LES MOUVEMENTS GENERAUX DES PRIX
§ 1. — Les mouvements généraux des prix et leur constatation: les index-numbers.
Nous venons d'examiner comment se détermine et comment varie le prix d'une marchandise — ou d'un service — que Ton considère isolément. Or, ce ne sont pas seulement les variations individuelles, des prix qui fixent l'attention de Téconomiste, mais aussi des mouvements d'ensemble, mouvements de hausse ou de baisse globales; et ceux-ci intéressent le mécanisme des échanges en particulier (i), non moins que la production et la répartition en général. Il convient donc dès à présent, d'en établir l'existence, et d'en expliquer la signification.
Les variations « générales » des prix, et surtout les mouvements de hausse, n'ont pas seulement attiré l'attention des économistes de notre époque. Bien avant que des statistiques permissent d'enregistrer les variations de prix d'une façon précise, le public et les écrivains les
(i) Voir notamment la théorie du commerce international, puis Tétude des crises.
CHAP. n. — MOUVEMENTS GÉNÉRAUX \\^
ont constatées. « Tout renchérit » est une formule que Ton trouve'à bien des épooues, et notamment au début du xvi^ siècle, au milieu du xix*, et au début du xx*. Par contre, à certaines époques — notamment à la fin du xvu^et au début des xviii^ siècle, puis vers la fin du XIX® — le public avait conscience d'une baisse des prix. Depuis le commencement, et surtout depuis le milieu du XIX® siècle, la statistique a permis de noter d'une façon beaucoup plus précise ces mouvements oscillatoires. Des statisticiens anglais ont, les premiers» publié des inàtxnumberSf ou nombres indicateurs correspondant aux variations de prix de certaines marchandises : une année prise pour base étant caractérisée par le chiflfre loo, des chiffres inférieurs ou supérieurs à loo traduisent d'une façon simple les fluctuations de prix enregistrées dans les autres années. Ces tableaux sont commodes, mais ne reposent pas ^ur l'observation d'un assez grand nombre de marchandises (i). En France M. ^Levasseur (2) et M.deFoville ont établi leurs calculssur une base beaucoup plus large, en utilisant les évaluations successives du service dés douanes françaises (3), On peut donc au-
(i) Les tables de ÏEcotwmisi, revue anglaise, retnomem au delà de 1850, mais ne reposent que sur 22 prix de gros. Sauerbeck, statîstic en anglais, enregistrait 45 prix pour construire ses index-numben ; en France, le bureau de la statistique générale consigne, dans Taonuaire statistique de la France, les variations de 43 prix. A Hambourg, le I> Sotbeer se servait de Ii4 F^^* Aux Etais-Unis, les publications du Xoi^or Bureau eu comprennent plusievMrs centaines, et distinguent les prix de gros et les prix de détail
(2) Dans son remarquable ouvrage La ^t^siien de /V, Paris 1858.
(5) La valeur des niarchandtses importées ei exportées est appréciée chaque année, depuis 1847, P^r une commission permanente des valeurs en douane. Mais, chaque année, en attendant qu'elle ait achevé son travail, le ministère des fin4nces publie une première évaluation (chiffres provisoires) d'après les valeurs de Tannée précédente ; puis il publie les chiffres déônitiù. La comparaison des deux totaux fournit une indication simple et raûoqneUestfr le mou-
jourd'hui enregistrer, au moins dans certains pays, les variations générales des prix avec une précision assez satisfaisante (i).
§ 2. — LUnterprétation des mouvements généraux des prix.
On est tenté de considérer ces mouvements généraux des prix comme constituant un phénomène collectifs qui serait autre chose que la simple résultante des fluctuations individuelles des prix, et qui exigerait une explication distincte. Il semble que le hasard des circonstances qui peuvent agir sur la détermination de chaque prix considéré isolément ne suffit pas à expliquer une tendance générale des prix vers la hausse ou la baisse, et l'on cherche, pour expliquer ce phénomène, une cause commune, agissant sur l'ensemble des prix. On a même pensé trouver cette cause par un raisonnement \* très simple : les prix, en effet, expriment un rapport d*échange entre toute espèce de marchandise ou de service d'une part, et, d'autre part, la monnaie ; si — pour simplifier l'hypothèse — tous les prix varient dans le même sens, il est bien invraisemblable de supposer que les circonstances propres à l'offre de chaque marchandise se sont modifiées de la même façon ; il est, au
vement des prix d'une année à l'autre : ainsi, les importations de 1905 ont été évaluées d'abord à 4*674 millions, d'après les prix de 1904, puis à 4.779 avec les P"^ ^^ ^905» soit une augmentation de 105 millions ou de 2,25 0/0. (de Foville, La Monnaie, p. 183). (1) Consulter surtout, pour l'histoire des prix, l'ouvrage de d'AvENEL, La fortune privée à travers sept siècles^ et, pour l'époque contemporaine, le Bulletin oj the Lahor bureau de Washington contenant les wholesale prtces et les retail priées ofjood, et l'important ouvrage de M. Lucien March, directeur de la statistique générale de la France : Salaires et coût de Vexistence, à diverses •époques» jusqu'à 1910» Paris, impr. nat. 191 1.