CHAP. I. — LA NOTION DE CRÉDIT
§3. — La monnaie, instrument primordial du crédit.
On peut dire que tous les contrats qui représentent une opération de crédit de quelque importance pratique sont des contrats pécuniaires, en d'autres termes, des contrats où l'une au moins des prestations a pour objet une somme d'argent (i). Et, en effet, si c'est sous la forme de monnaie que iVpiçhesse se conserve et s'accumule le plus aisémentV c'est aussi sous cette forme u'elle se prête le mieux à un transfert, et que son transert est le plus utile : peu encombrante de sa nature, et souvent transmise par simple jeu d'écriture, ia monnaie est, de toutes les richesses, celle qui se déplace le plus facilement, et la^seîïlc^ui puisse être également utilisée par tout preneur, puisqu'elle est immédiatement échangeable contre toute marchandise ou tout service. La monnaie est donc, par excellence, l'instrument de transfert des capitaux ; c'est, en d'autres termes, Vinstrument primordial du crédit.
On a cependant coutume, dans les ouvrages d'économie politique, non seulement de distinguer la notion de monnaie et celle de crédit, mais même de les opposer l'une à l'autre. C'est à tel point que certains économistes prennent chacune d'elles comme critérium de deux phases successives de l'évolution économique.
Cette distinction correspond, sans doute, à une réalité : une économie à crédit possède, en outre de la monnaie, des institutions qui permettent de la mieux
(i) Le prêt à usage ou le prêt de consommation portant sur des marchandises fongibles autres que la monnaie sont sans importance notable, et comme, d'ailleurs, ils sont généralement gratuits, ils rentreraient moins dans la notion d'échange que dans celle de donation.
Utiliser. On la caractérise à la fois par Texistence de divers instruments de crédit, et par celle des banques.
Parmi les instruments de crédit, on cite généralement la lettre de change, le billet à ordre, le billet de banque, •et même le chèque ; et Ton attribue ensuite au crédit, •en dehors de sa fonction propre, un certain nombre •d'autres vertus, notamment celle de faciliter les paiements entre places éloignées et de se substituer à la monnaie métallique. : on qualifie, en effet, certains de ces instruments de monnaie fiduciaire. Cependant, s'il -est vrai que le crédit se mêle parfois aux opérations de règlements et de change, l'utilisation des eflets de commerce dans ces opérations se rattache surtout à une 4iutre notion. Et, d'autre part, si la lettre de change et le billet à ordre peuvent servir à des opérations de crédit indépendantes de la banque, le chèque n'y peut contribuer que par sa place dans l'ensemble des opérations -de banque.
Or, la banque développe d'une façon considérable le crédit : d'abord par le fait seul qu'elle perfectionne le mécanisme des échanges^ et rend ainsi disponible une iorte part des espèces monnayées; ensuite, parce qu'elle trouve constamment des affectations à ces sommes disponibles.
Il ne faut pas, cependant, exagérer la signification de la distinction entre l'économie à monnaie et l'économie à crédit. Celle-ci ne suppose qu'un accroissement d'efficacité de cet instrument de crédit primordial qu'est la monnaie. En effet, les opérations de crédit se caractérisent bien parce qu'elles reposent sur une simple promesse de payer en monnaie. — tandis que les opérations au comptant supposent un paiement immédiat en monnaie — ; mais la monnaie elle-même, en somme, îie vaut que comme promesse d'arriver à une prestation -de service où à une livraison de marchandises.