CHAP. I. — LA NOTION DE CRÉDIT
taux : car les capitaux prêtés fournissent généralement ^ un revenu à leur propriétaire.
Ce rôle du crédit dans la production est tel que certains auteurs (i) ont cru y voir un facteur de laproduc tion venant s ajouter au capital. Ainsi, un commerçant achète pour lo.ooo francs de marchandises, qu'il ne paiera que dans trois mois, à l'échéance de la traite tirée sur lui par son vendeur. Dans l'intervalle, il revend ses marchandises au prix de 15.000 francs. Il semble donc que le crédit de 10.000 francs qui lui a été consenti lui a rapporté le même protit qu^eût fait un capital équivalent. — Et Ton dit en effet couramment dans le monde des affaires, que le crédit vaut du capital. — On ajoute même que, du point de vue social, la productivité du crédit n'est pas moins comparable à celle du capital que du point de vue privé : les sommes dont on dispose en vertu d'un crédit ont, sur les conditions de la demande et sur la production, la même influence que les capitaux propres du consommateur et de l'entrepreneur.
Cependant, il apparaît, en examinant le problème de plus près, que le crédit n'opère pas un dédoublement du capital : tandis que notre commerçant a disposé à son profit des 10.000 francs en marchandises, son vendeur a dû, pendant le même délai, se passer de ces marchandises, ou, si l'on veut, du capital monnayé résultant de leur vente.
Il est vrai que, souvent, le problème se complique d'un élément nouveau : le vendeur peut, en effet, faire escompter la traite tirée sur son client. En ce cas, l'acheteur se trouve en possession de la marchandise
(i) Principalement Mac LEOD,dans sa Theory of crédit et dans ses Eléments of économies notamment, p. 304. L'illusion de cet auteur résulte manifestement de l'emploi alternatif de concepts juridiques et de concepts économiques.
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sans avoir déboursé de monnaie,et le vendeur se trouve, sous la seule déduction de Tescompte, en possession de la somme de monnaie qui lui est due.
Sans doute, c'est le banquier escompteur quia fourni cette somme ; mais elle ne lui appartient pas : il Ta prélevée sur des sommes dont il est comptable pour le tout. De sorte que c'est chez lui que semble s'être opéré ce dédoublement de richesse qui ferait naître le crédit à côté du capital : les dépôts qu'il détient sont la propriété des déposants, ils font partie de leur capital ; et, pourtant, une (orte part de ces dépôts circule. Cependant, ridée d'un dédoublement repose ici encore sur une illusion. Il est assez évident, en effet, que Ton ne fait un dépôt en banque que lorsqu'on n'a pas l'intention de retirer immédiatement la totalité de la somme confiée au banquier. Celui-ci sait donc, par expérience, qu'une certaine proportion des sommes dont il est comptable n'est pas destinée — du moins en temps normal — à être réclamée, et il en dispose en faveur des tiers. Mais cette partie des dépôts affectée au crédit n'est autre chose que la portion de capital circulant non utilisée par ses propriétaires. Le dédoublement est purement juridique, et tient à la nature du dépôt irrégulîer, contrat, d'après lequel le banquier est débiteur de la totalité, mais a la faculté de disposer des sommes dues de telle sorte qu'il juge bon, pourvu qu'il reste en état de faire face à ses engagements. En fait, le crédit porte sur un capital monnayé existant actuellement^ et l'opération de crédit consiste, ici encore, simplement dans le transfert de ce capital.
Et si, finalement, il y a eu accroissement de productivité non pas seulement au point de vue individuel, mais au point de vue social, c'est parce que le crédit a permi d'utiliser des capitaux qui n'eussent pas été utîlisé^ ^ar leurs propriétaires, mais non parce qu'une