, conformément aux conditions les plus générales de notre organisation économique. Cepenaant,raiitorité peut exercer une certaine influence sur la détermination
' des prix. Souvent cette influence a seulement pour but de mieux assurer la sincérité et la régularité des conventions conclues : c'est à cela surtout que tend la réglementation des marchés, et principalement des bourses (voir plus loin :2* section, Ch.IV). Maïs, parfois aussi, elle tend mdirectement à modifier les prix, telle est l'action exercée sur ces prix par la politique douanière (voir plus loin 5* section. Ch. II), tels sont encore des essais de valorisation, (i) Enfin, l'autorité publique intervient parfois pour fixer directement les prix : ou du moins pour établir un maximum ou un mimimum obligatoires.
La fixation d'un maximum par l'autorité publique est généralement un vestige de la législation ancienne. C'était une pratique courante sous l'ancien régime (2). En l'rance, le gouvernement révolutionnaire chercha, pendant quelque temps, à lui donner une grande extension (3 ) ; la législation contemporaine conserve aux communes le droit de taxer (c'est-à-dire de fixer un prix maximum) la viande et le pain ; et un certain nomore de municipalités' appliquent encore le régime de la taxe au pain ordinaire.
Quant au minimum^ c'est au contraire un produit de la législation la plus récente. Il s'applique au prix du tra-
(i) La « valorisation » consiste à relever le cours en mettant de côté une partie de la récolte. Celte mesure a été prise au Brésil en faveur du café. Voir notamment Blanchecotte, La valorisation du café et le change brésiîienyTh. Paris 1908, et l'article de M. Maurice Lévy, La valorisation du café au Brésil dans les Annales des sciences politiques^ sept. 1908.
(2) Voir l'article de M. Villey, La taxe du pain et les boulangers delà ville de Caen en ljjô, {Rev. d'éc. polit. 1888, p. 178).
(3) Le gouvernement révolutionnaire, pensant remédier à la hausse des prix corrélative de la dépréciation des assignats, fut amené à étendre le système du maximum à tous les objets de première nécessité, et aux matières premières ^ui les composaient. Cette législation draconienne fut inefficace et dut être abandonnée après un essai d'un peu plus d'une année.
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vail, et a été inauguré, il y a moins de vingt ans, en Australasie. Depuis lors, il tend à s'étendre dans les autres pays en faveur de certaines catégories de salariés. Nous reviendrons sur ce sujet en étudiant la Répartition, Qu'il s'agisse de l'établissement d'un maximum ou d'un minimum, cette intervention de l'autorité publique dans la fixation des prix apporte, en principe, un changement très important, dans les conditions où s'effectuent les échanges, et conséquemment dans le mécanisme de la production. Les prix taxés sont essentiellement des pnx arbitraires, encore que l'autorité publique puisse fonder son intervention sur des considérations qui seront examinées plus loin, et qu'elle puisse tenir compte, dans une large mesure, de la situation normale du marché.
Nogaro