CHAP. II. — LA BANQUE EN GÉNÉRAL I
non seulement il reçoit leurs fonds, mais le plus souvent il tient leur caisse, et leurs comptes^ — car la grande majorité des dépôts de fonds sont accompagnés de l'ouverture d*un compte-courant. C'est donclui qui paie ce qu'ils doivent, en versant le montant des chèques tirés sur lui par eux, et qui encaisse, dans la ville par ses garçons de recettes, ou fait recouver au loin par ses correspondants les sommes qui leur sont dues. Il se charge aussi des règlements avec les pays étrangers.
Mais, comme il est le caissier non d'une seule maison, mais d'un grand nombre, son mouvement de caisse présente une certaine régularité, les rentrées d'un compte venant compenser fréquemment les sorties d'un autre. Il n'a donc pas besoin de conserver un fonds de roulement égal à la somme des encaisses que chacun de ses clients devrait conserver dans son tiroir s'il réglait ses comptes lui-même. En fait, il peut sans inconvénients, à la condition d'être prudent, surtout à certaines époques d'échéances, disposer d'une partie des fonds dont il est dépositaire et comptable.
D'autre part, les sommes qu'il détient constituent, en droit, un dépôt dit irrégulier. Cest-à-dire que, débiteur vis-à-vis de ses clients de la somme abstraite qui constitue leur crédit, il n'est pas tenu de conserver matériellement les espèces à lui remises. Ainsi, quoique ces sommes soient généralement exigibles à vue, c'est-àdire à la première réquisition, il n'est pas obligé de les conserver intégralement, pourvu qu'il reste en mesure de satisfaire immédiatement à toute demande de retrait que ses clients peuvent lui adresser individuellement. C'est donc tout à fait légalement que le banquier fait circuler une partie des fonds déposés entre ses mains. Et, comme il est manifeste qu'ils ne lui ont généralement pas été remis en vue d'être retirés d'un seul coup, et que, d'ailleurs, en temps normal, tous les clients ne
se présenteraient pas à la fois pour être remboursés, le banquier peut habituellement user de cette latitude sans danger pour les déposants.
C'est d'aîUeurç grâce à cet usage, consacré par une tradition plusieurs fois séculaire, que le banquier, caissier et comptable collectif, peut remplir une seconde fonction : celle de donneur de crédit. Ayant la disposition d'une partie des fonds de roulement de ses déposants, il peut la prêter à d'autres personnes. On peut même dire aujourd'hui qu'il y est obligé : car, les ban-
auiers privés ayant pris l'habitude, pour encourager les épôts, de servir un modique intérêt (en France généralement un demi pour cent) sur les sommes qui leur sont confiées, il leur faut trouver un bénéfice au moins équivalent, en plaçant la part dont ils peuvent disposer. Les prêts qu'ils consentent sont des opérations actives, qui font Ja contre-partie des opérations, passives en quelque sorte, qui résultent de la réception des dépôts (i).
(i) La banque, du moins sous sa forme la plus rudimentaire, remonte à la plus haute antiquité civilisée. M. Revillout (!« obligâtions en droit égyptien comparé aux autres droits de Vantiquité, p. 374) cite un banquier babylonien du vi® siècle avant J.-C, qui recevait des dépôts et prétait à intérêt. Cependant, les banquiers anciens étalent surtout des changeurs. Au début du Moyen Age, ils ne furent pas autre chose. Au xn^ siècle, les changeurs de Gênes commencent à être dénommés hanchîeri^ parce qu'ils s'installent sur des haiicSf près des places publiques. Ces cambistes deviennent peu â peu des banquiers modernes, ils reçoivent des dépôts, font des virements, font du crédit sous la forme de prêt ou de comman* dite. Au début du xiii^ siècle, les banquiers passent d'Italie en France, en Angleterre et en Allemagne, plus tard en Hollande. Ce sont d'abord, outre les Juifs, des Lombards, puis des Toscans, et, en France,. des gens de Cabors qui s'adonnent au commerce de banque. Enfin, au xviie et au xyiii* siècles, ce commerce se développe et se perfectionne surtout en Hollande et en Angleterre. (Voir l'article de R. Ehrenberg dans le Hdw, d, Staatsw.)